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CHAPITRE XIV

SAUNDER L'ÉLÉPHANT

Il y avait au cirque d'Astley, en 183., un clown nommé Saunder Mass ou Saunder l'Eléphant, qui faisait l'admiration de tous les cokneys de Londres par sa vigueur extraordinaire. Ce Saunder était originaire de Namur et s'appelait tout bonnement Alexan'lre. C'éiait un homme d'une laille colossale, un géant lymphatique, lourd, stupide, une contrefaçon belge de Goliath. Ou citait de lui des tours de force tout à fait hors ligne : nous avons vu Snail affirmer que Saunder soulevait un cheval.

Nous ne nous rendons point positivement caution delà chose, appréhendant de faire tort à l'olympique mémoire de Miim de Crolone, mais vous eussiez trouvé à The l'ipe and Pot, à l'enseigne de Shakespeare et même aux Armes de la Couronne, parmi les habitués de la rouge mistress Buniett, uni: foule de témoins pour attester sous serment la vérité du fait.

Quoi qu'il en soit, Siunder l'Eléphant était un des personnages les plus justement populaires à Londres, dans le printemps de 183., année qui précède l'époque où se passe notre histoire, quaud tout à coup les honnêtes habitués du Cirque se virent privés de leur c own favori. Saunder disparut. Mais il disparut si bien et si complètement que nul n'aurait iu indiquer sa trace.

Ce fut un grave sujet d'étonneraent pour les personnes qui eurent le loisir de s'occuper de cette éclipse mbite. On en parla dans Soutwarlh et de l'autre côté de l'eau. La Tamise coula pendant trois jours entre deux masses de badauds, s'entretenaut de Saunder, et mistriss Crosscairn fut l'écho de la cité tout entière, quand elle dit un soir à mistress Bull en éteniiani le beurre sur sa rôtie fumaute :

— Je n'aurais jamais cru qu'un homme aussi gros que monsieur Saunder piU se perdre comme une épingle ou un peloton de fil.

— Ou un dé à coudre , ajouta ingénieusement mistress Bull.

Le directeur du Cirque en fit une grave maladie, et Gibby Gibbon, cabaretier de Lambelh, que l'énorme soif de Saunder faisait vivre, fut obligé de fermer son public-bouse.

Saunder l'Eléphant, tandis qu'on s'occupait ainsi de lui, passait son temps fort agréablement, en compagnie du capitaine Paddy O'Clirane, qui fit une petite débauche de trois jours à cette occasion, et changea ses douze sous de cold-wilhou, contre de grands verres de gin pur, afin de tenir tête à « cette masse ignoble, le digne et bon garçon SaunJer. »

Ceci se pai-sait dans la maison de Prince-Street, qu'on venait de disposer en boutique d'eau gazeuse. Au bout de trois jours, le long festin auquel avait été convié Saunder l'Eléphant prit fin. Le capitaine lui mit en main une pince et divers insfumens d'acier, propres à fouiller la terre sans produire d'ébranlemens, et dans l'office même, i la place oii nous avons trouvé cette vaste tonne déplatiée par Paddy, Saunder commença sa besogne.

Il avança fort lentement d'abord, car il n'avait aucune notion de ce genre de travail, et l'intelligence ne pouvait point chez lui suppléer à l'habitude. En outre, par excès de précaution, et pour n'avoir nulle chance d'éveiller l'attenticn des voisins, il lui était interdit de frapper, et d'attaquer la terre et ses fondemens à l'aide de chocs violens, comme on fait d'ordinaire dans toute fouille. Il devait percer à la sourdine, comme le ver perce le fruit dans lequel il s'introduit; la force seule de ses bras d'athlète et le poids extraordinaire de son

LESM\'STERES DE LONDRES,

cerps devaient venir en ai(!e àU patience et à la continuité j du labeur pour avancer sa gigantesque lâche.

SauDder posait son instrument bien alli'é et de pur acier contre le sol, puis il l'enfonçait en pesant dessus. C'était la manière d'agir la plus lente, mais la plus sûre. On n'entendait rien au dehors, on n'entendait rien, même dans le salon où monsieur Smith vint bientôt s'établir avec sa Bible et son garde-vue vert, ne faisant de courtes absences que les jours de paie de la maison de commerce Edward and C".

