‹ Les amours de MarieChapitre 7 sur 21 · LE VOYAGE DE TOURS OU LES AMOUREUX THOLNET ET PERROT · texte numérisé non relu

LE VOYAGE DE TOURS OU LES AMOUREUX THOLNET ET PERROT

C'était en la saison que l'amoureuse Flore Faisait pour son ami les fleurettes éclore, Par les prés bigarrés d'autant d'émail de fleurs, Que le grand arc du ciel s'éraaille de couleurs; Lorsque les papillons et les blondes avettes, Les uns chargés au bec, les autres aux cuissettes, Errent par les jardins, et les petits oiseaux, Voletant par les bois de rameaux en rameaux, Amassent la becquée, et parmi la verdure Ont souci comme nous de leur race future.

Thoinet, au mois d'avril, passant par Vendômois, Me mena voir à Tours Marion, que j'aimais. Qui aux noces était d'une sienne cousine; Et ce Thoinet aussi allait voir sa Francine, Que la grande Vénus, d un trait plein de rigueur. Lui avait près le Clain écrite dans le cœur.

Nous partîmes tous deux du hameau de Coutures; Nous passâmes Gâtine et ses hautes verdures; Nous passâmes Marré, et vîmes à mi-jour Du pasteur Phelippot s'élever la grand'tour Qui de Beaumont la Ronce honore le village, Gomme un pin fait honneur aux arbres d un bocage.

Ge pasteur, qu'on nommait Phelippot le gaillard, Courtois, nous festoya jusques au soir bien tard. De là vînmes coucher au gué de Lengerie, Sous des saules plantés le long d'une prairie; Puis, dès le point du jour redoublant le marcher, Nous vîmes en un bois s'élever le clocher De Saint-Côme, près Tours, oîi la noce gentille Dans un pré se faisait au beau milieu de l'île.

Là Francine dansait, de Thoinet le souci;

Là Marion ballait, qui fut le mien aussi;

Puis, nous mettant tous deux en l'ordre de la danse,

Thoinet tout le premier cette plainte commence :

« Ma Francine, mon cœur, qu'oublier je ne puis, Bien que pour ton amour oublié je me suis,

Quand dure en cruauté tu passerais les ourses Et les torrents d'hiver dt'bordés de leurs courses, Et quand tu porterais en lieu d humaine chair Au fond de l'estomac pour un cœur un rucher; Quand tu aurais sucé le lait d'une lionne, Quand tu serais, cruelle, une bête félonne, Ton cœur serait encor de mes pleurs adouci. Et ce pauvre Thoinet tu prendrais à merci.

« Je suis, s'il t'en souvient, Thoinet qui, dès jeunesse.

Te voyant sur le Clain, t'appela sa maîtresse,

Qui musette et flageol à ses lèvres usa

Pour te donner plaisir; mais cela m'abusa.

Car, te pensant fléchir comme une femme humaine.

Je trouvai ta poitrine et ton oreille pleine.

Hélas! qui l'eût pensé? de cent mille glaçons,

Lesquels ne t ont permis d'écouter mes chansons;

Et toutefois le temps, qui les prés de leurs herbes

Dépouille d'an en an, et les champs de leurs gerbes.

Ne ma point dépouillé le souvenir du jour

Ni du mois où je mis en tes yeux mon amour.

Ni ne fera jamais, voire eussé-je avalée

L'onde qui court là-bas sous l'obscui^e vallée.

« C'était au mois d'avril, Francine, il m'en souvient, Quand tout arbre fleurit, quand la terre devient De vieillesse en jouvence, et l'étrange arondelle Fait contre un soliveau sa maison naturelle; Quand la limace, au dos qui porto sa maison. Laisse un trac sur les fleurs; quand la blonde toison \d couvrant la clienille, et quand parmi les prées Volent les papillons aux ailes diaprées, Lors que fol je te vis, et depuis je n'ai pu Rien voir après tes yeux que tout ne m'ait déplu.

« Six ans sont jà passés; toutefois, dans l'oreille J'entends encor le son de ta voix nonpareille, (^ui me gagna le cœur, et me souvient encor De ta vermeille bouche et de tes cheveux d'or, De la main, de tes yeux, et si le temps (jui passe A depuis dérobé quelque peu de leur grâce, Hélas! je ne suis moins de leurs grâces ravi Que je fus sur le Clain le jour que je te vi Surpasser en beauté toutes les pastourelles Que les jeunes pasteurs estimaient les plus belles; Car je n'ai pas égard à cela que tu es, INIais à ce que tu fus, tant les amoureux traits

Te gravèrent dans moi, voire de telle sorte Que telle que tu fus telle au sang je te porte.

