‹ Les amours de ParisChapitre 158 sur 190 · ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

ANGE GARDIEN

Bien (prAristoti" n'ai! po nt pris !a peine de trac* r des règles pour le roman, et qu'Horaeait jugé à propos de garder le silence à cf même suiei, nous avons taché, dans notre profonde >ér!ération pour les classiques de nous rapprocher ,-u- .ta: t que possible de c'sbelPfsrèg'es d'unité qu'ils ont posées comme étant la condition nécessaire de tout drame. Ju' = qu'ici nos persorna.çes n'ont p =s perdu de vu"? le dôme mystérieux df- Sa m Pâiil de Londres ; jusqu'ici, notre histoire a tourné dans le cycle étroit d'une serr.aine. '

Mais le moment arrive où il no'.;s faudra franchir tout àcoup le temps et respa(e,oùn-usser-3nstorcésdemettredes mois entre les S'èies de notre drame, et où notre action prendra la poste pour élire domicile dans les hsuvagesbri.yères de l'Ecosse du sud. — Ceci est, à coup sur, un grai'd malheur, et personne t-c pourra nous blâmer d'en exprimer d'avance nos '.ifs ei bien sincres regrets.

Eu aiteiidansiiou-^ avons repris in à un tous nos personnages n is à l'écart dans la deuxième partie de ce récit, ou l'aiteiiîion du lecteur est presque exclusivement port e sur Susannah et Brian de Lîiicesler; nous avons suivi chacun d'eux dans leurs efforts Ions ou iBé.;hans, dans leurs senlimens, dans leurs avfn ures, et 'e cours naturel de ces récils, converg'-ant au même but, nous ramène à cite journée où Brian de L^nce- 1er creva Ruby, son beau cbt val, et affnntale feu des horst-guards four rapporter une flêïr aux pieds de Susannah.

Ce fut la veille de ce jour, en effet, que mon.'ieur le mar.

^quis de Rio Sanio fut mis eti danger de n ort par l'elr^iuie

furieuse d'Angus Ma.- Fariane; ce fu le malin même, vers

trois beun s après minuit, que le cavalier B^ir.bo enleva la

plHSJeunedes hUi'sdu laiidà sa prison du Coindui ord.

Celait par conséquent le.^oirde ce même jour que Frank Perceval devait se rendre devant Sa nt-James-Theatre, au r«nd'Z-vous fixé par lac mlesse Ophelia.

Mais ■] se pa-sabien des choses en ir-^ 'a réception de celle lettre et 'heure du rendez-vous, où monsieur le marquis ié Rirt-Santo dcvaii attendre en aiu s<>n partner... -

li y avait un litn srcrei, un lien étroit entre I^ dnctent Moore "t l'aveugle Tyrrel. Ce dernier avait reçu du d .cieur un de ces bienfaits qui le se paient pui'.i, et lui en gardait j une sorte de re.-.onnaisîance. Leur intérêt, d'ailleurs, le.s r,ipprochaitniergi jucnient : i's vou aient partager a s-uccessuin (lu; .arquis de RiySanto. Tous deux denjeuriieui daii»Wirû-

pnle Street : Tyrr<>l. an numéro 9, Moore, au numéro <0; leurs

iii'soiis se louihaien.'.

Lriirs maisons, en outre, eommaniquaient entre elles par u'! p>-.s.sag.- habi en eiit ina.squ , passade donl rieu n- pouvait 'lire soiipçoirner l■e^is ence, par fcia nume que Moore et 1 yrrel s'en scrva ent j our [.-urs relation.^ bar.iiuel.es, dételle orle (|u on up le..' voyai janaiseutrcr l'un cl^ez 1 autre.

Ce fut par celle \oie que la mai.soii (tu i°9 lut évacuée im di.v que Brian dr Lancesler al ait chercher une escouade *le piiiie •

Muo e était abstni et n'avait point pani cb^-z lui de toute a jour. ée. La m.isun resiaii doue à la garde de lîowlt-y, \V\de- iiipi/isouneur, qui lii une débauche de i oxictihyical amu- ^etnents, et laissa en repos la pauvre Cary Mac FarUne. On

• avait retirée de sa pr isoii, parce que le docteur avait besoin ■!U elle reprit un peu de forces avant de la soumettre à la terrible é;)reuve du choc galvanique Elle eiait couchée, faible encore et souffrante, dans une chaubre a. tenant au cabinet 'iudûcieur.

