‹ Les amours de ParisChapitre 166 sur 190 · LES PONTONS · texte numérisé non relu

LES PONTONS

F. rg..s OBrea-e é'ail ét'-ndu 'ur une rouchelte étroite et inci-né dans nne galeri- basse d'él-g- et toute |>!eine .:e lits seiVibUbie.s au sien. Dj dislance imi distance s'éclie Onnaient ij.s .seuiiiielles, en co;tunie de maielois, q'ii portaient le cont;>las il U main.

Le lii de FrViu.s était idacé près d'un s.ibord, mais il tonrnaii le do. à la lumière et ne pouvait, en ce nremitr ir.siant luciole avoir auiuue idrc du 1 eu où I! se hoiivait.

Là premier- lii;ure qu'il a(urçut à son chevet le fil douliT de la léalité de i(-ul cequil vovail Celle P^ure était celle de l'odirux mendiant dont le fa- x témoignage avait dék-rminé sa cûndamnaii-n.Fe;gus cacha ion vi^ageeilre ses mains pour cha>sercelte apparition de irisirangure, cl fit api ni à ses sou.eiirs. Mais ces souvcni'^s se inêl tient conf-.séi.ient, et une brume é aisse c.TipUssait sa mémoire. Il avait la vague cous, ieiicé d'un malheur et n'cûl fOinl su définir l'espèce ou l'étendue de ce malheur.

— J^ ne sais... je fe sais! reurmuia-t-il avec fatigue. Peut-être ai-je perdu la raisun! ..

— Oli ! que n n pas, mer, joli jeune monsii-u'-, répondu la voix de Bjb^qui lit tnssaiiiii le malade sous ka grosse couverluie de laincgrise; — vous avez eulementeu unu peine ■r'évre de rien avec quelque (ho'-e tomme un peu de ddire pendant un niois à six semrsines... voilà tout.

Ferg'is rouvrit les y.ux et ne put leienir un mouvement de dcpoùt en voyant le crasseux visage de Bob Lanteni so i.-' rire à quelques poures du sien.

Bob avait déjà dan.s ce lemiis des rfisposilions à devenir un "In ùsoph.\ Il vil le laouvemenl, comprit et ne se fâcha poinL

— .le conçois ça, reprit il, mon joli garçon je co: çois ça. Ma fii;ure vou.s doune mal aux nerfs <^ cause de i'bisuire de Olii-Conri..

— Od-Courl ? répéla machinalemftnt Fergus

Puis, sa mémoirrs éclairant lout-à-c iip, il pourjuivilarec une so'idune violence :

— C'est toi, misérable I... Je me souviens !

Il e.ssava de se c er hors de son lii ; mais B-b, qui s'était levé Inrl iran-qui lement, leconiim sans giande peine.

— Là, là, dii-il, mun joli monsieur, je conçidsça... Mais tenez voii-i en repos .. Voilà quinze jours que je suis voire "arde-nia'ade, et Dieu sait s' j'observe comme il faut les ordonnances du jeune docliur Moofc, l'aide-cbirurgien da ponl'n ..

— Nous sommes donc sur un ponton ! s'écria Fergus.

— Surle pi isbeau ponton delà rade... \eCumberland .'... qui fuldémité à la Ilogue .. Ah 1 monsieur M..ore sait l'bistoiredufum6fWan(/.'.. et c'.stun jeune gaillard qui ira loin !... je vous disais, mon ioH garçon, que roui mes peines et soins j'ai b en mériîé le pardon d'une pauvre p'aisanlerie.. Bien, bifn, monj-ieur OBreane! Je sais que vous al ez vous récrier. . Mais, écou'.cz donc I La vie csi si diuemcnt clitVe. Le fils du 1 Td m'avjit fait donner nne livre ..

— E c'est pour ui c livre, malheureux ? ..

Je lâchais Iden d'avoir *)avanl2gft, mais Giibci t Pa er-

sonest un malois comuére... D'ailleurs, je,ne m:;.;ais pas toul-à-tait. J'ai bien connu dans Siint-Giles monsieur Chrétien O'Breane, le digne liouime.. et misiress OBr.ane, la sainte dame!. . et la petite demoiselle... et vous aussi, mon joli gaçoH. . Tout cela m'a souvent lait l'auiiiône lorsqee jouais répileplique sur le pavé de Bainbridge-Slre ej je

Ah! ah' j-" pane que vous veus souvenez de 1 épilepiique? C'est un fameux mélier, voyez-vous, monsieur O'Breane... Bob s'interrompit brusquement et r prit d'un air piteux :

— Miis on a durement froiJ, l'hivèr, dans les ruisseaux de Saini-Gil's, après tiut, el c'est bien le moins qu'on y gaiine son paiivre pain.

