UN REVENANT
White-Manor était vaincu. Son esprit paresseux avait tardé à comprendre, mais il comprenait à la fin la portée véritablement terrifiante de la menace de Lancester. Jusque
alors il n'avait vu dans l'action de son frère qu'un suicide, et en avait éprouvé plus de joie que de douleur; mais ce suicide allait le tuer lui-même, et le tuer après l'avoir rendu infâme aux yeux du monde.
Nul n'ignorait en effet la haine invétérée et profonde que se portaient les deux frères, et Brian, tombant d'une fenêtre de la maison du comte en criant piti^, passerait aux yeirxde tous pour la victime d'un odieux assassinat.
White-Manor dut capituler. Il promit de signer tout, fûtce sa ruine complète, et supplia Brian à mains jointes de ne point attenter à sa vie.
Certes, la situation était extraordinaire, et celte terrible eccentricity , connue du fashion de Londres, eût suffi toute seule à mettre en lumière le premier venu, un squire du sud, un lionceau de Birmingham, fabricant de lancettes ou non, un poète gallois, un M. P * ivrogne et rouge, — n'importe qui, — et à lui donner du jour au lendemain une réputation colossale. -
Monsieur le vicomte de Lantures-Luces, biographe juré de tous les élus de la mode, en aurait payé la primeur une guinée pour le moins.
De fait, il n'y avait peut-être pas au monde un autre moyen d'amener le comte de White-Manor à une coDcessi«n aussi exorbitante. Quanta la moralité de l'acte, noussommesen Angleterre, où l'opinion de Brian touchant le droit d'aînesse commence à recruter de nombreux adhérens. Or, une fois cette opinion admise, son argumentation devient inattaquable. Son frère avait joui quinze ans sans partage; il n'était plus temps de partager.
Contre la loi du plus fort d'ailleurs, 11 est de jurisprudence morale que le plus faible a le droit de stratagème.
Et puis Brian aimait...
Il referma la croisée avec autant de calme qu'il l'avait ouverte, et tendit la main au comte pour l'aider à se relever. Tous deux s'avancèrent vers la table où White-RIanor s'assit et traça convulsivement sa signature au bas d'une feuille de papier blanc.
— Tenez, monsieur, dit-il d'une voix éteinte, me voici désormais à votre discrétion... cela vous suffit-il?
— Milord, répondit Brian, je préférerais que Votre Seigneurie voulût bien écrire au-dessus de son seing une obligation en forme.
White-Manor reprit en frémissant la feuille de papier et se mit à la remplir. Tandis qu'il écrivait rapidement, l'une des portes du salon s'ouvrit sans bruit, et Paterson, foulant le tapis avec tout j^leiii de précautions, traversa la pièci>, en ayant soin de décrire une large courbe autour du fauteuil de Lancester. Il arriva auprès de son maître avant que celui ci l'eût aperçu, et déposa sur la table, devant ses yeux, un petit carré de papier sur lequel il y avait un nom écrit au crayon.
Le comte n'eut pas plutôt déchiflré ce nom, qu'il repoussa violemment son fauteuil en arrière, et regarda effrayé autour de lui.
— Les morts reviennent-ils donc ? murmura-t-il avec une sorte d'horreur ; — ou ma tête se perd elle ?
— Ce gentleman qui a mis son nom sur le papier désire parler sur-le-champ à Votre Seigneurie, dit Gilbert Paterson.
-^Est-il vivant? balbutia White-Manor sans se rendre compte de ce qu'il disait.
Paterson crut avoir mal entendu et répéta son message. L'agitation de White-Manor atteignait son comble.
— Il faut que je le voie, dit il enfin en se levant ; — il faut que je le voie tout de suite. Oh ! que Dieu ait pitié de moi ! Mes idc'es se troublent. J'ai vu mourir cet homme. Brian, txcusez moi. Cet acte tel qu'il est vous suffirait amplement pour me tenir sous vos pieds comme un esclave. Mais je vais revenir, je vais le compléter, me perdre tout à fait. Attendez-moi. Sur mon âme, moi aussi, je me briserai le crâne, mais ce sera pour tout de bon I
* M, P., abréviation Inévitable de membre du parlement.
LES MYSTÈRES DE LONDRES
Il sfi tourna wrs Gilbrri Paterson, qui l'ccoulait avec uiiR curiosité étonnée, et ajouta brusquement:
— Où est cet lioiiiine?
— Dans le parloir, niilord, répomlit l'intendaat.
Le comte se dirigea vers la porte d'un pas pressé que n'avaient poiiV pris ses jambes depuis longtemps.
Brian resta seul.
Il atteidit un quart d'heure, puis une denii-îifure. Le comte ne re\enait point. La palieiice n'était pas h qualité doniinaiile de Lncester. Pour tuer le temps, il s'aoproilu de la table a<'n de lire l'acte commencé. Son regard tomba paraveniure sur le carré de papier apporté f^ar Gilbert Paterson, et il lut, écrit au crayon ou toutes lettres, le nom d'Isniaïl Spencer.
Sa siupélaction et son trouble furent presque aussi grands que c.e«x de son frère. Tous ces vagues soupçons éveillés en lui par le ri^cit de Susannali se rcprésenrêrcnt soudain à son esprit. Il vit lecom e mêlé au drame 'énébreux de Goodman's-Fields; il voulut s'élan<er pour se mettre en tiers dans l'entrevue qui avait Heu tout prés de lui, Jlais il éiait trop lard déj;^. L-. comte reparut à ce niomeal, souriant et l'air presque joyeux.
