CHAPITRE VU
IlOIME A LA MODE.
Curant quelques minutes, tous les regards convergèrent .sur la loge de madame de Varannes. Le jeune homme qui venait d'y entrer excitait, paraîtrait-il, une égale curiosité à tous les étages de la salle.
A l'amphithéâtre d'en haut, les hardis et gentils minois
des deux grisettes pétillaient d'impatience. Elles tiraiUaien Poiret, chacune de son ciMé, pour avoir la longue-vue qui servait de lorgnon à toute la compagnie.
— Laisse donc voir ! s'écria Rebelle, la plus ûgéo des deux ; — est-il égoïste, ce Poiret 1...
— Le fait est qu'il est galant tout juste !... dit Mignonne en faisant une petite n^.oue.
Rebelle avait vingt ans. C'était la grisette classique dont le portrait est partout, qui inspire les poètes et les romanciers, la gi-isettc sémillante, pimpanipe, piquante, croustillante, sautillante, chantante, divertissante, — ce qui ne l'empêche point d'être touchante, attendrissante, et au besoin larmoyante...
Mignonne avait seize ans. — Ce n'était pas un TYPE. — Ep cela elle était au moins originale, car depuis le manœuvre qiii sert les maçons jusqu'à l'homme d'État mirant un portefeuille, tout le monde est type aujourd'hui. Un forçat est un type de forçat, un ange est un type d'ange, urte haridelle est un type de rosse..;
Il y a des gens qui gagnent autant d'argent que des apprentis tailleurs rien qu'à confectionner des types pour les éditeurs assez abandonnés pour tenir cet article.
Ces gens sont des types.
Leurs éditeurs également.
Leurs lecteurs davantage
Donc Jlignonne n'était pas un type. Elle chantait parfois, mais pas toujours, comme les fauvettes, qui sonl des types ; elle dansait à l'occasion, mais elle marchait aussi^ elle avait la répartie vivo et le verbe pas trop aigu. Son joli sourire malin laissait quelquefois son visage sérieux. Elle no savait pas une très grande quantité de chansons drôles et n'avait pas encore lu assez de romans ^ais pour changer son babil simple et sans façon contre un jiarlage de guinguettes.
Mignonneétait lafianci'odeNazairc, dit Dragon, la vraie fiancée pour le bon motif.
Rebelle et Poiret méprisaient le mariage.
— Ça n'est pas déjà sî gai, reprit Rebelle,— touscos M ht ! tous ces ha ha! et le reste, toujours sur le niême air... Tu pourrais bien nous passer la lorgnette !
— Et dire que ça coilte plus cher tci qu'aux premières des Folies!... soupira Mignonne; —voilà un amour de théâtre !
— Ah ! ah ! les Folies !... s'écria Dragon ; — tu n'es pas dégoûtée, toi !... Mais c'est pas pour fréquenter les Folies qu'on passe la redingote verte à colet de velours et le pantalon fin !...
Poirei, qui avait (ait ses observations, tendit la longuevue à Rebelle.
— Joli jeune premier! dit-il; — mais, à bout de bras, ça ne pèserait pas une once !
— Oh ! qu'il est gentil ! qu'il est gentil ! s'écria Rébelle.
— Silence, s'il vous plaît, madame î dit au second rang un dilettante nécessiteux.
Rebelle se retourna et montra ses belles dents blanches en riant sans cérémonie au nez do malheureux amateur de musique.
Mignonne avait saisi la longue-vue.
— Est-il possible, murniura-t-elle,— qu'il y ait des hommes comme ça, plus gentils que des femmes !...
— Un pari 1 dit Poiret à N'azaire, qui jouissait à son tour de la lorgnette commune, — un pari que ce marquis n'est pas plus sauvage que toi et moi 1
— Pour ça ! répliqua Rebelle, —il n'en a pas l'air I...
— Et puis, fit observer Mignonne, — les sauvages sont des nègres.
Nazaire, dit Dragon, gi'and et beau garçon de trente ans, à la physionomie franche et vivo, à la titus bouclée d'un châtain presque blond, regarda tour à tour Mignonne et Poiret d'un air indécis. 11 était évidemment partagé entra la crainte do contredire sa promise, qui exerçait sur lui un certain empire, et l'envie, passée chez lui à l'état chronique, de contrecarrer son camarade Poiret.
