L'ENSEIGNE DE S H A K S P E A R E
Sleph-n avait coinplétcffici-t oublié Donnor d'Ardagh, le pauvre Irlandais, et l'elrange marché qu'il lui avait propo>é à la porte de Bi^liop le Lurkeur.
Eù'-il songé MiC'ire à Donmr d'Ardag'i, le commcncenienl d'exslication de Be:iy, affirmant que l'homme qiii , it-nlait d*ns la salle du rez-de-( hauss e parlait de dttx jeunes fi'.es, eût .rcjelé Sicpheii à cent lieues du pauvre Irlandais.
Eu enra'il dans le parloir, il re.onnut Doni.or, p!uù i son babil en laailie.iux (|u'à sa figure, car le pau re Irland is s'était assoupi en l'atiendanl, et ^on visag-i apjinyé sur sa ma n se caciiait derrière !es toiffts en désordje de ses •'pais cheveux.
S'.eplii'n, qui s'é'ançdil avec toute l'ardeur de sa s'cu.iié iiKluiète^ s'arrêta (îésappoinlé.
— Il n'y a que vou% ici ? s'rciia I il.
Dont or lie saisi! peint le sens de ces paroles , mais i s'éveilla en sursaut; sa main s'appuya tout d'abord sur son csloma'".
— Oîi! murmiratil; — j'a': rivé que je mangeait du paiîi!... Cela lait du biei-, même en rê\e, car j.' ne souffre plus de la faim...
Il .iperçiil S'eplien et Iressaillii de la tète aux pie Is.
— Je n'ai jjïs rèv , reprit-il ; — j'ai mant.é . le prix de mon sang —.Me \oili, Voire ILmi-eiir, iioursiiivili! a'^rcnne- Irisie.'se calme. — Je suis a':;é dans Siint-Gilles La p. liie li.le a des liabits et j'ai aelute du pa^n .. J'ai eu lorl ,i'y Meter du pain, ajo;ila-l-il en sou|)irasil, (arle-jiain est bond do:,neenvic de vivre... C'Sî gai ; me voib.
Doanor s'était levé el se tenait dcbo;it, les bras crciiés en face de Ste, bi n qui, hira^sé île fatigue, venait de se i?icr dans un laulcuil.
PAUL FEVAL.
— C'est bien, murmura ce ileinier avec dis'raclion Je verrai à \oiis employer.
— Esoutfz, Voire Honneur, dit rpst-luraent Donner, pas de relard! .. Mainlenant que je ne souffre plus, je me sens des idées de vivre... — Je n'ai que quarante ans, après tout..finissons en. J'ai une corde dans ma poche; vous n'aurez que le clou à fournir,
— Siephcn le regarda étonn*.
— Remellez moi \c\ viiigl-cinq shellings que v.tus me devez, poursuivit Donnor, et montrez moi le chemin de votre laborato.re .. cj soir ce sera fait.
Le souvenir de ce qui s'était passé revint tout i coup à Stephen.
— J'ai besoin d'amis vivans. Donner, dit il avec un sourire involontaire, et je l.kluTai de voun ôIit l'cuvie de vous pendre... Mais avez-vous été toujours seul ici depuis vo'.re arrivée?...
— Voire Honneur!... Votre Ilo neur! s'écria Donnor au lieu de répondre, dit s-moi cela mieux et plus au long... Je suis un pauvre homme... il serait irai de me laisser Groirc... Ne voulez-vous donc p; int mon corps en é^-hange de votre argent?
— Assurément non, mon ami, ré.pliquï douccRient Stephen.
— Oh ! fit Donnor élouiïé par la surprise.
Puis il poursuivit avec un flot da volubilité sans pareille:
— J'aurais du m'en doutir... Et ne me l'aviez-vouspasdit déjà dans Worship Slreet, Voire Honneur?.. Mais Je ne voulais pas vous compremirc, parce que j'ai bien souvent espéré... El cela fait lani de mal (l'c.<pfr--r en vain I... Ma s. ohl Vore Honn' ur! quand j'ai vu que vous deireuriez lans celle maison, d'où les (Jeux petites demcisel es m'ont bien des fois jeté leur aunnimc...
■— C'est donc • eus (jui avez i)ar!c d'elles? interromiMt Siephen.
— C'est nTiOi, Votre Honncc.r.