— Pardon de vous avoir fait attendre, Kon frère, dit il. Je suis malmenant tout à vous. '
Voici ce qui b élait passé dans le parloir.
Le comte, en qu'itant lotalonoù il laissait Brian, avait la liteaux trois (juaris perdue. Le sairifi c inouï qu'il était forcé de fj;i e, sa colère, tant de fois excitée drirant son entrelen. avec Laiicestcr, et tant de fois refoulée à grand'peine au dedans de lui nu'nie, l'annc-nce cnlia de et ne exiraordinairri visite -l'un homme qu'il avait vu monter sur l'échafaud, vu de ses yeux, et tendre du poids de son corps iiierte la fat«le coide des supplicrés, tout cela se mêlait confuse ment en son ii.teliigence frappée, et le jetait dans un état voisin de l'id o sue.
11 entra dans le par'oir l'œil fixe et nv.rn?, la bouche ouverte el n'ayant sur le visage d'autre expression qu'une vague époirvaiite. Gilbert! aierson entra dcnière lui
aiais l'Iiomne qui atlem'aii dans le parloir n'ava'l pas plus dVn*!e sans doute (jue Brian de jouir de la compagnie de maitre Paieison; car sa pitniiére parole fut pour lui ordonner de se retirer.
Gilbert hésita et regarda son maitre; Biais son niaiii-e n'était guère en état d'exprimer sa volonté. La vue du personnage debout au milieu i^u i arloir semblait l'avoir ptrifié; il s'éiaii laissé tomber sur un siège el fixait droit devant lui des yeux dépourvus de vie.
Tyrrel l'Aveugle réitéra son orrire en fronçant le sourcil. Gilbert n'osa résister et prit la porie en murmurant.
— Eh bien! Wliiie-Manor, dit l'a-eiigle, je pense que vous ne vous aiten itz guère à me revoir ?
— C'est donc bien vous, Sjieucer ? murnîura niacbip.alenient le lord.
— Kn pciSOiiDe, par Moise (t le veau d'or, comte!... Wh'le-Mii.cr le parcourut depuis les pieds jusqu'à U tête
d'un regard inquiet et craintif. ^
— Olr ! vous pouvez me regarder tant que vous voudrez, milord, reprit Tyrrel en déployant h large surface de sa poitrine; — c'est bien moi... Is:i;aïl Spenier, votre serviteur très dévc ué, qu , grâces en suieui ren ues au Dii u de Jacob, jouit d une santé parfaite et se porte aussi so idement qu'ctraequi vive.
— Mais... fit le lori.
■ — C'est ce que tout le monde me ditl interrompit Tyrrel en roulant un fauieuil vers ie comte; — mr.is... mais .. mais... Je suis devenu (juelqie chose lOiniiie une béte curieuse depuis qu-- j'ai été pendu... Jliiord, il n'y a rien d'étonnant dans mon allaite, pourtant. Le docteur Moore vint me voir nans ma pri^on tl me pratiqua au bas de la gorge une petite incision, dent il soutint les parois à l'aide d'un tuyau de pl-ume. . On appelle cela d'un nom bizarre... La fharyngotomie, je crois... Quaid la corde me serra le (OU, je respirai par dessons la corde, au moyen de mon iiicibion... Mais ceci n'est rien, niilord, et le docteur fit mieux
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que cela. Je vous le donne pour'un homme habile... L'iiicision ne (ouvait point, à la rigireur, enii;èober la congtsion cérébrale. Moore me dit : — Il f:iu'irâ t i|ue vous euss.ez, au moment critique, au moment même, vo s entendez bien, et non pas dix minutes auparavant, une forte joui>sance, un éntrgi((uc mouvement de joie. Celait dillicile, White-Manor, n'est-ce pas? Sur la planche même de l'édiafaud, en face du cercueil ouvert qui atiend votre cadavre, on ne peut guère.. i Tyrrel souriait, mais il était, pûle.
— Khbien! reprit-il avec cynisme, à force de clifrcher, nous trouvâmes un moyei Moore el moi, de narguer la pe-, tence et de me rendre ht-ureux, la corde au cou... Il y avait un misé. al) e coquin de par le mon e, que j a-zais traité longtemps "^n esclave et qui avait fini par me trahir... Roboam, c'éiait son nom, milord, te repentait amèrement du mal qu'il m'avait fait. J'é ais certain que, sur uu geste d'appel, il renver;erdii,tout obstacle pour s'approcher de moi... Le docteur me donna un poign-^rd... Au momtnt suprême j'appelai Roboam qui s'claiça vers moi et je le tuai ..
Le comte fit un geste d'horreur.
— Cela é ablit énergique» eni la circulation de mon sang", milord, (.oursuivit Tyrrel. La trappe bascula; je fns pendu juste au bon moment.. Après tout, ce pauvre diable de PiOboam m'a clé fort uiile, comme v us voyez.
— Et qu'est-elle devenue? demanda tout bas le comte avec une sorte de timiili;é.
— Elle?... Ah! niilord, nous parlerons de cela une autre fols .. Diable! l'histoire serait longue et nous eniraîuerait fort loin...
— Vit-elle encore? interrompit lecomle.
— Si Voire Seigneurie le permet, je lui dirai tout ce qui la concerne, — c/fe, — en bloc el un aulre jour... Elle était dVne fort be le santé, vous savez, mais les jeunes filles, souvent, se f^yent toul-à-coup comme les fleurs...
— Elle est morte, Isma'i^ ?
— Vous ê es curieux, VVhile-Manor, dit Tyrrel avec un singulier accent de raillerie, — comiire un bon pèrefqui aura't perdu sou enfani... Patience!... Aujourd'hui, s'il vous pkît, nous no nous occuperons point do ces bagatiiles... Je suis venu pour aulre cho.'e ..