( Dès l'heure que le cœur des yeux tu me perças, Pour en savoir la fin je fis tourner le sas Par une Janelon qui au bourg de Crntelles Soit du bien, soit du mal, disait toutes nouvelles.

f Après qu'elle eut trois fois craché dedans son sein, Trois fois éternué, elle prit du levain, Le retâle en ses doigts, et en fit une image Qui te semblait de port, de taille et de visage ; Puis, tournoyant trois fois et trois fois marmonnant, De sa jartière alla tout mon col enlournant. Et me dit : t Je ne tiens si fort de ma jartière Ton col, que ta vie est tenue prisonnière Par les mains de Francine, et seulement la mort Dénou'ra le lien (|ui te serre si fort; Et n'espère jamais de vouloir entreprendre D'échauffer un glaçon qui te doit mettre en cendre. » Las ! je ne la crus pas, et, pour vouloir adonc En être plus certain, je fis couper le jonc La veille de Saint-Jean; mais je vis sur la place Le mien, signe d'amour, croître plus d'une brasse,

Le tien demeurer court, signe que tu n'avais Souci de ma langueur et que tu ne m'aimais, Et que ton amitié, qui n'est point assurée, Ainsi que le jonc court est courte demeurée.

« Je mis pour t'essayer encore devant-hier Dans le creux de ma main des feuilles de coudrier ; Mais en tapant dessus nul son ne me rendirent. Et, flasques, sans sonner sur la main me fanirent, Vrai signe que je suis en ton amour moqué, Puisqu en frappant dessus elles n'ont point craqué. Pour montrer par effet que ton cœur ne craqueté. Ainsi que fait le mien, d'une flamme secrète.

a O ma belle Francine ! ô ma fière ! et pourquoi. En dansant, de tes mains ne me prends-tu le doigt? Pourquoi, lasse du bal, entre ces fleurs couchée, N'ai-je sur ton gii'on ou la tête penchée. Ou la main sous ta cotte, ou la bouche dessus Tes deux tétins, de neige et d'ivoire conçus? Te semblé-je trop vieil? Encor la barbe tendre Ne fait que commencer sur ma joue à s'étendre. Et ta bouche, qui passe en beauté le coral, S'elle me veut baiser, ne se fera point mal;

Mais, ainsi qu'un lézard se cache sous l'iierbette, Sous ma blonde toison cacheras ta languette; Puis, en la retirant, tu tireras à toi Mon cœur, pour te baiser qui sortira de moi.

« Hélas! prends donc mon cœur avecque cette paire De ramiers que je t'offre ; ils sont venus de 1 aire De ce gentil ramier dont je t'avais parlé. Margot m'en a tenu plus d'une heure accolé. Les pensant emporter pour les mettre en sa cage; Mais ce n'est pas pour elle, et demain davantage Je t'en rapporterai, avecques un pinson Qui déjà sait par cœur une belle chanson Que je fis l'autre jour dessous une aubépine, Dont le commencement est Thoinet et Francine.

« Ha! cruelle, demeure, et tes yeux amoureux Ne détourne de moi! Ha! je suis malheureux. Car je connais mon mal, et si ai connaissance D'Amour et de sa mère, et quelle est leur puissance. Leur puissance est cruelle, et n'ont point d'autre jeu Sinon que de brûler nos cœurs à petit feu. Ou de les englacer, comme ayant pris leur être Dune glace ou d'un feu qu'on ne saurait connaître.

Ha ! que ne suis-je abeille ou papillon! j'irais Malgré toi te baiser, et puis je m'assirais Sur tes tétins, afin de sucer de ma bouche Cette humeur qui te fait contre moi si farouche.

« O belle au doux regard! Francine au beau sourcil! Baise-moi, je te prie, et m'embrasses ainsi Qu'un arbre est embrassé d'une vigne bien forte.