Kowley avait reçu l'ordre eN.urès de mettre un terme à son j'""!ne, mais, nous l'avons dit, Rowley éi^it absorbé dans la lecture at lâchante àe ses clières Hécréations toxiodogiques.

Le passage qui rcliaitlesdeix maisons \oisines aboutissait par un court corridor pris s ,r la Jargenr de la chainbre prison, au cabinet lu même docieur.Ce lut donc la qu'entrèrent tout d'abord les fugitifs du n° 9. — Su^-annau n'ava i point songé ft opposer de résistance, parce qu'elle ignorait qu'oD la faisait ainsi passer d'une maison dans l'au re.

A peine entré dans le cabinet dti doc eur, Tyrrel prit à part raadau.e U duchesse douaifière de Gèvrrs et lui dit :

— Allez dans Wiiile Chapelle-Ri'ad,Miud>iu,et piéven-z que ma maison est au pouvoir de la police .. QuiUiii'un pourrait y venir, voyez vous, et serait pris comme dans u!:e souricière... Moi, j'ai de la besogce ce soi', car il faut que ce luu di B.ianait la bouche fermée avant demain maliti.

— C'est uiitr mcchame aD'aire, nî^'ord, répondit la petite Française d'un a r chagrin. Nous a. ions là une jolie habitation...

'lyrrel haussa les épaules.

— Demain nous aurons peut-être un pal.ils, Maudlin, repliqu2-t-il; — et d'ailleurs, qu'y voulez vous faire?... Allons! dépêchez!

Madame la duchesse de Gêvres jeta de cô!é un coup d'cieil sur Susannali.

— La hissons-nous seule ici? demanda telle.

— Un tour de i bf, Maudlin, uh tour de clef, dit iVeugle en se dirigeant précipitamnie :t vers la porte ; —surtout bâtez-vous... Moi, je vajs m'ociuperde l'amoureux... Vous entendrez par er de cèlS, «•adame la duchesse.

L% Françajtjii s'aj'procba de Susannah, qui s'était assise à l'écart. -. rf.

— Mon cher ajÉ^|[)',lu' dit-elle, vous avez été bien imprad nte. . mais, à lont péché miséricorde... levais travailler pour vous et pour lui alin qu'il n'arrive point de ma. de tout ceci... Adieu, mon cher amour.

A-ani de sortir, elle se ravisa.

— Mais tous n'avez pas mangé de la soirée chùrebeîle.repril c!le,et jestrai peut-être longtemps absente. Je vais vous faire siTvir ù ïoup-r.

— Je n'ai pas faim, dit Susannah.

— Mon Dieu! je connais ce a, mon amour!... 1^ peine, le dés*spoir . on n'a pa- faim .. mais on mange un blanc de poulet, mon cœur... un bUnc ou deux... et l'on boit un petit ve^re lie «in.

Madame la duchesse de Gêvres, qui semblait Cire aussi à 1 aise chez le docteur Moore que dans sa propre maison, sortit ei reparut bientôt suivie d'un domestique porteur d'un plateau. CeplaieaucontenaitunecdlUt oncompMe Le groom la ' é( osa sur une table, puis la peti'tc femme se rtiira tiétiniti^en eut ceUe fois eu disant :

— Bon appétit, mon clier cœur!

La clef tourna deux fois dans la serrure, en dehorî.

* A Loa.lres, couim^ on sait, les suméros se suivent.

PkVL TEVkh.

,'JJM,. -i,

Sussnnah était seu e.

Il y avait uue demi-heure à peine que Lincester l'avait quittée. Depuis lors, les événemens s'étaient succédé avec une telle rapidité, qu'elle n'avait pu voir clair parmi le trouble de son intelligence. Elle restait sous le coup de celte terrible frayeur causée par l'apparition de ïyrrel au moment où elle se croyait déjà libre et heureuse. Elle B'en éiait pas même encore à se dci-ander ce qui allait arriver, ce que ferait Lancester, ce qu'elle avait à espérer ou à craindre.

