L£S AMOURS
c'est-à-dire de ne pas se distinguer du précipice qui engloutit, du fleuve qui noie et du tigre qui dévore. Pour qu'il ait pu vivre et couvrir la terre de sa race, il faut absolument qu'il soit né intelligent et que son berceau ait été placé dans des contrées douces,aplanies,protégées contre les rigueurs des saisons par des circonstances géographiques particulières et dépourvues de ces animaux qui font la guerre à l'homme avec chance de succès.
C'est donc sur un de ces grands plateaux inclinés doucement et fortifiés de toutes parts par des falaises de rochers,que je vois la famille et la tribu d'É. venor, à demi domiciliée, à demi errante, n'ayant pas à redouter les reptiles monstrueux et les carnassiers féroces des régions tropicales, ne connaissant pas les foudres des volcans et la fureur des mers, trouvant partout des ileurs et des fruits que les rigueurs de l'hiver ne venaient pas détruire en une nuit, etn'ayantbesoin d'autre abri que celui de simples huttes de branches sous un ciel clément.
Mais, quelque douces et charmantes que vous supposiez ces régions hospitalières à l'arrivée de l'hôte privilégié, je dis que ce n'était pas là le paradis terrestre.
Le paradis terrestre, c'est tm lieu quelconque dont la beauté, fùt-elle contestable, est sentie et
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possédée par le sentiment poétique. Il n'est nulle part, ou il est partoutpourles animaux. Leur ravissement est dans une plénitude de vie qui ne compare point et n'a que faire d'analyser. L'homme, plus difficile parce qu'il est plus exquis, n'est pas entièrement réjoui par des causes purement physiques. Dès qu'il se développe, et c'est là son premier éveil à la vie divine, il lui faut plus que du bien-être et du plaisir dans la nature; il lui faut de l'enthousiasme et de l'amour pour la nature. La race humaine n'en était pas encore là. Elle jouissait doucement des bienfaits de la création ; mais son horizon borné et la monotonie de ses habitudes ne s'éclairaient pas d'un rayon supérieur. Elle n'était donc pas dans l'Éden, parce qu'elle ne désirait pas d'être mieux qu'elle n'était et ne comparait pas ce qu'elle possédait déjà à ce qu'elle ne possédait pas encore.
Pourtant, il y avait déjà de la poésie chez ces premiers hommes, car leur imagination, sans être vive, était impressionnable, et leur ignorance, n'expliquant rien, acceptait les choses merveilleuses de la nature par la faculté de la merveillO' site, organe très-développé chez l'homme de tous les temps, et, pour le dire en passant, une de ses facultés les plus caractéristiaues.