CHAPITRE Vin
JOLI JOXC.
La petite cour située outre les hâtimons do l'Acîdémie royale de musique et les galeries de l'Opéra était alors plus sombre encore qu'aujourd'hui et surtout plus boueuse. On l'a sablùe récemment.
C'est l'humble fqiiare de cette cité brillante et populeuse comprise entre le boulevard et '.es rues Grange-Batelière, Lepelletier et Pinon.
Il faut, paraîtrait-il , à tout palais , suivant son importance, un tas de fange petit ou grand. L'Opéra, qui ne logo que des rois pour rire, possède seulement ce ti'ou humide, tandis que les Tuileries ouvrent leurs nobles fenêtres sur un amas de boue qui déconcerterait le balai d'Hercule.
Autrefois, dit-on, les seigneurs suzerains donnaient à leurs vassaux.une cédule (Je l'hommage reçu. Plus n'est besoin de cette formalité gothique, et quiconque aujourd'hui a fantaisie de saluer la demeure royale, porte, des talons à l'écbine, un certificat grisâtre qui dispense de tout autre témoignage.
C'est au point qu'il est parfaitement passé en proverbe de dire d'un pauvre diable crotté jusqu'à la nuque : il vient de la place du Carrousel!...
La petite cour de l'Opéra est bien loin. Dieu merci, de ' ressembler à cette enceinte monumentale, qui sera la plus belle place de l'univers lorsqu'on y pourra passer sans crainte de se noyer dans les luxuriantes immondices qui couvrent son niveau déloncé k un demi-pied de lnuteur. Elle est crottée modestement et comme il conviînt a un étroit coin de terre oii ne reposent ni les foudemens du Louvre ni ceux des Tuileries.
Elle communique avec les quatre rues que nous avons nommées plus haut par les galeries, par le passage et par deux souterrains dont les échos, malgnî l'aspect sombre de leurs voûtes, ont à répéter plus de soupirs d'amour que de lugubres plaintes.
Le duc et son secrétaire Curot s'étaient arrêtés à peu près au centre de la cour, comme pour être mieux à l'abri de toute surprise indiscrète. Le jeune homme de l'orchestre se tenait immobile et l'oreille au guet derrière un des minces pilastres de la colonnade en planches, sorte de cloison à jour qui se ressent du voisinage de l'Opéra, la patrie classique des arbres en carton et des palais sqr châssis.
Si c'est un crime découler do toutes ses oreilles une conversation oii l'on n'a point de part, notre jeune homme était positivement coupable, car il laissait éteindre son cigare et avançait le cou dans l'attitude d'un homme aux aguets. ^
— Des yeux bleus d'une candeur angélique, disait le duc avec cette onction enthousiaste du gourmand qui parle cuisine; — un teint de lis...
— i;t lie roses, ajouta Burot en ricanant; — c'est forcé 1
— Tais-toi... Un front délicieux ou se séparent des cheveux blonds qui doivent être mille fois plus doux que la soie.
— C'est beaucoup, grommela Burot,— mais quand même vous meltiiez, comme d'habitud", trente-deux jîerles fines dans sa bouche de corail, ça no serait pas un signalement... Quel âg5 peut-elle avoir?
— De seize à dix-huit ans.
— C'est joli... Et son amant?
— Je te dis que c'est son frire!
— Penh ! fit Ewrot ; — que j'en ai vu passer de ces frères-là!...
— Tais-tot !... Si jamais la pureté fut écrite sur un gracieux visage...
— Eh ! monsieur le duc!... toutes les femmes sont pures jusqu'à douze ans... Il y en a qui vont jusqu'à quinze, faute d'occasions... Pensez-vous donc qu'un petit faux pas leur mette une marque à la joue?
— Monsieur Borot !
— Ali ! ah ! ah ! poursuivit ledrcMe avec une irrévérence complète; — comme elles seraient toutes mouchetées, monsieur le duc!
Celui-fi frappa brusquement du pied.
— Hi-toire de plaisanter, reprit Burot en changeant de ton : — il y a femme et femme... Nous allons bien voir ça !....
