‹ Les amours de ParisChapitre 164 sur 190 · CHA:PITRE VIF · texte numérisé non relu

CHA:PITRE VIF

PREMl£RCS amours;

Il faisait jour déjà lorsque Fergus O'Breane s'éveilla de son long évanoiiissemffnt, pour se retrouver seul dans cette cliar.-ibre coïnmune , silencieuse maintenant , etoU naguère encore se croisaient trois voix chéries, — seul en face de deusi cadavres, seul ici, et désormais seul au monde.

Fergus élait lien jeunf, et son cneur avait une puissance d'aimer qui s'éiait dé. eîisée tcv.t entière jusqu'alors dans les aireclion"! saintfs de la fanuile. Une immense doiilear élreignit sou âme , qui fléchit un instant sous cet épouvantable choc.

Mais Fergus possédait en lui une énergie encore ignrrée , faute d'occasion de se produire , une force indomptable et presque surliumaine, une vigueur él.slique, dont l^ ressort latent se raidit d'instir.ct contre cette premièr« et terrible attaque du tort. Il fut étoun; de se trouver vaillant en face de ce navrant malheur, et se reprocha prosqae le calme étrange qu'il gardait dans cette scène de suprême désolation.

Il se reîîit à genoux et tâoia de prier ; mais une voix mystique vint tinter à ses oreilles, et murmura les dernières paro'cs de son père mourant :

— Debout ! et guerre à rAnï;leti'rre !

Il se releva d'un bond. — La ligne gracieuse de ses sourcils se trORça vio'emment-, une nuance de pourpre rem plaça la pâleur de son beau visage, et son œil jeta un brûlant éc'air.

Ce n'était point là, et nul n'aurait pu s'y tromper, le fugitif ccsurroux du i enfant : c'était la haine d'un hemine, et da 'S elle pauvre chambre du plus pauvre quartier de LO'idres se formait le nuage précurseur d'une ternpête qui pouvait cb anler les Tnis Royaumes.

Fergus s'approcha r!u lit d'un pas ferme, et dessina lentemeiit, du front à la poitrine, puis d'une épaule à l'autre, le signe sacré de l'oraison cilholi |Uî.

~ Mou pi>re, murmura t il tète haule'^et la main étendue , je fais serment de vous obéir.

il trempa sss doigts riaus le bénitier suspendu à la ruel'e du lit et ftrma les paupières ouvertes encore de ChréiieH O'Breqne. — Mislriss O'Breane , elle , semblait dormir d'un heureux et paisibl- sommeil. Fergus la baisa au front, et sortit pour aller chercher un prêtre.

De telles journ-'es comptent pour de longues semaines dans 'a vie dun homme. Lorsiue Fergus se retrouva seul , apris avoir accompagné pieusement son père et sa mère à leur deruier asile, il sentit éteinte ou assoupie en lui la fougue juvé' ile lîe radolesceme. A sa placi', brûlnit au fond de son cœur uno ardeur»grave, sérieuse, p;iis«aute, et portée vers un but unique : l'obcissânce aux dernières volontés de son père. ,,

Dès lors commença pour lui une vie dehbeur incessant. Enfant, il s". prit corps ù corps avec le gigantesque, sinon l'impossibie.

L étudia, soutenu par une activité patieatc et chaude à la fois, les rouages comp'iqués de la constiliiliju britannique. Il disséqua le colosse, ariu de bici voir où iiaii son cœur. 11 essaya chacLin de ses muscles, compara les mii'e artères qui lui p: rient Is vie, reconnu;, les enJ.oits faibles, mesura les plaies deji saignantes qui s'ouvraient ci et là sur son corps, et se lit, par la seule éiiergie de sa volonti*, puissam- Eiect expert en ces choses de haute politi(iue qui éblouissent souvent l'intelligence exercée des hommes d'État les plus habiles.

lE SIÈCI.B, —

Et pourtant il garda le silence. Aucun pamphlet ne tomba de sa plume. Que voulait-il donc faire de sa science?