— Vous les reconn^iilciez?...
— Entre mille, sur n:on sàlul étenitl !.., J'ai parlé d'elles parce que \oi.s ni'.i\ez dit dms \\ ors' ip-Strt»-! (lue vous cherchiez deux jeunes lillrs cn'«\ées... et j'ai eu peur. .
— Ce sont elles que jec!ier(iu\ Donner.
— Ce sont elles 1 répé'a I Irlandais en joignant ses maigr' s mains qu'il éleva /.u-c'e sus de «i téie; — ce sont eil-s, les deux pauv.-ts aiigc^l... El les avez-vous r trouvé, s, Votre Honneur?
Slejilien secoua la tcte avec tristessf .
— Oli ! je !cs reirouverai, moi I s'écria Dotnior en sa's'ssani le b as -'e Mac-Nnb ; je les retrouverai, tusseiit-cl'cs en- Ire les griffes de ce démon à niiHc lêles, /o Famille'.. . Sni'l et Loo, R.es deux ei f<.ns, sont toinbcs an plége cl font ))arlie lie celle houleuse anuée qui as>.iCo'e incessainment la niiii rie Londres . Quard je n^ourais de faim, j'ai refusé l'ar-j'ut qu'ils voua iiit me donner, p^ree que U main du lils Ai non père est imre, Votre ileniicur, Dieu irerc'!... Mais pour vous, qui avez eu l'ilic de nici... pour les deux pauvres an. ges qui ont hi îo'.-.veni si.aby^. ma iiibèie .. oh ! je'iie s/is pas ce que je fi'rais !...
— Merci, Djh; or, merci, dit Sîejilien; — nuis (ju'o.-iiériz- vous?
— La petite I.oo a bon <œur, ri''|)o:i(lit rir!andai);,f iSn lil est un garçon avi^e... Voire llun,ieur, si ('-rs laiaille ,.,1 p ur quelque tiiosî. dai'.s rculeveme. l des deuï clem.iviicï. . Je '' laurn;... je s.iuiai cù M'es sont... Et alois je rev.ei:drai vers vous, afin ce suivre vo*; ordres et de vo is aider dans vos effo ts'.
Sieph n luiseira la main,e;Doi)i.ùi-, dunl 1,; {•Insionomi'?, pétriljée par la misère, s'iiiumiuiit maintenait au feu u'iia e«tiiou.<iaste dév. ùuienl, dit encore a^cc ce! accent de prclocdo reconnaiisance que l'I ypocrisie la plus halile ne s I jamais im t r: ;
—Vous avez donné une robe ft la j'Olite tille qui était toute '
nue dans Churh Street, Votre Honneur; vous avez prsmis UPC croix à la pauvre Nell : ^our tout cela, je vous avais ofiTert mon corps. . Je vous donnerai ma vie, si je peux, Votre Honneur, ù vous et aux demoiselles, parce que vous trois tout seuls dans Londres entier avez eu pitié du pauvre Irlandais...
n est certain que le lecteur a très grand désir de savoir ce que m stress Ecoles, mi^tressCrubb et raislress Bull, qui, bien entendu, se tenaient en observation à la fenêtre de niistress Bloomberry avec mistr ss Browne et misiress Crosscairn, pour surprendre quelque sigr.e de désohtion dans la ma son de Mac-Nab, pensèrent de l'habit noir en lambeaux et des chceux hérissés du pauvre Donnor d'Ardagh; mais certaines i rilitjues nous ay int été faites touciiant le rôle important que ces virlueuses dames joutnt dans notre récit, dojs nous bornerons à noier ici l'opinion de mistress Black et de mistress Do<ld, qui ne pensèrent rien du tout.
Donnor descendit de louic la vitesse de ses jarrets le trottoir de Cernh II, en se dirigeant vers Samt-Paul II était toujours bien faible, et ses misérdbles jambes, appauvries par un julne chronique, flageolaient sous le poids de son corps efflanqué; un coup de poing de Toin Turnbull oa de Mieh l'eiU brisé liltéralenicnt comme un verre; mais sa figure avait perdu son aspect de morne immohililé. 11 y avait du feu dans ses grands yeux expressifs cl doux; le travail d'une niirche rapide mettait de fugitives couleurs aux pommettes saillantes de ses joues creusées, et l'ensemble de son visage annonça t l'ardeur d'un courage bien au-dessus de ses forces.