Derrière son arcade de planches, notre jeune homme écoutait cela sans bouger. Il tordait sa moustache assez paisibleii.ent et ne ressemblait waiment point à ces grotesques [)!>;•>■ oiTnngcs que les auteurs dramatiques aiment de passion à cncher derrière n'importe quoi et qui se montrent de temps on temps pour cligner de l'œil et dire tout bas (à lue-lèie) : L'infdme I... le traître !... horreur!... vengeance!...
Ces personnages, soit dit en passant, nous semblent des plnisans fort audacieux, et notre plus vif désir a toujours été de voir le traître qu'ils épient leur passer sa grande épée au travers du corps, pour leur apprendre à se cacher mieux.
La petite cour, cependant, était entièrement déserte, suivant la coutume. X de longs intervalles, quelques rares pasrans, quittant les galeries, la traversaient pour gagner les tunnels qui rejoignent les rues Grange-Batelière et Pinon et dans l'un divquels s'ou\Te la loge du concierge de l'Opéra. Le duc et son confident avaient lieu de se croire parfriitemcnl seuls.
Burot était un petit homme maigi'e, aux longs cheveux crépus, dont les touffes desséchées et comme grillées donnaient à sa tète une largeur extravagante. La peau écarlate do son visng;>,su collait à ses os anguleux et saillans. Il avait un nez mince et brisé à son milieu, de façon à retomber en l'ieignoir sur sa bouche, meublée de longues dents enlre lesqiiclJ^s lo tuyau de sa pipe avait creusé de profondes érhancrures. Un collier de barb'j fauve courait tortueusement autourfie ses joues et en suivait les lignes tourmentées. Ses yeux étaient rapprochés outre mesure, ronds, d'un émail rougeâtre, clignolans, et tout pleins de cette audacr?poltrono qui est l'essence du maraud. — Burot avait été laquais. — Son costume visait témérairement à l'élégance. Il portait une redingote de beau drap grenat foncé, un gilet de velours ponceau et une vaste cravate de satin bleu de ciel, chargée de fleurs brochées, d'un jaune vif. Un pantalon s blouse, gris de perle, tombait sans trop grimacer sur ses pieds osseux et plats. Il avait des bijoux : une grosse bague chevalière, une chaîne en filigrane, et deux scarabées en émail pour agrar:'r sa chemise.
Le duc avait froncé les sourcils avec colère aux dernières réponses de ce digne serviteur ; m.ais habitué sans doute à ses impertinentes boutades, il se contint. Aux lueurs fumeuses des quelijucs lanternes dont la prétention était d'éclairer la cour, il avait pu ai'ercevoiT d'ailleurs les yeux du secrétaire briller plus que de coutums au milieu de sa face empourprée.
■ —Vous êtes ivre, mon pauvre Burot, dit-il d'un ton de douceur clémenle ; — vous ne vous corrigiez jamais de celai
— J'en ai peur, monsieur le duc... Mieux que personne, vous pouvez savoir ce qu'il en coûte pour se défaire d'un vieux péché...
Le duc lui mit la main sur l'épaule. Burot fléchit sous la pression et perdit son effronté sourire.
— Histoire de plaisanter!... balbutia-t-il ; — je n'ai bu qu'une topelle et j'y vois clair assez pour suivre une piste... Je vous respecte àma manière, vous savez bien... Voyons!
nous disions que la petite est une blonde comme il n'y en a point, rose, blanche, avec des yeux bleus, et un frère qui n'est pas un amant... Après?
— Une taille charmante, reprit le duc, — du moins co qu'on en peut voir.
— Et sa toilclte?
— Très-simple... un canezou do mouseline brodée sur une robe en soie et une petite; capote de crêpe avec une guirlande de marguerites moins fraîches que ses joues...
— Vieux troubadour ! grommela Curot en aparté... Monsieur le duc, reprit-il, nous vous arrangerons ça.
— Ne va pas faire d'école !
— Peuh ! fit Burot qui haussa les épaules ; — c'est le pont aux ânes!... cette petite n'est pas un oiseau... Pour regagner son domicile, elle usera de ses fines jambes... — Vous avez oublié sa jambe, monsieur le duc. — Ou elle prendra un fiacre... à moins qu'elle n'ait son équipage.