F»rgiis éia t bien faible. Sa récente colère avait suffi ?> le bn-er. li n'écoulait plus guère, et les paroles i-le B(.b Lant.-rn .irrivfienl :i son oreille comme un murmure indutiiict et confus, (elui ci s'en »perç>it et prit ^on bras qu'il serra pour éveiller son attentioii.

Mon jo'i monsieur, poursuivit-il , écoutez-moi bien- Quand un service rw me coiVe rien à nndre, j'oblige voloir lie;s moii proclnia... et d'ailleurs arec vou- je me suis payé d'avance, comme 'ous pourrez le voir lorsque vousaur.zia foriede compter ;otre lionrse... Voici ce do^t il s'agit. Vous êtes ii'i *ur le Cumberland,à dm\ lieues de la eût»-, et snus pf u de jours vous iurez eujbarqué sur le bay s/it'p*.— Une fois là, [as m'iyeri d'en sortir., ni is tant que i;ous restons en rate, il y à de la ressource... M'écoutez-vous?

F'rgus fit an signe de téie affir*atif.

On eiuendii au même instant un bruit de pas et de voix à travers le plancher supérieur.

Les voilàqui reviennent, continua Rob. Ma faction est

finie et je n'ai que le temps «e vous laire la leçon... Vos camarades de chambre ont envie de rewir Is pays et craignent le mal de mer .. Ils font un irou là derrière votre couchette... Vous les gt'nez si vous n'êtes pas avec eux, et quand on les gêne :

Bub termitia sa phrase au moyen d'une pantomine émi. nemm.nt expressive.

— Pour éviter tout désagrément de ce genre, reprit-il, le meilleur moyen est de passer pour un initié, ce n'est pas difficile, nous ne nous tomiaissins pas les uns les autres. Dès qu'on verra que votr^ tête est revenue, on vous dira .. souve nez-vous bien de ceci... Gentleman of the Night!... histoire de savoirs! vous êtis des bons... Répondez .«ans hésite- : Son cfthe Family, et dormez sur les deux oreilles.

Une échelle nui communiquait de l'entrepont au pont se prit l'n ce morai-ni à osciller sous le poids de nombreux condamnés qui commencèrent à descemlre par l'écoutille.

Les gardes qui, en l'absence des coiidatimés, s'étaient réunis et cai^saient, reprirent préelpiiamm-nt leurs postes. Celui qui se plaça ie plus près du l.t de Fergus, était un énorme gaiçon, énorme en longueur du moins, dont les bras et les jambes sortaient, 0!-seux el maigres, de sos vètemens notablement trop courts. Ce grand garçon avait une fort honnête figure e: portait sur tous ses traits l'apparence d'un complet repos d esprit.

La nuit tombait. L^s condamnés., après une prière en commun lue p&r une manière de ministre qui éteignit sa pips po'ir la circonstance, pilèrent soigneusement leurs vestes et se mirent au lit Quelques minutes après, \i capitaine, suivi d'un officifr et d'un chirurgien, vint faire sa ronde.

Le chirurgien était monsieur iMoore, jeune physician de grande espérance. Tel nous l'avons \u après vingt ans écoulés tel il f'tail a'ors Seulement son front se couvrait d'une abondante chevelure, ce qui itonnaitde l'ampleur à la pajiie supérieure de sa tête et lui ôtaii pour un peu cetie face « en poire »é'roite en haut, large atix mâ<dioires, qui dépara i)lus tirl si énergiquement la régularité intelligente de ses traits.

La ronde s'arrêta devant la couchette de Fergus et monsieur Moore lui lâla le pouls.

ÎS',( t il point parlé? demanda til à Bob.

— S il n'a poiol pané, Votre Honneur? répondit relni-ri d'un air innoiterit; — il a parlé de toutes sortes de choses, oh! oui... de jolies filles et de^ bonnes pommes de terre avec de l'aie...

— Le délir?.. murmura le capitaine.

