‹ Les amours de ParisChapitre 15 sur 190 · SPECTACLE DANS LA SALLE · texte numérisé non relu

SPECTACLE DANS LA SALLE

Gaston et Sainte étaient placés à l'extrémité de la galerie de droite, devant la porte du couloir.

Le duc et la duchesse de Compans-Maillepré occupaient l'une des premières avant-scènes de gauche et se trouvaient ainsi tout près de l'extrémité du balcon où Félicien Chapitaux et ses illustres amis représentaient dignement la fleur des pois du peuple le plus spirituel de l'univers.

Derrière cette société aimable et distinguée s'épanouissait un autre échantillon de notre aristocratie nationale, un couple notable : mari décoré, femme puissamment nourrie, haute en couleur et portant sur son front rouge un cachet de fierté souveraine.

Félicien Chapitaux, ce ravissant espiègle, avait eu beaucoup de succès auprès de J. B.S. T. Sanguin en comparant cette dame rouge aa bœuf gras, auquel vraiment elle ressemblait uii peu par son embonpoint plantureux et par l'héroïque panache qui ondoyait superbement au dessus de sa grosse tête.

On peut du reste se ressembler de plus loin, si les liens du sang ne sont pas un mensonge.

Cette dame était en effet l'épouse du fameux Roncovaux, boucher européen, dont la gloire s'engraisse d'année en année, et qui fait périodiquement aux tables royales l'aumône de ses prodigieux aloyaux.

Aux avant-scènes de droite il y avait d'abord cette dame laide, chargée de diamans, puis, dans la seconde moitié de la loge, une jolie femme, — une femme charmante même, — qui trônait élégamment au centre d'une petite cour d'élite.

La dame laide était Léa Vérin , l'ancienne Egérie du pripce '", qminfpirail alors un haut personnage politique et passait pour jouer dans les salons de certain ministère le rôle que jouait Cotillon à la cour de Louis XV.

Il est juste de dire pourtant que Mme de Vérin se distinguait énergiqueinent du commun des Pompadours par son air bourgeoisement orgueilleux, sa grosse voix et sa pédanterie doctrinaire.

Elle aussi avait une cour, quelque peu mêlée, il est vrai, mais fort obséquieuse. On y voyait d'austères visages attachés, nous ne savons comment, à des épines dorsales d'une mirawileusesouïflesse. — Pour être étranges, du reste, ces

SOI tes de soudures ne sont point rares, et personne, mieux qu'un puritain larouche, ne tourne à l'occasion le madrigal sernie.

H est passé en axiome, voyez-vous, que les incorruptibles seuls gardent une certaine valeur vénale. — Qui fait bon marché de soi en nos foires politiques ne trouve point acheteur. — D'où il suit qu'être vendu c'est une raison pour avoir été vertueux.

Les convertis aux \Tais principes du tarif des consciences appellent cela : — avoir eu une jeunesse orageuse.

Madame la vicomtesse de Varannes, la voisine du basbleu politique, faisait avec elle un contraste charmant. C'était une femme de vingt-trois ans, jolie plutôt que belle, et gracieuse encore plus que jolie ; .sa toilette avait cette orgueilleuse simplicité qui dédaigne de lutter de magnificence en certains lieux contre certaines rivales ; mais cette simplicité avait des rafQnemens exquis bien au-dessus de l'étalage effronté d'un luxe vulgaire. Sa mise, son maintien, son parler, ses manières, tout, jusqu'au type jde sa beauté, avait un cachet de provenance aristocratique. C'était une de ces silhouettes mignonnes et fières qui ont un charme à elles en dehors de l'art académique, en dehors peut-être de la poésie pure, charme qui séduit, mais pas tout le monde, attrait si délicat qu'il échappe à plusieurs et que l'envie a beau jeu parfois pour le nier ou le travestir.

Ceux à qui ne plaît point ce genre de beauté qui glisse hors de l'ornière commune, mais non pas du même côté que le bas-bleu ou la femme libre, ont lieu de se réjouir; ceux, au contraire, qui recherchent avec amour ces exceptions jolies où la rac« exagère au delà du vrai beau ses perfections convenues, doivent se hâter de jouir, car l'espèce se perd.

