LE CAVALIER ANGELO BEMBO
Ce n'était pas s-ulement le tr&nequi ressemblait au sij^ge du chef des faux moines de Sainte-Marie, il y avait, en're cette grave réunion d'aujourd'hui et l'assemblée d'S bandits attablés pour une orgie, d'autres points de coiaparaison.
Frank l'erceval, introduit subiteiiieni dans ce salon brillara. m.'nt éclairé, eût sans doute reconnu plus d'une physionomie, et, parmi ces voix, plus d'ui.e l'aiirnit fait tressaillir.
Il y avait, comme nous l'avons d t, une vingtaine de personnages attablés. C'éiaient, presque sais exception , des hommes d'apparence distinguée et poss dant ce vertiis que djiiue l'usage du monde arislocraiiqî.e.Quequtsnr.s avaient, il est vrai, pénétré dans ce moitié à l'aide de faux titres et de noms supposés ; mais la plupart y possédaient leurs entrées par droit de n;iissar.i e.
Ils avaient descendu, marche à marche, l'écLeiledu vice, au bas de liqu lie est le crime.
C'était 1. 1. pour le plus grand non:bre, des brigands de j qualité. — Nous les passerons ra.tidemeut en re.viTe, gaidant 1 seulement le silène--* sur leur chet, mo.'isieur le Diarqui,s de Kio SaQto, dont l'histoire ne peut ê re laite en un chapitre. '
A sa droite se tenait le .loctrurMoore, qu'on regardait générakmeii! c.>:n;;.c son conrident et son ami.— Après .e docteur Moore, qu' le lecteur ronnail foit tul'iisammeut, venait un geiitlen an de H- a-. Hvjnitre et d'appac n<e militaire, qui parlait hsut ilans a disrus-ion et prèle :d.iii v'arfois, maii en vain tenir lé e au -i-rquis. C'éta tsire Geo ge Montait, coloiie! f!:: r. gidien! de"*, ans i cél^ bre , ou; se? nobles laçons f t la fastii'wse générosité de son bospiia il* que pour ses dettes iiiriombrahlis. Sir Gco^^'C av^i. ma gc, f rt galantliifnt du re,';t^ une fortune d'un dcn:i-u iil on environ de Iivies , f t ne possédait pUis que ses bi.'iis substitués, ce qui ne l'emiK-ch.it point de jeer i'or par les fenêtres avec une ' pr fus'O» tout à fait cheva'eresque A et lie prolusiou il fallait un aliment; — sir George s'elait fait vo eur apiès a>ûir été du))".
Ce i es' nne bien viei'i'e histoire.
Ailles 1/ii YtnAit 1» bant^nier Fauii;le\y, qui devait o cuper Londres entier peu de molsaprè" et n«ssemblcr autour ce son é h;.rMiil les plus b^-Ues Q^urs de nos sOons fashiona- 1> es Fjuntlev é ait l'ami imime de l'un il< s Irèrcs du roi; il avait U conflance de lou! le WestEud et la m -riiaii, car il ne lit pa« perdre u^^ f-rthing à fa noble clienièie. Le commerce s.nil eut ■■ se plaindr? de lui . cl r'^rt n'avait ri»n > c aindre de cet étrange et bri lant larron dè.î qu'o" pnria't un nom inscrit au recraj« ou môme au Boronetage du Royaume- Uni.
Celait w) beau jeune hor!=mi! à la blonde cbevelnr.^. au sc-u ire féminin, à la taille élt'gamm?nt serrée da-is un trac Boir d'une coupe iRcompirab'e. Il et it aussi fastueux qHe sir r.forge, et fa maison de Fimlico faisait honl- au palais Jf S',int-James. ^
( e d .r si,.r d> son procès ccnt-naii q.ia'oize mille lau\ — L- frère du r.ti soHi ita sa grâce et v» lie visiter 'ans sa prisen Mais .|uatjize mi le faux! Le ravissant banquier tut
Vous rencontreriez dans \ oadrrs, lecteur, plus d'une lady de trente et quelt,nes années qui port* , en un ptlii mèUaii- Ion, comme i.iie relique saint?, une nèche de. . he- eux inona , disposée de façon à fisur.r la date :29 œ^i *■ 85,. Cc son des clitfveux du beau Fa'initevv
AU .^e:â du ban(|iiier fashionable s'asseyait un personnage rarr*, puissamicent barbouillé de tabac et respirant à pleine bouelii; l'odeur subtile rt brù'ante du rhum des AnUlies. Ce personnage, à part la faiblesse qu 11 avait de s'i»ppro;>rier le bien d'aa;rui, était un tiés saint homme On par ait de lui depuis quelques mo-s pour être proma au bénélice va-a'U de feu le doven de Weslminsicr, et, soit dit avec tout plein de re-^pect pour le c! rgé protestait d'Angleterre, il n y av ii pas beaucoup moins de droits qu'un auire. — Ce révéremi avait nom Peter BoJd'esie. Il ne possédait a' oisqu un mince bénéfice de de x cents livres, et ses supérieurs, av c icsqueis ii fr.vsit, touchaient par mois des mil iers de guinies.