Moore fit s'gne a'i grand garçon vêtu d'habits trop courts

• Navire qui transporte lescondamnés à la Nouvelle-Galles du Sud.

de s'approcher; celui ci prit incontinent une pose militaire, et s'avança en tirant son jarret étiqne et en mesurant mathématiquement son pas.

— Avez vous entendu psrler cet homme ? lui demanda Moore.

— Cet homme, tonner'e d-i ciel I répondit le bon Paddy O'Chrare qui était alors d.ins toute la (leuede sa jeunesje ; — je n'écoute pas, ou que lafouilreme brille! ce que peuvent dire ers brigands maudiis, les pauvres diab es

— Cet homme a dû parler et parler raisonnablement, reprit Moore. La crise de ce matin l'a sauvé.

— Tant mieux ! dit le capiiaine. Cela fera un de plus.

Il fau' savoir que la loi anglaise, qui laisse mourir de faim les ouvri'TS honnéies, a des entrai! es de n ère pour les criminels Un chirurgien serait bien mal venu à réc.lam r une peime quelionque pour avoir sauvé un .isserand de soie de Spithead Fields ou un lighie man des docks de Londres-, mais s'il s'agit d'un voleur émerite. condamné à la d-portalion, li chose devient bien ditTrenle. Il va prime pour le docteur et prim» pour le commandant du ponton.

Cfci nous explique la joyeuse txclamation du capitaine.

L'officier qui accompagnait le commandant avait jusque alors éprouvé à l'aide d un maillet l^s parois du ponton entre chaque coucheife. On aurait pu remarquer quR monsieur Moore se plaça dès .'abord à la têie du lit de Fergus et y dem -ura t^iit le temps de la visite, masquant ainsi la portion de paroi située entre le lit du malade et celui de son voisin de droite

La ronde s'éloigna et l'ofiicier ne t'ucha point le bois du ponton à cet endroit, soit par courtoisie pour le docteur, soit parce que l'étït de Ftrg s ne permettait guère de penser à une tentative d'évasion de sa part.

On entendit le maillet retentir périodiquement, puis la ronde remonter sur le pont.

Bob avait rc;;agiié sa propre couchette, après avoir reçu tes cordidles maléilictions du matelot Paddy. Un infirmier vmt apporter à Ferons un breuvage ordonné par monsieur Moore. Quand il lut parti, le silence s'établit dans l'entrepont.

Cela dura une d'mi heure environ. — Le vaste dortoir l'tait éi lairé par quelques lampes suspendues à l'étage supérieur et dont la lueur insuilisanle laissait tous les objets dans un iremb ant demi-jour.

Les ganles, au nombre de quatre, se promenaient lentement dans la circonscription livrée à leur surveillance.

Fergus ne. formait pas ; mais la potion qu'il venait de boire engourdissait ju qu'à un certain point son e=prit et son corps. U reposait, tout en conservant la conscience de ce qui se passait autour de lui. — Au bout d'une vingtaine de minutes, il entendit un imperceptible bruissement de fers sous les couvertures du lit de son voisin de droite, lequel était un homme vigoureux et de raine ré'^olue. comme Fergus avait pu le remarquer lors de l'arrivée des condamnés dans l'entrepont. Ce bruit n'avait rien d'extraordinaire en un lieu oii plus de cinquante captifs dormaient avec leurs fers aux pieds ft aux mains; cependant il frappa une autre oreille que celle de Fergus, car le long matelot Paddy s'écria .ivec humeur :

— Jack, M' de Satan, triste rebut de Newg-ile, mon ami, que je sois damné si vous n'êtes pas le plus bruyant coipiin que je connaisse ... Et je connais bien «'es coquins, Jack, Dieu me punisse! Ecoutez-moi, drôle abject, éternelle damna-ion ! — Que diible 1 — Si vous ne finissez pas, il y aura pourvous vinsl-rinq coups d'étrivières... ni plus ni moins, Jack, ou que je sois pendu comme vous le serez quelque jour, mon camarade!

Pal'ly 0'Chr>ne avait prononcé ces paroles à voix haute. Pendan! iin'il parlait le bruit de fers augmentait loin de se ralentir. C'était au puint lU'on aurait pu sroire que la harangue du maigre gardien n'avait d'autre objet que découvrir ce même b'-uit.