Parmi la lourde atmosphère de nos intérêts positifs, il ne croît plus assez de fleurs pour border les sentiers le long desquels, insoucieuses, élégantes, bonnes et soulevant un monde d'adorateurs au gré de leurs délicieux caprices, ces reines de l'esprit ingénieux et des courtoises délicatesses descendaient autrefois la vie. De loin en loin encore quelque jouissance choisie les appelle au dehors. Elles arrivent aux sons des célestes chants du maître comme do précieux papillons, attirés par la lumière ;— vous les voyez encore parfois à la poriière de leurs équipages qui effleurent, rapides, le pavé boueux de Paris et courent vers la campagne où le printemps va sourire, — dans le demi jour pieux qui tombe des voûtes de Saint-Thomas-d'.\quin ou de Saint-Sulpice,— au bois, les jours où.Longcliamps trop étroit ne prête point son allée à la mercantile cohue des tailleurs et des modistes, déguisés eu ducs et en princesses...

Madame de Varannes attendait sa mère et sa sœur, mesdames de Pontlevau et de Baulnes.— Dans sa loge, avec elle, étaient son mari, homme de trente à trente-cinq ans, à la figure sérieuse et méditative, et deux ou trois visiteurs.

Gaston et Sainte, se trouvant assis à peu près sur la même ligne que les avant-scènes de droite, ne pouvaient voir ce qui s'y passait.

Derrière eux se trouvait la porte d'entrée de la galerie. Comme la salle était comble, l'ouvreuse avait placé des tabourets dans l'espace vide qui sert de passage. On voyait là des hommes et même deux ou trois dames, pressés comme des harengs. — Le tabouret qui touchait immédiatement à la banquette de Gaston, était occupé par un monsieur grave et blond, à lunettes d'or, qui avait échangé un salut avec l'avoué Duraudin.

Le reste de la sall^, composé à l'avenant, no présentait rien qui puisse intéresser le lecteur.

Seulement, au dernier amphithéâtre, tout en haut, deux beaux garçons ayant l'apparence d'ou\Tiers endimanchés et flanqués de deux sémillantes grisettes, se partageaient enire quatre une sorte de longue-vue à trois anneaux, et regardaient Gaston à tour de rôle.

— Dragon, dit l'un d'eux en fermant sa lunette, — un pari que c'est lui I

Dragon haussa les épaules et planta un pépin d'orange sur le nez de Poiret, son camarade, au grand plaisir de ces demoiselles.

— Un pépin n'est pas une réponse, reprit Poiret ; —je parie que c'est le Pâlot 1

-- Le Pâlot est plus grand, dit Dragon ; — le Pâlot est plus maigre... et puis, c'est un bon sujet que le Pâlot...

— N'empêche!... je parie...

— Un bon ouvrier, poursuivit Dragon qui était un philosophe, ne va pas aux premières de neuf francs avec une connaissance, qui en fait dix-huit, et habit de rôti et robe de soie...

— N'empêche !...

— Est-il mulet, ce Poiret! s'écrièrent les grisettes convaincues ; — ce monsieur-là et sa dame aussi sont du monde comme il faut.

— N'empêche I... dit une troisième fois Poiret ; — c'est le Pâlot....

L'entr'acte se prolongeait. Le murmure s'assourdissait, laissant percer distinctes des phrases entières dos coniersations privées.

Gaston et Sainte, qui causaient tout bas, entendaient, sans y prendre garde, ce qui se disait autour d'eux.

—Voilà donc les lions de Paris! disait une dame, arrivée la veille de la Basse-Normandie, en montrant au doigt intrépidement le groupe de Félicien Chapitaux ; — sont-ils luids I...

— .\h ! maman! ripostait sa fille, —ils ont l'air si distingué I... N'est-il pas vrai, mon petit pèreî

Mon petit père se connaissait en bœufset non point ©n lions.

— Le fait est, répliqua-t-il avec l'accent na,sal de sa patrie, — qu'ils ont quelque chose de fièrement cossu !

11 se fil un mouvement dans les rangs serrés des tabourets de tolérance, placés sur le derrière, et un jeune homme, porteur d'un gilet très voyant,-sur lequel pendait una chaîne en filigrane, vint s'asseoir auprès du monsieur lunettes d'or.

H y eut une poignée de main échangée assez cordialement.

— Salut, fils d'Esculape, dit le nouvel arrivant, qui était Roby, notre acleur-poète-inventeur de machines.

