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csq., et la basse chantante de l'homme d'église, le révérend Roddlesie, lequel lança son chapeau en l'air et le rattrapa l'ort adroitement.
Les gens du Purgatoire entendirent sans doute ces acclaniaiioiis, ear le tuyau acoustique jeta dans la salle, en guise de réponse, un cri amer et railleur.
— Il est quelques mesures à prendre, continua Rio-Santo, pour lesquelles, je pense, le conseil me donuera plein pouvoir...
— Assurément! assurément! répondit-on de toutes parts. Il n'y eut que lord Rupert qui tit une variante à celle réplique en disant :
— Ecoutez ! écoutez I
— Sir William aura la bonté de se rendre sur les lieux, poursuivit encore Rio-Sarilo, pour pointer le plan des caves et donner à nos hommes toutes les indications nécessaires... car il faut de lacélérité autant que de la prudence... Sir William indiquera en outre les dépôts de bank-notes, bien qu'il semble dédaigner ce butin...
— Une fois la banque ruinée... commença le caissier.
— Cest juste, monsieur, — mais vous ferez ce que je vous demande. — Quant aux mesures de précaution, cela regarde messieurs de la police; nous pouvons nous reposer sur leur zèle. Je me réserve d'ailleurs de mettre sur pied le ban et l'arrière-ban de la Famille pour faire émeute au besoin sur ditférens peints et occuper la force armée... Ne vous étonnez doBC point, milords, si tous nos hommes sont convoqués à la foi s.
Le docteur Moore, qui n'avait pas encore prononcé une seule parole, jeta sur le marquis un regard perçautetfurtif; ces derniers mots lui semblèrent couvrir un dessein secret. — L'aveugle et lui échangèrent un imperceptible signe d'intelligence.
Du moins, un observateur l'eût pensé ainsi; mais, en définitive, nous craindrions d'abuser de la confiance du lecteur en lui affirmant trop positivement que la qualité de lord de la Nuit donne aux aveugles la faculté de converser par signes.
Quoi qu'il en soii, si Moore et Tj'rrel soupçonnaient que monsieur le marquis de Rio Santo gardait pour lui-même une bonne partie de sa pensée, ils ne se trompaient nullement. Le pillage de la Banque n'était qu'un accessoire de son grand projet, un déiail de son plan. Ces billets au porteur, dont le rose et blond caissier faisait fi, acquéraient pour Rio Santo une valeur sansirix, par cette circonslance que, enire s s mains, ils devenaient une aime et déterminaient tout d'un coup la banqueroute du premier établissement financier de l'ADgleierre, la ruine de l'un des plus solides appuis du gouvernement.
Dans son projet, il ne s'agissait pas seulement d'enlever à la Banque son fonds d«>garantie, il fallait l'obligera proclamer la p^ne de ce fonds, à suspendre ses paiemens, à reconnaître enfin que toutes les bank-notes répandues à profusion sur tous les points des Trois-Royaumes n'étaient plus que de vains chiffons.
Quant à la réuFiion de tous les hommes de la Famille, c'était une autre affaire. Il s'agissaitd'uneémeute en effet, mais ce n'était pas tout à fait pour protéger l'enlèvement de l'or de la Banque. L'émeute devait porter plus haut et avoir un autre résultat.
Las lords de la Nuit se séparèrent, et eurent cette nuit-là sans doute de bien beaux rêves de fortune. Sir George Montait et John Peafon se virent à la tête des plus belles meutes du royaume; lord Rupert fit courir àEpsom, comme dans son bon temps, et joua le whist à cent guinées !a fic'ae; S. Boyne, esq., se fit meubler un somptueux hôtel dans le Strand et donna un cachemire d'un certain prix à mistress Boyne- Fauntlevy mit sous ses pieds la maison Rosthchild et préla un million sans intérêt à S. A. R. le dac de..., frère du roi; enfin, le révérend Boddlesie, évêque de Londres, s'assit au parlem»nt et y ronfla minisiériellement, comme c'est le droit et le devoir de tout pair ecclésiastique... LE siÈas. -^
Moore regagna sa maison de Wimpole-Street. Durant toute cette journée, il ne s'était point occupé de Clary Siac-Farlanc; cette nuitencore, il l'oublia pour se creuser lacerve'le et târher de voir clair dans les projets de Rio-Santo. Pendant ces vingt-quatre heures, la pauvre .Clary, dont on avaitcliai)gc le régime, n'eut à souffrir que de sa solitude, de ses craintes et de ses regre s. Rowley avait reçu l'ordre de lui donner de la nourriture, afin qu'elle pût supporter mieux le choc galvanique auquel le docteur voulait la soumettre. Ce fut un répit, — un sursis entre ses tortures et le dernier acte de son martyre.