Elle avait mis sa têie entre ses mains et tâchait de débrouiller le chaos des tumultueuses pensées qui emplissaient son cerveau.— Lî première idéa qui lui vint fut une crainte poignante. Elle se souvint des menaces que Tyrrel lui avait faites souvent, meiTàces qui avaient toujours Lancester pour objet.— Comme elle se jugea imprudente et coupable ! comme elle regretta cet aveu qui entourait Brian d'ennemis invisibles, puissans, implacables ! Ces périls inconnus qu'elle avait accumulés sur la tête de Lancester lui semblaient d'autant plus terribles qu'elle ne les pourrait point partager avec lui. Tandis qu'on l'entourerait d'embûches, elle serait à l'afcrl, elle!...

Savait-elle seulement si elle devait le revoir!

SusannaU éisil forte de cœur ; mais toute sa force l'abandonnait dès qu'il s'agissait de Brian. Son héroïque nature fléchlsi-ait alors tout d'un coup. Elle redevenait femme et faible femme

Au bout de quelque^ minutes, de grosses larmeg roulèrent dans ses yeux.

— Ohl mou Dieu! je l'ai tué! murmura-t-elle avec accablement.

Un faible gémissement se fît entendre derrière elle, comme un écho de sa plainte désespérée. Susannah n'y prit point garde el lâcha de prier.

Tandis qu'elle priait, les gémissemens redoublèrent. Susannah les eiiteî'dit et se leva, car, dans son âme noble et généreuse, le désespoir luvcmême ne pouvait étouffer la pitié- Bile prêta l'oreille ittientivemeut. Les plaintes faiblissaient) puis revenaient plus déchirantes.

S isannah prit la bougie et poussa vivement la porte à iaquelle s'adossait son siège. L<î lit où gisait Clary défaillante était à dix pas de li.

Clary se tut aussitôt qu'elle vit la lumière. —Peut-être eut-elle peur d'avoir évolué l'un de ses bourreaux. — Puis, lorsqu'elle aperçut, éclairé en plein par la ^ougi'^, l'éblouistaot visage de la belle fille, elle se crut encore le jouet d'un rêve et ft rmï les yeux avec fatigue et découragement.

Elle avait vu, d puis ir.jis jours, tant de visages d'anges, radieux et doux, pencher â son che»et leurs décevans sourires ! «Ile avait tant de fois joint avec espoir ses mains amaigries et imploré en vain ces fantômes qu'appelait sa fièvre!...

Susannah, cependant, s'était avancée jusqu'au lit et avait abaissé vers la patiente son regard pltin de commisération. Mais i peine ce regard eut-il rencontré les traits de Clary, que la fjhysionomie o'é la belle fille exprima une émotion extraordinaire. Son œil devint humide et tendrement inquiet, comme l'œil d'une mère auprès du berceau de son enfant, son sein se souleva, »t un sourire indécis, triste et joyeux à la fois, détendit l'arc harmonieux de sa lèvre.

Puis elle se laissa tomber à gi>noux sur le tapis, tjiidis que î€S beaux yeux s'élevaient vers le ciel.

Clary rouvrit ses paupières endolories, parce qu'elle venait de sentir un baisersur sa main.— Le songe continuait: ce fut là sa première pensée; mais qu'il était doux et vraiment céleste cette fois ! Les anges de ses rêves passés n'étaient point aussi beaux que cette femme au sourire ami qui semblait être un bon génie d'espérance et de miséricorde.

Clary regardait, cLaruiée, et ne gémissait plus.

— C'est bien vous, murmura enfin Susannah d'une voix contenue, qui frappa les oreilles de Clary comme l'accord voilé d'une musique lointaine,— c'est bien vous que je cherchais depuis si longtemps !

Un muet étonmement se peignit sur le visage de nilss-Mac- Farlane.

— Vous ne vous souvenez plus, reprit Suaannali ; — le bienfait accordé ne laisse point de traces dans les âmes généreuses... IHais le bienfait reçu!... Oh! je me souviens, moi, et, dès qu« j'ai su prier, j'ai prié pour vous et pour cet autre ange qui vous ressemble et qui, sans doute, est votre sœur... pour Clary, la noble fille, et pour Anna, la douce enfant.

— Qui donc ôtes-vous, madame? demanda Clary.

— "Vous ne savez, pas mon nom... et vous ne me l'avez pas demandé, Clary, ce jour où votre bras soutint ma taille affaissé' I sur le trottoir de Cornhill, ce jour où vous secourûtes la pauvre fille inconnue qui se mourait de faim...

