CHAPITRE IV
Il était un peu moins de minuit.
Jean-Marie Biot veillait seul dans sa loge et travaillait.
Sainte et Gaston écoutaient les merveilles du dernier acte de Mots».
La duchesse douairière dormait enlouiedans l'édredon, derrière le double rempart de ses opaques rideaux de soie.
Il faisait un temps doux et humide. La lune, cachée sous des nuages, disséminait les rayons de son disque invisible et blanchissait toute l'étendue du ciel.
Une femme, enveloppée des pieds à la U){e dans une mante de soie noire, se glissait craintive le long des allées du jardin de l'hôtel de Maillepré.
De ce côté les lenêtres du premier étage de la façade étaient éclairées. Comme nul bâtiment ne commandait cette partie do' l'hôtel défendue contre le regard par les grands arbres du jardin, il n'y avait sur les carreaux des croisées qu'un simji'e rideau do monsselino.
A supposer même que les localairr:'S du corps de logis eussent ijuelques roi=ons de se cacher, comme Ic's gens du quartii'r aimaient à le croire, tonte |.r(>.-aiilion cùl été ici superllue. Le jardin leur appartenait CAclusivemenl : eux seuls et Biot devaient en avoir la clef.
Aussi la femme qui le travenait en ce monieiit semblait avoir grande peur d'être aperçue. A la voir se faire un abri de chaque tronc d'arbre etglisser sans bruit sur le sable des allées, on eût pu croire qu'un dessein mauvais l'amenait en ce lieu.
PADL FÉVAL.
Souvent olle so relournait, cf!raypt\ comme si elle oui rraiiit (i(^ voir s'ouvrir quoique fenêtre do l'hiMel. — Elle distinguait alors une sMude l'orme lunnainedont lonibre so projetait eu noir sur les rideaux. — Celte l'or allait et venait, gestinilant avec une vivacité frénétique. — Ses membres, dessinés sur la mousseline avec la précision d'une ombre chinoise, semblaient é'ire entièrement nus.
Bertbe de Maillepré,— c'était elle, — poursuivait sa roule cl se hàtail.
-arrivée à la porte du jardin donnant sur la rue Payenne, elle mit en tremblant la clef dans la serrure, mais elle ne la tourna point. L'une des fenêtres de l'iiùtel venait de s'ouvrir avec fracas. Bertbe lâcba la clef pour contenir les batlemens de son cœur, et jeta en arrière uu regard d'épouvante.
Elle vit quelque chose d'étrange, — une scène à laquelle la miit du dehors et la vivo illumination du dedans prêtaient un a-ipecl de tantaslique diablerie.
In boniuie nu, que la lunùère frappait par derrière et qui par conséquent semblait tout noir, moula sur l'appui de la croisée en modulant un chant bizarre dont les paroles étaient en langue inconime.
Au moiiientoù il se balançait en équilibre au-dessus du vide, prêta so précipiter, deux autres hommes se ruèrent sur lui. — Une lulle .s'engagea.
Lc.5 combatlansse détachaient en silhouettes sur le fond brillant «l'une boiserie dorée où pendaient de riches cadres aux profondes échancrures. Tout cet arrière plan du tableau était éclairé très vivement et repoussait avec énergie les formes noires des trois hommes, dont criaque mouvement s'accusait et se dessinait à l'œil.
Le premier personnage, celui qui avait ouvert la fenêtre, prononçait dans la lutte, d'une voix creuse et gutturale, linéiques paroles entrecoupées Les deux autres unissaient silencieusement leurs eflorts pour tâcher de le contenir.
Bertbe, rapportant à elle-même celte terrible vision, pensait dans son trouble, la pauvre tille, qu'on allait s'élancer sur ses traces cl la saisir...
Un quatrième personnage, cependant, apparut. La lumière tombait d'à-plomb sur son visage pâle et froid. A sa vue, l'homme nu, qui tenait en échec ses deux adversaires, cessa subitement toute résistance et piit une humble posture.
La fenêtre se referma...
Bertbe retrouva quelque force et se hâta de tourner la clefdans la serrure. Elle s'engagea dans la rue Payenne.
