CHAPITRE XX f. EN SURSAfJT
Avant l'arrivée du magistrat et des constables amenés par le muet Roboam, j'étais restée seule avec r^on père.
Isma(i était plein de vie, milord. En se vo\ant vaincu par son esclave, il avait feli tla suffocation immi^diale afin de le faire lâc'ier prise. Ensuite il s'était h'i.ssé garrotter parce qu'il ne pouvait deviner le dessein de Roboam.— Miu-mêine, mainte naut que J'y pense, j'ai peine à concevoir comment celte idée :)\ait |iu germer dans l'esprit du ni;;et, et je ne puis l'expliquer qu'en pensante qu'une terreur supirstilieuse lui déletidait, même en ce moment d: suprêmo colère, de tuer Ismaii de sa main.
Eu sortant, Rubf.am m'avait énergi(]uen)ent défendu, à J'aide de s.n expiessive panioiuinie, de détacher les liens de mon père.
Ce moinement avait révélé ma présence à Isniaïl 11 changea (le couleur, et sa ino'ile physionomie refléta raiiidcmiiil plusieurs seiilimens opposés: la coleie d'abord, puis l'espoir.
Dès que Roboam eut refermé la porte, ce qu'il fit soigneusement et à doable tour, mon père prononça doucement mon nom.
Je ne répondis pas, milord, et je ne bougeai pns. Je vous l'ai dit : j'éiais littéralement fou(troyce. Le plafond de la chaiHbre eût craipié au-dessus d.-moi que je n'aurais pas pu faire un mouvemeiit pour me sauver.
— Susannab! répéta Ismaïl avec une inflexion de voix care&sanie.
Même silence de ma part et même immobilité.
Mon père fronça le sourcil ei fit effort pour rompre ses liens. Mais Robuam avait noué les cordes avec et t e vigueur que donne la colère, et les cordes ne cédèrent point.
Ismaïl retomba épuisé et courha la tête.
Dieu m'est témoin, milord, que j'aurais voulu le secourir. Non pas parce que je prévoyais le dénoûment préparé par Roboam à celle scène, mais parce qu'il souftrail...
J'étais impuissante, toujours — Il semblait qu'une main pesante et glacée comprinâi mon cerveau Je ne souffrais pas. — La mort dnit être cela, Brian.
— Susaniiah, Susannah ! me dit Ismaïl après quelques minutes de silence, j'ai été bien rruel envers vous, ma fi le... Je me repens... Je vous deman(lfc grâce... Piiié, Susannab, ces cordes m'entrent dans la chair... je souffre I
Je tis sur moi-même un si violent effort, que je domptai ma paralysie pour un instant et paivins à me soulever sur mes genoux. — Mais ce fut tout; je m'appuyai, haletante, à la chaise vide de Roboam.
— Bien, Suky I du courage, ma fille J s'écria Isma'il. Voici un couteau tout près de mui, — ei je ne puis le saisir ! ajoutat-il avec une rage soudaine... Ah ! je le tuerai saiis pitié, le misérable !... mais non, Suky, oh ! non, je ne tuerai personne si vous me délivrez... Vous aimez Roboam : je lui rendrai sa liberté !... Savez-vous, ma fi, le... je vous donnerai la maison des champs où vous avez passé auirefàs quelques mois, et là vous trouverez Brian de Laiicester... Vous le verrez sans cesse... à toute heure, Suky... et Brian vous aimera !
— Brian ! répétai-je d'une voix si faible qu'il ne m'entendit point sans doute.
Il vil dès lors que j'étais incapable de le secourir, et une expression de colérique amertume remplaça la feinte douceur dont il avait masqué son visage.
— Oh I que tu es bien une femme I dit-il en donnant à ce dernier mot un son d'inexprimable dédain ;— inutile ou nuisible!... Quand on n'espère qu'en toi, tu ne veux pas.,. et quand lu veux, tu ne peux pas I
Je pense, milord, qu'lsmaïl savait dès ce moment le péril qui le menaçait, car de minute en minute son rei;ard se ti^uriiait plus anxieux vers la porte. —Il voulut me donner le change.
— Vous ne savez pas ce qui nous attend ici, miss Siisannah, reprit-il avec ce sérieux affecté qu'on emploie pour persuader lis cnfaiis ; — c'est une chose airoce, ma fille!... Robuam a ferme les deux portes... INous n'avons ici nul içoyen de nous faire entendre... Il nous laissera mourir de faim.
Celte idée effrayante ne produisit sur moi aucun effet. — On entendit des pas dans l'escalier dérobé.