— De faim ! répéta Clary en pressant douloureusement sa poitrine ;— Oh I... moi aussi, je meurs de faim...

Susannah bondit hor.^ de la chambre et revint aussitôt, portant U collation préparée pour elle. Ses yeux mouillés riaient un rire de naïf et gai bonheur.

— Je lui pardonne à cette femme tout ce qu'elle a fait con tre moi , dit-elle, puisqu'elle m'a donné de quoi vous soulager, Clary.

Elle se remit à penoux sur le tapis et aida la pauvre malade à se soulever. Tandis que cette dernière mangeait avidement, s'interrompsnt seulement pour pousser de lemps à autre un soupir arraché par la faiblesse, la belle fille la soutenait, lui souriait, lui disait de douces paroles et mettait sur ses mains pâles et presque diaphanes de caressans baisers de sœar.

Clary se ranimait, doublement réchauffée par les alimens et les consolantes douceurs de celte tendresse inespérée qui planair toutàcuup au-dessus de son lit de souffrance. Elle se sentait heureuse et reconnaissante; elle revivait.

— Comme elle avait faim, la pauvre enfant! disait Susannah entre deux baisers ;— si vous jouviez vair^Clai^, les jolies coulewrs qui reviennent à vos joues!... Vous vSilà belle comme autr<>lois, maintenant!... Savezvnus qun. j)our vous reconnaître il m'a fallu regarder à deux fois au fond de mon cœur où était votre image... mais j'avais là grsvé chacun de vos traits... ce beau front sérieux et pensif, cetœii si bon qui a souri à ma misère, c«tte couche chère qui m'a dit autrefois de consolantes paroles. Vous a^iez beau être pâle, Clary, ma chère Clary, quelque chose en moi s'est éveille à votre approche ; j'ai senti mon cœur s'élancer et tressaillir. Je vous aime si bien ma petite sœur!. .

Clary avait les yeux pleins de larmes.

— Merci!... merci I murmura- tele.

Puis, saisie d'un involontaire et soudain effroi, elle ajouta en frissonnant :

— Mais vous ne pourrez toujours rest'er près de moi , madame, et quand vous ne serez plus là, ils me feront encore mourir de faim,

Susannah se redressa d'instinct, comme si elle eût voulu se mettre entre Clary et un danger subitement reconnu. Pour la première fois elle eut une v«gue idée de la position de miss Mac'Farlane et se demanda pourquoi cette pauvre enfant mourait de faim dans une maison où tout respirait l'opulence.

Elle (it questions sur questions; Clary essaya d'y répondre de son mieux ; mais à elles deux elles n'avaient point ce ■ qu'il fallait pour comprendre le premier mot de ce hideux mystère. Susannah, ignorante et n'ayant que de gér^éreux instincts ; Clary, âme pure et noble, divaient nécessairement s'ingénier en vain pour trouver le nœud de cette barbare intrigue.

Ce qui élait constant, c'eslqueClary avait souffert, cruellement souffert, et que ses terreurs n'étaient que trop justifiées.

— Lrs misérables I disait Susannah ; — s'attaquer à vous, Clary !..• à vous, an^ïe de miséricorde et de douceur I... mais je vous défendrai, moi... je suis forte comme un homme !... Qu'ils viennent I...

Elle s'interrompit parce qu'el'e avait vu Clary pâlir tOHt-àcoup et fermer les yeux avec effroi.

Avant qu'elle pût se retourner pour voir quelle élait la cause de cette frayeur subite, une voix sèche et mécontente prononça tout auprès d'elle :

LES MYSTERES DE LONDRES

— Ta la ta ta! |

Elle îoiîrna viveri.^nt la tête et Vit un pefit homme cliauve ausoramct dff la lèie. mais pourvu sur les tempes, d^ >1fux | énorii.es louCT. s de cheveux. C- petit homme, le nez pris entre les pinces d'une grande paire de lunelti's, avait un inquarto sous le bras. — G'étaieut maître Rowley et les Toxieological amusemsnts.

Il s'était avancé à pas de loup, suivant sa coutume, et n'avait pas été médiocrement scandalisé en voyant les restes de l'abondant repas de Clary.

