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lu moins te rendre sa tendresse dflicate et son dévouement maternel.
— O le bien-aimé de mon âme ! dit Leucippe»
pardonne-moi, à ton tour, le déchirement de mon eœur. Tu le vois, c'est moi qui suis faible, puisque j'ai tant de larmes pour ma dive, quand je ne devrais songer qu'à consoler ta propre douleur, aussi grande, aussi profonde que la miennei Est-ce donc ainsi qu'elle m'avait appris à t'aimer, elle qui me disait sans cesse : • Nos propres douleurs ne sont rien en comparaison du mal qu'elles font à ceux qui nous chérissent. Tuons donc en silence nos propres peines, et soyons-en consolés par la joie de les leur avoir épargnées! » A ton tour, Évenor, il faudra me rappeler l'exquise tendresse de la dive, quand je penserai trop à elle sans m'occuper des regrets que je réveillerai dans ton cœur. Ne m'a-t-elle pas dit en te donnant à moi : « Voici ton père et ta mère dans ton frère et dans ton époux ? »
Évenor et Leucippe q'^ttèrent l'Éden suivis des chiens de Téléïa, qui ne voulaient plus les quitter, et ils furent, dès le lendemain, de retour à la tribu.
Une grande agitation y régnait. Sath et une partie considérable des hommes forts de sa tribu
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y étaient revenus, non dans le désir de se réconcilier avec les anciens ni avec les exilés, mais avec la tentation de les déposséder de celte région, la plus fertile et la plus saine du plateau, à moins qu'ils ne voulussent subir tous les caprices de leur despotisme. Ces hommes, qui s'intitulaient les libres^ ne comprenaient la liberté que pour eux-mêmes. Celle des autres ne leur était rien, et l'esprit de caste s'était emparé d'eux à ce point, qu'ils avaient cherché les exilés dans les forêts maritimes avec le projet de les employer à leur service, de les faire chasser pour eux, de les nourrir et de les loger à leur guise, en un mot, de les réduire en esclavage. Tel était le résultat de l'énergie sans cœur et de Tactivité sans lumière de leur chef, le redoutable Sath.
Une raison plus personnelle encore avait déterminé celui-ci à venir poursuivre les exilés jusque dans la tribu des anciens. Il avait perdu sa femme, elle était morte par suite de ses mauvais traitements. 11 n'avait osé exiger d'aucun de ses hardis compagnons le sacrifice de son ^ amour, et il comptait trouver dans la tribu une \ vierge encore libre, ou une épouse mal défeiv tlue.
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La plupart des réconciliés, enseignés et fnspi* rés par Évenor et Leucippe, s'étaient comportés avec tant de sagesse depuis leur retour, que les anciens crurent pouvoir accueillir les lilures avec confiance ; mais, depuis deux jours qu'ils étalent là, déjà les libres parlaient en maîtres, déjà Sath exigeait qu'on lui livrât la jeune Lith, la seule fille de la tribu qui attendît encore le jour de son union. Elle était naturellement fiancée à Ops, qui était le dernier des jeunes gens à marier, les convenances de rage ne comportant pas de meilleur choix réciproque, et les deux adolescents s'étant promis l'im à l'autre. Lith éprouvait, en outre, pour Sath une vive répugnance, et ses parents, effrayés, alléguèrent qu'elle n'était pas encore nubile. Mais Sath ne tenait point de compte de leur refus et se préparait à enlever la jeune fille, lorsque Ëvenor, à peine rentré chez sa mère, fut adjuré par cette famille alarmée et par celle d'Ops, qui était la sienne propre, de leur venir en aide.
Évenor se rendit auprès de Sath, suivi deLeacippe, qui ne voyait pas sans terreur cette conférence, mais qm se tint dehors, pendant que son époux entrait dans la cabane où, installé chei ses propres parents comme en pays con-
quis, le superbe chef des libres, presque nu, ceint d'un court sayon de peau de sanglier, beau d'c^ae beauté rude et sauvage, toujours jouant avec sa massue comme prêt à frapper quiconque lui résisterait, se raillait des remontrances de son père et commandait à sa propre mère comme â une servante.
Évenor, lui parla avec adresse et douceur, invoquant leur parenté, leurs souvenirs d'enfance, et s'efforçant de lui faire comprendre le respect dû à la liberté d'autrui. Sath répondit avec mépris, puis avec menace, et, comme il élevait sa voix rauque et tonnante, Leucippe alarmée entra avec Ops et s'approcha vivement de son mari.
A la vue de cette créature, alors sans égale sur la terre, le farouche Sath se sentit un moment vaincu et intimidé. Il parut même adouci et promit de réfléchir.
Mais à peine les époux se furent-ils retirés, que; Sath alla trouver ses compagnons :
— J'ai vu la femme d'Évenor, leur ditil ; elle ne ressemble à aucune autre, et je la veux.
Tous lui promirent qu'il l'aurait. Contents de le voir épris de cette femme, ils pensaient, en
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Faidant à s'en emparer, préserver les leurs â jamais de ses tentatives ; mais, le lendemain, qnand Us eurent vu Leucippe, leurs propres com pagnes ne leur inspirèrent plus que dédain, et plusieurs résolurent de Tenlever pour leur compte.
Leucippe fat épouvantée des regards audacieux et ardents qui se fixaient sur elle.
— Que crains-tu? lui dit Évenor; nesitis-jepas là pour te défendre?
— Que pourras-tu seul contre eux tous ? répondit Leucippe. La tribu voudra-t-elle s'engager dans une querelle sanglante pour une cause particulière? Ge brutal Satb te hait, ses compagnons sont plus forts et plus nombreux que les nôtres, et, d'ailleurs, attendrons-nous quHm combat s'engage ? Ne vois- tu pas que ces hommes ne sont accessibles à aucune sagesse, à aucune raison ? Fuyons, mon cher Évenor, réfngions-nous dans l'Éden. Il nous sera facile de nous y fortifier contre leurs attaques, si jamais ils découvrent l'entrée mystérieuse que la Providence nous a fait trouver,
Évenor, retenu par un reste d'orgueil, et aussi par un sentiment de juste fierté et de vrai courage, répugnait à la fuite. Il ur pouFait s#* per*
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suader que Sath voulut en venir aux mains, et il pensait que son attitude énergique et celle de ses amis imposeraient aux libres ; mais il apprit avec douleur, dans la journée, que plusieurs des anciens et presque tous les jeunes gens des deux sexes de la tribu sédentaire s'étaient enfuis avec Mos. Mos avait plus de haine que de courage, et, quand il n'était pas soutenu pas l'exaltation fanatique, il était craintif et abattu. D'ailleurs, depuis longtemps, il méditait d'entraîner avec lui les adhérents qu'il avait su conquérir, et d'aller former avec eux un établissement où l'influence d'Ëvenor ne balancerait plus la sienne.
Évenor espéra encore que les anciens sauraient faire prévaloir leur autorité morale pour empêcher une iniquité. Il alla les trouver avec Leucippe pendant que Sath, de son côté, animait ses compagnons. Évenor trouva des vieillardii nonchalants qui aimaient mieux céder que d< lutter ; et, comme il revenait, affligé et pensi: vers sa cabane, voulant cependant douter encore de la malice de Sath, il vit ses parents au milieu de ses amis, qui se consultaient avec anxiété.
Qps vint au-devant de lui et lui dit :