JE MARAIS
Les provinciaux et une très grande quantité de Parisiens regardent le Marais comme un quartier exclusivement ridicule. Qn s'est tant moqué du Marais ! C'est un pays de portiers, de rentiers, d'employés à la Monnaie ou au Montde-Piété, de petits commerçans honnêtes, mais pillards, de marchands de vins admis à la retraite, — en un mot, de toute cette portion du genre lumiain que noti-e siècle écrase sous la foudroyante dénomination d'épiciers.
Vaudevillistes et romanciers font depuis trente ans assaut d'esprit douteux et ressassent , contre le Marais , trois ou quatre douzaines de plaisanteries faisandées. — Il y a surtout cet intrépide bataillon de porte-plumes dont la spécialité est le roman populaire, ainsi nommé parce qu'il se moque du peuple elïrontémenl et lui fait un cours complet de français de barrières. Ce -gai troupeau s'acharne sur le Marais ; il le dévore pièce à pièce pour la plus grande joie des grisettcs du reste de la ville ; il le drape si bel et si bien, que nul cocher de citadine ne p'eut entrer dans la rue Saint-Louis, sans se comparer avec orgueil, lui et ses rosïe-;, aux stupides bourgeois qui l'entourent.
Pauvre noble Marais ! — et c'est à ['élégante Chausséed'Antin qu'on te sacrifie I...
Ils n'ont vu, ces plébéiens de plume, que les rides sévères de tes vieux murs et l'herbe qui croît le long de tes rues désertes. Ils se sont attristés à ton solennel silence. Ils t'ont maudit, parce qu'il leur faut, pour aviver leurs banales imaginations, le bruit, la foule, le gamin qui piaule, la fillette ([ui gazouille, le gaz, l'asphalte, les cigares et le blanc horizon de masures toutes neuves; asiles étriqués du luxe petit et des m.esquines magnificences I
Oh ! certes, les estaminets voisins de l'Opéra ont plus de lumière et de cristaux que les buvettes de la rue Saint-Antoine Le café de Paris n'a point de rival au-delà du Temple, rt les magasins de la rue du Mont-Blanc se présententmieux que les boutiques du bord de l'eau. — Mais à part ces choses, dont nous ne refusons point de tenir compte, h qui demeure l'avantage? Comparera-t-onSaint-Merry ou Saint- Paul à cette boîte de stuc enlummée, à ce colifichet de goût bourgeois qui, sous. le nom de Nolre-Danie-de-Lorette,sPrt de lieu de rendez-vous aux amoureuses du faubourg Montjnartre? Osera-t-on mettre, sinon en raillant, le plus joli..
le moins ridicule des petits cubes de moellons guillochés' qui avoisinent le boulevard do Gand, à côté, par exemple, du grandiose palais des cadets de Rohan?...
Il ne s'agit point ici de parti-pris pour ou contre un ordre d'idées sociales. Nous parlons des choses do l'élégance et de l'art. — Les deux quartiers, d'ailleurs, sont également aristocratiques. L'un a conquis depuis des siècles ses titres de noblesse, l'autre a de beaux deniers sonnans pour payer les siens, et draper du mieux qu'il peut sur ses épaules novices quelque bribe écourt^e du manteau des gi-ands seigneurs.
Tous deux ont îles patrons dont ils s'honorent. La Chaussée-d'Antin met les siens dans l'Almanach du Commerce ; le Marais sculpte au fronton de ses hôtels les écussons dt? Bourbon, de Lorraine, de Rohan, de Béthune. d'Albret, de la Force, de Bretagne, de Lesdiguières...'
Tous deux ont des monumens... Mais qui donc, s'il vous plaît, a bâti ces blafardes maisons du quartier Saint-Georges ? — Nous ne savons. Ce qui est certain, c'est qu'il fallut le génie de Philibert Delorme pour édifier, nie Culture- Sainte-Catherinc, ce charmant hôtel de Carnavalet, à la façade duquel Jean Goujon accola quelques-unes de ses merveilleuses cariatides : Philibert Delorme, l'auteur du por-, tail de Saint-Gervais, qui no ressemble guère, n'est-ce pas, au porche bâtard du lemgle-prison de la rse Chauchat.