« Souvent un vain baiser quelque plaisir apporte. Je meurs! tu me feras dépêcher ce bouquet, (^ue j'ai cueilli ])our loi, de thym et de muguet, Et de la rouge fleur qu'on nomme cassandrette, Et de la blanche fleur qu'on appelle olivette, A qui Bellot donna et la vie et le nom, Et de celle qui prend de ton nom son surnom,

« Las! où fuis-tu de moi? Ha! ma fière ennemie, Je m'en vais dépouiller jaquette et souquenie, Et m'en courrai tout nu au haut de ce rocher Où tu vois ce garçon à la ligne pêcher, Afin de me lancer à corps perdu dans Loire Pour laver mon souci, ou afin de tant boire

D'écumes et de flots, que la flamme d'aimer Par l'eau contraire au feu se puisse consumer. »

Ainsi disait Thoinet, qui se pâma sur l'herbe, Presque transi de voir sa dame si superbe Qui riait de son mal, sans daigner seulement D'un seul petit clin d'œil apaiser son tourment.

J'ouvrais déjà la lèvre après Thoinet pour dire

De combien Marion était encore pire.

Quand j'avise sa mère en hâte gagner l'eau.

Et sa fille emmener avec elle au bateau.

Qui, se jouant sur l'onde, attendait cette charge,

Li»' contre le ti'onc d'un saule au faîte large.

Jà les rames tiraient le bateau bien pansu, El la voile, en enflant son grand repli bossu, I^mportait le plaisir qui mon cœur tient en peine, Quand je m'assis au bord de la première arène, Et, voyant le bateau qui s'enfuyait de moi. Parlant à Marion, je chantai ce convoi :

« Bateau qui par les flots ma chère vie emportes, Des vents en la faveur les haleines soient mortes,

Et le banc périlleux qui se trouve parmi Les eaux ne t'enveloppe en son sable endormi; Que l'air, le vent et l'eau favorisent ma dame, Et que nul flot bossu ne détonrbe sa rame; En guise d un étang sans vague, paresseux, Aille le cours de Loire, et son limon crasseux Pour ce jourd'hui se change en gravelle menue, Pleine de maint rubis et mainte perle élue.

« Que les bords soient semés de mille belles fleurs Représentant sur l'eau mille belles couleurs. Et le troupeau nymphal des gentilles Naïades A l'entour du vaisseau fasse mille gambades, Les unes balayant des paumes de leurs mains Les flots devant la barque, et les autres leurs seins Découvrant à fleur d'eau, et d'une main ouvrière Conduisent le bateau le long de la rivière.

« L'azuré martinet puisse voler devant

Avecques la mouette, et le plongeon, suivant

Son malheureux destin, pour le jourd'hui ne songe

En sa belle Hespérie, et dans l'eau ne se plonge;

Et le héron criard, qui la tempête fuit,

Haut pendu dedans l'air, ne fasse point de l)ruit;

Ains tout gentil oiseau qui va cherchant sa proie Par les flots poissonneux bienheureux te convoie, Pour sûrement venir avec ta charge au port, Où Marion verra peut-être sur le bord Une orme des longs bras d'une vigne enlacée. Et, la voyant ainsi doucement embrassée, De son pauvre Perrot se pourra souvenir, Et voudra sur le bord embrassé le tenir.

« On dit au temps passé que quelques-uns changèrent En rivière leur forme, et eux-mêmes nagèrent Au flot qui de leur sang goutte à goutte saillait Quand leur corps ondoyant peu à peu défaillait.

« Que ne puis-je muer ma ressemblance humaine En la forme de leau qui cette barque emmène! J'irais en murmurant sous le fond du vaisseau. J'irais tout alentour, et mon amoureuse eau Baiserait or' sa main, ore sa bouche franche, La suivant jusqu'au port de la Chapelle blanche; Puis, laissant mon canal pour jouir de mon veuil, Par le trac de ses pas j'irais jusqu'à Bourgueil, Et là, dessous un pin couché sur la verdure. Je voudrais revêtir ma première figure.

« N'y a-t-il point quelque herbe en ce rivage ici

Qui ait le goût si fort qu'elle me puisse ainsi

Muer, comme fît Glauque, en aquatique monstre

Qui, homme ni poisson, homme et poisson se montre?

Je voudrais être Glauque et avoir dans mon sein

Les pommes qu'Hippomène élançait de sa main

Pour gagner Alalante. YVfin de le surprendre,

Je les ru'rais sur l'eau, et te ferais apprendre

Que l'or n'a seulement sur la terre pouvoir,

Mais qu'il peut dessus 1 eau les femmes décevoir.

Or cela ne peut être, et ce qui se peut faire

Je le veux achever afin de te complaire;

Je veux soigneusement ce coudrier arroser.