— Mais un mot, un seul mot! insisfa le comle.
— Elle est morte... commença Tyrrel.
Le comte poussa un soupir équivoque qui pouvait être pris très bien pour un soupir de soulagement.
A moins qu'elle ne vive encore, acheva l'aveugle en riant; —par le dieu d'Abraham je veux être repeniu si j'en sais quc!i|uc chose!.. . Mais pailoiis ra son... Vi i à uu an, milord, <i'ie je me suis fait homme comme il laut. J'honore le Wesl-tnd de mes visites très fréquentes, tt si vous ne viviez pas ( n erniile, vous eussiez eu le plaisir de me rencontrer plus d'une fuis dans nos nobles saloi'.s . On m'y connaît sous le nom de sirEdmund Makeniie...'Dn brave gentleman, milord, jouissant d'uuc fortui.e honncie,doux, sociabie, inoffensif, et ayant eu le malheur de perdr-e la vue au Lahore, diiiil arrive en directe liyno.. car j'avais oublié de vousidirc cela, milord : je suis aveugle
Les yeux de Tyrrel, qui, durant la première partie de cet enire;ien, avaient paru, jouir d'une mob.lité très ordinaire, se firent tout d'un coup ternes et morts, et gartlèrtnt cette fixité lourde des yeux frappés de r éi ité Le cçmie y fut pris, malgré lair goguenard dont Tyrr.lavaii prononcé Cts mois ■ « Je suis aveuf le », cl dii ; ar maaièrc d'acquit.
— Je vous plains, ^'pencer, je vous plains.
— Sir Edmuml, s'il vous plaii, milord, répondit lestement le juif i:Ui fit rouler ses prunelles avec une surprenante agi- )ilé. — Quant ;i votre com.i.isération, js vous en tiens bon compte, mas je n'en ai que l'air-e... ma cécité ne m'empêche pasde\Cir'e triste cLangeiacnl Opéré chez Votre Seigneurie. .
— Vous n'cles donc pas aveugle?
— Il me fallait un masq' c, milord. — Et puis je ne sais rien de tel que d'être aveugle pour distingu r les choses qui échappent aux plus clairvoyans... Mais revenons à vous ..
PAUL FEVAL.
^ rai, Wbite-Aîanor, vous n'êes plhs que l'ombi-e de vous- Di m-.
— J^50iiirr(^bj<u o;i;)! dit le romlc d'un aï p sombre. Cela se voil, inMord... it je vou'irais larier que ce diable d Brian.
~ Pri; Il ! nt éia le comlc liont les traits se contractèrent ; ■•-il est \.\ .. iJBi'atifiiil!... Ah! IsmJl 1 Isuiâï ! ta \iens • de mononcer h- nom de mon bourreau.
Tynel te frotta lis mains.
— Ah ! il est là ! murn>ura l il.
— Tues déjàbie!) avant dansées tristes secrets dénia ^ie, I>maïl, reprit i>i lord, dont la léle sepcn hait sur sa poitrine ave découragement ; — el d'ailhurs, que m'importe de parler? cet bomne m'a vaincu, m'a riiii;é.!.
-- Ruiné? ditXyrrd en dressant l'oreille.
— Il vifni ij-; ni5 taire tignfr uji £cte infâme! s'éorii Whiie-Manor d'sin ion ilainiif tt presque larmoyaiif. — uo act- qui nu- dépouille elle fait mou hérititrde nion\ivar,t.
T>rie! respira
— Bah ! l:i-il d un atr dégsgé. — Après ?
— Qiie voulez vous ds p us, Spencer? Il ne masque ? cet acie qu'SquefqurS lignç.-. Je suis ruine.
^— Tudieu, milord! mur ; ura Tyrrel d'une voix bîss: mais vihraiito, — que voiss bénirie?. Dieu, n'est-ce pas, si voire frè'C mourait ce soir de mort subite?
WhiieManor cacha sa lètc enire ses mains.
— Non !... non !... non !... dit il p3r trois fois, les dei.ls ser e.'s par la rage qui voulait faire e.\piosion ; — c'est un démon d'astuce, I^maïl... mes u-sinssoiit liées. . J'ai jieur ('e sa mort qui jetterait sur ma tète une accusation d'assassinat!
— B.îh! fil encore Tyrrel ; — à Londres, les morts s'oublient vile... mais vous aiiH!>iicz mieux, peut être, que Dieu laissât vivre son cvps et fra, pât son esprit di foie 1
— Fou ! liiian, fuu ! s'écria le comte en élevant les mai.is aveca-deur; — ch ! je donnerais la mollié des jouis qui nu restent !
— Lieux communs, Whitf-Manor! iiittrrompills juii; — Il faut parler mieux et dire en bon ang a;s : — Je donnerais tant de livres sterling.
— La moitié de, ma fortune, Spi^n -fr !
— Banali.'és, n.ilord !... On vous demande un chiflre.
— Je donnerais. ..mais c'est moi qui suis fou de veus clouter, Ismaïi... fou de Toir^ qu'un horniKt- ai; le pouvoir do dispf-nsrr la dém-ncel... Il faut que je reloarne vers Brian, qui s'impatiMitepeut-ètrcetquH j'ai lant.sujet de ménager... SI vousavz quelque chose i'imedire, bâtez-vous.