Le marquis de Rio Santo remonta dans son équipage avec le cavalier Angelo Bembo. Il était si puissamment préoccupé qu'il n'avait même pas songé à s'informer auprès du docteur Moore de l'état présent de Mary Trevor.
Pendant toute la route, il garda le silence, murmurant seulement de temps à autre quelques paroles décousues où l'on n'eût pu saisir que des lambeaux de sa pensée.
Au moment oii sa voiture s'arrêtait dans Belgrave-Squar?, il prit la main de Bembo et la serra fortement.
— Ange, dit-il, l'heure approche. J'aurai besoin de vous tout entier... S'il est au monde quelqu'un que vous aimiez, pensez à lui cette nuit et demain ; car après ce terme vous
I êtes à moi, Ange, n'est-ce pas?
— Je su's à vous, don José, répondit Bembo, tout à vous. Puis, quand Rio-Santo l'eut quitté pour se retirer dans son
appartement, Bembo, resté seul, répéta lentement et avec mélancolie :
— S'il est au monde quelqu'un que vous aimiez... Pauvre fille !
Au lieu de monter à sa chambre, il se glissa doucement le long du corridor sur lequel s'ouvrait la chambre d'Argus Mac-Farlane, et vint s'accouder à l'apftui de la fenêtre basse située vis-à-vis du lord'scorner. '
Anna était toujours dans la chambre où nous l'avons vue, toujours aussi dans cette bergère qui lui servait de lit. — Mais elle élait bien pâle et bien chang'^e. Ses yeux rougis avaient dû beaucoup pleurer. Jusque dans le sommeil qui l'avait surprise, elle gardait une attitude douloureuse et comme épouvantée.
La lumière d'une bougie éclairait doucement son visage oU passaient, visibles comme en un miroir, les enfantines apprihensions de ses rêves.— Bembo la contempla longiemps en silence.
— S'il est au monde quelqu'un que j'aime.., murmura-t-il enfin. Oh! oui... c'est un amour d'hier, qu'il faudra^oublier demain... Un amour sans passé comme sans avenir... Mais je l'aime.^, je l'aime comme je n'ai point aimé encore et comme je n'aimerai plus.
C'était une de ces rares nuits oii l'hiver de Londres revêt le manteau de frimas des contrées polaires. Le givre scintil- *lait aux branches étiolées des arbres i|ui masquaient les derrières d'Irish-House et renvoyait, colorés bizarrement en d'innombrables nuances, les rayons assombris de la lune à son couchant. — La rue était déserte sous la fenêti-e. On entendait seulement au loin dans Grosvenor-l'lace le roulem'ent étouffé de quelque voiture attardée.
— Je n'ai que cette nuit, reprit Bembo, et cette nuit est déjà bien avancée. . Pauvre douce enfant! je n'aurai pas même le temps de jouir du bonheur qu'aura sa mère à la revoir...
Une demi-heure après, la petite porte par où le prince Dimitri Tolstoï avait été introduit dans Irish-House s'ouvrit sans bruit, etlecavalier Rembo traversa doucement la rue.— C'était à ce moment où Londres entier dort, où les voitures elles mêmes cessent de tourmenter le pavé. Aucun son ne troublait le silence absolu de la nuit. — Bembo mesura de l'œil la distance qui le séparait de la fenèire où brûlait la bougie d'Anna, et tàcba de lancer sur le balcon une échelle de soie, relique d'ur.e aventureuse et insouciante jeunesse, qu'il avait apportée.
11 n'y put point réussir.
Heureusement il était agile et homme d'expédiens. Son
PAUL FEVÀLi
r-oignard fiché entre les briques lui servit de marche-pied et, mnliiê à l'aide de cet appui, moitié par le secours des saillies. :1 parvint à wettre sa niaiusU' le balcon.