Il allait le front haut, l'u'il assuré, cl tout en courant il s'entretenait avec soi-D)cmc, suivant l'habilude des gens qui vivent dans la solitude et n'ont poiut d'oreille amie à qui confier leurs pensées.
— O'i ! 1* bon jeune tentlcman 1 se disaii-il avec la loquacitércdondantcdcsgen.sdesa nalien; — oh! le brave cœurl.. et les pauvres cliers anges! Oh! que Dieu, la Vierge el mou saint palrou les protègent lous les trois!. . Dire que le malheur s'est abattu justcinenl sur cet e paure maison, la seule dans Londres où j'aie Irouvo de bonnes âm.'-s l'Oiiravoir pitié de moi .. Ah! Dounor, il faut travailler, chercher, mourir à la lach".. Et tu le feras, Donnor . Oui, oui, je le fera'.
Il s'airèi.i, cs£Oul!lô, au bout de. Fleet-Streel, devant Temple-Bar.
— Mais OÙ le trouver, maiiilenant, (^ mé.bant enfant Je Snail? pensa-t il ; — Dieu sait où il loge, s'il loge quelque part!... Voyons, il y a le pulilic-hou e de la Icniine Peg, (laiiS Beforc-Laiic... Ma s c'est le soir, aux heures du spec lacle... 11 y a l'asile du Temib-, — m,iis je n'ai pas le mot : on me rcfu^ela !a porte. . El puis Snail aime mieux boire el s'amuser que de dormir dans une cave. . A'i ! il y a le spiritshop de Slu.kspeare, ù d; ux pas d'ici .. Mes pauvres jambes ont grand besoin de se rCjOser.
Duniior reprit sa course, passj sur la g-iuele de l'église de Sai'il-Clé.'tai.t el torni dans Wych-Sueel, où c.>i situe le spiri -shop do Shakspearc, connu dans Loudrcs entier pour être le rendez- vous des voleurs de toute sorte.
A telle é|)o;!ue, <ui vojait encore au-ilessus d(' la devaiiliiie, l.'adigeounée d'éclatantes couleurs, la faaunise nnsegne ;iilégoii([ue : un poisson et un o seau dans un g'obe de verre.
Nf'us a^ons peine à croire (i«tf les habitués de Shah peare eussent besoin de e.a aveitisscmeiil symbolique pour craiiidie. iNcwjate et la déporlaiiun.
C' ce cbro rookery " élait alors coiiirae il c>t ei core i\xjeuid hui, u'i pii))iic-!io;^se d'as.siz belle apparence, s-ilué au milieu de \\ycli Slreet, à peu prés â tro s cents pas de l'église Saint Clément. S.-s (ha'an Js sont toiij.)...s, ii l'sxdusion de
■ -Vous avons déjà donné rexplicaiion do ce ifcme (|ui liliéruk'nieiil veut dire lieu oii les grolles abondcul.— I.o mol look a (lu reste passé de raiirol dans la langue, d on l'enip'-" voloiiiji'i.-spour bii-'Mifl'T liîî>u.— .\i.;.-.i io:iki-ry : reiiaiie do iilous.
LES MYSTEKES DE LONDRES
teule autre classe de citoyens, des gens de police et des voleurs.
Ces deux castes, que le badaud croit ennemies mortelles, y vivent en parfaite intelligence, et se It'moignent muluellement ces égards que commande une eslime réciproque.
Seulement delemps à au're un policeman en mauvaise humeur croque (arrête) un voleur sans défiance. — L'assislance ne s'en émeut point. C est dans l'ordre, et ces petits malheurs peuvent arriver à tout le monde.
Nous parlons, coiTime de raison, du monde qui fréquente le public housc de Shakspcare.
La police de Londres verserait d'abondantes larmes si, par un malbeur impossible à prévoir, ce rooke-ry modèle venait à êlre déiruit. Ce public-bouse, en effet, lui sert de réservoir. Elle n'a qu'à y plonger sa main crochue pour en retirer au hasard, de temps à autre, un plat tout préjiaré pour la cour des sessions. — Et, par tous jays, la police aime à faire preuve de zèle, sans renoncer aux douceurs du /'(irTiîViri/t' habituel. Donnor entra brus juement dans le comptoir et passa le plis vite possible devant l'obèse préposé à la comptabilité du pub'ic-house. Celui-ci eut bien velléité de lui refuser la porte du parloir, mais les voleurs de Londres sont sujets à revêtir de singuliers déguiscmens, et notre homme se ravisa, craignant de mécontenter quelque b indit d'importance caché sous fts misérabUs haillons.