— J'ai à vous dire, milord, qU'» c'e;-t justement pour entretenir Votre Seigneurie de l'Honorable Brian de Lan<e. 1er que rC suis vtnu ce soir dans Port aiid-Plao.e. Javsis réellement une affaire à vous proposer. Quanta nia question de tout â l'hevre, j? n'insisie pas, pare qu'une trop fore somme nécessiienit un conirat, et que vous pourriez véus Heure trop facil.me; l à libri d rrlère votre invielabiliiéde pair, lors même que ma qualité dépendu iuî me tiendrai! p:^s lesii.ains liés. Donc, je ^ous d-mjî ..le purement et simplement quairemill' livrésen b«nk-noîes,payablessur-!e-cbamp.
— Pour quoi faire?
— Pour payiT .a fol'c de! Honorable Brian de Lancesler. Le corato haus a les épaules avec inipalieuc^
— Milord, eitle juif, ce n'est pas ici un jeu d'enfans. F.utes apporte*' le-, b:.nk-notcs et je m'expliquofai... Je vous
. parle très sé.Méusen eut.
La gravit.^ de Tyrrel fil une rertiine impression sur le lord. — L homme qui se noie, d'ai'.h uis, n'e.s.iie-t il i.as souvent de s'accrocher au brin d'h-rbe de Yd rive, capable î"! peine de siipporlerlaccniième partie du poids de son corps? -- Whiie Manor, loin d'en appeler à sa raison,' tâcha de s'étourdir sur la bizarrerie des ouvertures du juif. L repoussa la ié.'lc.\ion, et, cbiile. t de jouer celle chance suprême, si faible qu'elle put cire , il hgiia nue socnelte.
Paterson parut et reçut ordie d'apporterle iwlefeuillede soa m;iitre. j
— Milord, r. prit le j;iif lorsqu'il fn' de nouveau senl avec • b coa.t.-rt i-n metii.nt la m^iin s..r i.s ba k )i'i"s iiaiéfs I deva t iui, — nii lio.i.iue jouissant de id iltiuliiii!' de, son . bon sens peut êlrr tisfcr.j;é ûimme fou ..Ce \ o'v t de d part j est fée ml el vaut, lui seul, les quatre milles livres.
I Le front rie White iMjuor s'était éclairé.
— G'f st vi;ii, dii-ii, mais il lauJra du temps.
— Il faut du tt-mps pour tout, milord, — plus ou moins, — ici, nous avons besoin d'une heure.
— Y pensez-vous ?
— J'y pense ,!epuis le coucher du soleil, rai!oril,ct je fais mieux que d'y penser, j'agis. A l'heure où je vous parle, l'Honorable B ian du Lancesler est déjà sur la route de B<^dlam.
— Il est dins mon saloi ! i:iferromi)it Whiie Manor qui j prit la métaph re au pied de la lettre.
Un sourire de pitié r.(illeiise vint à la lèire di Tyrrel.
— C'est peut être que le salon (!e Votre Sf'it^ni'urie, mu"mura-t il, est une érape surlechemin deBeaiam... T"i>jo«rs es;.i! que je maintiens mon dire Milord, \euillez m écouler : ce matin, ur.mania(iuc s'est Introduit au chàieau royal deKewct a tiré, d;t-cn, un coup de pistolet à la j une pi incesse Victrria.
Le comte se souvint des voix qui s'élaienl élancées en .bruy?nt concert dans soh sab>n, au moment où Laucester avait ouverDla fenêtre, et qui, toutes, disseï talent sur ce fait étrange.
— J'ai e tnidu par! t dec-la, réponlit il, et je croisdiîviner où vous en voulez venir; mais commeui établir que Brian ?
— L'Hùnoiable Bri: n s.\:A chargé ne cla tout seul, milord, inie rouipil Tyrrel, car c'estlui qui s'e^t introduit a matin au cliâieau de Kcw.
— Et qui a tiré sur la princssc?
— Dn n'a pas tiré ^ur la princ' sse... ma's on a roaliraiié des ganîes, escaladé les murs de l.i terrasse,— tout cela pour prendre d assagit la serre japonaise et y cueil ir un camélia blanc v^iréd'az'.ir..
— Et vous êtes ccrlain iju.- celait lui ! ''il le conile, dont un fougueux esjjoir venait galvaniser fineilie.
— Parfaitement crain, nilord.
AVhite-Ma'Or se leva viv. ment.
— Il laut agir ! s'écriatil ; — le dénoncer, requérir son arreslaiion !
— A'Siyez-vous, milord, dit Tyrr.l. Voire Sei?n<'U'ie a fait déjà tout .e iiu'il fi'la t faire, et, sur ta requête, douze hommes de police atlcudrnt .'i la porte de cet V.ùV].
— S'ir ma reqi été! balbuiiale comte étonna
— Ceci est un détail, milord. poursuivit le juif; — le lernps pressait, et j'ignorais qu^ Voire Seigu'une fû' aussi nir-rvcilleiiscraent disposée Dans le doute, j'ai pris des mesu'-es... Vijus tavez, Wliile-Manor, que j'imite avec une certaine précision toutes sorles d'écritures. J'ai écrit en voire nom au cominiss;;ire de 'a police mélroi-Olit^iine ;je lui ai annoncé, avec toute la douleur O'ivehabie, que mon bie:;ainié frère, l'Ho' orable Briiu de LanTsler, éiait foa, etque sa f die venait de mettre en danger une personne royale. En r.onsé.|uence, et po'ir éviter d'incalculables malheurs, j'ai demandé niafn forte.