Il faut bien le dire, dussions-nous passer nous-mêmes pour im épicier du Marais, l'hôtel Laffitte ne nous satisfait pas autant que l'hôtel de Soubise ; nous préférons î'hôtel ^d'Angoulême à la maison de monsieur de Rothschild. Vignoles, Jacques Desbrosses, Jules llôrdouin ne nous semblent pas inférieurs nimessieurs tel et tel.— C'est sans doute un goût pitoyable.
Il nous arrive parfois de contempler avec amour l'harmonieuse enceinte de la Place-Royale, ce noble et gentil palais que ne visite plus la cour de France, mais qui n'est n'est pas veuf de toute royauté, puisqu'un poète en a tait son Louvre.
Partez de ce centre. Allez au hasard. Partout vous Iroivverez l'art sur votre route. — Voici la demeure de Sully ;
— plus loin, perrière l'Arsenal et au-delà de la Seine, voici l'œuvre de Levau, l'hôtel Lambert, où l'cfîiteur des Mystères de Paris a placé la scène d'un beau roman ; — voici d'un autre côté de seigneuriales retraites bâties par les deux Mansard, l'hôtel d'Humières et ce petit palais que Mansard neveu se fit à lui-même dans la rue des Toiirnélles.
Et tant d'autres dont les noms seuls rempliraient des pages ! . . .
Plus tard, Bernin, de Wailly, Pe}Tonnel , Rousseau apportèrent leur pierre à l'édifice. — Tous nos architectes, on petit l'affirmer, ont mis la main à l'œuvre pour élever cet immense monument historique, sur la vieille gloire duquel glisse, impuissant, l'outrage de l'idiote ignorance.
Et les peintres ! — Saura-t-on dans cinquante ans le nom des vitriers qui décorent au rabais les salons de la finance?
— Là-bas, le Rosso et le Primatice ont enroulé, il y a des siècles, autour des salles et des galeries de longues guirlandes de nymphes chasseresses; Jacques Jordaens a prodigué sur les panneaux l'opulente couleur de Rubens, son maître. A difïérentes époques, van Huysum , van Spaendonck, Robert, Oudry ont peint ces bouquets si beaux, ces faisans dont le plumage chatoie, ces fruits mtjrs, qui semblent se détacher en relief au-dessus des portes ; Nauteuil a touché ces inimitables pastels...
Simon Vouet a décoré ces murs. Ces portraits sont de Rigaud. Vandermeulen a signé ces batailles. Ces|ilafonds appartiennent à Mignard le Romain, à Lebrun, à Lesueur.
Lesueur! notre grand peintre parisien, qui ne vit jamais -Rome et dut toutes ses inspirations au ciel de la patrie ! Une seule maison de l'île Saint-Louis, cette annexe du Marais, confondu avec lui dans un mépris commun, l'hôtel Pimodan, '— dont une plume gracieuse et chère au monde élégant nous a réccnjnieut promis rinstoire, — garde dans
PAUL FÊVAL.
on enceinte, pleine encore des souvenirs de Richelieu et de Lauzun, presque autant de Lesueur que le Louvre !
Et les sculpteurs ! — N'avez-vous point souri de pitie a la vue de ces assiettes de plâtre d'où sort, bien peignée, une l^to de page ou de châtelaine, et qui ornent toute farade neuve prétendant à la distinction? — Passez le boulevard. Descendez une fois, heureux citoyens du quartier Satnt-Uzarc, jusqu'à ces pays perdus qui avoisinent l'emplacement de la Bastille. Vous y trouverez, au lieu de vos médaillons maigres, des balcons de grand style, soutenus par des esclaves de Germain Pilou, des écussons dont les supports exercèrent le ciseau d'Anguier, des cariatides de Goujon et de Milon. Dans lesjardins, vous rencontrerez, au milieu d'une pièce de gazon, sur son piédestal rongé par la mousse, une statue de Puget, un groupe de Coustou l'Ancien, des vases dont Michel Boudin trancha dans le marbre les courbes attiqùes...