Pour bien comprendre l'énorminé de l'entreprise à laquelle on employait ainsi un seul homme, il faut savoir qu'il ne s'agissait point de percer un simple boyau où un être humain pût se glisser en rampant. C'était une galerie qu'il fallait à railordsdelaNuit, une galerie où l'on put marcher et courir.

Dès le commencement, le capitainePaddy O'Chrane servit de mètre vivant. Une fois arrivée à la profondeur où elle devait être continuée parallèlement au plan de la rue, la galerie dut âtre creusée de façon à permettre ù Paddy de s'y tenir debout. Cela faisait six bons pieds de hauteur.

Quant à la largeur, l'énorme corpulence du géant luimême en donna naturellement la mesure. Partout où il passait, deux hommes pouvaient le suivre de front. , Une fois les fondations de la maison perches, la besogne marcha un peu plus vite. Saunder avait acquis de l'habitude. Chaque fois que sa houe sans manche et qu'il maniait à deux mains s'enfonçait dans le sol, un gros fragment de terre se détachait et tsmbalt.

La nuit, des voitures venaient à la porte du magasin de soda water et emportaient les déblais, enfermés dans de petites tonnes faciles à soulever que Paddy montait lui-même du fond du trou.

Ceci était la partie la plus dangereuse de l'entreprise, car les voisins auraient pu s'étonner de ce mouvement extraordinaire dans un petit magasin connu pour la faiblesse de sa cliesttèle; mais les boutiques de Ponliry ferment de bonne heure, et dans Prince's-Strcet les grands murs de la Banque elle même étaient de lort discrets vis-à-vis.

Qaant au.x watchmen qui faisaient encore alors la police de la Cité, il est à peine besoin de dire qu'ils voyaient et passaient.

SaiHider avait dans son trou une existence parfaitement réglée ; il ne sortait jamais, bien entendu : c'était cette nécessité de la séquestration qui l'avait fait choisir, ou qui avait été du moins la principale cause du choix fixé sur lui. La première condition, en effet, d'une entreprise de ce genre est son inviolable et absolu secret ; or, quelle meilleure garantie du secret que la captivité de l'homme dont on peut craindre l'indiscrétion ? — Saunder était là pour remplacer dix hommes dont il faisait la besogne et qu'on n'aurait pu enfermer comme lui sans employer la force.

Lui ne se p'a^gnail en aucune façon de son sort. On peut dire qu'il était là de son plein gré, car la fascination n'a jamais été regar-lée comme violence. Saunder était enchaîné dans son trou à peu près comme Renaud dans les poétiques bosq'iets d'Armide. Seulement Armide manquait.— Un énorme pot de grès toujours plein de gn remplaçait cette charmante femme avec avantage.

En outre, Paddy O'Chrane, avec son éloquence sentericieuse et lardée de jurons artistcment espacés, avait pris sur l'esprit grossier de l'Eléphant un excessif empire. Saunder avait une foi aveugle en tout ce que disait Paddy, et le bon capitaine n'avait garde de lui mettre eu tête des pensées d'escapade.

Bien su contraire. Il faisait valoir en termes qui eussent rendu jaloux nos plus énergiques orateurs delà Chambre basse le bonheur dont était entouré Saunder. Que lui manquait-il? B'av4it-il ji»s un bon lit dans son trou ? ne lui donnait-on pas pour ses repas des trauchesdebœuf et du porter en abondance? Entre ses repas n'avaii-il pas du gin à discrétion et d'excellent tabac de contrebande? — Tout cela, sans parler de l'honneur de trinquer de tcmfs à aulre avec un gentleman de l'importance du capitaine Paddy O'Chrane

ancien patron du sloop le Hareng^ frété par Gween and Gweende Carlisle I...

Il y avait un point pourtant sur lequel l'Eléphant et son cornac ne pouvaient point s'accorder. L'Eléphant voulait parfois savoir où devait aboutir son travail.