Lui qui connaissnil désormais si parfaitemeat l^s parties vuluéraiiles, il ne fut même pas tenté de frapper, et pourtant la voix de son père mourant résonnait encore i son oreille, et, dans la solitude de ses nuits, res mots occupaient sa veille comme ses raves : — Guerre ù l'Angb terre !

En-ce temps, on eût pu le voir bien souvent errer, pensif et la lêle inclii ce, p^r les allées tortueuses de Saint-Ja'iies- Park. Les ladies s'arrêtaient pour regarder ce jeune homme ;1 la leauté presque myiholoj^ique, dont la démarche lente et gracieuse contrastait singulièrement avec le pas raide et la tournure guindée des élégans habitués de la promenade. Elles admiraient les délicates richesses de sa carnation, ses traits fins et auxquels on eût pu reprocher uno douceur presque féminine, si l'arc aquilin de ses fiers sourcils n'eût donné à sa physionomie un caraclère tout particulier de viriliié hautaine.

Nul ne savait son nom. — A Londres, pays du positivisme, les femmes poussent néanmoins fort loin la manie de le range et du mystérieui. Ce bel inconiiU, trisie, solitaire, et portant sans cesse un vêlement compbt de deuil, excita bieniùt un intérêt romanesipie. Plus d'une noble dame le suivit souvent de l'œil tandis qu'il se perdait dans les sinuosités des allées, et l'on vit parfois, du fond d'un sompluiux équipage, quelque blanche coiffure s'incliner doucenient, quelque brillai, te prunelle jet.-r ses feux alanguis par cette mignarde cl provoquante ouverture que laissent entre elles deux paupiires savamment rapprochées, et dont les longs cils se ferment à demi.

Mais Fergus passait sans voir et toujours seul avec luimême au milieu de cette brillante foule ; objet de l'attention de tous, il ne remarquait personne.

Car les gentlemen eux-mêmes daignaient, du haut de leur cravate, s'occuper aussi un peu du jeune Mandais. On l'avait vu fiéquemmenl appuyé contre la grille, s'absorber dans ses pensées et jeter sur le royal Pal.iis de Saint James de longs, d'inexplicables ngarJs.— Pourquoi ce jeune homme habillé de noir, quenulneconnaissii!,qui ne connaissait personne, rega- daii-il ainsi le pa'ais de Saint- James?

Tirer à ci! le sur le roi, sur les ministres, est îi Londres une f mtaisie si commune aux maniaques que la portion saine et raisoi•Deu^e des g- ntlemun habitués du Park ne pouvait penser autre chose, sinon que l'é raugervélu de noir, — circonstance évidenimenl aggravante, —guettait l'iii-sianl favorable pour essayer son adresse sur S. M. le roi (Georges.

Ces geiiluiinrn étaient eu deçA du vrai. Ce n éiuit point un homme, si haut placé qu'il pût être , ce n était |,oint S M. le joi Georges que le jeune inconnu prétendait mettre à mort.

Fergus, du reste, ne leur donna' t pomt plus d'attention qu'aux ladies. Sa réflexion élaU si profonde, l'inlensilé de son travail d'esirit éa;t si grande, que ses yeux perdaient presque la faculté de voir. '

Une fois pourtant il fut tiré brusquerasnt de son incessante préoccupation. C'était dans .e Paie Vert. Au détjur d'une âll'C, un cri perçant vint frapper l'orei le de Fergus. Ce cri, c'était une voix bien connue et autrefois bien chère (jui la proféraii. li se détourna viveiiient. — Uii équ'page armorié rasait silencle sèment le sable de l'allée ; ù la jiortière une gracieuse têtf; se penchait, qui souriait, émue.