La nuit du Jlarais commence à dix heures. Alors que le bouK'vard de Gand regorge de vie, de mouvement et de lumière, les lampes s'éteignent aux environs de la place Royale aussi ponctuellement que si le couvre-feu n'était pas, de[mis bien des lustres, avec les ribauds, les truands, les enclwticrs el les bonnes dagues de Tolède, dans le domaine ennuyeux de la chronique; à minuit, les réverbères fumeux n'éclairent plus «ju'une immense solitude, où les voleurs eux-mêmes, ces lnMcs assidus et nombreux de la voie publiiiue, se font rares. — (certains prétendent qu'ils en sont cliassi-s, non puiiil as^uréniçnt par crainte de la police, mais [)ar frayeur des revenans.
A de long-, intervalles, on voit [lasser, par ces rues ipie nulbruit n'éveille, un jeune lionime attardé que sa famille attend avec angoisses et que menace au retour la foudroyante abondance des semonces [laternelles, — un chiffonnier f;olliii|ue, porl;nit un chapeau de cent ans et cherchant, ?-i lanterne à la main, parmi h's ordures, ce billet do banque que tout chilloniiiwr (roiive avant de mourir, — une jolie dame \oili'e(pii a oublii' l'heure el qui revient... mais gardoiis-lui le secret! — une patrouille enfin, une bonne patrouille soiiinanibule, brillant le. pavé en dormant debout el laissant en chemin ses foulards et ses tabatières aux mains lies Arabes laniiMiques de ce désert...
C'est un silence [irofoiid (|u'interrotnpent à peine les murmure^ loinfiins de la ville, le trot d'une voiture ("garée, le mnicumenl des vieilles girouetlgs en liaut des toits
po.ntus, el, çà el là, celte plainte horrible, ce râle d'agonie (pii sort périodiquement de ci^s caves ardentes où des hommes se tuent à pétrir notre pain I
11 faut traverser par quelqu(> nuit de fêle les rues larges du vieux Marais pour voir tout ce (ju'ont d'imprévu cette solitude et ce silence à deux pas dos nocturnes folies du boulevard, pour sentir bien tout le charme mélancolique de ce quartier endormi depuis des siècles comme la princesse des contes de fées, el qu'a connu tel que nous le voyons aujourd'hui la jeunesse do nos bisaïeux....
Il n'y avait pas une âme dans la rue Payenne. Berlhe la suivit dans toute sa longueur et tourna celle du Parc-Royal, dans la direction du boulevard.
Berlhe se pressait, mais elle n'avançait guère. Elle avait prestiue désappris à marcher dans l'immobilité de .sa réclusion. Ses pas étaient incertains et inégaux. Elle glissait sur le pavé huileux. Souvent elle était obligée de s'arrêter pour apaiser l'oppression de sa poitrine, qui, habituée à l'air raréfié de la chambre de l'aïeule, se fermait aux émanations humides et froides de l'atmosphère chargée de brume.
Lorsqu'elles cessait ainsi de marcher jjour s'appuyer, essoufflée, à quelque borne, tout son corps tremblait sous l*s plis de sa mante de soie. Elle souffrait. Elle avait peur sans doute. — El pourtant, aux lueurs vacillantes des rérerbères, on eût pu voir un rayon de joie recueillie éclairer l'uniforme pAleur de son visage...
L'écho des murailles sédentaires apportait un bruit lointain. — Berlhe se relevait en sursaut et reprenait sa course.
Où allait-elle ?... Sans doute elle savait le chemin, car, après de courtes hésitations, elle faisait son choix résolument aux carrefours, el ne tâtonnait point.
La roule était bien longue cependanc. Berlhe parcourut toute la rue Neuve-Saint-Gilles, traversa le boulevard Beaumarchais, et s'engagea dans le.? interminables voies qui, à partir du canal Saint-Martin, grimpent, bordées de houti- (jues campagnardes, jusqu'aux collines du nord de Paris.