— Pour ce qui est d'être nègre, prononça-t-il gTavement
PAUL FE\'AL
— je ne dis pas... mais sauvage... ça s'est vu.,. Celui du Caveau est couleur de chair.
— C'est son maillot tricoté qui est de cette couleur-là, mon vieux, dit Poiret.
— N'importe !... c'est un sauvage,— comme Paul et Virginie... Il est né en Amérique.
La discussion prenait un essor que Bébelle et Mignonne ne pouvaient suivre. Elles reportèrent leur attention vers le spectacle, et Nazaire expliqua comme quoi il connaissait, non pas le marquis, mais son tapissier, qui en savait long sur sa naissance et son histoire.
— N'empêche 1 dit Poiret en manière de conclusion; — c'est sauvage comme toi et moi... Un pari !...
D'autres commentaires couraient çà et là, sur le même texte du haut en bas de la salle, et la merveilleuse voix de mademoiselle Falcon eut de la peine à triompher de cette distraction jetée en travers de son chant...
Félicien Chapitaux s'étonnait avec J. B. S. T. Sanguin de cette curiosité du public qui n'avait pour objet ni lui ni le baron Prunot, neveu du duc de Pharsale, ni môme de mousieur de Montfermeil. Toute cette bande jolie, à l'exception de l'avoué Durandin, qui se taisait prudemment, faisait d'assez sottes gorges chaudes sur le marquis sauvage. A ces plaisanteries s'entremêlait l'éloge de Palmyre, de Sidonie et d'Athénaïs, rats protégés par ces messieurs. On discutait sur leurs mérites en ternies ultra-techniques, qui eussent fait rougir des marchands d'esclaves. Puis on constatait l'absence de madame de Saint-Pharamood, qui semblait être l'astre principal du monde où gravitaient ces gentilshommes.
Enûn, le nom du marquis sauvage, prononcé auprès d'eux, soulevait de nouveau leur bile. Chapitaux lui trouvait mauvais genre; i. B. S. T. Sanguin, de la maison Sanguin et Cloquard, le trouvait bourgeois, le baron Prunot élevait des doutes sur sa noblesse.
Mais ces obscurs blasphèmes se perdaient parmi l'engouement de tous.
Celui qui excitait ainsi l'attention générale avait \Tamient en sa personne quelque chose do souverainement ahirngué. C'était un très jeune homme. Sa peau, légèrement brunie,— par le soleil des tropiques, sans doute,— conservait néanmoins des tons délicats et comme veloutés. Il avait de grands yeux ndrs, brillans et doux dans leur hardiesse, un front d'enfant penseur,— large et pur sous sa gracieuse couronne de cheveux noirs, une bouche fraîche et ferme, aux lèvres vivement arquées, au-dessus de laquelle se dessinait en brun clair une ligne de duvet naissant.
Sa taille était au-dessous de la moyenne, mais prise en de si admirables proportions, que l'œil, saisi par sa grâce juvénile et noble, ne songeait point à en mesurer la hauteur. On eût pu reprocher seulement à cette taille un peu trop de rondeur et de molle harmonie dans les formes...
Mais quel âge pouvait avoir monsieur le marquis Gaston de Maillepré ?— Vingt-trois ans, tout au plus.
Souvent, à vingt-trois ans, la charpente de l'homme n'a ypinl pris encore ces angles carrés, ces musculeuses saillies que l'âge viril taille et cisèle dans les contours pleins dfi l'a'dolescence.
En entrant, il serra la main de monsieur de Varannes, et vint sur lo devant de la loge, à tel point que, durant un instant, il n'y eut entre son profil et le regard de Gaston qui se penchait avidement en dehors de la galerie, que la blonde frisure de madame Diane de Baulnes.
Mais il ne resta là que le temps de baiser la main de la vicomtesse et d'ofirir un souriant salut à Diane.
Il s'assit ensuite auprès de la vicomtesse, sur l'un des fauteuils du second rang.
— Falcon est magnifique ce soir, dit madame de Valannes.