— Ecouli'z, Saky, dit-il alors en changeant de ton tout-àcoup; — c'en est fait! je suis perdu... Ce misérable s'est vengé cunime un homme civilisé ei)t pu le faire .. Ecoutez! des homii.is voi.t venir... des ju.es... des personnes ^ages, ma fille, ((ui tordent la loi comme un cable et s'en servent pour étrangler de temps à autre un de leurs seniblabbs... Piediles puini que je suis voire jière ; ils ous mettraient en prison tt vous ne pourriez plus m'êire utile... Car vous
LES m'STERES DE LONDRES.
êtes bonne, Snk)', et, quand vous aurez repris vos forces, vous ferez ce que vous pourrez pour m'enipècher de mourir....
— Oh ! oui, monsieur, répondis-]c.
— L s voilà !... Il est fielleux, Suky, que vous n'ayez pas pu \o\is roniellri! plus tût... Mais il y a loin d'ici à JNewgaie, et j'esp'>re...
La porte qui s'owvril lui coupa la parole.
Rolioani se prccipila dans ia cliansbre et désigna avec une rapidité de gesliculati n Ircnctique tous ks objets suspects dont je vous ai |jarlc, niilord.
Cette rapidité, qui prouvait que la colère du muet n'était point caluiée, ne put être égalée que par la prestesse avec laquelle riionime qui le suivait iuimédiatenieiU parcourut la chanibredu regard, j Cet Iionime était petit et maigre. Il portait sur le nez de lourdes lunettes de métal, et ses cheveux plats, collés h son front, semblaient habitués à se couvrir d'unt^ perruque.
Derrière lui venaient deux forts auxiliaires, vêtus de ce s'.ngulier costume, moitié civil moitié militaire, que j'ai su depuis être celui des policemeii.
Le petit homme était un commissaire de police.
Son premier coup d'œil lui avait sufli apparemment, car il prit une chaise, et s'assit sans façon auprès d'Ismail, toujours garrotté, que Roboa.j venait de traîner triomphalement au milieu de la chambre.
— Monsieur Ismaïl Spencer, dit le petit homme avec un évident contentement de soi-mêmt!,ie suis Robert Plound, esq., adjoint ou ommissairc de police de White-Cliapel... VoussaViZ, le luircau de LambertSireet, monsieur Spencer... Ah ! ah! voilàune singulière officine, monsieur... singulière, JemWcod, ajouta-til en se tournant vers les policemen; — très singulière. Peler Belojjghby !... hein ?... Vous avez eu soin, monsieur Spencer, de rassembler ici des preuves si convaincantes, — de si belles preuves, eserai-je dire,— qu'il n'est aucun besoin de dresser acte pour le moment... Je vais tout bonuemont mettre les scellés sur la porte de ce cabinet. Un cabinet fort surprenant, Jem ?... surprenant au dernier
, point, Beloughby? — Et vous conduire en prison, monsieur
i Spencer, s'il vous plaît.
} Mon père ne répondit point à cet étrange discours; — mais Roboam, qui se tenait debout derrière lui et dont toute l'atiitude exprimait la joie sauvage dune vengeance satisfaite, en accueillit la conclusion par ce cri rauque et affreux à entendre .qui était son sourire.
— Drôle de garçon, ma foi ! dit Robert Plound en.Je regardant pardessus ses Uinctles; — drôle de garçon, Jem Wood,hein?... S'il n'était pas particulièrement stupide de dire à un muet de se taire, je me croirais obligé de lui imposer silence. Peter Rsloughby... Allons ! mettez monsieur Spencer à même de nous suivre, mes amis... Cet homme sans langue l'a, ma foi, garrotté comme s'il n'eilt fait autre chose de sa vie.
On délia les jambes d'Ismaïl afin qu'il put marcher. Ses poignets seuls demeurèrent dans l'état où les avait mis Roboam.
— Mon ami, dit le commissaire à ce dernier, je ne suis pas en peine de vous trouver quand il en sera temps. Ce que vous venez de faire dénote un excellent naturel et prouve que
j vous noÉs aiderez, lors de l'instruction, à mettre la corde 'autourducou de monsieur Spencer... Mais, Jem AVood, et .vcus, Peler Beloughby, quelle est celle demoiselle? ]^es deux policemen me regardèrent.
— Ce doit être la fille de monsieur Spencer, reprit Plound, et je lui dois la justice de dire qu'il a la une fort jolie fille... Nous allons la conduire en prison.