Ici encore de la solitude et de la tristesse, mais plus de grandeur. — Çà et là, parmi de basses masures, qui montrent de loin leur charpente misérable sous une couche parcimonieuse de torchis, se- dressent quelques vastes hâliniens. affectés surtout à ces industries que rejette le centre de la ville et dont on infecte par une préférence bien louchante les quartiers indigeus. A chaque pas, des ruelles tortueuses, étroites, longues s'ouvrent sur la rue et mè • nent on ne sait où, sur les derrières habités d'énormes chantiers de bois, dont les voisins ne brûlent pas même de la tourbe.
Ce n'est point un de ces cloa(]ues où les misères entassées fermentent, pullulent, exhalant leurs miasmes hideux, comme une protestation muette cl terrible contre l'insolent égoïsme de cette classe qui se laisse appeler, sans protester ni avoir honte •. les capitaux. — Car le vocabulaire commercial eu cjI arrivé à ce point de naïve impudeur L'argent se personnifie purement et simplemont. Il des hommes dont un coffre-fort est l'àmc et qui en conviennent! Le mot ca;>r7aZi.«/c avait certes de l'énergie, mais pas assez : il n'exprimait point suffisamment le cynisme de la nietamorpho.se. Il supposait derrière lui un homme et quelque chose comme un ca'ur. .Mes capilaiiwl c'est le sublime !... Il n'y a rien là-dessous (jue de l'or! — Ce ne sont en un mot ni la Cité flijvreuse, ni les rives officiellement assainies, mais toujours eiiipoisoniiées de la Bièvre.
C'est un(|uartier pauvre avec mesure, où l'on n'a faim qu'à demi. L'indigence n'y atteint point des proportions [loéliques. On y souffre sans hurler. — Il ne produit pas beaucoup plus û'éliungleurs que le boulevard de la Maileleini'...
Berlhe (Hait loin déjà de la place Royale et du vieil luîtel de MailLepré. La fatigue la gagnait. Ses jambes, amollies par le re|ios, fléchissaient sous le poids de son corps. Elle allait toujours pourtant, et suivait, soutenue par un ot)stiné courage, ces rues sans fin, qui se ressemblent toutes, lail-
LES AilOURS DE PARIS.
lées qu'elles sont sur la patron uniformo li'im long fau- , bourg de province.
Une fois dans la rue du Chomin-Vert, qu'elle avait prise en sortant du boule\ ard, Bcrlhe n'avait plus ehaiigé de direction. Elle suivit la rue des Amandiers, côtoyant les 1 murs du vaste enclos des Sœurs hospitalières de la Ro- j quetto. et aperçut enfin les grilles de la liarrière. j
Un long soupir de soulagement souleva sa poitrine... i Quelque part, aux environs, un duc de Maillepré avait eu sa Folie, aux temps où l'orgie tenait le sceptre en France par les mains do Philippe d'Orléans, f.c quartier de Popin- | court était alors on ell'et la terre classique des pclites maisons de la noblesse et de la haute finance. — Berthe, seule à cette heure, dësfrtant la garde de son aïeule, allait-elle jouer, triste et bizarre retour, le r(jle que jouaient dans les boudoirs secrets du noble duc les filles amorcées de la bourgeoisie?
Psut-être y avait-il dans la vio de Berthe une heure où l'héritière des chevaliers avait payé au fils du peuple l'an tique dette du déshonneur contractée aux siècles passés. — Mais cette nuit ce n'était pas une pensée coupable qui précipitait sa course solitaire.
Elle était au terme de sa course; elle venait de franchir la barrière des Amandiers. La porte close du Père-Lachaise était devaut elle.
Berthe reprit haleine un instant , puis elle tira doucement la sonnette du concierge. On fut longtemps à s'éveiller.
Enfin une voix grondeuse se fit entendre, à laquelle répondit la voix tremblante de Berthe.
Un homme vint à la porte. — Ce n'était pas la première fois que pareille chose arrivait sans 'doute, car il n'y eut entre cet homme et Berthe aucune explication.
La porte s'ouvrit. L'homme tendit la main. Berthe y déposa une pièce d'or et passa.
— Bien du plaisir ! grommela le valet du gardien en rclermant la porte pour aller se recoucher.