Tout cela est bien vieux I... — Hélas! oui, mais no serait-ce point qu'il vous déplaît h vous d'ôtre d'hier ?..
Et puis nous vous connaissons pour le vieux de passionnées tendresses. Quelciucs maçons d'entre vous n'ont-ils pas fait des fenêtres ogives à leurs bicoques déguisées en cathédrales gothiques et offertes à l'admiration fougueuse des débitans de la barrière des Martyrs?— Qu'est-ce à dire ! Mais vous avez adoré le moyen-âge ! vous avez porté, infidèles à la casquette de loutre, la toque couleur locale de Buridan ! —Nous avons vu vos enseignes,.illustrées Dieu sait comme ! chercher la nouveauté dans les illisibles caractères de la Renaissance ! —Vous ne détestez point que l'on vous fasse ducs de temps à autre, — et votre salon, nous voudrions en faire la gageure, s'entoure des fauteuils grassouillets qu'inventa tout exprès pour vos seigneuries le tapissier de madame la marquise de Pompadour.
Eh bien ! le Marais a ses racailles et ses bergeries. Il est de l'âge de Marot, mais il est aussi de l'âge de Voltaire. Watteau et Boucher sont là auprès du \ieux Clouet ; tout près de Jean Goujon, vous y trouvez Coysevox, Coustou jeune et Girardon.
Reste le paysage. — Vous nous montrez avec orgueil Montmartre, votre colline chérie, nwre féconde de ce plâtre qui est votre granit, votre marbre et votre porphyre. De Montmartre, à l'aide de lunettes, on aperçoit Paris, tout Paris. C'est flatteur.— Prenez avec nous l'une de ces voies étroites, baptisées il y a cinq cents ans, qui mènent de là rue Saint-Antoine au bord de l'eau, entre le mail de Henrie iV et le pont Marie. Nous sommes sur le quai Saint- Paul. L'horizon s'ouvre tout à coup. La lumière nous inonde.— Comme ce paysage est vaste et varié ! comme il séduit 1 — Voici à'gauche, se mirant dans le fleuve, l'Arsenal, œmTero5'al, où Sully (nous avouons que la chose est passée démode !) économisait les deniers de la France. Ses dépendances, irrégulièrement groupées, s'appuient à l'ancien couvent des Célestins, comme pour Offrir une maté- Tielle image, de la vie d'autrefois, où l'on trouvait toujours le soldat aux côtés du prêtre. Devant nous, par delà l'île Louviers, s'étagent les verts massifs du jardin^dcs Plantes, flanqués des deux côtés par les chrétiennes murailles do deux hôpitaux. Par un heureux hasard, les maisons pressées do l'île Saint-Louis nous cachent les baraques symétriquement alignées do la halle aux vins, et envoient nos regards jusqu'à la coupole harmonieuse du Val-de-Grâce, dont la croix brille au loin et fait honte au dôme décoiffé du Panthéon. — Vers l'occident se présente une sculpture gigantesque, qui semble servir de poulaine au grand vaisseau de la Cité. C'est Notre-Dame avec sa confuse forêt d'arcs-houlans, au-dessus desquels se dressent les doux tours jumelles, orgueil du vieux Paris. — Puis, ce sont, au delà du gracieux profil de l'Hôtel-de-Villo, les toits piquans du Palais-de-Justice, et la ligne immense des quais, fermée par l'arête rigide des Tuileries...
Vous avez de commodes trottoirs, des passages vitrés, du gaz en abondance. Jouissez de ces bienfaits, mais ne raillez pins lo vieillard, endormi dans sa gloire éclipsée. Il était si beau jadis, aux jours de sa jeunesse I-r'Vous êtes
élégans à la manière des gravures de modes que dessinent les tailleurs : soyez démens et daignez regarder sans rire ce qui reste des nobles splendeurs du passé.