Fergus iiilit et fut prêt à d- faillir. Puis un orageux mouvement de colère ramena violenvment le sang ù ses joues II prit son élan p 'ur courir sur la trace de l'équipage, car il avait recoin. u Betsy dans cette t^mme luxueusement parée, et auprès d'elle devait être son ravisseur.

Mais il ne fit iiu'un pas et i éprit froidement sa route en s<(ns contraire L'instinctif besoin de vengeance qui !'av.'.it poussé d'abord Vers le séducteur de Betsy s'éteignit dans la réflexioii. Son lôle était autre que de chraier vulgairement un outra.:;e en forçant l'insulteur h payer de sa personne. Et il élait déjà si avant dans ce ro e qu'en descendant au fond de sou cœur, i! n'y trouva plus de haine contre l'homme qui avait enlevé sa sœur, de haine personnelle, bien entendu. Cette injure se fondait avec ses autres griefs. Le coupable

PAUL FEVAL.

devenait une inséparable fraction de l'ennemi qu'il s'était "it et que lui avait désigné son père.

trie idée peut être extravagante en somme et se raisonner adnii>ab!enioPt dans sfs déiails. D'autre part, il n'y a point o idoe extravapanle.absolument parlant, lilleurs que dans le rayon des silences mailiématiqu's. Le succès met en tout de la logique On a vu des rois, dit !e populaire adage, épouser des bergères Sixte-Quint lit un pauvre mctieravant de nioniersur le trône papal, et le grand empereur des Français naquit si loin de la pourpre, que l'espoir d'imiter son glo rieux exemple passerait par tous les pays pour une bonne et belle rjctravagance. Nous peasons que, à part la quadrature du cercle et l'alchimie, rien n'est proprement extravagant sous le soleil. "

Ceci posé, chacsn garde licence de prendre en pitié Fergus O'Breane et son habit noir.

^ Assurément, suivant toute apparence, l'œuvre à laquelle il s attaquait était tout à fait hors de proportion avec ses forces; mais quelle proportion y ?. t-il entre le grand chêne gisant, dératiiié sur le sol, et le microscopique insecte d .ni la dent rongeuse a patiemment miné la base du colosse?

Fergus vouait, il espérait aussi, puisque toate volonté supi'os.- espoir, mais il ne voyait point les choses à travers le prisme des jeunes illusions. L'obstacle à soulever lui apparaissait te! qu'il était, pesant, inébran'able et scellé au sol par de profondes racines. S'il persistait en face d'un tel obstade, c'est qu'il avait une grande opinion de lui-même, jointe à un grand courag-^.

Mais il ne se pressait point, e( sa patience même étaitlîn menaçant présage.

Pour ceux qui savent ainsi attendre, en effet, les événemens se groupent et poussent au but par des vo es détournéfs.Rcculer, pour eux, c'est avancer souvent; c'est du moins prenpre champ pour s'élancer mieux et faire un plus large bond.

La vie nouvelle de Fergus n'eût offert à l'œil perçant des plus fins observateurs aucun symptôme politique. Rien de sa pensée, extravagante ou non, ne transpira au dehors. Son existence s'écoula, pareille h cdlede ffus les jeunes gens de son âge qui viventde leuriravail; ellearriva comme toutes ks autres, à une phase amoureuse et devint un roman. —Seule ment, ce roraan fut le premierchapitr- d'une sérieuse h stoire.

Il y avait un an que Fergus QiBreane était orphelin. Il allait chaque semaine prier, vers le-soir", à la chapelle catholique de BellOH, où son père et sa mèreaviient reçu les dernières bénéJirtions de l'Eglise. Fergus étîil fervent chrétien. Il trouvait d'ailleurs de la consolation et du charme à remplir strictement les devoirs pieux dont la communion romaine recommande l'exer. ice à ses adeptes, au milieu de cette cité prote^tanle, oii les schismes se multiplient ù l'infini, cl où le culte, dans toutes ces sectes affublées de noms bizarres ou grotesques, affecte uniformément les sèches allures d'une raideur puérile ou glacée.