— Tonnerre du ciel ! répondait alors Paddy avec conviction , — te que nous trouverons fera la fortune et la mienne, pesant coquin,— que diable! — mon véritable ami... Tu auras,- ou que Dieu nous damne tous l-.s doxl— une maison à trois étages dans Lambelh, et toutes les porteuses à la mer, scélérat slupide, mon camarade bien-aimé, te feront la cour, aussi vrai que tu auras pour mille livres de gin dans ta cave, — et pour mille livres de porter, Saunder, — et pour mille livres de wisky, — et pour mille livres... que Satan te berce, mille misères !

Ceci était souverainement concluant. L'Eléphant se pourléchait à l'idée de toutes ces mille livres liquides, et les faces basanées des porteuses à la mer, rendues plus séduisantes par queljuesmois de solitude, souriaient en dansant iin^ gigue autour de ses gros yeux alapguis.

—Eh bien! ..eh bien I... grondait-il,— monsieur Paddy... nous boirons ensemble.

— Sans doute, épais butor, sans doute, mon digne ami. Nous boirons ensemble... ou tu boiras tout seul... Allons ! à la besogne, mon fils, que l'enier te brûle !

Et Saunder enfonçait son outil en terre avec une ardeui* nouvelle.

Il ne faudrait pas croire du reste qu'il travaillât outre mesure. On ne le pressait point et c'était sagement fait, car toute l'éloquence de Paddy se serait brisée contre son apathique paresse. Il avait ses heures de travail et ses heures de repos, et peu d'ouvriers auraient pu se vanter d'être aussi bien traités que lui sous ce rapport. En somme, il ne travaillait guère que huit heures par jour.

Il dorm.îit seize heures.

Ceci nous ejplique comment Paddy pouvait vaquer à d'autres occupations et trouver le temps encore de faire un doigt de cour à miss Burnett des Armes de la Couronne.

Saunder dormait ordinairement huit heures de suite, après quoi il travaillait sans se faire prier pendant quatre heures. C'était une habitude prise. Désormais, le géant éiait réglé comme une pendule. La lâche finie, il recommençait son somme, ou bien il fumait et buvait.

A coup sûr, cette vie n'était point aussi laborieuse que celle qu'il menait jadis au cirque d'Âstley, et pourtant, à la longue, elle lui fut faiale. Ce repos presque constant, interrompu par un travail qui exerçait et fatiguait seulement certains muscles, viRt en aide à l'action meurtrière de- l'atmosphère humide et viciée du foulerrain. L'abus excessif que Saunder faisait des liqueurs fortes contribua pour sa part â miner lentement son athlétique constitution. Bref, huit mois après l'ouverture de la tranchée, le géant, suivant l'expression du capitaine Paddy, ne battait plus que d'une aile. Un autre que lui n'aurait certes point résisté si longtemps à son terrible régime.

Saunder avait en hauteur un pied de plus que le capitaine. En largeur, on eût taillé dans sa corpulence quatre Paddy pour le moins. Il portait sur son torse massif une a;-s^z bonne figure dépourvue de tous inttliigens instincts, mais exprimant une tranquillité d'âme aussi comolèie que possi-^ ble. Il esta croire que, à part le gin et les porteuses à la mer, délices promises comme récompense de ses efforts, il y avait en lui un troisième élément de patience : c'éiait le légitime espoir d'acquérir le droit, sa tâche une fois finie, de dormir viagt-qualre heures par jour, pour peu que l'idée lui en prît.

Le travail avançait cependant, non pas rapidement, mais toujours, et personne dans Londres n'avait eu vent de ceite entreprise extraordinaire. Le succès ne paraissait point douteux. Eccore quelques tonnes de terre enlevées et un large chemin s'ouvrait du coin de Prince's-Street aux caves de la Banque.

C'était un va ste boyau de forme semi-cylindrique, étcn-

PAUL FEVÀL.

çonné à courts intervalles par des cercles de fer, et percé en certains endroits à plus de quarante pieds au-dessous du p»vé de la rue. Le calcul des lords de la Nuit avait été juste. Malgré sa piresse, i' Eléphant avait accompli ce que six liemmes n'auraient point pu faire, — et quelle difficulté de tenir six hommes enfermés durant neuf moisi

L9 Jour où Paddy O'Chrane intreduisit le cavalier Augelo Bembo dans la galerie souterraine, c'en était presque fait. La boussole avait indiqué l'exacte direction à suivre, et Paddy, en pointant un plan de la Banque intérieure, avait reconnu dpuis une quinzaine de jours environ, la nécessité de isi:e remonter la galerie.

