A ETIENNE JODELLE
Jodelle, l'autre jour l'enfant de Cytliérée Au combat m'appela, courbant son arc turquois ; Et lors, comme hardi, je vêtis le harnois. Pour avoir contre lui la chair plus assûi'ée.
Il me tira premier une flèche acérée Droit au cœur, puis une autre, et puis tout à la fois Il décocha sur moi les traits de son carquois. Sans qu'il eût d'un seul coup ma poitrine enferrée.
Mais quand il vit son arc de flèches désarmé. Tout dépit s'est lui-même en flèches transformé ! Puis en moi se rua d'une puissance extrême.
Quand je me vis vaincu, je me désarmai lors, Car rien ne m'eût servi de ra'armer par dehors, Puisque mon ennemi était dedans moi-même.
30 LES AMOUUS
Le vingtième d'avril, couché sur l'herbeletle, Je vis, ce me semblait, en dormant, un chevreuil Qui çà, qui là marchait où le menait son veuil, Foulant les belles fleurs de mainte garabelette.
Une corne et une autre encore nouvelette Enflait son petit front d'un gracieux orgueil; Gomme un soleil luisait la rondeur de son œil, Et un carcan pendait sous sa gorge douillette.
Sitôt que je le vis, je voulus courre après. Et lui qui m'avisa prit sa course es forêts. Où, se moquant de moi, ne me voulut attendre;
Mais en suivant son trac, je ne m'avisai pas D'un piège entre les fleurs, qui me lia les pas : Ainsi pour prendre autrui moi-même me fis prendre.
DE MAKIE 31