Fergus n'avait jamais aimé. Rien en lui ne pouvait faire soupçonner encore cet élément sensuel, inflammable à l'excès, cei entraînement soudain, atteignant du premier jet les limites exirèmes de la passion la plus ixaltée, cette sensibilité exquise mais oublieuse, cette délicatesse de cœur unie à l'incûnsiance, ipii devait faire de lui un homme dangereux entre tous, et (|ui devait joncher sa route dans la vie de plus de victimes que n'en fit jamais don Juan.

Jusiu'alors ses mœurs avaient été austères comme sa pensée. Eofant jusqu'à la mort de son pèrc.il avait donné depuis lors toutes ses heures à la tAche qu'il s'était imposée. Or, à mesure qu'il étudiait pour agir, sa haine changeait dénature et devenait raisonnée d'instinctive quMIe était. Il ne voulait plus se venger seulement pour obéir à .'^on f)ère : l'étude lui avait révélé les innombrables griefs de l'Irlande et sa querelle grandissait jusqu'ù se faire nationsle.

Il n'y avait nulle pla'-epour l'amour au milieu de ses graves préoccupations Fergus oubliait les vagues aspirations qui avaient embelli ses rêveries durant les dernien mois de la vie de son père. Le malheur et la vengeance étouffaient chez lui eu son germe la flèvrs vive de l'adolescent qui va

s'éveiller homme, et il n'était pas de taille encore à mener t!c front les choses du cœur et de la tête.

Un soir de printemps, au moment où sortant de la chapi^lle de Belton, il tournait l'angle de Shorts-Gardens, un cabriolet de forma antique, traîné par un fort cheval de labour, vint te heurter violemment contre le trottoir et perdit une de ses roues. Le fheval, effrayé, s'arrêta un instant, puis s'élança de rouveau.

Un cri de femme partit du cabriolet à demi renversé.

Fergus n'avait point entendu cet appfil. Son premier mouvement l'avait porté ;"i la tête da cheval dont l'élan s'arrêta brusquement sons l'effort de sa main robuste.

Car Fergus, qui ne connaissait pas p'us ses forces que son cœyr, avait, sous sa gr5ce élégante, la puissance d'un athlète.

A l'iuslant où le cheval pliait les jarrets et rougissait le mors de son écume sanglante, un homme sauta sur le trottoir et tendit ses deux bras à l'intérieur du cabriolet.

— Ne vous effrayez pas, Mary, dit il avec émotion. — Venez, venez vile, chère sœur, car cet enfant ne pourra longtemps contenir le cheval.

Celle qu'on appelait Mary ne répondit point. — Le chtval, cependant, comme s'il eût comp'-is le dédain que son msilre 'aisait de Venfant qui le retenait, redressa les jarrets et lâcha de bondir eu avant. Mais la main de Fergus semblait être de . fer, et l'animal dompté courba la tête et demeura immobile.

En même temps la porte de la maison formant l'ang'e de Shorts Girdens s'ouvrit, et un groom soi lit qui s'empressa de venir prendre la place de Fergus.

Celui-ci se rajusta paisil^Jenieniet reprit sa rouk.

— Sur ma foi 1 mou jeune monsieur, s'écria le maître du cabriolet, — voilà qui n'est pas agir comme il faut!. Vous voyez bien que je suis embarrassé par ma pauvre petiieMary, ([ui a perdu connaissame, je crois, la chèreenfaul, et que. je ne puis courir après vouspflur vous remercier. . Vous lui avez peut être sauvé 'a vie, après tout, et je voudrais...

— Mon!-iPur,je vous liens quitte de vos remercîmens, répondit de loin Fergus.

— OhlohI eu est il ainsi?.. Eh bisnl vous autres Anglais, vous êtes faits comme cela, je n'ai rien àdirede plus... seulement j'aurais voulu serrer la main de l'homme qui a sauvé Mary, voilà tout.