— Cela m'étonnerai t.
— Fort bien... Alors restent les jambes adorables et Je fiacre... Dans le premier cas, je la suivTai tout niaisement comme à l'ordinaire... Et Dieu veuille qu'elle ne demeure pas à la barrière du Trône I... Dans le second, je m'arrange de manière à entendre ce qu'on dit au cocher... Je couche ce renseignement sur mon portefeuille, — et demain, si Dieu nous prête vie, je fais le nécessaire.
— A la bonne heure ! dit le duc; — eu attendant, prends une place de parterre pour bien la reconnaître... Tu viendras ce soir me rendre compte de ton expédition.
Le duc reprit le chemin du théâtre, et Burot rentra au café.
Notre jeune homme demeura un instant immobile, — puis il s'élança en courant sur les traces du duc.
Il le rejoignit au moment où ce dernier achevait de monter le grand escalier.
— Monsieur, lui dit-il en Tabordant chapeau bas,— je /n'appelle gomée ; j'ai été capitaine de cavalerie en Afrique, et j'ai quitte le service pour pouvoir tuer mon colonel qui Hiavait insulté gravement...
— Monsieur, interrompit le duc avec une politesse hautaine, puis-je savoir ce qui me procure le bizarre honneur de cette confidence inattendue?...
— Ce colonel avait trois fils, poursuivit froidement Rouiée ; — trois beaux cavaliers, braves .et forts, qui firent leur devoir en défendant leur père... Je dus commencer par eux..î
— Mais, monsieur!...
— Puis vint le tour du colonel... Maintenant, je suis sculpteur, rue Saint-Louis, au Marais, n»...
— Lh ! monsieur ! peu m'importe le numéro 1 s'écria le duc, qui voulut se retirer.
Romée le retint par le bouton de sa redingote.
— Numéro 26, continua-t-il très doucement. — Je vous dit tout cela, monsieur, pour que vous me retrouviez s'il vous prend fantaisie de me chercher jamais.
— Les sculptures de mon hôtel sont en parfait état... commença le duc, dont l'intime persuasion était désormais qu'il avait affaire à un fou.
Roméo salua.
— 11 ne s'agit point de votre hôtel, dit-il, mais do vousmême.
— Je n'ai jamais ou la pensée de me faire élever de statue, monsieur.
Romée salua derechef. — Il entraîna doucement le duc jusqu'à la porte ouverte d'une loge et lui montra du doigt Sainte, qui avait repris sa place à la galerie.
— C'est bien elle, dit-il ;— n'est-ce pas? Le duc le regarda, étonné.
— Vous avez tressailli, reprit Romée d'un ton tiret et sec; — c'est elle... je le savais... Ecoutez-moi, monsieur; je ne compte pas mourir do sitôt, et, tant que je vi\Tai, vous ne toucherez pas un cheveu de cette jeune fille 1
— C'est une menace, cela, monsieur!... dit le duc (jui redressa sa haute taille.
-r Oui, monsieur, répliqua Romée.
LE SIECLE — vu.
Ce disant, il tourna Sur ses talons et laissa le duc ébahi au seuil de sa loge.
Le rideau était levé. — Taglioni attachait tous les regards aux merveilles de sa danse sans rivale. Il y avait dans la salle entière comme un frémissement d'amour pour cette créature idéale, moitié femme, moitié fée, dont le corpss'envolait aux battemens de ses ailes de gaze. — Elle était jeune alors, et nous qui l'avons vue naguère passer parmi nous comme un rêve de poète, effleuraiîî de sou pied divin le sol fleuri du pay.s des sylphes, saurions-Tious dire ce que la jeunesse pouvait ajouter de suavités riani"s à sa grâce et de fraîcheur à ses chastes séductions ?
L'art peut lutter et vaincre. Mais si, après ces longues années, Taglioni est restée la première danseuse du monde, qu'était-elle aux jours oii ses muscles vierges subissaieii l'impulsion des premiers bravos, où son sourire s'enivrait aux parfums de la première couronne?
