XIX
Ne sou ne las, du plaisir ravissant Que donne Amour, je ne suis pas encore, Et toutesfois voyct venir l’Aurore M'oster de l’aise ou je suis languissant.
EL. Variantes. — [XVII] 117. D'une lumiere si nette? —— [XIX] f 3. Voicy desja la trop hative
- Sources. — |[XIX] Bernardo Tasso, 7 tre libri degli Amort, Vinegia, Gabriel Giolito, 1555, p. 5o. Ce sonnet fait partie du Libro primo publié pour la première fois en 1531 ( Vinegia, G. Antonio e fratelli da Sabbio), ouvrage que je n’ai pu consulter :
Se per Mennone tuo ti rode il core, Aurora, la pieta cha gia ti rose Allhor che festi l'herbe rugiadose Di pianto, che dal cor stillo il dolore, Traggi piu tosto de l’usato fuore Il giorno che gran tempo è che s’ascose, Et coronata di purpuree rose Sgombra la nebbia del notturno horrore,
Mere a Memnon, ton char d’or jaunissant Arreste un peu : si tost noz cieux ne dore, Affin qu’encor mil douceurs je devore, 8 Qui mille soingz m'aillent amortissant.
Ainsi toujours te soit doux lon Cephale, Son cueur ainsi /e {ien pauvrét egale, 11 Pour ton amour oubliant sa Procris.
Ha, tu metz donq a neant ma requeste?
Jamais courber ne puisses tu la teste, 14 Qu’entre les braz de ton Tithone gris.
Variantes. — [XIX] 8. Cent mille aigreurs pour une adoucissant. — 9. te soit tresloyal — 10. t’ayme d’ardeur
Sources. — [XIX]
Ne tardar piu, che se n’andremo insieme, Tu per far d’alta luce i poggi adorni, Ed io per riveder l’almo mio sole.
Cosi ponga in oblio quel che ti preme, Cephalo, la sua Procri, et teco torni A partir i pensieri e le parole.
La fin est peut-être une réminiscence d’Arioste :
Perche lasciasti, oimè, cosi per tempo, Invida Aurora, il tuo Titon antico ?
E del partir n'accelerasti il tempo ?
Ti potess’ io, come ti son nemico, Nuocer cosi : se’l tuo vecchio ti annoja, Che non ti cerchi un piu giovane amico, E vivi, e lascia altrui viver in gioja ?
(Eleg. vi, v. 58-64).
[XX] O doux plaisir plein de doux pensement, = Quand la douceur de la douce meslée, Etreint et joint, l’ame en l’ame mellée, 4 Le corps au corps accouplé doucement.
à O douce mort! à doux trepassement | Mon ame alors de grand’joye troublée, De moy dans toy s’ecoulant a l’emblée, 8 Puis haut, puis bas, quiert son ravissement. Quand nous ardentz, Meline, d’amour forte, Moy d’estre en toy, toy d’en toy tout me prendre, ML Par celle part, qui dans toy entre plus, Tu la reçoys, moy restant masse morte :
Puis vient ta bouche en ma bouche la rendre, #4 Me ranimant tous mes membres perclus.
[XXN]
Tandis que ces antres coyz, Et ces boys, Sifflent d’un serain Zephyre, Et ce ruisseau claircoulant 5: | Se roulant ae Par ce pré ses ondes vire :
Variantes. — [XX] 4. d'un mol embrassement, — 5, vie! — 7. chercher d’aller — 8. s’écoulant doucement. — 11. cela mien, — 12. me laissant
Je pourray, sans rien douter, Hors bouter Le dueil de ma peine dure, 10 Et decharger la langueur Que mon cueur, Las, pour une ingrate endure.
Felonne, qui, pour le fiel, Le doux miel 15 De ton nom, quittes et laisses, : Par ou doy-je commencer D’avancer Tes fiertez et tes rudesses ?
Puis qu’ores, par ton refus, 20 Tout confus J’erre privé de ta grace, Moy a qui, des plus heureux Amoureux, On souloit donner la place.