Il y avait dans ces paro'es deux cliosr s (|ui allèrent droit au co'ur de Fergus. D'abord, une franithise cordiale à laquelle il était bien ditticiie de résister, en second lieu, un fort accent écossais. Fergus n'eût point voulu tokicber la m; in d'un Anglais.

Il 'evint sur ses pas, et sourit pour la première fois depuis la mort de son père, en voyant le maître du cabriolet ouvrir ses deux bras et en se sentant embrasser aven chaleur.

—Pardon, gentleman, pardon! reprit l'Ecossais; — mais vous êtes un brave cœur et j'aime tant ma petite Mary!., maintenant que je vous tiens, je veux mourir si nous nous séparons .«-ans boire ensemble un verre de vin de France à la .sauté de qui bon vous semblera. Aidez-moi, je vous prie, à tirer de lama petite sœur.

L'Ecossais avait so'ilevé le tablier du cabriolet et ramené vors lui une forme de jeune fiile, affaissée conire 1 une des paroisde la voiture. Fergas ne pouvait, en conscience, refuser de l'aider un peu. Ce fut en soutenant pour moitié les pas chancelaiis de Mary, qui avait repris ses sens, mais ne pouvait marcher encore, qu'il entra pour la première fois sous un toit étranger depuis la mort de sou père.

La jeune fille fui déposée suc un sofa, dans leparloir. L'Ecossais la baisa tendrement au front et se tourna vers Fergus dont il serra la main.

— Monsieur, dit il, nous autres bons garçons du Teviot- Dale, nous ne faisons pas souvent de longues pliascs. Je suis le fils du fermier deLeed, entra Annan et Lochmaben; j'ai nom Angns Mac-Farlane ; touchez là, et si aujourd'hui, demain ou plus tard, vous avez besoin d'un ami...

— - Monsieur, interrompit Fergus, dont la réserve ne tOMbait pas ainsi du premier coup, — ce que j'ai lait ne me paraît point m'^riter..,

LES MYSTERES DE LONDRES

— Oh ! oh ! s'écria Wac-Farlane, les comili nous n-". signifient rien, monsieur... Et puis vous ne connaissez pasToby. Totiv, c'est mon cheval... Je ne savais personne, voyez-Tius, qui fût capable d'arrt^ler ainsi ce dialh de Toby en p'cine course. Duncan ! a 'portez du vin et des verres... et (ailes descendre MacNab .. Non, non, monsieur, il ne faut pas croire que vous ayez fait h^ une chos" facile 1 moi qui ne suis pas une femnieletle, je neveu Irais piS jurer de faire plier comme vous les jarrets de'l'ohv !

Angijs Mac-Farlane ne ressen.blait guère alo-s au porlrait que nous avons fait de lui dms le cours de celle hisloiie Céiaitun lieau gar^'on d'une irentaine d'anniV's, au visîge har li, franc et joyeux. A. de rares Intervalles, un nuage passager qui venait assombrir son front sans motif était sans doute un symptôme pré uracur de celte fiè're de la lête qui exalte et emplit de crue les visions les cervdles écossaises, mais c'était un sympiôme lointain et qui pouvait avoir une signification tout aulre. Acoup silr, en ce temps de tranquillité modeste, nul médecin, si clairvoyant qu'il fût, ii'au rait pu deviner la b'7arre maladie ((ui menaçait flcj;\ les facultés d'Angus MacFarlane.