— Do la décence ! répondit tout bas le docteur Josépin ; — d'où sors-tu?

— De dîner, mon fils, à deux francs par tête, au Palais- Royal.

Josépin le regarda d'un air équivoque.

— Quel métier fais-tu? dit-il.

— Ma foi, répliqua Roby, tantôt l'un, tantôt l'autre... J'ai une idée... Mais ne me regarde donc pas comme ça pardessus tes lunettes, s'interrompit-il ; — on dirait que tu pressens une demande d'emprunt... N'aie pas peur 1 j'ai de quoi vi\T0 pendant quinze jours encore... et, dans qu nze jours, — je te demande le secret, Josépin, — il se peut que je .sois millionnaire.

— Ah ! bah 1...

— Ma parole d'honneur 1... En attendant, mes habitudes frugales me permettent de vivre dans une honorable médiocrité.

— Mais qu'es-tu donc devenu? demanda Josépin qui parMt évidemment ragaillardi par l'assurance qu'on ne lui emprunterait point d'argent.

— Ah I ah ! dit Roby, j'ai mené une existence bien romanesque, mon garçon 1 j'ai vu la fortune de près... loin comme d'ici cette grosse dame dont l'accent bas-normand me rappelle très vivement une chute que j'éprouvai à Alençon...

— Tu le blessas!...

— Je fus blessé... dans mon amour-propre... et à l'œil droit, — comme Philippe, — par un fragment de pommo de calville que me lança quelque rustre...

— Pourquoi cela ?

— Parce que je jouais le rôle du superbe Hippolyte dans Phèdre.

'. PAUL FÉVAL

I i'jiubsioz ^b 't'

— Ah ! fit Josépin en riant,— je comprend*: il y a chute et chute...

— S<ins doute ! r.'partit Robv avec iangfVoid ; — je suis tombé aussi comme auteur... Mai* nous parlions de la fortune... Figure-loi que c'est cette maudite idée de duChesncl qui in'a fourvoyé!

— Quelle idée?

— Le.î femmes, mon garçon, les femmes!... J'ai voulu m'en faire une échelle... mais le pied m'a toujours manqué... si bien (]ue, avec un portefeuille comme le mien, où il y a dix millions d'espérances, — sans compter doux tragédies, — je me suis vu forcé de passer deux ans à parcourir la province... •

— Comme acteur? demanda Josépin.

— Non. ..je faisais les vins en cercles et en bouteilles. Josépin se caressa le menton d'un air umoconl et fat.

— Pauvre garçon ! dit-il, — pauvre garçon 1... Ma foi! l'idée-de du Chesnel n'était pourtant pas mauvaise.

— Oh ! oh ! dit Roby ; — sans la belle baronne...

— Assurément... assurément! la baronne nous a été de quelque secours, — parce qu'elle avait besoin de nous... Mais il faut dire aussi que quand on sait prendre les femmes par leur côté faible... et qu'on a fajt d'ailleurs d'excelcellentesétHdes...

— Ah çà ! s'écria Roby, cette diable de femme n'aura donc jamais besoin de moi!... j'ai pourtant plus d'un tour dans mon sac.

— Il en faut un bon, murmura Josépin, qui i-emonta ses lunettes d'or avec l'aplomb d'un parvenu.

Roby pensa probablement que le blond docteur n'avait point changé, mais il garda pour lui sa remarque.

— Est-elle toujours belle? demanda-t-il.

Josépin enfla ses longues joues et mit sa main sur le bras do Roby.

— Plus belle que jamais ! répondit-il avec emphase.

— C'est étonnant ! murmura Roby ;— voilh pourtant sept ans... Mais, apr^s tout, tant mieux pour elle ! — Ah çà! d(i<tciir, et vous autres?... vous ne m'avez jamais aidé qu'à fflirc des sottises, mais c'est égal 1 Je vous porte à tous do l'intérêt... où en ètes-vons?... Toi, d'abord..'.

— Moi ?..-. Mon ami, jft ne me plains pas... l'ai été passer le choléra à la campagne, mais j'ai fait insérer dejis les journaux une petite noleoii il est dit qufe le docteur Josépin, de la faculté de Paris, a\ait déployé en ces circou'*tances déj^ilorablfs une intrépidité au-dessus de tout éloge. Cela m'a mis à la mode, avec l'aide de la baronne... Je crois qu'on va me décorer...