— Admirable! s'écria le comte en se précipitant sur la main de Tyrrel qa'il serra entre les siennes avec un véritable trin~ port. — Oh! je le tiens, cet dois, el, c mnie 'ui, je seni sans pilé! Speincr, mon ami, mon sasveur !je doub'erai la somme, je la triplerai I
— Je rends grâces à Votre Seigneurie et comniei ce par nMlrctn poche l'unité, Cil aliendant ledoubleetle triple, dit Tyrrel. Maiu.enant. a lez .nchevfr l'acte dont vous parliez tout à l'heure. Dc'i'ouillez-vous sans crainte, milord, voe.s aurez beau jeu coiitre un pensionnaire de B'd!am... et un pensionnaire au secret ; car je me suis arraegé de laçon à ce qui' soit Irailé tn fou d'importance.
LES MY.STÈRKS DE LONlxRES.
CUSPlfKE XXV.
Tyïiel prit «.-ongcdu ronile après cesderni^ros paroles cl tlpsc<'iiclftllai)s la rup, cù les polii'.dmpn s'éiaii'nt mêles à la foule. Auprès ilu troU'>ir cl ilivaiu !•> pirron, un inn'injaiit de police ei un i liyvi iaii aiteiuldiiiii dans une w.iiur'' ftrméc, dcrricr.' laque le deux coiisiai)lcs laisaienl laciion.
Tyrrel j-ta un cou. i d"a'il saiisfjit sur ces iiu.ossiis pré-' pa aiifs. B i:in ne |)Ouvait point lui échap er, e.\ le comte, prévenu désormais, n'aurait gad deniersj signature. Quant auxqutreitiiile livres, ïyiTt^I les rcirardaii seu'enient comme un ù-compte sur ies libéralilés future- lU Sa Seigneurie, car ■\Viiite-^'anor, en se débarrassant de Brian, n"iMuignail pas le plus daiigereux *-n: en;i de soir coff'e fort Tytrel aval sur le coHiie une lettre de change doul il prétendait bien faire u agc lot ou lard.
iiiis une chose renib>rrassait. C'était cette finilc répandue à i rorusio 1 ilans ioule la loiiiueur de Poriland-Piace 11 importait à son plan que Bcdiani fii pour Brian de Lancester un véritable tomlje.iu; or, il fallût powr cela ([ue son arrestation se fît à petit bruit et coiume ii la dérobée. Ordonner aux po icemi n de faire évacu r la rue oui clé une mesure déiisoirc. Le droit et le prétexte Manquaient à la fois.
Tyrrel fit quelques pas sur le trottoir, et son régir! alloutil parcourut en tous sens la culiue bavarde et tu'bulenle. Il avisa bientôt, au bout d'un col île crin lissé, riioinêle visage d 1 bon capit.iine O'Chiai.e, lequi I, malgré le peu de Lau:eur de son chap au, dt passai lej crânes vul^jaircs d'un bon demi pied.
Tyrrel alla droit à lui cl glissa quelques no'sà son orelie.
— Tot;nfrredu ciel! grommela Paddy avec uve mauvaise humeur évidente; je vtux servir d-; rôt à lieezébulh,— misères ! — s'il eM possible d'avoir un insla it de repos !
Ijrrel s'étail éloigné sans attendre a répoise. Suivant fa cotitume, le capitaine n'avait pas même eu la satisfaction de voir Ihomnie qui lui jetait en passant un commandement mystérieux, appuyé du fameux mot d'ordre : — Gentleman of the ni^hl '.
— Que vous a dii c-'l homme, monsieur O'Clirane? demanda misiress Burnelt (jui se «ressa sur ses poii-ies pour mettre ba tête à la hauteur dts hreloijucs du capilaine.
— Il in'a dit Sa au et ses cornes ! i épliqua Pad Jy ; — de parle ciel! nsadame... J aurais lO' le dette curi.use à ce point, Ooroiliy, mon ceejr, à votre p ace, rt-iseresl... 11 m'a dit, toi.n.rre u ciell Le temps est fioid, monsieur O'Chrane, — du (iiable ! que Dieu vous bi nisse !
Après celte réponse dip!oniaiique, le capitaine, profi'ant de sa h uile taille comme d'un observaioire naturel, promena majeslueusea.cnt son regard tout autour de lui.
— Daœnaliou ! groniuicla t-il ; — j" vais être obligé de jouer moi-même le rôle de coBimère, -ar je n'aperçois aucun de nos geo-:...
— Tonnerre du ciçl ! misères ! — que Dieu nous dimne sans piiié! dit au-dessous de lui une voix aigre et enlantiiie, — bonjour, capitaine O'chraue, ou que le diable m'emporte!
La main (le Paddy s'aba:.^sa et saisi tune fiêle épaule qui appai tenait au gentleman Siiail, lequel p'omenait dans PortlaudPlace sa femme, la jolie ilaJge, ornée de ses bottes, de ses jupons édataii'^, surmou'és d'ui:e vese masculine et d'un chdpeau de cuir posé sur uu bonnet de grosse mousse- Une. Madge, toujours sileucituse et digne, teuait sa pipe
étein'/'flnlre. scfî (ie.ais,, ?l nci/enaiL.nuIi^iri à r;ig'ia!ion cu i.uU'i.-. ■■,■,. , ,;„:,-: . ^- ^.s^-
— 1-h bitn! e!i,bi«'ii? cf|pi ai.v^c,! .•> \ i r a S .«il . — 51^:6 aiusi qu'Oîi ab rde u/i hoovBie conimc il faul, qiiijj^a fou Ire ui'éc.a;-fl H,.
— la fou Ire passerait anpics de toi sans te voiB,.Snaîlj piloyabic scmup, mon (.elil ami, réplicpis le lapiiaine; — n:aisje .-uis charii.é d-- le iiouver In justement sous ma main, Il mp.l s! .. C.ir in e.;, misérable euiani, forla.isé pour ton âge, et j'avais licioiu... Ecoule ici
Snail se haussa; Paddy se baissa. Ce -iouble mouvement les mit à peu prés de niveau.