La réponse du marquis se perdit dans un rinforzando de l'orchestre, mais elle ne fut pus perdue sans doute pour la vicomtesse, dont lo regard se détourna, tandis qu'une imperceptible rougeur colorait sa joue.
— Votie beau eousia (ait décidémeut sa cour à madame
de Varannes, dit la duchesse de Compans-Maillepré, dont le binocle n'avait eu qu'à se détourner un peu pour passer de du Chesnel au marquis.
— Elle est ravissante ! pensa toa'.haut lo duc en détournant enfin les yeux du pur et charmant visage de Sainte.
Sa (eninie se prit à rire avec moquerie.
— Vous êtes toujours jeune, monsieur le duc, dit-elle ; — mais moi, qui vieillis, je ne suis plus jalouse... Du reste, votre mot peut s'appliquer aussi à madame de Varannes, et le marquis fait preuve de goût, pour un sauvage, en s'adressant si bien.
— On n'en peut dire autant de monsieur du Chesnel, répliqua sèchement le duc.
La duchesse rougit peut-être, mais elle était fardée.
— Je crois que vous vous trompez, monsieur, reprit-elle du bout des lèvres ;— monsieur du Chesnel s'adresse bien... Il fait la cour à une ambassade.
Le duc, en ce moment, s'inclina, en réponse au salut sommaire que lui envoyait son beau cousin.
Après s'être incliné, il se renversa contre lo dossier de son fauteuil. Soaregard glissa sournoisement du marquis à du Chesnel, toujours empressé autour de Léa Vérin, et de du Chesnel à sa femme. — Les rides de son front s'étaiest ' creusées. Il y avait dans son œil un dépit concentré. — On eût deviné que ces trois personnes étaient le tourment do sa vie.
Lorsqu'il eut baissé les yeux, la duchesse le regarda un instant à son tour. Ce fut sans amour, mais sans haine : avec indifférence et fatigue.
Il n'y avait plus en elle rien de ce qu'une femme peut éprouver près d'un homme.
Elle l'avait pourtant aimé, puis détesté, puis redouté, comme on craint un juge implacable.
Mais tous ces sentimens effacés se confondaient en une commune apathie...
On écoutait dans la loge de madame de Varannes. — Nourrit \enait d'entrer en scène.
Madame Diane de Baulnes, belle personne t^ui ressemblait à sa sœur, sauf la grâce et l'expression exquise des traits de la vicomtesse, faisait mine de regarder la scène et lorgnait le marquis par dessous son binocle. — Il ne faudrait point s'y tromper. Diane ne lorgnait point le beau jeune homme parce qu'il était beau et parce qu'elle l'aimait. C'était bien autre chose ! Elle le lorgnait parce que «a sœur aînée rougissait chaque fois que le marquis lui jetait à voix basse quelque parole couverte par les bruits de la scène.
Diane était mariée depuis quelques jours seulement.
Elle avait dix-huit ans. — Elle était très instruite, très dévote, très froide de cœur, très médiocre d'esprit. Elle avait une fraîcheur éblouissante, de magnifiques cUeveux blond cendré, de beaux traits et une taille irréprochable. Son éducation eût contenté le censeur le plus rigide. Son intelligence étroite, mais patiemment cultivée et chargée de toutes les choses sérieuses ou frivoles dont se compose l'enseignement féminin, ne manquait pas d'une certaine droiture. Plus spirituelle, elle eût été peut-être parfaitement bopne.
U aurait fallu à cette nature honnête, mais indigente, une éducation toute de cœur. Le tact clairvoyant, la volonté persévérante d'une mère eussent réussi sans doute à rendre fécond ce qu'il y avait en elle de sève et de jeunesse, mais madame de Pontlevau, excellente femme à la tête légère et vide, avait confié Diane dès son enfance à des mains étrangères.
11 est, au milieu de notre société, une étrange école, obscure, inconnue, dont les adeptes nombreux font dos prosélytes dans le secret des familles pieuses. Quehiues livres d'une poésie mystique et dévote à l'excès dans ses formules ont révélé naguère cette bizarre hérésie, d'autant plus dangereuse qu'elle se présente sous l'espèce ardente et austère à la fois d'un religieux ascétisme.