Il était alors quatre heures de l'apiès-midi eii^irou. Le parloir du rookery était presque vide. Cependant deux oa trois c^ses élaient occupées, et, dans l'une d'elles, maître Snail, revêtu du fameux costume de geailenian qu'il avait acheté deux jours auparavant dans HarieStreet, sur l'ordre du bon capitaine Paddy O'Clirane, joua t gravement au whist avicTom iHrnbuU et deux autres hommes de 'a Famille.
Ti.m ïurnbuU avait le front bandé à l'aide d'un mouch ir; mais, du reste, il ne gardait aucune trace de l'allreux combat soutenu par lui à The Pipe and Pot. Le gros Mich, moins heureux ou pliissensible,e!ait entre les mains d'un diiruigitn.
Dans une autre case, vis-ivis d'un miroir suspendu à la muraille, la petite Loo faisait sa toilette pour la promenade da soir. Elle avait disposé en boudes les masses abondan'cs de ses cheveux blonds, et passait sur ses joues baves un tampon charte de vermillon.
La l!;mière du jour, éclairant ses formes amaigries, rendait plus Visibles et pins effrayans les ravages du vice sur cet'emrsérable victime d'une précoce débauche. La |;Veur livide de 1^ pauvre enfant perçait sous son rouge, et aucun fard ne pouvait masquer le cer le bleuâire, profond et large, que l'ivresîe, les veilles et la souflrance avaient trafé .'ous ses grsnàs yeux abêtis.
Chaque fois qu'elle levait ses bras au-dessus de sa tête pour arranger ha chevelure, l'cflurt arrachait à sa poitrine malade un râle plaintif etrauque. — Elle s'arrê'ait a'ors et buvait du gin.
Quand elle avait bu, un souille de vie courait far ses petits membres courbaturés. El e souriait à son muùir, et chantait d'une voix triste un lambeau de refrain obsiéhe.
L'infortunée pr's^nlait à (lie seul», un tableai. complet, funeste, honteux, delai'égrada'ion hâiiveoùmeurten son germe une partie de la jeunesse pauvre de Londres. Tout cœur l.onnéicse fût empli d'une douleiT profonde en voyant celle prÊlrrs;;e impubère de la Vénus anglaise, usée parles repoussans labeurs de ses nuits d'infamie, c.onibattauî l'agonie par l'ivresse, et diamant, insoucieuse, pa'nii lerâledécbirè-ntde ses p^umofs en f-u.
.Mais il ne faudrait peint iù niiler à la jiitié le mépris ou la colère. Bien crut 1 ei bien iiisensé ce;ui qui conspueriit aveugiéifient la v.ciime, au liju de s.\--\^.t au ))ourieau icn (Icdain toiiteni'er, scn courroux et .:i haine! — L'homme qui sent donne one larme ù les iri.nei e^facs que la main du vice a liéiris et va tuer; l'iioninie qiii perse cherche un remède à celte il pio hideuse et morleilc ; l'hemme fo! t s'indigne et se letouruc couiiv.le monstre qui pollue ainsi sa propre râce, contre le peuple j ourri jusqu';"! la mtèlie, cor^tre celte capitale, gran-Je pioslituéc experte à toutes houles, l'ont la corruption colossale^ mise à nu qr.clijue jour, éjou-
vantera tout !e monde, et qui finira par s'écrouler, abimée, comme Sodome ou Ninive, sous le fardeau trop lourd de sou ignominie.
Or, il y avait à Londres en ce temps un homme qui sentait, qui pensait cl qui était fort. Cet homme avait un coup dœil perçant et jusle ; il vit l'excès du mal et leva ponr le cornbattre un bras de puissance à renverser un empire. —Mais peut être Dieu veut-il un cœur pur aux ministres de ses vengeances, et cet homme s'éiait fait bien souvent du crime une arme pour lutter, un moyen ponr monter et se grand r 'n la taille de son gigantesque ennemi. .