Et des chapeaux de Heurs sur ses feuilles poser;

Et avec un poinçon je veux dessus lécorce

Engravcr de ton nom les six lettres à force,

Afin que les passants, en lisant : Marion,

Fassent honneur à l'arbre entaillé de ton nom.

« Je veux faire un beau lit d'une verte jonchée, De pervenche feueillue encontre-bas couchée, De thym qui fleure bon et d'aspic porte-épi, D'odorant poliot contre terre tapi,

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De nufard toujours vert qui les tables imite, Et de jonc qui les bord des rivières habite.

« Je veux jusques au coude avoir l'herbe, et si veux

De roses et de lys couronner mes cheveux;

Je veux qu'on me défonce une pipe angevine.

Et en me souvenant de ma toute divine,

De toi, mon doux souci, épuiser jusqu'au fond

!Mille fois ce jourd'hui mon gobelet profond.

Et ne partir d'ici jusqu'à tant qu'à la lie

De ce bon vin d'Anjou la liqueur suit faillie.

« Melchior Champenois et Guillaume ^lanceau,

L'un d'un petit rebec, l'autre d'un chalumeau.

Me chanteront comment j'eus l'âme dépourvue

De sens et de l'aison sitôt que je t'eus vue,

Puis chanteront comment, pour fléchir ta rigueur,

Je t'appelai ma vie et te nommai mon cœur,

Mon œil, mon sang, mon tout; mais ta haute pensée

N'a voulu regarder chose tant abaissée.

Ains en me dédaignant tu aimas autre part

Un qui son amitié chichement te départ.

Voilà comme il te prend pour mépriser ma peine.

Et le rustique son de mon tuyau d'aveine.

« Ils diront que mon teint vermeil auparavant Se perd comme une fleur qui se fanît au vent, Que mon poil devient blanc et que la jeune grâce De mon nouveau printemps de jour en jour s'efface, Et que, depuis le mois que l'Amour me fit tien, De jour en jour plus triste et plus vieil je devien.

« Puis ils diront comment les garçons du village

Disent que ta beauté touche déjà sur l'âge,

Et qu'au matin le coq, dès la pointe du jour.

Ne verra plus sortir ceux qui le font l'amour.

Bien fol est qui se fie en sa belle jeunesse.

Qui si tôt se dérobe et si tôt nous délaisse.

La rose à la parlîn devient un grattecul.

Et tout avec le temps par le temps est vaincu.

Quel passetemps prends-tu d'habiter la vallée

De Bourgueil, où jamais la ÎNIuse n'est allée ?

Quitte-moi ton Anjou et viens en Vendômois.

Là s'élèvent au ciel les sommets de nos bois,

Là sont mille taillis et mille belles plaines.

Là gai'gouillput les eaux de cent mille fontaines,

Là sont mille rochers, où écho à l'entour.

En résonnant mes vers, ne parle que d'Amour.

« Ou bien, si tu ne veux, il me plaît de me rendre Angevin, pour te voir et ton langage apprendre; Et là, pour te fléchir, les hauts vers que j'avais En ma langue traduits du Pindare gn^geois, Humble je redirai en un chaul plus facile Sur le doux chalumeau du pasleur de Sicile.

« Là, parmi tes sal)lons. Angevin devenu,

Je veux vivre sans nom comme un pauvre inconnu.

Et dès l'aube du jour avec toi mener paître

Auprès du port Guyet notre troupeau champêtre;

Puis sur le chaud du jour je veux en ton giron

Me coucher sous un chêne, où l'herbe à l'environ

Un beau lit nous fera de mainte fleur diverse

Pour nous coucher tous deux sous l'ombre à la renverse;

Puis au soleil pencliaut nous mènerons nos bœufs

Boire sur le sommet des ruisselets herbeux,

Et les ramènerons au son de la musette,

Puis nous endormirons dessus l'herbe mollette.

« Là, sans aml)ition de plus grands bien avoir, Contenté seulement de taimer et te voir. Je passerai mon âge, et sur ma sépulture Les Angevins mettraient cette brève écriture :

« Celui qui gît ici, touché de l'aiguillon

Qu'Amour nous laisse au cœur, garda comme Apollon

Les troupeaux de sa dame, et en cette prairie

Mourut eu bien-aimant une belle INIarie;

Et elle après sa mort mourut aussi d'ennui,

Et sous ce vert tomljcau repose avecque lui. »

A peine avais-je dit quand Tlioinet se dépâme, Et à soi revenu allait après sa dame; INIais je le retirai, le menant d'autre part Pour chercher à loger, car il était bien tard.