1! fallait b en que le rev.'Tcnd Boddlesie trouvât moyen d'allonger honnêtement sa prfbende.
Le clergé es', ainsi constitue ch^z r.ous. Aux lins des mu lions, a IX autres la fammo. - 11 y a des gens qui ont graiil appé;it et qui attendent, pour devenir des saints, un bé::ôti'e convenable. ,
Le, ré-éren'i Peler Bod ilesie Mail un des membres 1; s piUS utiles de la Famille : nous n'avons pas besoin de dire temment. , ( ,
Notre ntb! sse est comme notre clt rgé. — Apres le ri.verend, nous trouvons ui; Hotiorable. John Peaton, fils cadet du marquis de'**. I i encore, tout aux mi. rtn a-x aa'res.
a.lin Pcaion éuil un gra d jeune homme dont ies traits ma!-.;dif-. et fatigués i-'cxprini>ieni rien, sif.on cet e stupule apathie que la déliaudie et l'ivresse m l-enl si souvent sur levisag de nos leimes lords. Il fa'saU sa narlie à l'occasion, orfque h Famille avait besoin d'un nobbi^an pour jou r quelq c bout de tôle dans me inrigue; raiis c'était un asse- triste aceur. — En revan .1 e, il étrillait un cheval mieux que pas un palefrenier et pnuvaii avaler vi; gl-quaire douziiinesri'liiritrt s de suit", pourvu qu'il les accompagnât de sis flacons de Porto.
PÂDL FEVAL.
Autant l'Honorable John était inutile, autant son voisin se trouvait être iodispensa Iç à la société. Ce \oisin, hsmme de quarante ans, rfgardant les gens de côté, à la dérobée, et doué depuis le menton jusqu'au sinciput de la physionomie d'un observateur, n'était rien moins que S. Boyne, csq , suriut'ndantdu nutropolitan police. Gr.ice .1 lui et à l'un des sous-commissaires de U Cite, qui siégeait un peu plus bas, la Faniile vivait fn paix ou à peu près arec la police. Mais celle paivU lui coûtait fort cher.
S. Boyne, csq , était peut-être le seul !ord delà Nuit qui pût souii?nlr sans danger un avis contraire à celui de Rio- Sanlo. C'était une puissance dans le conseil, bien qu'il fût homme de peu en détinilive. Néanmoins son opposition ne dépassait jamais cenaines bornes, parce que S. Boyi e,esq., avait de lonres raisons pour être persuaiié que Rio Panto, — moi.sieur Edward, — avait en haut lieu des habitudes tel'esque, d'un mot, il eût pu meltr« S. Boyne, esq., sur le paT^
Or, S. B yne, esq., se rendait justice. Il savait que, le Jour où il perdrait ses fonctions de poliee, toute son influence disparaîtrait.
Assis à côté d'un magistrat, se prélassait un lord... Un lord?— Mon Dieu, oui. Un véritable lord, portant couronne de vicomte audi-ssus ' e son écusson normand, un noble lord, pouvant laire remonter ses preuves au-delà de la conquête, le petit-fils d'un compagnon de Guillaume, la chef d'une famille dont la devise dit : craignez honte, tout comme celle du duc èe Portiand.
Que voulez-vous! voilà ce tiui arrive. On a un nom chevaleresque et une magnifique fortune, mais on a l'esprit faible sinon vicieux a priori On regarde autour de soi : on ne ■voit, aussi loin que ptut se porter la vue, que lords plongés jusqu'au cou dans une orgie sans fin, slupide, insensée, abruiissante.— On est lord ; on a le droit défaire comme les lords. — On se jette à corps perdu dans leur vie, vie de duels, de d> t'»"=, de rapts, coupée par quelques séances de représenLitions gravemeni hypocrites.
' L'or coule à flots, puis l'or s'épuise et manque. Que faire?
Galon mourra't. D'autres s'arrêteraient et demanderaient au travail l'expiation d'une vie de folie. Eh bien! quelquesuns meurent, non pas comme Galon, mais comme Clarenca, noyés dans une tonne de Ma voisie. Quelques-uns se suicident, non |iar pudeur, mais par laligue et lâcheté. — Les autres cherchent dans la poli iqne une veine à exploiter, un marché à faire; ils se vendent bien ou mal, suivant qu'il leur res e un lambeau plus ou moins écorné de ce fier manteau de considération et d'honneur où s'enveloppaient leurs pères.
Et, quand i's ne peuvent pas se vetidre, ce qui se rencontre, car on n'a pas toujours besoin ù 1» Ghambre haute d'un soudoyé de plus, ils cherchent...
On en a vu, et combien, hélas I vivre du jeu qui les avait ruinés, du sport qui les avait réduits à la mendicité.
Nobles boliémiens, ils s'en vont par le monde péchant avec le propre hameçon qui les a pris jadis.