P.'u îant que la pe iie Loo se parait, en chantant et en Luvaiil, des oripeaux fanés qui servaient ù sa toilette du soir, Siiail, à qui sou costume de gen.leman inspirait une fierté bien naturelle, poursuivait sa partie de whist avec sts trois camarades qui le trichaient.
— Trois et les honneurs I dit-il en mêlant les caries : — gagné triple, mon camarade Tom... Qui est ce qui dirait, en me voyant jouer comme cela vis-a-vis de vous, que vous avez presque tué I\licb, mon beau-frère?... Mais je suis un homme, pardieu ! et (;ue le diable emporte Mich!
— Pauvre Mich, dit de loin Loo, —voilà trois jours qu'il ce m'a battue.
— Duvez, ma steur Loo, Luvcz et chantez, voyez-vous , et De nous empêchez pas de jouer iran(iuillement, nous autres hommes !
Le tour commen^ia et s'acheva On avait beau tricher Snail, il gagnait toujours.
— Honneurs égaux! marquez deux points seulement, Toni, dit-il... Ah çà, mi jolie Madge m'a conté celte nuitune histoire de tous les diables... Je veux mourir si j'y comprends un mot... Elle dit que milords de la nuit ont acheté S^unders l'éléphsn', l'ancien géjnt du ci.'cle d'Aslley, pour creuser une mine sous le palais du roi.
— Ca n'est pas sous le palais du roi, répliqua Cliarlie, la gros wa'erman, c'est sous le magasin des joyaux de la couronne, dans la Tour.
— Bonne idée! s'écria Snaii ; — mais l'éléphant en aura long à percer, car le magasin est au milieu de la Tour; —
•et l-i Tour est large.
— Bah ! dit Tom Turnbul!, — fadaises que tout cela .. faites attent'on à vos cartes, vous autres !
— On p-ut parler tout en jouant, je pense, mon camarade T»m Turnbull ! répartit Snail avec imporlan-e ; —allez voir si les genfcmeu des clubs font un rob entier sans causer à leur aise... Voyez-vous, ma femme Madge raconte des choses très curieuses lii-dessus ; je voudrais qu'elle fût ici; mais elle s'est embarquée ce matin pour porter des légumes frais et de la viande au brick le Kean, qui a jeté l'ancre hier au-dessus de Gréenvvidi... elle dit que Saunders fait autant de besogne à lui seul que douze hommes... et il est assez gros pour cela, mes garçons !
— Douze hommes comme toi, escargot bavard ! grommela Tom.
— Comme moi ou comme vous, Turnl'Ull. . 11 n'y a vraiment pas grande différence... nous sommes tous deux des gaillards I... Quant à ce Saunders , je donnerais, pardieu! une deoiiguinée pour le voir à l'œuvre... Vous souvenezvons? l'an dernier, au cirque d'AstlfV, il soulevait un cheval ! p
— Il soulevait cequ'H voiilait, fils cadet du diable!... fournis j pique!
— Je fournis à pique, ïow... et j'inviie à trèlle mon camarade... C'est Paddy lecapiiaiiie, savez-vous, qui est le corn;ic de réléi'hant. Je Un deniande.-ai de me taire vnir cela.
— I e fait est (pie ce doit ("-tre joli, dit Charlie; — mais, si on enlève les joyaux de la couroiine, que nous en revinidrat-il ?.. quelques shellings'?... Ali 1 si S m Honneur n'était pas venu. Tianbull, nous aurions maintenant les bank-notes «le monsieur Smitlv .
— Et quelle ban;b0che ! s'écria ïora.
— Quel funl dit Snail.
Loo"lou>sa dans sa case, et sa salive se icigr.i! de s«r;-r.
— Je n'ai plus de gin, ;BUf«TlIfTi-t elle.
TAUL FJ' VAL.
Puis elle ajouta en pressant de ses deux mains sa poitrine haletante :
— Le feu revient... le feu!.,. C'est du feu que j'ai l.»» dedans.
Ce fut à ce moment que la porte du parloir, brusquement ouverte, donna passage i'i Donnor d'Ardagh.
— Tiens, tiens ! s'écria Snail sans se déconcerter ; voit,1 le père !. . Vous feriez bien d'ôtcr votre cliaprau, Tom Turnbull... Ma sœur Loo, faites la révérence, je vous prie..,