Il avaitap;)elé iMâc-Nab, son beau-frère, qui habitait Londres avec lui depuis quelques semaines, alin de faire lionnear à son hôte. iVIonsieur Mac-Nab avait épousé la sœur d'Angns. Noms savon ule la propre bouche do SleplieB,son (ils, les détails de sa fin tragique, dans cette même chambre de laniii sondeRandal Graham,où la malheureuse Ilarriet Perceval devail ètreplus lard enlevée. MonsieurMac-Nai) pouvait avoir le même âge que soa beau frère. Céiaitun homme d'aspect intelligent et distingué, mais troid. Ses manières taisaient contraste avec les façons abandonnées et le joyeux fans gène d'Angus. L'opinion géih- aie lui donnait, parmi beaucoup d'aulres mérites, une haute franchise et une entière loyauté, maiscette franchise était peu communicalive et ne se jetait pointa la lete du premier venu. Il remplissait les foncUons d'avocat près les cours de justice de Glasgow.

Quant h Mary Mao-Farlane, pour peu que le leet"ur se fouvienne de cerlain nortrait suspendu entre deux fenêtres dans cette pièce dIrish-House qae nous connaissons .sous le nom de « la chambre du laird,» por:rail reirésentant une jeune fille habillée suivant la mode de l'époque de nos dernières guerres contre Napoléon, nous n'aurons besoin d'aucune description nouvelle. Blary était en elTet l'original dece portrait merveilleusement ressemblant ; seulement Mary élait encore plus jolie, plu ;douc',plus souriante qie son portrait Elle allait avoir seize ans.

Fergus ét^it là depuis un quart d'heure et ne l'avait point remarquée encore. UonsiQur "^ac-Nab venait d'eriirer, et^ur le réci' d'Angus il avjit adressé ai jeunr étranger d^ cou't'dses actions de grâce. Tout semblait èlre fini : la froideur polie de Mac Nab conlreba'ançait lu chaude cordialité de MacFarlane, et FiTgus, repris de son idée fixe, avait h.'ilerie mettre fin ù celle inutile distraction.

Il allait prendre coui-'é, après avoir coniplai^amment fait raison au toast d'Angus qui n'en avait pas voulu déni rdre, lorsque Mary quitta le sopha où son frère l'avait déposée et s'avança vers le centre de la chambre Fergus s'arrHa, comme si une iii^isiblt main l'eùi cloué au parquet, Mary prit un verre sur le plateau et y versa quelques gouKcs de vin.

Il fiut me faire raison à moi aussi, dit elle doucement; — je b )is à la sanlé de ceu< (|ue vous aimez.

Fergus devint pAle et fût tombé à la renv rse si Mac- Farlane ne l'eût soutenu par derrière.

— Madame 1 madame! munnuri-til d'une voix que sa douleui" soudai emenl réveillée rendait tremb'anle; — ceux que j'aimais sont morts et je n'aimerai plus... c'est-à dire je ne sais... peut èlre... je bois à vous, madame !

Il a^ail saisi sur le plateau un verre qu'il vida d'un trait avec une précipitation pleine de trouble. Le sang éiait revenu à s^jouo Ses yeux se baissaient comme si un po'ds de ]ilomb eût pesé sur sa paupière. Sa respiration haletait.

Monsieur Mac-Nab fronça le sourcil Miry devint toute rose et demeura, les \eux baissés aussi, en face de Fergus.

Mac FarUnc éclata de rire.

— Bieni bien! dit il ; — je n'a' jamais vu un garçon .■ussi beau que vous, monsieur O'Iîreane... Tudieul Mae- Nab j'aurais voulu que vous le vivsuz courber la télé Ue To^iy comme si c'eût été un pony des lliglands. J'c-père,monsieur O'Rrearie, qwe nousau'-ons le plaisir de nous revoir.

Fe-giislevj les yeux sur Vl^ry, répondit un oui à peine intelligible ei se relir.i préci|)i ammcit.

Bien souvent, depuis ou an, si's nuit^ se passaient sans q 'C le sAmmeil vintc'orele travail continuel de son esiirit. Celle nuit encore, il ne dormit pfint, mais ce ne furent pas se^ peiiséis ordinaires qui présidèrent à si/n Insomnie.