Il .ippiiya ses derniers mots d'un geste qui pouvait hii n être une menace, mais qui eut pour résultat dirrci de taiie tomber sur !e lit de Jack un objet (jui scintilla aux lueurs intermittentes des lampes. Jack saisit prestement cet objet et se

LES >rY5TERES DE LONDPJIS.

laissa glisser sur le plancher. — Ses fers restèrent sous sî couTeriure.

Ilsavançaeo rampant jasqi/à la couchette de Fergus. Paddy avait repris sa paisib e promenade.

Fergus ne bougeait pas. Pendant une beure environ, à dater de ce moment, il fn'-ndit derrière !u', à quelques pooces seulement de son oreTTe le grincement sourd d'une scie ma! i-e avecd"infinie5 précauiions. Au bout de ce temps, le sifflet du canir.'-maitre re:tniit sur le pont supérieur.^ Jack regsgna vivement son lit et se coula sous ses draps. L'objet biïlant qui avait frappa d»j> l«s regardi de Fergus sdmiiia de nouveau sur la laine grise de ia couverture. Le mince et locg br^is du gardien s- lenlit ei l'obj-t d sparut.

Au raême instant, quatre matelots descendirent parl'écoutille. Us v»Baient relever les sen:in^lles.

— ToH),mûn camarade, tempêtes! dit Paddy O'Cbrane à son su. casseur, — je ous recommande ce dangereux coquin, cornes du diable ! de Jack O.ivier, i20us seroriS daracés, Tom ! S'il bouge, soafenez-Tons que je lui ai promis Tingicinq coups d'étriviêres. Et la dessus, bcn quart, Tom, que Satan nous brûle !

Le leidemaio, les choses se passèrent exac'emeot d» même. Le jeune docteur Moore servit encore d'écran à !a paroi du ponton située à droi e du lit de Fergus, durant !a vi-ite duca.itaiae, et w mai.l-i de l'oiEcier fii part ut son devoir, exeev'lé li. Bub Lanter >, qui refflp.is<ait à bord le rôle d'infirmier, emploi tort convenable à son caractère miséricordii^QX, fiit sans doute retend auprès d'un malade p'.ui press-. car il ne earut point au -hevet ie Fergus.

Quand la nuit fut venu.», le matelot ce garde f\i é au poste oofnp> la veii e pjr Paddy O'Cfjrane se mosira aussi peu clairvoyai't q-.e ce damier, car le voisin de gauche de Fergus put exécuter lUie nz^nœuvre exactement icmalable ii celle de Juk 01 ver. li ^assa eu rampant ^ous U couch-ite d'O'Brea e qui teignait de dormir protondéiafot, et peadani plus d'unr beure l^griDcrme^it sourd de la ic e ^e fit entendre à quelques pouces de son orri le.

C*ia dura (.iu-ieurs S'-œaiii'S. — Fergus s* remettait rspidemeni L<>ï soins ne loi manquaient pas. Sa nokrhlure était bonne et saine; onlelai»sa.t pceadrelair sur le pont tant qu il TDuiail

Fergus, r.e l'oublions paî, était une têie d"hotB«e dans ce troupeau humain. Il repr.seatait une prime. C'était ia prime qu'on soignait, qu'oa ciioy^it, ;U'on hissai; bumer le bon air s.r le pont.

Bob LaD'.eta ne se sontrait plas guère, parée qa il était retenu daus la seconde batterie, où les malades afiluâient. Ftr,:u6 n'avait girde de regretter son abseuce, car ia Tue de ce patelin et incurable ptLdard agafait se^ a-rfs irrilables et iiii eolevaiiie repos doa|||aeoBwl^cecce avait un si grand besoin.