— C'est une ncHvelIe preuve de conliâi;Cc q\;e nous allons ledoiincr, j-une immouilice, mon fils, re|irii le capii:iiiie avecimiK'riancc. — 11 paraît que milords ont betoiii de faire éva u^r la rue ..
— Pourquoi? demanda Snail.
— Cinq ceiils bla-phènies! limaçon maudit, mrn erfant bienainié, ignoble petii d'ôle, je viux quK le cho éra me purge si je ii'ni pas envie de le tirer ies oreilles jusqu'au sang... Bo jour, M.d^e, iriste virago, n,a tille... Quanti* toi, Snail, ta.s de boue gros i omme le poing je ferai quelque jour la fortune, parce que lu vaux Ion pesant d'or, extrait de bandit...
— Ma jf'lieMa.ige, inlernmpit Snail, écoulei le capilaine dire du bien de votre homme, — Sa:an et ses cornes!
— Bouchez plwlôt vos oreilles, Wad-;e, que vous scyezjolie, coniine le dit c^'t escargot balillard, Icmpêicsl ou laide, comme cela saule aux yeux. Dieu peut me damner'... Il le pi'Dt s'il le veut, de par lois les diable,--... Doic, Snail, il s'^fgit d'éloigner d'ici tous ces stupéfaits ba^lauds avec leurs ci'nimères, el, pour ci la, je ne >ois rien de mieux que t!e répandre le bruit de l'arreslation de ce vil Ci-quii! dont parlent les journaux du soir...
— L'as a-siu de la irincesse? ..
— Pié -isémi'iil, diminutif de scélérat. . Il doit y avoirçi et là dans la foule des gens de la F.;inille... Appelle-le.'!, maiou du d'able, et dis leur. .
— C'est boM, capilaine, c'est bon, D'eu p^ut me danini r ! in!erronii)il Snail avec suilisance; — j.^ vous eoTiprend^. C'est facile .. Mais p.U' ma pei!;e, icmiiétes! Vous me direz où se fait le tlou de réléptiaut Saundcr du cirque d'Âst- Ky...
La main du i-apitaine îe ferma surl'épiule ^e Snail. qui poussa un cri de douleur et se prrdii sussiiôt dans la fvule. L'insiait d'.'iprès, on entendit deux ou trois miaulemens re lenlis-ans. Un ineuvement se lit dans la (Oliiie. On \iique!ilU( s hommes la pa'courir en divers sens, puis ce cri parti de vingt end oiisà la fols :
— Dans llay-iMa ket!... On cerne la maison de l'assa sin dans H»y-Markei'.
Il sembl.i, trois minutes après, qu'un vent d'orage (ùt passé sur Ponland-Place, balayant devairt lui cokiuys obèses et maigres commères du ni'-nie coup. Tout le n-onile desct.- dit eu courant, en se poussant, en criant, vers Regenl-Slreet, tt il ne resta plus dans U rue que les police- Dicn éionnés.
On apercevait ci core dans le lointain la longue et ralde taille du capilaine, chaque fois qu'il passait sous un bec de gsz. 11 fermait la relriiie, ne pouvant se résoudre à presser .jusqu'à la course la gravité posée de son pas ordinaire.
— Allons donc, monsieur O'Chrane I alons donc, au nom de Dieii i lai disait eu vâiii misiress Butneil qui chtrchaita l'enlr.îner-, —nous arriverons trop lard, bien silir, pour voir arrêter le scélérat.
— Mon cœur, répondait (ranquillemenl Paddy, — ne me lirez [las ainsi le bras, levous prie; vous déchirez mon habit bliu par le trou de l'enfer!... Voyrz vous, ma chère dame, mille misères! Dorothy, mon an^oi.r, nous arriverons qu2 d nous pourrons, ou icdebali Sniilh n'est pas le plus hypoarile CiKiiiiri (pie je connaisse! .. Quand à Snail, l'immonde replUe, je voudrais aviir un tils pareil,— Saianel sa queue, madame !
iSi
PAUL FEVAJ.,
Pendanlce temps lecomle de White-Maior avait regagné le Salon où l'alicr.ilait Brian de Lancester. Comme dous l'avons dit, au moment oii le lord frandiissail le seuil, Brian venait de lire le nom inscrit sur le carré de papier apporié par rintend.-inl Paterson et en restait encore tout ému.
Aux premières paroles de son Irt^re, il répondit brusquement :
— Vous venez de voir Isniaïl Spencer, railord ? Le comte fut pris liors de garde.
— Moi? balbulia-t-il; — je... niaisl homme don t \ous prononcez le nom est mort depuis un an.
Lancester prit le papier sur la table et le tendit à White- Manor.
— C'est vrai, murmura ce dernier après un silence et avec embarras; —Je viens de voir Isniaïl Spencer.
— Me seraii-il permis de demander i> Votre Seigneurie, reprit Brian, — de quel genre sont ses r-^pports avec cet liomnie ?
— ("elan'/'slpetmis J^ personne, monsieur I rpliqualecomle en lûcliani de v.ilfrson trouble sous une ap. aience de dignilé bles.'-ée.
— Milord, dit Brian d'un ton de grave tristesse, je ma vois forcé d'Insister sur ce point. Ce n'esi pas, croyez-moi, pour blesser Voire Seigneurie ou la iirovoquer mal ii propos que je répèle ma question.