— Ta ta ta ti ! répéta-t-il avec une mauvaise humeur croissante ; — de ((iioi se mêle cette lady, je vous pri- ? La petite fille a ma'gé comme un ogre... Nous voilà bien, ma f.)i !... El que dira le patron, s'il vous plail?... Je vous demande ce qu'il dira.

Maître Rowley s'adressait celte question à lui même etîe tena't à respedueus-' distance, pirce qu'il avait entendu les dernières paio es de Susannah et qu'il ne se souciait point d'affronter sa coli're.

La belle fille s'était placée entre le lit et lui, les bras croisés sur sa poitrine. Elle le regardait fixement.

— Bien ! bien ! grommela l'aide empoisonneur en reculant d'un pas; — je n'ai pas peur de celle amazone, au mo.ns. Et après tout, avec ma préparation, il i e faudrait que trois secondes, cinq tierces et une fracticn pour l'arrâisunner comme il conviHif. C'est égal; je voudrais l'éloigcer d'ici avant l'arrivée du docieur.

Ce vœu du dign.' Rowl y ne devait point être réalisé, car, presque au'^siiui après, 'a porte s'ouvrit brusquement, et le (loctesir \ioor<', i'air sombre, les sourcils froncés, entra d^ns la chambre.

— Que sign fie cela, monsieur? dit-il durement en s'adressant -a Ilnwley.

— Sir E iniund a passé par la peli'e porte, rép'iqua tout bas l'aide pharmacien, — et il a aireiié ce!a... ceite lady... avec lui.

Ce n'est point la place de cette lady, monsieur..: Retirezvous, et priez la de vous suivre.

— Mon'ieur, je ne sortirai pas dit Sasannah d'inie voix basse etcaiuir.

— Ta ta ta ta ! fil Row!ey.

La docteur s avança jusqu'au lit,

— Ma^ia ;ie, dit-il m faisant un effort pour rtfoulT sa colère naissaiite au dedans de lu)-niém<î ; j'ignore et je méprise les puéiiles furn'U es de ce qu'on nomm-' la gaanterie. Néannioiii", prévoyant un fâcheux dénouaient à tiiut ceci et voulant l'évier, j-- me découvrirai devant vous, madame;—il mit lecliapeau !\ U main,— je m'iiclîn^rji comme un fat et j'épuiserai tf;ut mon fond de courtoisie en vous disant : Je vous prie, madame, je vous supplie de vous retirer sur le-c!iamp.

Peur (jue le lecteur comprerne tout d'un coup la situation il nous siiflira de lui apprendr.' que le docteur quitta à l'instant même le ch?vet de mis-s Trevor et qu'il revenait en toute hite t'our tenter sur Clary ;a lerribie expéiieuce jusiiuelk retardée.

S isannah tourna la tit-i vers Clary.

— Oh! ne m'abandonnez pasi dit la p.mvie fi'lB qui crut voir à-- l'hésitatio I dans ce niMUiement.

— Vous ahaiidùniier! s'écria Susinnah en l'entonr.mt de ses bras. Oli ! i ou ! non, Clary ! Je ne connais point de force qui puisse ne ."iéparer de vous.

— Mauvaise lêie ! grommela Rowhy.

Le docteur laissa échapper une sourde cïc'airialiou.

— Madame î... madame !...d;t-il d'une voix (remhlanle;— V0U5 ne me (onnaissez pas! et vous ne savez pas quel crins vous avez commis à mes yeux en pénétrant dans cet appartement....

— Je sais qu'on a voulu faire périr cette enfant, répondit Sii.sannali ^ans s'éuiouvoir, —et je veux veiller désormais sur tUe

La porte s'ouvrit encore. Celte fois, ce fut Tyrrell' \veuglc qui cnl a. Personne ne prit garde à lui. Au lieu de gagner l'intérieur de la chambre, il demeura immol^ile et froid sur le seuil, tournant sur celle scène, avec une complète indifférence, sa prunelle morne et vitreuse.

Le docteur avait tressailli visiblement à la réponse de Susannah.