Gaston et Sainte, cependant, ne retrouvaient plus, en face de ces tableaux où la sylphide épandait son charme exquis, leurs joies naïves etrecueilUes. L'heure était passée pour eux du plaisir sans mélange et des cnehantemens.
Gaston était triste et Sainte n'avait pu longtemps larder à s'apercevoir de sa tristesse.
C'avait été comme une goutte d'amertumo jetée sur les jeunes élans de son bonheur. Elle aussi était triste, et il n'y avait plus rien qui pftt la réjouir parmi ces splendeur* nouvelles.
Gaston n'avait point voulu lui confier le motif de cette préoccupation soudaine qui avait ramené la pâleur à sa joue. — Il se taisait. — Durant l'entr'acte, il avait parcouru le foyer et les corridors, se livTant à une recherche dont Sainte ne connaissait pas le but.
Ce qu'il cherchait, du reste, il ne l'avait point trouvé, — Parfois, au foyer, un nom prononcé près de lui ou jailhssantauloin de quelque groupe avait changé brusquement la direction de sa promenade. — Il écoutait alors; il semblait épier, et son regard, au grand étonnemeut de Sainte, s'appuyait sur les visages avec une sorte d'eflronterie.
Mais c'était en vain.
Et vraiment la recherche était difficile. Comment trouver ce qu'on no connaît point?... Gaston pouvait passer près du but sans le savoir. Les gens n'ont pas leur nom écrit sur le visage.
Gaston se disait cela, — mais il espérait toujours et ne se lassait point. La fin de l'entr'acte put seule mettre un terme à ses investigations.
Le beau marquis n'avait point quitté la loge de madame de Varannes. Gaston et lui n'avaient eu garde de se rencontrer.
Vers le milieu du ballot, monsieur Burot fit son entrée au parterre avec l'aisance d'un liabitué. Ses cheveux ébouriffaient avantageusement leurs touffes crépues. Les couleurs voyantes de son costume tranchaient etjjlessaieril l'œil conmie un accord faux écorche l'oreille. Ln beau tuyau de pipe sortait de la poche de sa redingote et balançait çà et là sa courbe élastique.
Jlonsieur Burot échangea des saluts avec cette honorable portion du public qui s'assied sous le lustre et tient les succès en tous genres au plus juste prix.
Ce devoir de politesse accompli, monsieur Burot lorgna les galeries. — Du premier coup il aperçut Sainte et la détailla en connaisseur.
— Allons ! allons ! dit-il ; — autant rolle-là qu'une au • trel... Elle est, ma foi, jolie... Mais il faudra que le duc finance !
Ce titre de secrétaire que portait monsieur Burot ne donnerait point au lecteur une idée très précise des fonctions importantes de ce digne personnage. C'était une pure fiction du genre de celles que la plume intrépide des grammairiens peut appeler sans frissonner antonomase ou synecdoche.— Monsieur Burot n'était rien autre chose qu'un hojmnc dégoût et de flair, don Juan de seconde main, séducteur pour compte, rompu aux finesses de la chasse amoureuse, et insensible aux coups de canne.
PAUL FEVAL.
Il y a un orgueil de métier. Monsieur Burot. d'ordinaire, »e laissait point à son maître l'initiative des aimables trouvailles. Ceci nous explique le scepticisme impertinent de ses réponses au duc de Compans-Maillepré.
Le spectacle finissait. La foule s'écoulait péniblement par les issues trop étroites.
Félicien rhapitaux, J. B. S. T. Sanguin, monsieur de Montfermeil et le baron Prunot venaient de descendre le grand escalier, s'entretenant deTaglioni. de la petite blonde, d'une jument couronnée qu'avait achetée Chapitaux et surtout de madame Bathilde de Saint-Pharamond, l'éblouissante lorotte dont la loj^e était restée vide durant toute la représentetion.
— Il y a lorette et lorette. Mademoiselle de Saiut-Pharamond était (?« la haute. Elle avait dans son gentil secrétaire un contrat de mariage en due forme qui prouvait qu'elle était veuve d'un comte,— mais veuve pour tout de bon d'un comte qui n'était pas pour rire.