Les preux des anciens joui s ne s'y prenaient.pas autrement pour escalader les citadelles.
Une lois sur le balcon, il atta ha solidement son échell-.de soie aux barros de fer ; car, après être mDuté, il s'agifjjii da redescendre, et de redescendre deux.
Anna M^cFar'aiie s'éveilla en sursaut. Le poing de Bembo, envel"ppéd'un mouchoir, vcnaii de brisiTTun des carreaux 'fe h croisée. L'iu.slant d'aprè-, l'espagnolette, luxe rare à T.onJre.-, jouait en gri, çant, et liemho sauiait dans \:i cîiamhre.
L'air frais du dehors fit irruption à l'intérieur en même temps qwe Beml.o, et 1* flamme de la bougie, vivement soufflée, se pencha, n'éciaicint plus que vaguement les objts. Aniia, qui aviiit fait d'abord un mouvement pour s'enfuit, s'élanç! en poussant un cri de joie et vint tomber entre los bra> de Bcrabo étonné.
— Stepl'en !oh ! mon cher Steplienl s'écria-l-elle, — Dieu vous envoie entiii à mon spcoi.rs.
Un douloureux f -isson courut par tous les membres de Bembo. Il »»' se itit pr. sqi;e défaillir à ce mot qui brisait d'un seul coup des espérances déjà bien chères.
— J'ai 'ant prier reprit Anna d'une voix qui allait jusqu'au fond du cœ'ir de Bembo; —j'ai l.int pr é, mon Stephen !.. Dieu m'a exaucée... Je savais bien, allez, que mon salut ne viend?aif de vous.
La flamme d- la bougie se redressa en un momçnt de ca'me. Anna découvrit son erreur, qui prenaii sa source, non pas tant dans la ressemblance des deux jeunes gewsque dans sa iiréûccupation, à elle, qui avait constamment Slephen pour objet. Elle se dégagea effrayée, «t se réh^gia encourant ù l'autre bout de la chambre. Là, elle se tapi', collée à l'angle du lambris. ^
Bembo ne la smit point. Plus il la voyait belle H virginale et cbacm?ntedans son n&'ifi iïroi, plus son cœur se serrait.
— Stepliin ! murmurât il en lui même ; oii donc este». Stephen qu]elie aime et qui l'abandonne aux mains desravis •'eurs?.,. Oh! fou que je suis 1 voiiii que je hais C2i homme maintenant... Ne devais-je pas m'attendre à cela?... Elle est si belle !
Il s'arrèla et acheva en un long soupir de regret :
— Mon Dieu ! que je l'aurais : imée t
Anna, cependant, la pauvre enf.int, s'effrayait de plus en plus à voir cet étranger immobile, qui la contemplai', s^ns trêve et avait sur son visage une expression qu'elle ne savait posai déliiiir. EUe trembla d'abord un peu, puis bien fort; puis de grosses larmes vinrent à ses yeux; puis encore des sanglots éclatèrent, tandis qu'elle tombait, terrifiée, sur ses deux genoux, en disant:
— Je vous en prie!... je vous en prie, ayez pitié de moi ! Bembo tressaillit à cet appel qui vint cl.ang;rle caractère
de .son émotion. 11 eut pitié en effet, i; eut cette douce et tendre pit é i|Ui Bit l'un des dégui>emens de l'amour, et qui peut mettre, par surj^rise, des laroîes dans les yeax d'un homme
— Je la rendrai à son S'epheif, pensa-t-il en sentant son CiEur s'amo'.lir jusqu'à la faiblesse ; — je lui dirai de la faire bien heureuse... L'aimera-t-il comme je l'aime?
Ce n'était pas une réponse. Anna joignit ses petites mains avec désespoir et chancela.
Bembo se préci}.iita vers elle.
— Ne ciaife-ncz rien, dit-il si doucement qu'Anna se sentit presque ravivée , ne craig'iez rien de moi, madame ; ma présence ne doit point vous causer de frajeur.
Il lui prit la main et la releva en ajoutant avec tristesse :
— Entre nous deux, ce n'est pas vous qui avez sujet de crain ire ou d implorer.