— Ah !... vous savez cela, madame 1 murmura-t-il avec un menaçant effroi ; — «h bien ! je puis oublier que vous le sa». vez... je puis vous pardonner peut être de le savoir. Mais sortez!...sur votre vie, s rlczl

— Je ne sortirai pas, répéta la belle fille, dont l'opil serein et brillant d'un calme sublime, souùiii sans sebiisser le sinistre éclair du r. g.irJ de Moore; — cl il faudra commencer par me luer, monsieur, si vous eu voulez à la vie de cette enfant.

Le docteur mit ses deux mains dans les vastes poches de son habit; son visage, plie d'ordinaire, avait du sang jusqu'au front et était terrible à voir.

— Hors d'ici! dit-il à Rowley avec un éclat de rage; — ; celle femme l'a voulu I...

Aucun des muscles du beau visage de Susannah ne secon* Iracla. Seulement, elle éleva-ses yeux vers le ciel, parce qu'elle vil bien qu'elle allait mourir.

Mais Tyrrel l'Aveugle s'étsit décidé enfin à preniîre un rôle dans celle scène. Au n^ment où Moore, affoh'. par l'un de ces paroxysmes de fureur qui prennent siirtout les irommes coi.i. me lui, dont la passion se cache hypocritement sous une en* veloppi^ glacée, à l'instant, disois-nous, où il s'élançait vers Susannah toujours immobile, le bras robuste de Tyrrel l'arrêta court.

Le docteur essaya de se d-'gager. Ce fut en vain.

— Quoi! s'éctia-t-il enfin, épuisé par celte lutte d'un moi ment, — tu oses me faire violence, loi !

— Mon idée est qu'il ne f.".iit [us luiT celte femme, docteur, réi'osdit paisiblement Tyrrel.

— Et si je le veux, moi 1

— Je tûcherai de vous en enipèchar.

— Pourquoi, misérable, pourquoi ! rugit le docteur avec toute la naïveté de la rage.

Clary était p'iis morte que vive.— Susannah, que la colère de Rîoore n'avait pu faire trembler, attacliait maintenant sur TyrrtI un regird inquiet et craintif.

Celui-ci reprit sans rien perdre de son flegme :

— Docltur, pojr plusieurs raisons... D'abord, cette femma est ma tille.

Susannah éprouva un imperceplible choc et devint plus pâle, mais ei c ne manifesta point de surprise. — Moore, au conliaire, recula étonné.

— Ah I ail I miss Suky, poursuivit Tyrrel en la rouvrane de c^. regiird long, perçant et losrd dont la belle filio avait parlé tant de fois ù Brian de Lancesler; —ne me connaissez. vous pas?

— Si vous reconnais, monsieur, prononça tout bas Susannah, — el pourtant...

— Pouriant ne signifie rien, r.iiss Suky, avec un savant homme comme monsieui- le docleur.Vous m'avez vu pendre iresl-cc pas? Qui sali ? peut-être me verrez-vous pendre encore. Docteur, ajoua Tyrrel en se tournant ver- Moore, dont la rolt-re avait pria lé chant:e il celte révélation, mais qui regard il toujours les deux jeunes filles avec une hésitation de n!:ii:va:5 augure ; — quand je dis : Elle est ma fille, vous m'entendez bien ? Au tenii.s où j'avais nom Ismaïl Spencer, on l'appelait Susannah Spencer, voila tout... elce n'est pas

I préciséineiil pour cela que ]". me suis mis entre vous deux.

— Pourquoi donc? demanda Moore.

— C cf t la moins borne de mes taisons L'aufre, la voici :

PAUL FEYAL.

monsieur le marquas de Rio SiCto m'a ordopnê de veiller I sur el le.

— Ah ! fit le docUur qui baissa la têle.

— Formellement ordonné !

— Et cependant, continua Moore, elle sait .. sa vie pour rail ê.re ma condauicaiion !

Tvrrel s'inclina gravement.

— - le

— Qui se chargera de la réduire au silence? reprit docieur. E^t ce vous , Ismaï ?

Tvrrel jeta un oblique et furtif regard sur Susannah , qui s'était affaissée sur le lit el baissait les yeux.

— Eh bien ! oui, répondit il en prenant tout-à-coup la bonhomie de ton rôle de sir Eimund; —je me charge de cela , dùc'.eur.

nx DE li TROISIÈME PAKTIE.

LES MYSTERES DE LONDRES

<|^iBali*ièmc partie.

LE îlIAROnS BE RiO-SA^TO.

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