Lord Ruperl Btl..., vicomte Glé..., n'avait pas pu se vendre.
À sa gauche un gentleman rose et propre, portant sur un nez mince et blanc de belles lunettes d'or, touchait à peine son fauteuil et se dreEsait dans toute la rigide tenue di! l'éliquelte britannique. Ce gentleman éiait le personnage important de U séance, parce que sa qualité de- sous-raissier central de la banque le mettait b même de fournir tons les renseignemens nécessaires pour le grand acte de spoliation que niédilailla Famille. Il s'appelait Willîam Mariew et ne donnait ses bonnes grâces qu'à ceux qui l'appelaient sir William.
Après lui venaient plusieurs employas du gouvernement et un juge.
Da l'autre côté de la laWe se trouvait la partie véritablement mi'ilanie du conseil de la Famille. Ceux que nous venons de nommer, A l'fXTeplion du docteur Moore, payaient plu'ôl de leur i osition que '.te leurs actes, les autres étaient
de véritables bandits, agissant, combinant, et cervant de tète aux cent mille bras de l'assoeiation.
L^, nous retrouvons le pauvre aveugle, sirEdmund Mackensie, monsieur Sm.th, dépouillé de son garde-vue vert et de son air cafard, qui n'eût point cadié'avec son litre belliqueux de major Borougham; sirPaulus Walej-field, le docteur Millier, dans la^personne du aiel nos lecteurs eussent reconnu lebijoulier Fallciione, et deux ou troisautres audacieux et inlelligens coquins qui, comme monsieur Jedediah Smith fit le docteur Millier, venaient en droite ligne deBotany-Bay.
Chacun, dans cette étrange assemblée, discutait gravement et avec une convenance qui eût fait grande honte à nos réunions parlementaires.
Lorsque Bembo fut introduit dans la salle, la parole était à William Mariew, sou.s-caissier central de la Banque.
— J'aflirme, déclamait-il avec une affectation de gravité pédantesque, — et, si j'ose le dire, je prétends que le moment est fort judicieusement choisi pour opérer la soustraction dont est cas... Je crois être, par ma po.sition, à même de parler sur ce point avec une certaine autorité... je dirai même avecquehiue consistance...
— Ecoutez ! écoutez I murmura lord Rupert qui bâilla, se croyant à la Chambre bau'e.
— Je remercie l« noble lord de sa bienveillanle interruption, poursuivit le bureaucrate, et je maintiens. . Bien plus ! j'avance que les caves de notre administration n'ont jamais contenu autant de matières d'or, monnayées ou non...
Un murmure approbateur courut jar l'assemblée, ce qui porta lord Ruperl à répéter :
— Ecoutez 1 écoutez I
— Je remercie sincèrement Sa Seigneurie de son encouragement obligeant, cl jedis. .messieurs, ce sont des chiffres... la Banque n"a pas moins de vingt-cinq millions sterling en caves.
Gomme si l'énoncé de cette somme monstrueuse (6v5 millions de francs) eût eu le pouvoir de percer les murailles pour arriver jusqu'à la tourbe impure qui croupissait non loin de lu dans le Purgatoire, le tuyau acoustique se prit à vomir un sourd et frémissant murmure, auquel se joignit le murmure avide de l'assemblée.
— Vingt cinq millions sterling ! répéta l'aveugle Tyrrel dont les yeux scintillèrent.
— C'est un beau denier, dit S. Boyiîc, esq., en s; frottant les mains.
— Bien employée, ajouta le banquier Fauntlevy, cette somme pourrait doubler en six mois dans le commerce.
— Et quelle sera la part de chacun de nous? demanda d'un air tout content le révérend Boddlesie, futur doyen de Westminster. ■
C'est une question d'arithmétique, monsieur, répondit le caissier; —une simple division...
— Sir William, interrompit RIoSanto, — veuillez nous dire quelle est la somme, en billets au porteur, que peuvent contenir les coffres de la Banque.
— Ceci me semble sans intérêt, milord, attendu que les billets ne représenteront plus bientôt que des valeurs absentes... Néanmoins, pour satisfaire Votre Seigneurie, je ré pendrai... permettez...
Mariew compta sur ses doigts et reprit :
— Les coffres et portefeuilles peuvent contenir, en billets dont je ne donnerais pas six pence, le double des vab urs en cave.
— C'est bien, monsieur, dit Rio-Santo.
Bembo venait de s'approcher de lui pour lui faire son rapport.
— Milords, reprit presque aussitôt le marquis, votrejusta impatience va être enlln satisfaite... dans la nuit d'aprèsdemain, nous serons introduits .1 la Banque.
La gravité de l'assemblée ne put tenir à cette bienheureuse annonce, et un joyeux hurrah fil retentir les lambris de la satle. Dans ce concert de clameurs triomphantes, on jmt distinguer le fausset aigrelet do l'homme de police, S. Boyno,
LES MYSTERES DE LONDRES