Les deux policemen firent un pas de mon côté, mais Roboam s'elarça au devant d'eux et me saisit dans ses bras.
— Hein?. ..dit le petit commissaire : — cet homme sans langue prétendrait-il résistera a justice du royaume !...
Uoboam multipliait ses gestes expressifs. Par un sentiment tout différent de relui de mon père, il se rencontrait avec lui dans la même idée, et sa pantomime m'appelait sa Ijlle.
LE SIÈCLE. —
Le commissïire et les policemen ne comprenaient point.
— Qu'a-t-il, .lem VVood ?... demandait liobert Plound ; — qu'a-t-il, Peter Belûushby,je vous prie?... cet homme se démène comme un démoniaque, et, pour mon compte, je le trouve fatigant .. Faites votre devoir, mes amis.
La figure de Pioboam exprimait en ce moment une résolution terrible. Il se plaça, les poings fermés, au devant de moi, — et certes, milord, celui qui, sans armes, avait pu venir à bout d'Ismaïl armé, n'était pas un adversaire à dédaigner, mêaie pour deux policemen et un commissaire-adjoint.
Robert Plound le sentit, car il annonça l'intention de parlementer.
— Au fait, reprit-il, tous ces gestes veulent dire quelque chose... Je voudrais en faire la gageure... Voyons, mon ami, expliquez vous plus clairement.
Roboam prit ma main qu'il appuya contre son cœur.
~ Ah diable !... dit le petit homme, c'est bien différent...' Je ne comprends pas.
Ce fut alors que mon père ouvrit la bouche pour la première et la dernière fois durant toute cette scè#.
— Ne voyez- vous pas que cette enfantes! sa fille I prononça-t-il en haussant les épaules.
— Merci, monsieur Spencer, merci! vous avez, si j'ose m'exprimer de la sorte, tranché le nœud de la difficulté... Je me plais à reconnaître que l'homme sans langue a quelque apparencede raison de sou côté... C'est bien, Jem Woôd... c'est très bien, Peter Beloughby!. . allons-nous-en !
On nous fit sortir les premiers, Roboam et moi, milord, puis, mon père, placé entre les deux policemen, passa pour la dernière fois le seuil de son cabinet secret.
Le coQimissaire appliqua sur la serrure une bande de parchemin qu'il scella.
Nous descendîmes l'escalier et nous ariivâmes dans celle pièce que mon père appelait son boudoir.
— Vous éiiez bien logé, monsieur Spencer, dit PiObert Plound; mais à qui diable iront tous ces beaux meubles quand vous aurez été pendu?...
Mon père semblait être devenu d« marbre. Il traversa le b'udoir d'un pas ferme et disparut par la porte opposée.— Roboam et moi nous restâmes dans le boudoir.
Je ne savais pas bien encore, Brian, le sort qui attendait mon père. Son calme et surtoutla liberté d'esprit pleine d'indiffcrenee de cet homme qui venait de l'arrêter, ne me permetiaieiit pas de penser qu'il pût s'agir de vie et de mort. — J'ai vu depuis un juge interrompre une sentenca mortelle pour se retourner et recommander ù un bas officier de la justice la côtelette et le pudding qui devaient faire son déjeuner. — J'ai vu les avocats rire entre eux et ramener sur les yeux les boucles de crin de leurs perruques blanches pour cacher les éclats d'une intempestive et blasphématoire gaité, au moment même où la loi suspendait son glaivç sur la tête d'un homme; — mais alors, milord, je n'étais pas si savante que cela.
Ce qu'il y avait de positifet de certain, c'estqu'Isma'il était menacé d'un grand malheur et que P.oboam en était la cause.
Je n'avais guère la force d'approfondir cette idée et encore moins celle de faire des reproches à Roboam. Mon atonie, un instant galvanisée par les prières d'Ismaïl et la présence inattendue de trois étrangers, était revenue plus accablante et plus complète. J'étais étendue dans un fauteuil et je ne sentais rien.
Il se passa plus d'une heare ainsi, milord, je pense. Quand je rouvris les yeux, je vis Pioboam qui se promenait par la chambre, en proie à une incroyable agitation. — Q)a'il était changé, milord, et quelle expression de profond repentir remplaçait le sauvage triomphe qui animait naguère sa physionomie.Il se frappait la poitrine et sanglotait comme un enfant.
Je vous l'ai dit, il y avait entre lui et mon père quelque lien mystérieux que la terrible exaltation de sa colère avait pu seule le porter à briser. Lue fois sa colère passée, il mesurait sa faute et pleurait.