Diane avait été élcvéo par une sœur de sa mère, imbue ju|(iu'à l'exaltation do ces principes insensés d'une piété fourvoyée.— Diaae regardait le mariage comme une gros-
sière et permanente offense envers la divine pureté.
Sur cette base reposait son éducation tout entière.
Et ceci n'est point une fiction vaine. En notre siècle indiscipliné où tant d'esprits louches ou vicieux ont prêché contre le mariage de fougueuses croisades, parce que c'était là pour leurs passions rétives une insupportable entrave, voilà que d'autres esprits, poussant le scrupule jusqu'à l'extravagance, attaquent le mariage ou sens contraire et ressuscitent le dogme enterré des Manichéens !
Ce sont de dignes personnes, à coup sûr, et qui prêchent uniquement par excès de vertu. A leur tête marche un poète presque illustre, un croisé littéraire, dont le fauteuil académique a récompensé les travaux. — Mais le poison n'en est que plus perfide lorsqu'il se présente sous l'apparence d'im breuvage salutaire. — Et c'est, croyons-nous, faire acte d'honnête homme que de planter une enseigne au seuil de ce temple nouveau que des mains respectables ont élevé par mégarde au cynique Anubis.
Nous devons dire cependant, car une prêtresse de ce temple a eu soin de l'expliquer en termes fort éloquens dans un roman mystique qui est comme l'Evangile de cette religion oriicide ; nous devons dire que ce n'est pas la forme du mariage qu'on repousse, mais bien son essence et son but.
Il est permis d'épouser, — mais il est défendu d'être époux.
Il n'y avait donc point de contradiction dans la position de Diane, qui était mariée à monsieur de Baulnes, assis auprès d'elle dans l'avant-scène. Monsieur de Baulnes, jeune, riche, accompli sous tous les rapport, aimait Diane éperdument.
Diane n'avait nul éloignement pour la personne de son mari ; maison eût juré quelle lui était parfaitement étrangère.
Ainsi, en ce moment, il y avait dans la loge de madame do Varannes six personnes liées entre elles fort étroitement, sauf le marquis de Maillepré qui n'était point de la famille.
Il y régnait pourtant comme une atmosphère de gêne, à laquelle échappait seulement l'cxcellento madame de Pontlevau qui, pourvu qu'elle eût un cachemire convenable et un public pour apprécier ledit cachemire, n'était nulle part à la gêne.
Monsieur de Baulnes risquait da, temps en temps un mot, accueilli toujours froidement par Diane.
Le marquis, placé entre la vicomtesse et son mari, avait à subir l'inquiète surveillance de ce dernier, dont toutes les manières pourtant restaient à sou égard prévenantes et souverainement amicales. — C'est au point qu'on eût dit que monsieur de Varannes avait grand intérêt à ménager le marquis.
La vicomtesse, enfin, sentait peser sur elle les regards croisés de son mari et de sa sœur...
Du dehors, vous n'eussiez vu que physionomies bienveillantes ot charmans sourires...
Gaston, cependant, — l'autre Gaston, le Pâlot, comme l'appelait Poiret, — était depuis uije demi-heure dans un état df flévTeuse agitation. 11 venait d'apprendre, par hasard, lui qui vivait si loin du monde, qu'un homme était là, tout près de lui, portant son nom, — et portant ce titre que la volonté paternelle avait misa l'éairt. Obéissant, le dernier des Maillepré avait couvert sa noblesse d'un voile, pour ne la point commettre dans sa lutte contre la misère. Il avait fait comme ces fiers Bretons d'autrefois qui, forcés de descendre au négoce pour rebâtir leur manoir en ruines, suspendaient l'épée de leurs pères dans un coin obscur de quelque chapelle.
Mais ceux-ci, dès qu'ils avaient repoussé du pied dédaigneusement leurs chartes de commerce, retrouvaient toujours le dépôt confié à la muraille sainte, tandis qu'un voleur effronté se parait des dépouilles de Gaston: — 11 avait bien entendu,— on avait parlé du m.arquis Gaston de Maillepré ?