Notre histoire se renoue dans l'un de ces grands hôtels du Marais, contemporains de la Ligue, voire quelque peut ses aînés. La façade à deux étages, surmontés de toitures escarpées, donnait sur la rue Culture-Sainte-Cntherine, dont elle était pourtant séparée par une cour close. L'aile droite longeait, en retour, la rue des Francs-Bourgeois, de sorte que la tourelle en coquille dont le relief saillait hors de l'angle extérieur, regardait l'ancien terrain de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers. L'autre aile, affectée autrefois aux remises et écuries, s'adossait aux maisons construites sur l'emplacement du couvent des frères Bleus. Derrière le corps de logis principal s'étendait un jardin irrégulier, rejoignant la rue Payenne.
C'était un édifice de style altier et sévère. Un perron de huit marches montait à la grande porte qui s'ouvrait sur un vestibule pa\ é de marbre blanc et violet, dont les losanges alternatives s'enchâssaient en échiquier. Ce vestibule était éclairé d'en haut par une cage vitrée ou ciel qui mettait en lumière les statues de l'escalier et les capricieux dessins de la haute rampe de fer.
Sur chaque marche, on voyait un vase élégamment ciselé qui, aux jours de gloire du Marais, avait, rempli de fleurs, embaumé la route des brillans salons de fêtes. — Dans ces vases il n'y avait plus de fleurs.
Des deux côtés des paliers spacieux, deux portes présentaient les riches moulures de leurs doubles battans. — Mais, à ces portes, non plus qu'à l'entrée du vestibule, il n'y avait plus de laquais en li^Tée.
Tout était immobile, désert, silencieux.
L'herbe croissait entre les pavés de la cour et traçait autour de chacun d'eux un cadre étroit de verdure.
A travers les fenêtres de la façade, on apercevait le bois sombre des contrevens fermés.
Au dehors, c'était une tristesse pareille. Le passant n'apercevait ffu'une porte éternellement close, au dessus de laquelle des sculptures martelées montraient encore les restes confus d'un écusson et de ses supports.
L'o'il expert d'un héraut eûtdistingué, sou^ l'outrage du marteau de 93, les émaux bien connus d'une famille illustre, dont l'écu pend de nos jours à l'une des colonnes de la salle des Croisades ; mais le regard distrait du profane glissait sur ces emblèmes oubliés, et nul n'arrêtait sa course pour épeler les lettres gothiques de la devise qui enroulait autour du cartouche sou cri chevaleresque :
duc îîifu vcnit iîttttUfpré !
C'était en effet l'hôtel de Maillepré, — le grand hôtel, — car, sous Louis XV, Raoul, duc de Maillepré, avait faif construire une nouvelle demeure au faubourg Saint-Ho-. noré.
Monsieur le duc de Compans-Maillepré, pair de Fra'ace, grantl d'Espagne de première classe, et très puissajit en cour, en était alors propriétaire, comme de tous les biens de la branche aînée.
La majeure partte des vastes lîâtimcMis était inhfibitée. Un seul locataire occupait le corps de logis principad. C'était un étranger, —un Anglais probablen-'cnt, — monsieur Williams, lequel avait avec lui deux domestique;; et un vieil homme que l'on croyait être son père.
Ces quatre personnages menaient une vie "fort retirée. — On ne voyait jamais le vieillard, qui prenaiit l'air seulement à de longs intervalles sous les massifs ii npénétrables du jardin.
Les deux valets, d'aspect décent et digne, n?avaicnt avec le concierge de l'hôtel que les rapports absol'am»ent nécessaires. Ils se montraient en toute occasion véstsrvés, discrets, taciturnes.
Monsieur Williams enfin sortait parfois, niais ne recevait jamais personne.
De temps en temps, derrière les contr'^vens foi'j.'ûés des
us AMOURS DE PARIS.
hautes fenêtres, on entendait tout à coup des hurlemens furieux ou lamentables.
Cela durait peu, les voisins avaient à peine eu J'e temps de s'émouvoir que tout rentrait dans le silence.