Berthe ne pouvait point venir de jour au cimelièrc , à cause de la duchesse, qu'elle ne quittait jamais un seul instant : il lui fallait donc attendre la nuit. Mais la nuit les cimetières sont fermés. C'était pour cela que Berthe cachait dans son armoire un métier à tapisserie; c'était pour cela qu'elle travaillait lorsque le sommeil de la vieille dame la faisait libre , et qu'elle priait Jean-Marie Biot de vendre le produit de ses veilles.
Quand elle avait amassé un louis, — et l'on est bien longtemps à gagner un louis ! — elle faisait ce ijue nous l'avons vue faire ce soir.
La vue de son but atteint sembla lui avoir donné une force nouvelle. Ce fut d'un pas assuré qu'elle traversa l'espace laissé vide entre la porte et les allées de cet immense parterre de tombeaux.
La lune avait toujours sou roilu de nuages. Ses rayons amoindris et comme délayés, trop faibles pour éclairer la noire verdure des massifs, mettaient au contraire de blafardes lueurs sur tout ce qui était pierre et marbre.
L'imagination serait impuissante à se figurer rien ([ui put ap[irocher de l'aspect funèbre de cette nuit pâle, mon- .trant partout dans de vagues ténèbres des myriades d'emblèmes de mort.
La mort est là, devant, derrière, à vos cotés, sous vos pieds; elle emplit vos poitrines avec l'air que vous venez respirer sur son domaine. Ces arbres au feuillage lugubre lui empruntent leur vigueur. Elle se cacherons ce gazon toulTu, ces pierres la recouvrent. Impossible de se soustraire à sa solennelle pensée !
Le c<rur se serre sous une étreinte de glace. Que de beauté ! que de force ! que de génie sous cotte herbe vile dont le tapis s'étend, niveau suprême, sur cette foule qui n'est plus!...
Berthe passait, forme et froide, parmi ces mystiques horreurs où l'âme d'un homme eût tressailli. Elle ne tremblait plus comme naguère.
Son pas silencieux glissait sur le gazon de ces petits sentiers qui dessi'rvent les carrés ou abrègoiit le chemin tortueux des all(fes. — En plein jour, les curieux s'égarent dans le vaste labyrinthe du Père-Lachaise, mais Berthe semblait deviner sa route à des signes invisibles. Sa marche se hâtait de plus en plus.
Elle quilla bientôt loiii clii'Tiiin tracé et s'arrêta devant deux pierres iuinolles, modestement couchées au ras du sol, et qui recouvraient les restes de son père et de sa mère.
Berthe s'agenouilla au pied de la croix de bois qui était commune aux deux tombes.
Elle pria. — Mais ses yeux restèrent sans larmes, et son visage garda sa morne immobilité...
A voir le recueillement ralme qu'elle mettait à cet acte froidement pieux, on se fût demandé si c'était bien pour cola que Berthe avait quitté le chevet de son aïeule...
Sa prière fut courte. Elle te leva et lit le tour d'un buisson de jeunes cyprès.
Elle était à dix pas de la tombe paternelle que le buisson lui cachait entièrement.
Il y avait là une petite croix du bois noir, entourée de fleurs desséchées. — C'était une tombi' d'enfant, autour de laquelle une main inhabile avait tracé une ceinture de gazon...
Vous vous êtes arrêté parfois devant ces fosses que nulle pierre ne recouvre et que le denier d'une mère indigente orna d'une croix modeste, où se lit un nom sous des guirlandes de fleurs...
Doux ange et pauvre fennne !
Que de joie Dieu lui a ravi !... Tous ses espoirs de mère, si heureux, sont là, sous cette toufle d'herbe où elle vient s'asseo i r et pie urer ! . . .
Berthe resta debout durant quelques secondes. Son sein se soulevait ; sa tète, inclinée, pendait sur son épaule.
Elle jeta un regard inquiet vers la tombe de son père et de sa mère, comme si elle eût craint de les avoir en ce moment pour témoins. — Son regard rencontra le buisson protecteur.
Alors elle ne se contraignit plus. Un sanglot déchira sa poitrine. Elle se laissa choir sur le sol et cacha son visage dans l'herbe, au pied de la petite croLx, eu étouffant co cri de son âme lirisée :
— Mon enfant!... mon enlàut!...
