A -MARC CLAUDE DE BUTET
Ami Butet, qui as montré la voie Aux tiens de suivre Apollon et son chœur, Qui le premier t'époinçonnant le cœur, Te fît chanter sur les monts de Savoie,
Puisque l'amour à la mort me convoie, Dessus ma tombe (après que la douleur M'aura tu»^) engrave mon malheur De ces sept vers que pleurant je tenvoie :
Celui qui cAt sous cetii: tombe ici Aima puemièiîe une belle cassandre Aima seconde une marie aussi, Tant en amour il fut facile a prendre.
De la première il eut le cœur transi.
De la seconde il eut le cœur en cendre, Et si des deux il n'eut oncques merci.
Marie, vous avez la joue aussi vermeille Qu'une rose de mai ; vous avez les cheveux De couleur de châtaigne, entrefrisés de nœuds, Gentement tortillés autour de l'oreille.
Quand vous étiez petite, une mignarde abeille Dans vos lèvres forma son nectar savoureux, Vniour laissa ses traits en vos yeux rigoureux, Pithon vous fit la voix à nulle autre pareille.
V^ous avez les tétins comme deux monts de lait, )ui pommèlent ainsi qu'au printemps nouvelet ^ommèlent deux boutons que leur châsse environne.
)e Junon sont vos bras, des Grâces votre sein; ous avez de l'Aurore et le front et la main, dais vous avez le cœur d'une fière lionne.
CHANSOiN
Petite pucelle angevine, Qui m'as d'un amoureux souris Tiré le cœur de la poitrine, Puis, dès l'heure que tu le pris, Tu l'enfermas contre raison Dans les liens de ta prison.
Ainsi perdant la jouissance De sa première liberté, Il est sous ton obéissance, Si malmené, si maltraité, Qu'un fier lion plein de rigueur Aurait pitié de sa langueur.
Mais toi, plus fière et plus cruelle Qu'un roc pendu dessus la mer, Tu deviens tous les jours plus belle Du mal fpii le vient consommer.
DL MAKIE
Honorant, depuis que tu l'as, Tes victoires de son trépas,
Non seulement, tant tu es rude Tu fais mon cœur languir à tort.
Par une honnête ingratitude Lui donnant une lente mort, Voyant pâmer en triste t'-inoi En ces liens mon cœur et moi.
Mais, en lieu d'un sacré poète Qui si haut chantait ton honneur, Tu as nouvelle amitié faite Avecques un nouveau seigneur, Qui maintenant tout seul te tient, Et plus de moi ne te souvient.
Et, fille trop jeune et trop nice,
Tu ne sais encore que c'est
De faire aux grands seigneurs service.
Qui en amour n'ont point d'arrêt,
Et qui suivent sans loyautés
En un jour dix mille beautés.
Sitôt qu'ils en ont une prise, Ils la délaissent tout exprès, Afin qu'une autre soit conquise Pour s'en moquer bientôt après, Et n'ont jamais autre plaisir Que de changer et de choisir.
Celui (pii ores est ton maître Et qui te tient comme vainqueur Te laissera demain peut-être, Et je le voudrais de bon cœur; Si le ciel de nous a souci, Puisse arriver demain ainsi !
Le ciel, qui les vices contemple.
Punit les traîtres amoureux; Anaxarète en est l'exemple, Qui devint rocher malheureux.
Perdant sa vie pour avoir Osé son ami décevoir.