— Je n'y répondrai pas, monsieur, répondit précpiiamrceni le comte, — ou plutôt... Eh bien ! oui... je consens à vous dire — puixquec'esl votre plaisir de me courber ce soir à tous vos faniasques caprices,- je consens à vous dire que je me suis iniéressé à la queslion bizarre el désespérée d'un niallieureux (jue le hasard a soustrait aux suiies ordinaires ('u châtiment suprême J--...
— Ne m'en diie> pasdavanlage, niilord I interrompit Brian avec une froideur sévère ; — pour ajouter foi aux paroles de Votre Seiyneuiie, il me fa .drait oublier son monveTient de surprise à la vue du nom ins( ht sur ce papier.
Le comte se mordit la lèvre. »
— Eli ! monsieur! s'éciia-t-il, emporté par un irrésistfb'e élan de colère, — vous pourrez adresser vos (it;esiions à Is mail Spencer lui même, car vous ne serez pas longtemps sans le voir.
— Ces mots de Voire Seigneurie ressemblent à une menace, dit Brian, qui fixa sur le lord son regard perçant et investigateur.
— Une menace, monsieur!., se récria WhileManor en quiliant tout a coup son air irrité pour reprendre un masque de bonhomie soiinàse; vous savez bien qu'lly aurait, hélas I folie de ma partù vous mena er... J'ai voulu dire purement et simplement ce que j'ai dit, savoir : que vous ne tarderez pas à rencontrer Ismaïl Spencer... et cela est bien simple, Brian, car il attend dans la rue.
— Qu'ailend-il, milord? dit Lancester, voyant que le comie hésitait.
— Il attend... mon Di^u, je n'ai nulle raison pour vous le cacher, Brian, il attend que notre entrevue soit délinitiven.eut terminée pour revenir vers moi, car j'ai pensé tout à l'heure (jiic vous vous imi)alienliez saus doute, el je l'ai remis» après votre départ.
Brian se leva vivement.
— C'est une atlenlioii dont je, dois vous remercier, milord, dit il ; mais, je vous en prie, veuillez mettre le comble à vos bontés en ai lievant cet acle sur le champ... vous ne sauriez croire combien je suis pressé dd me voir face à face avec cet Israaïl Spencer.
Le comte n'iul garde de se faire prier. Il s'assit tout de suite .'» Sun bureau, s'elTurvant à grand'peine de cacher son sourire joyeux sous la mauvaise humeur qui éiait pour lui de circonsiance au moment de signer un acte équivalent h l'abandon de tous ses biens non substitués. En deu#Traits de plume il eut parfait le conliat. ' *
— Mon frère, dit il avec une résignation assez bien jouée, — vous avez peut-être abusé de vos avantages, mais entre nous Dieu jugera.
— Ainii soitil, milord, répoudit Lancesler.
— J epère, reprit le comte, que vous serez el.^nienl envers moi désormais, et que les nobles dames du Wesi-Kn.i tariront un peu surles récits de vos triomphantes fccentricities Celle ci achève 'a bataille el doit être la dernière.
— Gela dépend de vous, milord.
— Jiis((u'au revoir, mon frère !
Brian saliia et sortit.
Le conite*resîpira longuement et fil jouer le châssis de celle nrJme fefîèire par où Brian avait voulu s'élancer, tê:e première, sur les dalles d ■ Porlland Place, lise pencha vivement et regarda au-dessous de lui.
A ce moment même la porte extérieure s'ouvrait, et Brian descendait les marcl.es du perron.
Au bas du perron se tenait Tyrrel l'Aveugle.
Bilan le reconnut tout de sui'e. — Il reconnut «ussi pour des poli enien les hommes qui entouraient la maison de son frère.
— Voilà qui se trouve à merveille ! dit-il ù haute voix. Messieurs, je vous requiers de melire la main sur cet homme.
En même temps il saisit Tyrrel au coliel. L'intendant de police et le médecin mirent la tête à la portière de la Voiture.
— Vûusle voyez, dit Tjrrel ; — il n'y apas à s'y tromper... Faites Votre d'jvoir.
— Un moment! répli(iua l'intendanl de police; — monsieur, ajouta-t-il en s'adressant ù Brian, pour quelle raison rcqucrcz-vous l'arreslaiiijn de'ir Rdmund •'akensie ?
— Vojons ce qu'il va répondre, murmura le physicianexpert.
— Je suppose, monsieur, dil Brian, que vous avez le droit de m'adresser celte question ?
— D able ! grommela le médecin, il n'a pas l'air trop fou!
— Je suismagistiat, monsieur, répanil l'intendant de police.
— En ce cas, reprit Lancesler, je vous apprendrai, monsieur, que cet homiiie à\\ui vous donnez le nom de sir EdmiiudMakensie n'est autre those qu'un si-.ékrat du plus bss éiage, faisant partie d'une bande de voleurs...
— Vous vovezl interrompit Tyrrel.
— r. est fou ! dit le méaecm.
Les policemen se raiiprochèrent et serrèrent le cercle aitlour de Brian.
— Al riiz-vûus donc des preuves de ce que vous avancez, monsieur ? demanda le magistrat.
— Votre devoir, monsieur, est d'arrêter cet homme, répondit Lancesier avec calme. Les preuves regavdtnt la juslice du royaume el non point les employés de la [lolice.
— Diable ! diable ! gromra la e:^core le médecin ;— après tout, il se peut qu'il Tie soit point fou.
— El d'ailleurs, reprit Brian, cet homme se trouve naturellement FQUs le coup de la loi, car il a échappé par ruse ( u par hasaid à la sanction de la justice humaine. Cet homme a été pendu...