Elle baisa la terre doucement et comme une mère attentive baise le front de son fils endormi.
Puis elle se releva sur ses genoux, appuyant ses detu mains au gazon du petit tertre.
Oh ! qu'il y avait de passion maintenant et d'ineffable tendresse sur son visage immobile naguère et comme pétrifié! Le sang revenait à ses joues livides; les larmes inondaient ses yeux secs. — Cette pauvre âme, oppressée toujours et contrainte à s'envelopper d'un mystère épais, s'ou\rait enfin pour montrer à la fois sa douleur immense et les trésors de son amour indéfini.
— Edmond!... Edmond!!., disait-elle pai'mi ses sanglots; —mon fils !... me voici revenue !... Je t'apporte des fleurs... les belles fleurs que tu aimais tanl, mon petit ange!. ..C'est moi !... ta mère!... Ah ! que tu as froid sous cette terre humide... et comme elle detit peser sur toi, mon fils!...
De grosses larmes roulaient sur sa joue.
— Tu es si beau ! reprit-elle tout bas ;— à ([ui sont maintenant tes doux sourires?... mon Edmond! mon enfant chéri !... fainie-t-on au ciel autant que l'aimait ta mère?... Si tu savais comme je t'aime ! Sainte-Vierge ! ajouta-t-elle en élevant ses mains étendues avec un élan passionné; — gardez-moi sou cœur?... il est à moi... c'est mon fils... c'est mon Jésus!... Ah! parlez-lui de sa mère!...
Son front brûlant retomba dans ses mains. Elle demeura un mstant sans autres mouvemcns que ceux de sa poitrine, soulevée par les sanglots.
Quand elle dé^ç)uvrit son visage, les pleurs de ses yewx se séchaient. Son regard était rêveur et tendre...
— Je vieus de lo voir, luurinura-t-ellc lenlenicnl ; — poifr-
PAUL PÉVAL.
quoi pleurer?.. FI est chez Dieu... Dieu l'a mis dans un lit blanc où les anges le berceiit... Il est encore plus beau (ju'aulrelbis... et il aime sa pauvreraère, car sa petite main lui a jeté un baiser...
Elle lira de dessous sa mante un boutiuet de fleurs d'automne.
— Tiens, mou Edmond, dit-cllc; — tout cela est pour toi... Je les ai cueillies dans un grand jardin qui était à nos pères... J'ai eu bien peur en les cueillant, mais il me fallait des fleurs pour t'en laire uue guirlande... Mon enlant aimé, sens-tu leurs parfums?,.. Vois-tu leurs belles couleurs?...
Elle s'interrompit eu un tressaillement douloureux. Ses bras s'afl'aissèrent le long de son corps.
— Les autres sont mortes, poursuivit-pllc d'une voix creuse en touchant les fleurs sécliées qui pendaient aux branches de la croix, — mortes!... oui... oh! oui... la mort!... ceci est une tombe... la tombe de mon Edmond!... si Dieu voulait, j'aurais une tombe, moi aussi... je dormirais avec lui sous l'herbe... Ah ! si Dieu voulait!...
Sa voix mourut.
Elle s'assit auprC-sdu tcrtn^ et tri'ssa une guirlande.
Le* heures do la nuit passèrent.
Au jour naissant, Jean-Marie Biot vint dans le jardin de rh(itel. suivant sa coutume, pour en balayer les allées.
11 vit auprès de la porte donnant sur la rue Payenne une niasse noire gisant sur le sahle. — Il s'approcha.
C'était la pauvre Berthe qui, brisée par lu latigue et plus encore par l'émotion, était tombée privée de sentiment, après avoir eu la force de taire encore la longue course du cimetière.
Diot la prit dans ses bras et la porta, le long des sombres corridors, jusiju'à l'aile droite.
Gaston et Sainte dormaient.
Biot traversa leurs chambres sans loséveiller et pénétra dans celle de l'aïeule où il déposa Berthe sur son lit.
Deux heures après, Berlhv, tranquille et Iroide, s'assit au déjeuner de la famille.