— Vraiment I...

— C'est une bagatelle , mais ça donne im*? tenue.

— Bravo!... Et du Chevnel?

— Toujours secrétaire d'ambassade.

— Toujours I... La baronne n'a donc pas eu besoiu do lui?

— Il faut croire... F.t lo crédit de la duchesse ne. va pas plus loin que cela... Ce pauvre du Chosnel avait pourtant lait l'emplette d'une ravissante petite femme...

-r- Tu veux dire la con(]U(He?

— Non pas... Je parle de madame Léon du Chesnol?

— Il est marié?

— Beaucoup.

— Bravo ! lit de nouveau Roby, — et le Purandin?...' Josépin étendit son doigt entre la tête de Sainte et celle

de Gaston, de nranière à montrer le gros avoué, qui s'élargissait à rùté d'.'Vrsèno Bon, de Montlermeil, inventeur de l'elixir odontalgiqu^-carthaginois, et connu pour ses râteliers mis à l'épreuve de la cario au moyen de la galvanisation.

— Allons! dit Roby; — sa figure ppint la prospérité... Quant à celuilà, tu n'as pas besoin de me dire s'il est marié... Tout homme qui veut se donner une charge prend lemme... ceci sans calembour et iiiiiquement parce que l'une paie l'autre... Et Denisart?...

— Nous nous voyons pi'u, répliqua Josépin ; — je sais qu'il a été fti prison... Je crois qu'il est Dieu !...

— Comment, Dieu !... î

— Oui... c'est un nouveau métier à là portée de tout le monde... on en a vu réussir passablement;.. Mais Denisart n'a pas tout à fait assez de barbe... On lui a volé son idée d'exploitation en grand de la misère... Sa brochure l'a fait passer devant les tribunaux, et, pendant qu'il éiafS sous les verrous, de plus habiles ont réalisé sa théorie... Bauqjues tutélaires, bureaux de placement, publications à deux sous, tout cela prend des proportions magnifiques; je suis un peu actionnaire d'une caisse de secours... ("ela m'aide à vi- \Te... Mais Denisart est homme h prendre sa revanche !..-

— Diable de Denisart! dit Roby; — la dernière fois que je l'ai vu, il rédigeait un prospectus en argot pour ces messieurs et ces dames des environs du palais de Justice... Il prétend que les voleurs et leurs moitiés aiment passionnément la lecture et forment un excellent public pour un écrivain qui n'a pas de préjugés...

— Oh ! répliqua le docteur, 11 a marché depuis ce temps-^ là I... Il compte bien encore écrire pour Saint-Lazare et lât; Conciergerie, parce que c'est sa vocahon ; mais je l'ai va; songeant à organiser la calomnie, et calculant ce que peut rapporter le rùle d'insulteur aux ^ages d'un parti... C'est un homme étonnant.

— Étonnant ! répéta Roby : ces idées-là ne viennent qu'à lui!... ,

L'orchestre préluda. Il se fit dans la salle un mouvement en sens contraire du premier.

Ceux qui étaient debout s'assirent. — J>e jeune homhis' de l'orchestre jeta un dernier regard sur Sainte, qui avait les yeux baisses, puis il se tourna vers le théâtre.

Avant de s'asseoir, il laissa son œil indifférent errer de loge en loge. Sainte, qui avait relevé sa paupière timide dès que le regard obstiné du jfuuo homme avait cessé de la poursuivre, le vit échanger un salut avec l'avaiit-scène de droite, où était madame la vicomtesse do Yarannos et où venaient d'eutriT madame de Pontlovau cl sa fille Diane. L'orcheslre attaquait l'introduction du second acte ; Saint» etGaston s'étaient rtmisà écouter de tout leur cœur.

Jusque alors la conversation qui se tenait derrière eux avait passé autour do leurs oreilles comme un vain bruit. Ils n'en avoicint point saisi les paroles, parce que, dans ce t(5to-à-tête (uo leur faisait leur isolement au milieu de la foule des spectateurs, cette conversation se mêlait pour eux au bruit indifférent de mille autres conversations et ne pouvait gôner leur intime causerie. Mais en ce moment ils se taisaient et donnaient toute leur âme aux belles inspirations du maître. L'entretien des deux amis, au contraire, se poursuivait. Un parlait, il est vrai, à voix contenue, mais pas assez pour que le son n'arrivât point aux oreilles du frère et de la sojur en un murnmre disgracieux et irritant. Or, si petit et faible que soit un bruit, s'il impatiente, oq l'écoute.