Dès qu'il me vit revenir à moi, il s'élança, tomba sur le lapis a mes pieds et couvrit mes niams de baisers. Puis,
PAUL FEVAL.
frappant sur ses pocbes où il y avait de l'or, il m'entraîna vers la porte.
Je compris qu'il voulait me faire sortir de la maison de Goodman's-Fields et je n'opposai point de résistance. Rien ne m'importait en ce moment; voire nom prononcé à mon oreille, Brian, n'eût peut-être pas eu le pouvoir de raviver ma torpeur.
Hélas ! sauf de courts intervalles où une souffrance trop insupportable allait me piquer au vif jusqu'au fond de l'âme, tel fut mon état durant une année. Pendant tout ce temps, j'ai été de pierre, milord, et j'en remercie Dieu, car s'il me fût re^té un atome de sensibilité, je serais morte; et la vie m'est bien chère depuis huit jours !...
La nuit était tout-à-fait tombée, lorsque Susannah arriva ù cette partie de son récit. Elle parlait depuis bien longtemps, et fut obligée de s'arrêter autant par fatigue qu'à cause de la douloureuse amertume des émotions rappelées.
La chambre n'était point parfaitement obscure, parce que l'éclairage du dehors frappait la surface blanche du plafond et envoyait aux objets de vagues et incertains reflets.
Habit *s déjà à ces lueurs douteuses, interceptées de temps à autre par un flux de brouillard ou par l'une de ces éclipses instantanées de gaz si fiéquenles dans Londres, Brian et Susannah se voyaient.
La belle fille, pûlie par la lassitude, avait sur ses traits une langueur qui la rendait plus charmante. Brian la regardait avec un ravissement extatique. 11 repassaitdans sa m.émoire les traverses de cette vie si jeune encore et si cruelle ment éprouvée ; il cherchait en soi de quoi compenser tant de douleurs et faisait à Susannah, dans son rêve, un féerique avenir...
Le bruit empêche de dormir, comme chacun sait ; le mouvement aussi ; mais lorsqu'on s'est endormi par le mouvement, l'immobilité réveille : ceci ne sera iiié par aucun voyageur coulumier du sommeil en malle-poste ou en diligence. De même, quand on a pris sommeil p;<r le bruit, le silence secoue l'engourdissement et chasse ce que les poètes nomment les pavots âepms des siècles.
Ce qui porterait à penser que le premier poète était un apothicaire.
Nous avions en vérité, besoin de cette transition habile pour arriver sans cahot à la petite Française, madame la duchesse douairière de Gêvres^ que nous avons laissée, — il y a bien longtemps, — dormant d'un sommeil paisible dans le cabinet noir.
Madame la duchesse de Gèvres, si nous ne faisons point erreur, mettait en œuvre toute son industrie, au moment où nous l'avons quittée, pour tirer parti comme il faut des ressources incroyables offertes par l'île déserte de Robinson Crusoé, et vivre aussi confortablement que possible dans cette solitude.
Mais, voyez le néant des transitions! — Ce ne fut pas du tout le silence subit de Susannah qui fit sortir madame la . duchesse de Gèvres de sa léthargie. Cette petite femme dor- \ niait si sérieusement, si résolument, si vaillamment, que Susannah aurait pu parler ou se taire, à son choix, pendant trois jours et trois nuits consécutives, sans troubler le repos de sa tante prétendue.
Pour l'éveiller, il ne fallut rien moins que l'une de ces péripéties bizarres et saisissantes dont fourmillent les aveutures de Robinson Crusoé.
Ce ne fut au reste ni le naufrage, ni l'incendie de son canot, ni la contrariété de ne point pouvoir se fabriquer une •■'A pipe, qui mit madaire la duchesse hors de son sommeil ; ce ef ne fut point l'une de ces averses monstrueuses qui continuent sans interruption pendant trois mois en ces climats poétiques, mais incommodes, où est située l'île de Robinson Crusoé ; ce ne fut pas mêaie...
Mais disons tout de suite ce que ce fut. Cefutle pied,— lepied sur le sable, — le pied de sauvage, ce pied fameux qui a fait venir la chair de poule à plus de vingt millions de lecteurs, depuis que Robinson existe, — ce pied nu, avec les quatre doigts et l'oi teil, pied d'anthropo-
phage incrusté, gravé en creux sur ia molle surface de la grève...