Nous avions j;i passi' la sablonneuse rive Et le flot qui l)riiyanl contre le pont arrive, Et jà dessus le pont nous étions parvenus. Et nous apparaissait le tombeau de Turnus, Quand le pasteur Janot tout gaillard nous emmène Dedans son toit couvert de javelles d'aveine.

Maîtresse, de mon cœur vous emportez la clef, La clef de mes pensers et la clef de ma vie ; Et toutefois, hélas ! je ne leur porte envie, Pourvu que vous ayez pitié de leur meschef.

Vous me laissez tout seul en un tourment si gref Que je mourrai de deuil, d'ire et de jalousie : Tout seul, je le voudrais ; mais une compagnie Vous me donnez de pleurs qui coulent de mon chef.

Que maudit soit le jour que la flèche cruelle

M'engrava dans le cœur votre face si belle.

Vos cheveux, votre front, vos yeux et votre port.

Je devais mourir lors sans plus tarder une heure; Le temps que j'ai vécu depuis telle blessure Aussi bien n'a servi qu'à m'allonger la mort.

102 LES AMOL'KS

Quand je suis tout baissé sur votre belle face, Je vois dedans vos yeux je ne sais quoi de blanc, Je ne sais quoi de noir, qui m'émeut tout le sang. Et qui jusques au cœur de veine en veine passe.

Je vois dedans Amour qui va changeant de place, Ores bas, ores haut, toujours me regardant, Et son arc contre moi coup sur coup débandant. Las! si je faux, Raison, que veux-tu que j'y fasse?

Tant s'en faut que je sois alors maître de moi Que je vendrais mon père et trahirais mon roi, ^lon pays et ma sœur, mes frères et ma mère;

Tant je suis hors de sens après que j'ai tâté A longs traits amoureux de la poison amère, Qui sort de ces beaux yeux dont je suis enchanté.

DE MAKIE 103

Je reçois plus de joie à regarder vos yeux Qu'à boire, qu'à manger, qu'à dormir, ni qu'à faire Chose qui soit à l'âme ou au corps nécessaire. Tant de votre regard je suis ambitieux.

Pour ce, ni froid hiver, ni été chaleureux Ne me peut empêcher que je n'aille complaire A ce cruel plaisir, qui me rend tributaire De vos yeux, qui me sont si doux et rigoureux.

Marie, vous avez de vos lentes œillades Gâté de mes deux yeux les lumières malades, Et si ne vous chaut point du mal que m'avez fait,

Au moins guérissez-les, ou confessez l'offense;

Si vous la confessez, je serai satisfait,

>Ie donnant un baiser pour toute récompense.

Si j'étais Jupiter, Maîtresse, vous seriez Mon épouse Junon; si j'étais roi des ondes, Vous seriez ma Téthys, reine des eaux profondes, Et pour votre maison l'Océan vous auriez.

Si la terre était mienne, avec moi vous tiendriez L'empire de la terre aux mamelles fécondes, Et, dessus un l)eau coche en longues tresses blondes, Par le peuple en honneur déesse vous iriez.

Mais je ne suis pas Dieu, et si ne le puis être : Le ciel pour vous servir seulement ma fait naître. De vous seule je prends mon sort aventureux.

Vous êtes tout nion bien, mon mal et ma fortune. S'il vous plaît de m'aimer je deviendrai Neptune, Tout Jupiter, tout Roi, tout riche et tout heureux.

DE MARtE 105

^farie, ainçois raon ciel, mon sort et mon destin, Quand d'un baiser d'amour votre bouche me baise Je suis tout éperdu, tant le cceur me bat d'aise. Entre vos doux baisers puissé-je prendre fin !

Il sort de votre bouche un doux flair qui le thym, Le jasmin et l'œillet, la framboise et la fraise Surpasse de douceur, tant une douce braise V ient dç la bouche au cœur par un nouveau chemin,

Il sort de vos tétins une odoreuse haleine,

(Je meurs en y pensant) de parfum toute pleine.

Digne d'aller au ciel embaumer Jupiter.

Mais, quand toute mon âme en plaisir se consomme Mourant dessus vos yeux, lors, pour me dépiter, Vous fuj'ez de mon col pour baiser un jeune homme.

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