Un éclat de rite de Tyrrel, auquel se joignit bientôt la bruyante hilarité des hommes de police, ii>ierrompit brusquement Lanceslir.
— D.-cldéme^it, il est fou! p onor.ça péremptoirement le mé'leJn.
— Fou à lier, pour le malheur de notre maison ! cria de sa fei'êire le comte de Wliite-Manor.
— Faites voire devoir! dit le magistrat en se rejetant au fond de sa voiture.
Les policemen s'élancèrent tous à la fois; mais la voix de Whiie Maiior avaU révélé le piège ù Biian, qui, lûchant le collet de Tyrrel, remonla d'u:i bond les marches du perron. C'était un terrible champion que Brian de Lancesler. Les pcmiirs policemen qui se présentèrent furent lancés jusqu'au bus des marrhes par le robuste poiugde l'exceiarique, (|ii> ni:irtp!a leur poitrine comm» un lléau de plomb. D'autres montèrent à l'assaut et tombèrent :'i leur tour, le visage s .nglant, l'estomac fêlé. Chaque fois que le poing de liiian quillaU la parade, chique fois que sou bras musculcux se lenuaiî avfc'l'élas-ticité soudaine d'un ressort de métal, un homme était violemment précipité sur le trottoir el ne se
LES MYSTÈRES DE LONDRES
relevait poinl. Les rangs des assaillans s'éclaircissaient , leur ardeur diminuail. Tynei était obiig'^. de les pousser de force, el le médecin répéiail en suivant la lutte avec beaucoup d'inlér<^t :
— Diable ! diable ! voyez comme il nénage ses coups , le gaillard! Eh définitive, je ne serais pas étonné qu'il ne fût pas fou.
11 n'y avait plus que cinq p^licemen debout au bas des marches, et aucun d'eux n'osait plus se hasarder à a'taquer Brian. Tyrrel écumait de rage. White-Manor tremblait à sa fenftre.
B.iao boutonna son frac. Il fut évident pour tous qu'il allait s'élancer en avant et fsireune trouée. Ce qui restait de policemen valides s'écarta des deux tôles du perron, ne se souciant guèie d'affronter le choc.
Tyrrel se mit lAsolumtnt à leur place. .
— Milord, mon frère, s'écria en ce moment Lancesfer qui se tourna vers la fenêtre, — le pi^ge était habilement tendu. Vous n'avez pas réi'.ssi, mais il n'y a point de votre faute, et je vous jure sur l'honneur que vous n'aurez pas à m'accuser d'ingratitude!,
On entendit d'en l^as claquer les dents du comte.
— Place! continua Lancester qui se prit à desi-endre lentement les marches du pprron, toujojirs en garde, f t contenant du rfgard les policemen terriliés. JPlace, Ismaïl Spencer, ou je vous tae !
Tyrrel ne bougea pas. Seulement sa main droite s'introduisit entre son gilet et sa chemise.
En ce moment on vit s'ouvrir doucement la porte de la maison de WhiteManor. Un homme se coula en rampant la long des degri^s du perron. A l'instant où Lances'er arrivait en lace de Tyrrel, el se renversait en arrière poiir frapper, cet homme le saisit par les jarrets et le lit trébucher.
Les policemen se jetèrent aussitôt sur Brian, qui fut garrotté en un clin d'oeil.
L'homme qui avait rampé le long des marches se remit alors sur ses jambes et montra, à la lueur des réverbères , la face insolente et basse à la fois de l'intendant Gilbert Paterson.
Tyrrel ôta sa main de son sein. Il ne l'eflt point retirée sans cet incident inattendu, Pt Brian aurait fait connaiseance avec la courte lame du poignard que le juif portait constamment sur lui.
Le caplif, solidement lié, fut hissé dans la voiture, entre le magistrat et le médecin, qui, réflexions faites et en dernière analyse, le déclara bien et dûment atteint de folie.
— A Bedlam! dit le magistrat.
Une voix étrange descendit de la fenêtre où s'était inontré WhUeManor, et répéta parmi les convu'sions jj'un rire insengé :
— A Bedlam! à Bedlam!
La voilure partit au galop.
Tyrrel et Paterson rentrèrent ensemble chez le lord et pénétrèrent dans le salon.
White-Manor, l'œil hagard, le visage écarlate, s'agitait frénétiquement au milieu de la chambre et tournait sur luimême en une sorte de danse effrayante à voir.
En dansant, il riait à perdre haleine et répétait sans relA- Che :
— A Bedlam ! à Bedlam!
Tyrrel et Paterson s'intallèrent chacun dans un fauteuil et se mirent à l'examiner curieusement.
— A défaut de Brian de Lancester, dit enfin Tyrrel, qui est-ce qui doit succéder i la pairie de White-Manor, s'il vous plaît, monsieur l'intendant?
— L'honorable A gernon Murray d'Inverney-Castle, cousin-germain de Sa Seigneurie, ré|)(indit Paterson.
— Eh bien I monsieur l'intendant, reprit Tyrrel, en échange du bon office que vous venez de me rendre, je va's vous donner un bon conseil. Allez,croyez-nioi,dè.'!cesoir, faireun doigt de cour à l'honorable Algernon Miirray d'Invernev- Castle, cousin-germain de Sa Seigneurie, car Brian de Lan-
cester ne sortira plus-de Bedlam, et le coiute de White-Manor y entrera demain.
— Pensez-vous donc qu'il soit fout-à- tait fou? demanda l'intendant.
Le comte, avant que Tyrrel put répondre, poussa un dernier et rauque éclat de rire, puis il tomba, épuisé, sur le tapis, en répétant :
— A. Bedlam ! à Bedlam ! à Bedlam I