25 Qu'est-ce que j'ay tant forfait?
Qu’ay-je fait Pour te changer en la sorte?
Helas, helas, en un rien, Pourroit bien, 30 Pourroit ta flamme estre morte?
Dea! depuis que tu m’aymoys, Par neuf moys La Lune n’est retournée :
Et toutesfoys, Ha pitié, 35 L'amitié
De ton cueur lasche est tournée.
Variantes. — [XXI] 34. (parjure mauvaitié!)
Mais moy, bien que J'aye esté Tout l’esté Sur les bordz de la Charante, Et toy ou la Sene court D'un flot lourd Avec Marne s'avoyante :
Plus. de toy, j'estoys au Loing.
Plus le soing De toy croissoit en mon ame :
Et plus sans te voir j'estoy Je sentoy Dans mon cueur plus chaude flamme, Quelque envieux mesdisant Me nuisant T’a il point soufflé l'oreille, Pour te divertir de moy Par lemoy De quelque feinte merveille?
Quelque malheureux maudit Ta il dit Que j'ars d’une ardeur nouvelle?
Les xantongeoys arbrisseaux Et ruisseaux, Fe Certe en tesmoingz j'en appelle.
Maint nouailleux chateigner Temoigner Pourra mon amour encore,
Variantes. — [XXI] 40. Toy où la Marne se perd — 41. Au...
verd — 42. De la Sene se meslante : — 43. Tant plus de toy J'estoy loin, — 49 à 54. Vers supprimés dans les £uvres en rime. -— 55. Quelcun (que soit-il maudit) — 57. Qu'ay fait maistresse — 63. qui dure,
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Qui de ton nom engravé Est cavé, De ton nom qui le decore.
Les Rocz les antres les boys De ma voix Encor aujourd’huy resonent, Dont avec les pastoureaux Les toreaux Aux rives du /Vé s’etonent.
Sont ce point les demidieux De ces lieux, Et les Nymphes mignonnettes, Qui se vont or deduysant Redisant Mes aprises chansonnétes ?
Las! j'ay bien eu le pouvoir D'emouvoir A pitié leur bande sainte :
O combien de foys elle a Par dela Presté l'oreille a ma plainte!
Non pas elle seulement, (Tellement Mes chantz estoyent larmoyables) Ainçoys aussi les ovseaux, Et des eaux Les habitans pitoyables.
Voyre et les rocz quant et moy
Mon emoy
Variantes.
Sa uvages
XX1164. Là où -— 66. En mainte el mainte écriture. — 72. Tré — 76. ore ébatant — 77. Rechantant — 88. Mais les
Te Sembloyent plorer et mes peines .. Mainte liqueur repandant,
à Cependant | Que mes yeux sont deux fontaines.
Pendant que contre les cieux Envieux, | Je va formant mes complaintes, A 100 --- De ce que mon propre bien N'est pas mien, Contre l’ordre des loyx saintes.
Bien? que me vaut tout ceci?
Et d’ainsi CRE T’avoir eté tant fidelle ?
Que sert ou que J’aye esté Fermeté | Avoir suivi d’un tel zele ?
Puis que je trouve ton cueur - De rancueur Encontre moy plein, et dire, Puis que plus, hé, tu me fus, Plus je suis, Plus ton amour je desire?
Voyci done de tant de maux, Et travaux Pris pour toy la recompense?
Donc, du service fidel, Sera tel, Le loyer, que de loffence?
Variantes. — [XXI] 99. degorge — 104. Quoÿ? — 105. T'estre loyal et — r10. En — 111. Sur le mien non variable, — 112. En lieu que me prometoy — 113. Que de toy — 114. J'auroye acueil amiable,
Mais, Meline, à le bon heur, O l’honeur, 0 le joyau de notre age, Or change change soudain 195 Ce dedain, Change ce felon courage, Et me fay changer aussi Mon souci En plaisir, Ô ma deesse, 130 … Et de mes tristes chansons Les durs sons, En doux accentz de liesse.