Toutes les nuits, ï t )«t de r^ Jad et le voisin de gauche, qui avait nom Rar.ial Grahim. se relayaient sous les yeux du gardien po.;r avancer d'aoiant le percement ée la par«ii du ponton. Ce Ranual Grabam était un personnage ' assez remarquable et tranchait energiquement an milieu ce celte armée de scélérats, stupides ou infâmes, qui encombrait le p. mon depuis ,a cale jusqu'à la battere haute. Celait un uocnmede trente ans, portaiit sur son visage aLon^é outre mesure cette pâleur particulière aux gens dont lescbéveoxsont roux Ses yeux Lleus, a fleo.- de téu;, rccévaieDi en plein la lum'ère et n'aviient pour abri que l'arcade Ir nlae, p^u déveiappée et plantée seulement, sur U ligne du sourci , de poils mres et incolores Le bas de sa figure, au contraire, ma'gréli règlemeni da borJ qui veut que chique ^riionuier soit rass tous les jours, disparaissait presque tous une moisson barbue, fans cess<> coapée et sans Crsse renaissania, dont les tiges avaient laduret- du ihiendeot. Ses traits éta en', du reste aqui ios etfcaremeat dessinas. Il y avait de l'iiile li^et-ce et sariouî 5» la volonté dans la courbe de son front, autour duquel se bouclaient ses cbeveui 'l'un ro'jge d'acajou, et l'er-sembU de sa physionomie Beman4Qait pas d'une certaine distinct on. i^andai était un montagnard d'Ecosse. 11 avait élé condamaéà quinze aut LS sI£CL£. —

ds d^,.ortât'OD par a cour de G.a^ow poar vol i main armée sur un grand chemin.

Fergtjs a.aîf remarqué ce condamné en nne circonstance fort commune sur les por.tons, i bord du boy ihif et même dans la Nouve. le Galles du Sud : nous voulons parler de la peine du fouet ou des étrivières, infligée anx pensionnaires de S M. qui s* montrent récalcitrans. Kandal séuit rendu coupable de quelque faute contre la discipline et l'un des mid^hipmen loi avait signé un bon anporienr de cinquante coups de lanière.

D'ordinaire, lorsque cette puBition est influée, l» patient remplit l'air de ses cris et se débat sous le fouet eu des convosions désespérées. Randa^, lui. se coucha sur le ventre, comme c'e^t la coutume, et tendit tes reins nus à l'exécutenr.

L'exécntenr éU't un lascar \ mine sauvage dont le bras muscHleox semb ait une é.ude de bronze.

Il frappa. Chaque coup laissait une trace bleuâtre sur la pean de Randal. qui ne bougeait pas. qui ne criait pas. Le sar:g coula bientôt. Au cinqaantièmec':up,quelelascar sangla en poussant un soupir de fatigue, les reins de Randal ne présentaient plus qaune large plaie.

Il se releva prit la lanière dans les mains du lascar et l'examina durant quelques secoT:des attentivement. Son visage gardait un ca'me ex'raor4inaire et n'avait point perdu cette pî'enr transparente et sous laquelle se mon're un U- "itif reflet, couleur de briqije Uint d'une extrJm' délicaressc, que rougit ia moindre émction, et dont Van D;.ck a laissé une itnmorlr le tt frsppante reproduction dans son porrait peint par lui-mêae.

A«tte occasion, !e long matelot Paddy O'Chrane prit le diable à téoiOiB. — le diable et s€s cornes, — qu'il disait la vérité en mettant Randa Graham à la première p ace parmi les scélérats les plus endarcis.

Et il avait connu, ajoutait il, — misères ! — des scéierau bien endurcis.

Quoi qu'il en so t, Randal remit tranquiliemert !a lanière sang'iante au lascar, demanda de l'eau et 'e lava lai-Ciême.

Depuis .-e jour, Fergus avait pris un», so-le de sympathie pour cet hcmmedonHéDergie avait soutena si Tictoriros*. ment eue épreuve eu les plus courageux faib isseni. Néa». iroins. ccue sympathie était tacite aass: bien qa'JnaisocDée.* Fergus et Randal ne s'é.aient jamais parié. ' Un soir, c'était Paddy O'Chrane- qui éUit de faction «t (féiailan tour de JackOli.er de Iravaiiier. Jatk se an en besogne cmme d'habitude dès que ie lor.gmateioi lui eat jeté l'instniment d'acier que Fergus avait vu sciuii.ier sur les couvertures la première noii de sa convalescence. Bdss Jack ne travailla pas longtemps ce soir-h. Aq bout c'aBe detui heure à peine, ia bruit soord de la scie cessa toiit-i> coup.

— Paddy 1 Racdai ! Rokerts : cria Jack dans un œoœeot de joie folie, — le trou est fait.

— C'est bon I répondit Randal avec indifféreace : —laissenoi dormir.