Sainte et Gaston, malgré eux, prêtaient donc désormais une sorte d'attention à l'entretien du doctiHjr et de Roby. Les mots leur parvenaient, précédés de ce'pénible sifflement des voix qui chucholunt, et jetaient entre eux et la belle musique de Moïse de malencontreuses distractions.

— Comme cela, disait Roby, — la baronne no s'est point remariée?

— Non, répondit Josépin, — olje pense qu'elle no se remariera pas.

— Elle n'a pas d'enfans?

Josépin se caressa le menton et eut un étrange soutire.

— Des enfans!... lui répliqua-t-il ; la baronne!... allons donc!...

— Pourquoi pas?... demanda Roby.

Un mot se pressa sur les lèvres du docteur, qui le retint et répondit simplement :

— Tu ne souviens donc plus, mon garçon, que la baron de Roye mourut lo surlendemain du mariage?...

— C'est juste !...J'ai perdu tout cela de vue... mais je veux m'y remelln! et voir la marquise, morbleu!... Ct'tto femme-là nous lient, mais nous la tenons aussi !..-.

Josépin secoua la tôt» ol ne répondit pas;

— Où demeure-t-elle ? reprit Roby.

— Partout, excepté chez elle.

— Encore ?

— Rue Castiglione, n''4.

— On ne l'y trouve pas ?

— Jamais.

— C'est égal ! dit Roby,— je tenterai 1 1 fortune... Nous étions i\Tes jusqu'à l'abrutisscinent cette nuit-là, vois-tu... et bien que tout soit ténèbre dans ma mémoire, il me semble que ce meurtre...

Josépin lui saisit le bras et le serra convulsivement en .silence. — Gaston venait de se retourner et les regardait.

Gaston reconnut parfaitement Josépin, qui avait été le médecin de son père à l'hùtel do monsieur Polype, au Palair.-Royal; Josépin, lui, n'eut qu'un vague ressouvenir d'avoir vu le jeune bomnic quelque part.

Roby resta court, déconcerté par le sentiment de son imprudence. Josépin assura ses lunettes d'or sur son nez magistral avec assez de sang-lroid.— Gaston se retourna.

Mademoiselle Falcon chantait avec madame Dabadie. La salle entière écoutait dans un silence ému.

La porte du balcon de droite s'ouvrit. Un jeune homme, mis avec une recherche extrême et dont le brun visage avait une beauté presque féminine, parut un instant au milieu du groupe des amis do Félicien Chapilaux, qu'il ne salua point, ot dirigea son lorgnon vers les avant-scènes de droite.

Après un seul et rapide coup d'œil, il tourna le dos et se retira...

Il y eut dans la salle un frémissement que ne no provoquait point la voix puissante de mademoiselle Falcon.

— Le marquis sauvage !... disait-on tout bas,— le beau marquis!...

Tous les regards, quittant la scène, se tournèrent vers le balcon de droite, dirigés par dos doigts tendus et des éventails.

Mais, au balcon de droite, il n'y avait plus que Félicien Chapitaux, J. B. S. ï. Sanguin, de Lyon, etc., etc.

— Qu'y a-t-il ? demanda Roby au docteur.

— C'est le marquis, répondit celui-ci.

— Quel marquis ?

— Uh marquis de ta connaissance... Joîépyj hésita et reprit :

— Mais non... tu ne le connais pas. ..C'est lo lion du moment... Sa vie, qui est un roman fort bizarre, l'a mis à la mode... Il fait fureur!...

— Mais enfin...

— C'est le jeune marquis Gaston de Maillepré. Gaston tressaillit de la tète aux pieds. Sainte n'avait pas entendu.

La porte de la loge de madame la vicomtesse de Varanncs s'ouvrit avec fracas.- Le nom du marquis de Maillepré courut, prononcé de bouche en bouche.

Gaston, qui croyait rêver, se pencha jusqu'à mettre tout son buste hors de la galerie, afin de voir celui qui venait d'entrer dans la loge.

Mais la cloison de l'avant-scène masquait son regard ; il ne vit qu'une grappe de cheveux blonds admirables qui descendait en se jouant le long de la joue rosée de madame Diane de Baulnes...

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