On prétendait qu'eu aflermant l'hôtel à l'homme d'affaires de monsieur de Compans-Maillcpré, monsieur Williams avait stipulé que son bail serait rompu du jour où un autre locataire viendrait partager avec lui le corps de logis dont il n'occupait cependant qu'une portion fort minime.
Il y avait là-dedans quelque chose d'étrange. Les voisins soupçonnaient vaguement un mystère derrière ces noires et silencieuses murailles.
Mais si le mystère existait, l'esprit curieux et quelque peu provincial des bonnes gens des alentours ii.? voyait nul jour à le pénétrer. — Le concierge, dont la loge, tapie en un coin de la cour, gardait toujours sa porte soigneusement close, avait lui-même un aspect froid et fait pour décourager les cancans. — C'était un homme de cinquante ans, à la taille athlétique, dont les cheveux grisonnans, longs et incultes, tombaient sur une veste de paysan breton.
Il avait mi regard ferme et triste. — Un physionomiste eût trouvé de la bonté sur son large visage aux lignes énergiquenieut heurtées, mais ses voisins ne voyaient en lui que ses gros sourcils et la sauvage exubérance de sa chevelure.
On ne l'approchait guère.
Il habitait seul la loge où il travaillait le jour et une partie des nuits au métier de grillageiur.
Il s'appelait Jean-Marie Biot.
Tous les jours, matin et soir, Biot s'absentait durant une heure. L'Auvergnat du coin tenait sa loge durant cet espace de temps moyennant rétribution.
Il va sans dire que cet Auvergnat était, pour ce fait, le point de mire de toutes les curiosités du quartier. Mais, à part la discrétion dos honnêtes enfans de l'Auvergne qui Cht proverbiale et à laquelle nous ne croyons point, le montagnard avait ses raisons pour se taire, — il ne savait rien.
Tout ce qu'il pouvait dire, c'est que, tous les jours, Jean- Marie Biot (juittait sa loge à la mêm.c heure avec une ponctualité sévère, et se rendait invariablement au même lieu.
Ce lieu était l'aile droite de l'iiôtel qui n'entrait point dans laconvention faite entre l'homme d'aftaires du duc de Compans et monsieur Williams, et dont on avait pu par conséquent alTermcr une partie à des tiers.
Un an auparavant, on avait vu, à la tombée de la nuit, un antique iiatîe s'arrêter à la porte cochère de l'hôtel. Ce fiacre contenait une femme desséchée par l'âge et qui semblait personnifier le dernier période de la vieillesse. Une jeune fille de vingt-deux ans, belle, mais pâle et comme pétrifiée, était à côté d'elle.
Biot avait aidé la jeune fille à descendre et porté la vieille dame dans ses bras jusqu'aux appartemens de l'aile droite.
Le fiacre contenait encore un jeune homme aux traits admirablement nobles, mais fatigués et comme flétris, — et une entant do seize ans, au visage angélique, dont le charmant sourire adoucissait le caractère sombre et désolé de cette muette arrivée.
Depuis lors, on n'avait plus revu ni la vieille femme ni l'aînée des deux jeunes filles. Elles étaient entrées à l'hôtel. L'avaient-elles quitté de nuit ou y étaient-elles encore ? — On uf^ savait. '
La plus jeune des deux sœurs et le beau jeune homme sortaient tous les matins et revenaient tous les soirs. Ils avaient l'air bien pau^Tes. Le jeune homme portait le bourgcron bleu de l'ouvTier; la jolie enfant avait le costume des filles du peuple que la lionte n'a point enrichies.
Biot seul savait le nom de cette famille. — C'était chez elle qu'il se rendait lorsqu'il abandonnait sa loge.
De sorte que, entre ces pauvTes gens, comme entre le
riche Anglais et la curiosité publique, il y avait un voile 1 épais...
! Et l'immense demeure semblait morte. Le soufïle de ses j hôtes mystérieux no suffisait point à réchauffer sa vaste
solitude. — Ses grands murs s'élevaient froids et sombres I sur deux voies silencieuses.— Cela était beau, mais triste ! et morne jusqu'à glacer le cœur.