— Jac'k, mis-rable Coquin I s'éeria Paddy CChrane qui déchargea un énorme coup dn plat de so.q' coûte aîsâr la couchette vide d O.iver : ne peax-in dormi.- comme un chrétien, que Dieu me da t ne : sans rêver tout haut et bavarder — je me dcnce au diable ! — comme un demi-c«nt de commères!

— Il a parlé d'un trou, dit i'tin des gartOeos d'an air 3od|>- (onneux

Paddy dé.hargêà un second coup sur le lit où Jack aarail du éti-e.

— Satan nous brûle '. Peler Bri igeweil, il a parlé de troo triste sot, moa ami, je pense que sous pouvez aroir raison!

— Peat-ctre ont ils percé... voulut inierioapre le gardien.

— Peut-être, comme vous dites, Bridf ewel, je souhaite que le déion nous étrangle! Mais si vous faisiez ateriion à vous, Peter t nnerre da ciel ! vous verriez que^om Bence vous a TOlé votfs mouchoir dans votre poche, pendâDt que

PAUL FEVAL.

vous me regardiez arec des yeux d'oison étonné, — que je

sois pendu et vous aussi 1 -

Jack profita du mouvement que fît Bridgewell en cherchant ,

son mouchoir, pour se couler prestement sous ses couver- j

lures. I

Le lendemain, à l'heure de la promenade sur le pont, l'œil i le plus exercé n'eût pu sais'r aucun signe d'agitation parmi les condamnés. Cependant l'évasion était résolue et Oxée à la nuit suivante. Bob Lantern, qui ne s'était montré de la semaine, reparut tout-à-cojp ce jour-là.

— Oh! mon joli monsieur, dit-il à Fergus, que vous voilà redevenu vaillant ! Monsieur Moore est un habile homnie.

Il fit mine de s'éloigner, mais, saisissant un moment où personse ne l'obseï vaii, il s'approcha de Fergus et lui glissa rapidement ces paroles :

— C'est pour cette nuit... Si on ne vous tue pas, vous vous sauverez, et on ne vous tuera pas, si vous dounez le mot d'ordre.

Se sauver! revoir l'Angleterre, Mary ! se retrouver à la fois en face de ses amours et de l'adversaire que cherchait son implacable haine!... Fergus vou'.ut interroger Bob, mais Bab était une anguille qu'on ne saisissait point aisément. Fergus l'aperçut deux au irois.fois sur le pont, souriant aux uns, tournant autour de la poche des autres, et ne putjamais réussira le joindre. . "

Il alla s'asseoir contre les bastingages et tourna son regard vers la côte dont les profils bleuâtres se détachaient sur le gris mat du ciel britannique. — Depuis quinze jours, toutes ses idées étaient revenues, idées de tendresse et de vengeance. Ces deux préoccupations se combattaient en lui et lassaient son esprit faible encore. Il aimait Mary autant qu'un homme ardent et jeune et vierge de tout altichemeut peut aimer une femme. L'inconstance de son caractère ne pouvait influencer l'entraînement de cette première passion puisqu'il ignoiait lui-même encore cette inconstance. Use croyait lié pour la vie et mettait tous ses espoirs de bonheur en Mary. L'idée qu'on pût. devenir froid et oublier après avoir aimé si chaudement lui eût semblé alors mensonge ou folie.

Mais sa haine était bien forte aussi -, sa haine demeurait entière , inrbranlable , parmi les suaves rêveries de son amour. Ses récens malheurs et l'injustice de cette société brutalement inique, dont l'arrêt le rejeiait meurtri, malgré son innocence, dans les rangs des plus éhontés sci^lérais, ajoutait des motifs personnels à sa passion de vengeance, cl, plus que jamais du fond de son cœur s'élevait, menaçant, le cri de Chrétien O'Breaneà l'agonie : — Guerre à l'Angleterre 1

Toutes ces pensées roulaient confusément dans son cerveau, tandis qu'il regardait la côte. Il ne s'aperceviit pas qu'un groupe de déportés s'éiait insensiblement formé au tour de lui et le séparait complètement des sentinelles échelonnées sur le pont.

Ceux qui le serraient de plus près étaient Randal Graham et Jack OUver, celui-ci cachait sous sa chemise un couteau de table aiguisé.

— Voilà un beau garçon qui n'est pas bavard, dit de loin TûBi Bence : — Jack, mon ami, lâche donc devoir un peu de quelle couleur sont ses paroles.