11 conjecturait que quelques pieds seulement le séparaient des caves.

Bembo traversa la galerie, éclairée très suffisamment i>ar des lampes, avpcune extrême surprise. Il ne pouvait croire qu'un homme crtl fait tout cela. Taudis qu'il regar.iait la voûte , nettement arrondie, le capitaine se retourna tout-àcoup.

— Chacun aime, sur mon âme et conscience, dit-il, — ma foi ! — à donner aux gens les titres qui leur appartiennent... Êtes-vous simple getiilcman, monsieur?

— Qu'importe cela? demanda Beœbo.

— Ah ! ah ! du diable, voyez-vous !... moi je suis capilaine ou que Dieu me confonde, tonnerre du ciel !

— Moi, je ne suis rien du tout, répondit Berabo.

— Ah ! ah!... murmura Paddy en touchant, son chai^eau : — Voire Seigneurie se trahit, Satan me briile!... Eh bien! le pauvre Saunder verra un lord avant de mourir, le pitoyable drôle, voilà tout.

Paddy se remit en marche, en ajoutant philosophiquemeiit :

— Dieu peut me darrner, par Belzébuth et ses cornes! mais il n'y a qu'un lord pour dire : Je ne suis rien du tout... Il faudra que je m'habitue, mi aussi... Mais nos, raille tonneaux d'aspics et de sorcières I... on aie prendrait au mot !

— On n'e^ntcnd rien, dit Bembo ; sans doute votre homme dort ou se repose?

— Mon homme '■ re'péla Paddy ; eh ! eh ! mon homcie ne dort pas, sur ma parole la plus sacrée, non !, . . mon homme travaille si on peut dire qu'il .soit un homme... Ce n'est pas son heure de dormir, sans cela vous l'entendriez ronfler, sur mon salut éternel !... Il fait plus de bruit en dormant qu'en travaillant... mais. Dieu me damne, milord ! — et Dieu me damnera, p ille infamies ! — vous devez commencer à eiitrndre sa musique.

Bembo prêta l'oreille et saisit les sons graves et sourds d'un râle éloigné.

— Cest sa manière de geindre, reprit le capitaine ave. un juron d'élite qu'il ne nous est point permis d'écrire; — il faut croire que ça l'amuse, car il ne cesse pas... Tenez, voilà son lit et sa bouttiille.

Paddy montrait un enfoncement pratiqué dans la paroi de la galerie, où se trouvait un véritable et bon lit. Quant à la bouteille, c'était une cruche de gr^s qui pouvait bien coutenir six pintes.

Au bout de quelques pas, ils commencèrent i monter une pente assez raide, et bientôt le capitaine, s'arrélant tout-àcoup, s'effaça contre la muraille.

— Si Votre Seigneurie, de par l'inferl veut se donner 1« peine de regarder, dit-il, elle verra Saunder l'Eléphant, le plus gros coquin qui soit dans les TroisRoyaumcs, — et le plus grand aussi, que Dieu nous damne I

Bembo leva les yeux et vit devant lui en effet un massif colosse qui, geigiiaut et soufflant, relevait, puis abaissait ses bras en mesure. Il n'avait point entendu le pas des visiteurs et continuait sa besogne sans se douter de leur présence.

La terre qu'il détachait par énormes fragmens ù chaque effort tombait àar.s une caisse disposée au devant de lui et, de temps à autie, il vidait la caisse pleine dans une de ces tonnes dont nous avons parlé. A quelî^ues pas derrière lui, sur une table , il y avait une pendule, une boussole„un niveau et que'ques instrumens de calcul. C'était la place du capitaine Paddy O'Chrane.