Anna ne comprit point, mais elle se rassurait peu à peu k \ ras'tect d^ cette physionomie noble et franche, que le n'avaii viii; j isqu'aiors en quelque sorte qu'au travers du trou- ? ble de sa première épouvante.
— Comment ê;es-vousici, monsieur? demanda-t-elle pourta t avec un reste de délianco.
Bffmbo l'avait p esqueoub ié. Cette question lerenilillout- ;Vcoup au seniimenL de lu ré.lité. Il mesura les obstacles qui lui restaient ù vaincre ; il se souvititdu lieu dû il était. Les valets du lord, évtillés par hasird. n'auraient point de peine à s'opposer à sa sortie. Le moindre bruit, la moindre résistance de la pauvre recluse, pouvait relermersur elle les portes du lord's corner.
Oh I que Bi^mbo »ùt trouvé bientôt un expédient sans ce mall;eureux nom de Stephen, jeté comme un voile pesant et froid sur ses »rdens tspoirs de tout â-1 heure. — Mais la insti sse conseille mal ; rimaginatioii replie ses ailes à son contact glacé. — Bemuo garda durant une minute uji silence plein d'embarras
Cependant il fallait agir. Le front d'Anna se rembrunissait de nouveau et fson regard disait éioquemment le rotcur de son inquiétude.
— Madame, dit enfin Bembo, je suis ici pour vous sauver.
Et, surmontant avec effort une instinctive répugnance, il ajouta, en tâfhant.de sourire :
— Ne devinPZ»vous pas?... je viens de sa part.
— De sa pàirt! s'écria miss M^c-Farlanf dont le visage exprima tout-â coup uae confiance s;ins bo'nes.
— De la part de Stephen, dit tout bas le cavalier Bembo. Anna sauta de joie. Elle riait et pleurait en mente temps.
Bembo détourna ia tête; elle ne s'en aperçut point.
— Vous vtKez me chercher, disait-elle; —je vais le revoir... revoir Clary... to'Jt ce que j'aime... merci! Oh! vous aussi, j^ vous aimerai !
Bembo souffrait cuelienient; msis il eut la force d'employeur jusqu'au bout son généreu.\ straiigème.
— Vi'nezl murmura i-il; — iiiephen vous attend.
Il soiilevadansscs bras la jeune fill- qui n'oppo.'^a point de rcsistance et commença à descendre l'échelle de soie avec précaution.
B< mbo tournait le dos à Irish-House qu'Anna rega-dait auconiraire.
L'i descente se faisait bien lentpm''nf, car l'échelle oscillait à clia'iue mouvement. A moitié chemin de la fenêtre au sel, Bcmto crut entendre derrière lui, dans la maison de monsieur le marquis de Rio-Santo, le bruit d'une fenêtre qui s'ouvrait.
Il continua de descendre.
Quelques marches plus Las, il sentit Anna frémir entre ses bras.
— ■'twez... voyez! dit-elle avec effroi ; —un fantôme qui gl s>e parmi les branches de ces arbres
Bembo essaya, mais en vain, de se retourner. — Anna regardait loujouis le fantôme, qui descendait, lui aussi, lelong de l'un des troncs d'arbres plant'js derrière li ish-Huuse. Arrivé au itiveau dit mur de la cour, il s'y cramponna et demeura un instant comme indécis.
C'était un homme demi-nu, donton apercevait les membres étiques, et!a poitrine velue, aux oblique^ rayons de laluee.
Anna se moiiraii de peur.
Enfin, Bemliû mil le pied sur le dernier degré de l'échelle. — A ce même instant on entendit la chute d'un corps sur le pavé. C'était le fa. tome qui venait de sauter dans 1 ' ru(\
En !-ofte quftnos deux fugitifs et cet homme louchèrent en même temps le sol et se trouvèrent en pré ence.
Bi'Uibo liésiti. — L homme s'appi.ya, épuisé, au mur qu'il venait de fr inc'iir, et uni' voix chevrotante s'éleva dans le silence de la neit. C:ite voix chantait :
Le laird de Killerwan
Avait deux filles.
JamiusN|en Vit amant
D'aussi gentilles
Dans Glen-Gii van,
— Mon p^re ! s'écria Anna en se dégageant des bras de Bp»i')o pour s'élancer vers le chanteur, — c'est la voix da mup père |
LES MYSTERES DE LONDRES