Quelle position pour une lorette I
Mais aussi, qu'il est beau, dans cette position de se dévouer aux plaisirs des Prunot, des Sanguin, des Chapitaux et des prince Trufaldin !...
^ Madame la comtesse de'", dite madame de Saint-Pharamond, avait droit aux respects de ses consœurs, et les petits rédacteurs du Ciron, journal d'esprit, faisaient des vers de treize pieds à sa louange...
Dragon, tenant Mignonne sous le bras, Poiret, accompagné de Bébelle, s'apprêtaient à regagner à pied les solitudes lointaines où gisaient leurs modestes domiciles. — Tout le long du chemin, on aurait pu entendre les deux ou- \Tiers, revenus h leur premier différend, discuter la question de savoir si le jeune homme de la galerie était le Pâlot, — ou si ce n'était pas le Pâlot.
Les loges se vidaient, monsieur et madame de Compans- Maillepré avaient quitté la leur. — La duchesse, avant do partir, avait envoyé un impérieux regard à Léon du Chesnel, qui drapait un admirable cachemire sur les épaules ruineuses de Léa Vérin. Ce regard était sans doute un complément de l'entretien qui avait eu lieu durant l'absence du duc.
IgGaston et Sainte se tenaient à l'entrée de la galerie, fl semblait que Gaston voulût faire la revue de tous ceux qui passeraient.
Ce fut d'abord Léa Vérin, pendue lourdement au bras de du Chesnel. Le secrétaire d'ambassade, sous son sourire de commande, avait l'air souverainement fatigué de son bonheur. Il rit Gaston, le reconnut et tourna la tête.
Puis vint madame de Vnrannes, entourée de sa petite (.Qur. — Le beau marquis donnait le bras à la vicomtesse et lui parlait tout bas en souriant.
Son coude effleura la poitrine de Gaston. Il se retourna peur s'excuser, et son regard se reposa durant une seconde sur le pâle visage du dernier des Maillepro.
Ce futijuelque chose d'étrange.— Ce regard devint doux et caressant jusqu'à prendre les reflets veloutés d'un regard de femme...
Gaston, lui, interrogeait de l'œil la figure de monsieur de Baulnes, qu'il supposait être son voleur de titres.
Mais comment savoir ?. . .
Tout le monde passa. — Gaston descendit à son tour avec la pauvre Saintii qui le regardait tristement et n'osait point Wntcrrogcr.
Sous le péristyle, Romée, boutonné dans un gros pal')ot, dont les manches épajsses donnaient une délicate finesse à ses mains gantées de blanc, semblait attendre quelqu'un. — Sainte rougit en l'apercevant, mais elle ne relira point sou regard trop vite. Lorsqu'elle le retira, un petit sourire bien doux fle\iril sur sa lèvre.
Romée avait une joie d'enfant .sur le visage.
Il sortit du péristyle d(!rrii>re le frf;rc et la sœur, que suivit aussi monsieur Burot.
Monsieur Burot avait tiré sa pipe et la bourrait.
Gaston trouva un fiacro vide; il y monta.
Monsieur Burot s'approcha, la pipe à la bouche et un papier roulé en allumette à la main.
Romée était à deux pas, sur le trottoir. Il jouait avec un joli jonc, brillant et flexible.
— Excusez, mon brave 1 dit Burot au cocher du fiacre où se trouvaient Gaston et Sainte ; —je m'allume à votro lanterne.
Le moyen en valait un autre.
— Où allons-nous ? demanda en effet le cocher.
Burot ouvrit l'oreille. — Il vit la bouche de Gaston s'ouvrir.
Mais le joli jonc de Romée, dirigé avec précision et vigueur, décrivit une courbe sifflante, prit la pipe de Burot à revers et la lança à la hauteur du troisième étage, avec les dents qui la retenaient.
Burot saisit sa mâchoire à deux mains.
Quand il fut revenu de son abasourdissement le fiacre avait disparu. Il n'y avait plus là que Romée, appuyé sur son joli jonc.
' — Adresse pour adresse, dit celui-ci très simplement ; — votre maître vous saura gré de lui rappeler la mienne... Offrez-lui, je vous prie, les complimens du sculpteur do la rue Saint-Louis, au Marais.