Oh ! ce pied I... quand madame la duchesse de Gèvres vit ce pied, une sueur froide courut par tout son petit corps. Elle se fit un bouclier de son parasol en peau de kanguroo, et voulut se raidir contre le péril, mais ce fut en vain.— Le pied étaitlà, menaçant, fatal, dessinant ses contours sinistres avec une correction de lignes éminemment diabolique...
Que faire contre ^e pied?... madame la duchesse de Gèvres s'éveilla en sur.saut.
Elle jeta autour d'elle son regard épouvanté et ne vit rien. Pas le plus petit palmier à chou, pas la moindre noix de coco. — Il faisait nuit, nuit noire.
Après s'être sommairement félicitée d'avoir échappé par miracle aux dangers du pied, madame la duchesse de Gèvres, qui était une femme de tête, se frotta les yeux et s'occupa de mettre de l'ordre dans ses idées.
Elle s'était endormie alors qu'il faisait grand jour : les deux amans, à celte heure, étaient en présence. — Y étaientils encore?... Et qu'avaient-ils pu se dire?
C'était là la question, et c'était une question effrayante.
— Sotte que je suis I murmura la petite femme avec un véritable regret ; — j'ai dormi I j'ai doimi plus de deux heures !... Pendant ce temps ma chère nièce a pu lui dire tout à son aise ce qu'il ne devait point connaître... Ah! lord ! si ce coquin de Tyrrell pouvait savoir cela 1...
Comme elle prononçait ces mots, une main saisit son bras dans l'ombre et le serra fortement.
Elle étouffa un cri de terreur.
— Tous étiez là, milord ! dit-elle.
— Le coquin de Tyrrel était là, madame la duchesse, comme vous voyez, répondit l'aveugle.
— Je vous jure... «
— Taisez vous !...Vouj avez bien fait de dormir, Maudlin, et, en disant que je suis un coquin, vous ne vous avamez pas beaucoup, sotte bavarde... Seulement, assurez-vous que je ne suis pas là avant de le dire désormais...
— Milord...
— La paix, Maudlin !.. N'allez-vous pas penser que je vous eu veux, sotte ciéature !... Je vous le répète : Vous avez bien fait de dormir .. Si vous aviez veillé, Maudlin, vous eussiez entendu des choses, — (jue vous auriez comprises peut être, car vous êtes avisée pour deviner ce qui ne vous i:'garde point, — et alors, il aurait fallu vous réduire au silence...
D'ordinaire, l'aveugle Tyrrel était fort loin de se montrer aussi communicatif. — La petite Française trouva aussi qu'il y avait dans ses paroles un ton de gaîté mêlée d'amertume qu'elle n'y avait jamais remarqué.
— Oui, reprit-il avec une sorte d'enjouement sarcastique ; — madame la princessea parlé, Maudlin, beaucoup a parlé. . Et il a été question souvent d'un homme que j'ai connu assez particulièrementautrefois... Entre cet homme et moi, on a établi une comparaison qui pourrait avoir sur ma parole des suites très fâcheuses, si on nesehfttaitd'y metlreordre... Qu'ont-ils dit avant que vous dormiez, Maudlin?
La petite femme recueillit ses souvenirs et raconta l'équipée romanesque de Brian dans les jardins royaux du château deKew.
— Ah! c'est lui ! s'écria-t il ; c'est ce maître fou qui a fait cet exploit 1... mais on ne parle que de cela dans la ville, pardieu !... Ah ! ah! voilà par exemple un heureux hasard, et cette bonne Rouvellevous absout complètement, Maudlin...
La chambre oU se tenaient Susannah et Lancester s'était illuminée dans l'intervalle. Un valet venait d'y apporter des bougies.
— Mais écoutez, Maudlin, écoulez!. ..la voilà qui va recommencer, et la fin de son histoire vous intéressera sans danger pour moi... pour l'association, veux-je dire, comme bien vous pensez... Il s'agit d'une exécution capitale... Vous savez, la pendaison de Spencer?... J'y étais, Maudlin, mais placé de telle sorte que je ne jouissais pas du tout du spectacle... et je ferai bien aise d'apprendre quelle figure fit le juif en celte circonstance.
LES MYSTERES DE LONDRES
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Tyri'M proiioiiçi rcs niois aver- i. ton de cyiiiiiiio f..nfaropiiale, i.iais il y a ait une spcr (e liurreiir soitssa jacl;!!)!-?, et la peiite Franç.aiso, a la faible lueur des Lougics voi-iiies passant à tiaveis U-s Irous du vt>rre rrridu o, aque, crut \oir •ifs gouiiclittes deiucui- briller sur la bla'arde pâleur du froni de l'aveugle.