Fergusaimait. — Un instant, nn seul, il voulut se raidir io:ilrece sentiment inccnnu qui envahissait à la fois son cœur et sa téle. Mais il ne lui é.ait pas donné, si fort qu'il fût contre touies antres atteintes, de combattre l'amour. Ce premier mouvement ds résistance fut l'insiinctive protestation de sa haine un instant oubliée. Puis la vengeance se lut; la lutte prit fin, et Fergus se plongea tnut entier, avec un ab.indon complet, avec laïc allégresse fo'le, dans cette première extase d'amour. ,

Celte nui fut comme une révélation de sa vie à venir, vie partagée entre d'herculéens labeurs et de sensuelles délices, il apprit tout d'un coup ces rê^eri s |)assionné,'s, celte foug le de désirs, celle victorifuse volonté de possé 1er (jui d'vaient me'tre tant de molles jouissances aux intermèdes dô ses bitaiHes. Un seul regard avait a'Iumé ses sens et son iceu"-. Entre l'homme de cette nuit et l'homme de la vei le il y avait désormais un abime.

Etpiurlaat, parmi ses aspiraiions enfiammées, combien ce ;remier amour était poéti^ine cl pnrl FtTgus se donnait tint cnlier, sans réserves, sans arrière-pensée. Jamais tendresse de p. ige n'eut de plus infinies dé icatesses. C'était un servage, c'était un culte

Mais Fergus devait aimer ainsi toujours. Son cœur, inconstant par nature, élait à l'épreine de ces satiétés dessé' c'jantes (jui sont le propre de l'inconsiance. Il devait rester jeune tout en vivant vile et beaucoup; il devait impunément dé|ienser les trfsors de son opnicnie organisation. Jl était au moral ce que serait un prodigue jetant l'or sans cesse mi des profusions folles, et ne pouvant point parvenir à ruiner son inépuisable iiéritae.

Oh I ce fut une belle nuit, f l Fergus s'en souvint. S- pleine de liassions profond» s cl vraies dans leur passagère durée, que pût è re, après, sa vie, cet amour était le premier amour. Sa tr.>ce devait resterai! cœur comme s'imprègne aux pores d'un vase neuf l'indélébile pai fum de la liqueur ver. ée.

Car le cœur a beau changer, sa mémoire n'a point d'inconsigne-^s Pour mille tendresses on n a qu'un souvenir, autour duquel les autres voltigent et passent, elfacés il demi, pâles, inaperçus. ..

Fergus pasîa douze heures ave>"- son délicieux rcve.

Le lendemain, dès le matin, Angus Mac-Farlane vint le vifiter. — Il y a comme cela des sympsl'iies. ,Mac-Farlane eût été l'ami de Fergus malgré Fergus.

Mais ce dernier n'avait gjrde de repo ssor l'amitié précieuse du frère de Mary. Entre eux, grft(-e à ce lien puissant, ri'iiimiié mar ha vjie. L'amour alla le même irain. Mary, naïve et simple enfant, ne pouvait exister longtemps à ce beau Ferg'is qui avait en quel(|uc sorte, infuse, la science de la séduction. Elle aima comme elle élait aimée, sans réserve.

Seulement elle devait aimer plus longtemps.

La maison de Mac-Fat lane devint Menièl celle de Fergns. Fergus apprit tous les secrets du InyU Ecossais et les motifs df. sa présence à Londres. Parmi ses secriils, à lui, Fergus ne confia i]ue son amour.

Plusieurs semaines se passèrent ainsi. Mac Nab gardait tonjonr.s, visa vis d'O'Breane, sa politesse cérémonieuse et froide; mais Mac-Nab, a^rès tout, i^'était pas le maître de la maison

A part Fergus, il n'y avait qu'un seul étranger qui fût admis a voir fréquemment miss MacFarlane. C'était un jeune nobleman nommé Godtrey de Lanccsl^r, qui attend iat la

PAUL FÉVAL

mort de son vieux père pour devenir comte de Wliite- MatiOr.

CHAPIT»]'; YKI.

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