Son premier mouvement, lorsqu'il reconnut que son re-
gard ne pouvait point pénétrer dans cette avant-scène où se concentrait pour un instant la curiosité générale, fut de s'élancer hors de sa place et de se faire justice par ses mains, mais un coup d'œil jeté sur Sainte, qui ne se doutait de rien et se dotinait tout entière à ses émotions enchantées, le retint. Il eut peur de la laisser seule au milieu de cette foule inconnue, et de chaager en peine inquiète les purs élans de sa joie.
Et puis, plusieurs rangs de spectateurs assis et immobiles lo sépAraient de l'entrée de la galerie, il eût fallu les déranger. Or, pour qui possède cette retenue timide, dont le contact du monde modifie les allures, mais qui est en germe au fond do toute nature distinguée, c'est une montagne à soulever. A vingt ans, tel enfoncerait plutôt un carré d'infanterie que trois banquettes chargées de femmes, au milieu d'un acte, à l'Opéra.
Il refoula son impatience et attendit le tomber du rideau.
Lorsque ce rhoment fut venu, il prit le bras de Sainte et l'entraîna au dehors.
Le jeune homuie de l'orchestre attendait aussi cet instant sans doute, car il se retourna vivement, pour reprendre sa contemplation interrompue. — Mais Sainte entrait déjà dans le couloir.
Notre jeune homme alors prit son parti et gagna là porte.
Il en fut à peu près de mémo de. monsieur le duc de Compans-Maillepré.
Lorsque son binocle rencontra la place vide de Sainte, il contint un mouvement de dépit et sortit en murmurant par manière d'acquit une phrase faite de banale excuse.
A peine avait-il tourné les talons que l'un des écrans da la loge glissa brusquement dans sa coulisse et y disparut avec bruit.
C'était peut-être un signal.— Du moins Léon du Chesnel tourna-l-il immédiatement la tête.
La duchesse lui fit un signe impérieux.
Du Chesnel riuitta aussitôt l'avant-scène de Léa Vérin,— et l'instant d'après, il s'asseyait sur le fauteuil abandonné par mflnsieur de Compans-Maillepré.
Celui-ci, cependant, avait descendu le grand escalier et franchi le vestibule.
Une ample redingote couvrait son habit noir et cachait les crachats étalés naguère sur sa poitrine.
Il sortit sous le porche et prit à gauche le passage noir qui conduit aux galerie^^J^ l'Opéra.
Lejeunc homme de l'OTâiPstre sortit presque en même temps que lui, et alluma son cigare vis-à-vis du Théâtre- Eufantin qu'un incendie a détruit depuis.
Le duc ne l'avait point suivi jusque-là. — Après avoir regardé à droite et à gauche dans la cour qui côtoie le passage, il était entré à l'estaminet du calé de l'Opéra, pour en ressortir presque aussitôt avec un personnage à mine équivoque, en corps de chemise, et tenant à la raaiu nae queue de billard , admirablement graissée de blanc d'Espagne.
— Est-ce quelque chose de pressé ? demanda-t-il en souriant au duc d'un air moitié obséquieux, moiSé familier.
— Très pressé, répondit le duc.
— Alors, je vais vendre ma bille, dit monsieur Burot qui rentra sans façon à l'estamiiiet.
On l'entendit mettre sa bille aux enchères, — une bille vierge, pour traduire en termes lisibles l'expression plus énergique des joueurs de poule ; — puis on le vit revenir, vêtu d'un costume semi-fashionable et comptant les pièces blanches, produit de la vente de sa partie.
Monsieur Burot avait auprès du duc le titre do secrétaire.
Au moment où ils entraient tous deux dans la petite cour sombre où débouchent les galeries, notre jeune homme d(? l'orchestre revint avec son cigare allumé. —Il les croisa do fort près et entendit ces quelques mots :
— Où esl-elle placée? disait monsieur Burot.
— A la première galerie, répondit le duc, — auprès d'un
PAUL FEVAL.
joli garçon à l'air timide, qui lui ressemble cl que je crois son frère...
Le jeune homme s'an-i>ta court. —Puis il se glissa doucement dans l'espèce de corridor couvert et mal éclairé qui est entre Li maison du passage et la cour, dont le séparent seulement do minces planches découpées en arcades...