Bembo contempla quelque temps avic une muette surprise Orite machine humaine dont tout ce qui l'entourait disait l'extraordnaire puissance. Le géant était J» demi nu. La lumière de la dernière lampe tombait d'aplomb sur ses épaules baignées de sueur. On voyait ses muscles saillir et s'elfacer four à tour, et les athlétiques proportions de son torse ressortaient, dépassant de si loin la mesure humaine que Bembo croyait rêver. Il nttendait avec une sorte de curiosité craintive que le géant se retournât, tant il pensait voir de terrible éflergie sur le visage porté par un tel corps.

PaJdy jouissait à part lui de l'élonnement de ?on hôte. Saunder était à lui, et c'était, il faut l'avouer, un animal assez rare pour qu'on pût f prouver en le montrant aux gens unléger mouvement d'orgueil.

— Eh bien, milord?... dit-il enfin aveccette vaniteuse modestie du spnriman qui exhiHfe' son m> illeur cheval à l'admiration d'un visiteur; — de par tous les diables, eh bieBl... comment trouvez-vous mon peiit Saunder?

— C'fst inconcevable! murmura Bembo ; — sans bruit..., sans chocs, il entame le sol...

— Comme si c'était un pudding, damnation ! miiord, n'estce pas? inierrompitlti capitaine.— Ou chercherait longtemps, je vous le jure sur l'honneur, par le nom de Dieu et par le nom du diable, — car il- en faut pour tous les g«ûts ou (|ue j'aie le cou lordu par une fi nielle de dénon, tempêtes!— on chercherait loiiglemps avant de trouver un coquin de sa 'aille autsi bien siylé... C'est nui qui lai dressé, milord.

— Il a l'air bien fatiguél dit Bembo.

— Voici riipure où il se rc,-ose, niiltird.

Au moment où Paddy achevait ces mots, la peii'e pendule se prit h sonner onzi' iieure:^. — L'Eléphant laissa aussitôt tomber sou outil et |:Ous.'a un long soupir deconiemement.

— A la bonne heure, Saunder, à la bonne hftrel s'éoria Paddy d'un ion patcinel; vous savez compter, gros fainéant, mon fils... buvez ce vt-rrc de gin, irisle créature, pardieu! à la santé d,; Sa Stigneuric.

Saunder te retourna et Bembo faillit jeter un cri de surprise à U vue de la physioiionne é einta, souûranle, débonnaire, que montra le g ant. Par derrière, on devait penser que Ssunder avait un de ces visages qui font trembler les faib'eset arrêtent l'homme le plus résolu ; pi(r devant, on ne trouvait en lui qu'un enfant de taille colossale, perd^int par un absolu défaut d'intelligence et de volonté ie bénéfice de sa force pliysi(jue.

A l'aspect deBenibo, il porta sa main à son front découveri, comme s'il eût voulu soubver une coiffure absente. En Angleterre, où le chapeau d'un gentleman semble rivé à son crâne, ce ceste est plus sigiifl atif que partout aillturs. — En même temps, Saunder se prit à sourire innocemment et baissa les yeux comme aurait pu faire un enfant timide.

— Il est stylé, dit le capitaine avec une lacouique emphase; — stylé et dressé, que Dieu me punisse!... dressé par moi. Saunder avala d'un trait l'énorme verre de gin que lui présentait Paddy.

Sa figure blafarde et bouffie ne s'anima point. Seulement il murmura en passant la langue sur ses lèvres :

— Bon I... monsieur Paddy, bon.

Je crois bien, gros ivrogn», mon ami, sacàgin stupide, répliqua doucement le capitaine; — je crois bien, de par l'enfer... L'avez vous regardé, milor.i ?

Bembo fit un geste de pitié que Paddy interpréta comme une affirmation.

— Va te coucher, dit»il, misérable éponge, mon camarade... Dors bien, et,— que le diable t'emporte! — ne fais pas deB'auvais rêves.

Saunder se glissa de son mieux entre Bembo et la muraille. L'instant d'apn^s il ronflait comme uncyclope.

Paddy attira Bembo vers sa table et versa deux verres de gin.

— Milord, dil-il, vous avez tout vu... Je bois ùla santé de Votre Seigneurie, que l'enfer m'attende !... et m'attende longtemps, par Dieu!

— Cela ne m'apprend pas où en est la besogne, répliqua Bembo.

LES MYSTERES DE LONDRES

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