Fergus leva les yeux et tressaillit en se voyant ainsi cerné Son premier mouvement fut de chercher une issue, mais Randal lui tenait déjà les deux bras par derrière.— Il se souvint alors de la dernière recommandation de Bob, et eut comme une vague idée de ces paroles prononcées à son chevet par le mendiant le jour où il s'éfait éveillé de son délire, mais ces paroles lui échappaient d'autant mieux qu'il tâchait davantage à les ressaisir.

Jack Oliver se planta devant lui.

— Si tu bouges, tu es mort, dit-il en posant la pointe de son couteau sur le cœur de Fergus : — si tu cries, je te tue! Voyons si tu sais parler en bon anglais, Gtntleman of ifie Mght ?

Fergus hésita, bien que cette demande rafraîchit ses sou-

venirs et lui m.t sa réponse, comme on dit vulgairement, sur le bout delà langue.

— Allons, Jack ! dit Tom Bence.

Oliver fronça le sourcil, mais à ce moment même, Ferg"s se senlit sai<ir le bras par derrière, et la voix de Txandal murmura quelques mots à son oreille.

— And son of the Family] répondit-il aussitôt Oliver remit prestement son couteau dans sa chemise.

— Tiens! liens I dit Tom Bence: — tout est pour le mieux, car on aurait eu de la peine à le faire disparaître comme il faut .. Mais du diable si je n'ai pas cru...

— Il y a tout de même des choses durement étonnantes, fit observer Bob en exécutant une. heureuse tentative de soustraction dans la ;.oche de Tom Bence, d'où il retira le mOHChoT de Peter Bridgewell.

— Séparez-vous, Dieu nous punisse, rebuts de Newgale ! cria de loin le matelot O'Chrane : — je veux être pendu , comme vous le serez tous jusqu'au dernier quelque jour, si les étrivières ne jouent pas avant ce soir 1

Les déportés se dispersèrent. Randal seul demeura appuyé contre le plat-bord, auprès de Fergus. Celui-ci voulut le remercier , car c'était Randal qui lui avait souffle la réponse au mot d'ordre.

Mais à peine O'Breane eut il ouvert la bouche, que l'Écossais lui jeta un regard d'indifférence glacée et tourna le dos pour s'éloigner lentement.

La nuit venue, la ronde eut lieu comme à l'ordinaire, et Fergus remarqua que les gardiens élaient cette fois tous les quatre de ceux qui se relayaient d'habitude devant sa couchelte el jetaient la scie soit à Oliver, soit à Graham.

Dès que la ronde fut partie, il s"; passa une scène fort extraerdinaire. Quatre déportés quittèrent leurs lits et s'approchèrent des gardiens qui tirèrent eux-mêmes de leurs poches de fortes cordes à l'aide desquelles ils se laissèrent lier solidement.

— Tonnerre du ciell murmurait pendant qu'on le garrsttâit le maigre et digne matelot Paddy, — je veux être pendu et, Satan me brûle, j'en prends le ciiemin, tempêtes,— si la Famille ne nous doit pas de bonnes rentes pour un si beau coup!... SerrOlus tort, Jack, fangeux coquin, mon brave compagnon... Et maintenant détalez, vile séquelle! Il y a un canot qui vous atter.d à la bouée .. Bon voyage, Dieu nous damne tousl .. et ique le diable vous emporte 1

Les quatre gardiens se roulèrent en tous sens sur le plancher, sans doute pour mettre de la poussière à leur uniforme et faire croire à une lutte désespérée, puis l'évasion commença. t • ■ '. • > ';►. ' \

On retira la partie sciéê'^ftja 'faioi du, ponton avec des précautions inouïes Trente condamnés élaient déjà à la mer qu'aucun bruit'réÀéraléwrne s'fta'it'fait encore. Il ne restait plus dans l'entrepont qu'une'dizaine dilemmes, malades ou ne sachant point nager, Randal et Fergus.

— Allons! mille misères! dit O'Ctirane, dépêchez-vous ! les cordes m'entrent dans la chair.

Fergus mit sa tête dans l'ouverture. Randal l'arrêta par derrière.

— Où allez-vous ? demanda-t-il.

Fergus, étonné de cette question, ilemeura sans réponse.

— Vous ail z chercher, reprit len'ement Randal, ce que vous aimez et ce que vous haïssez... Je sais votre histoire, voire aniour qui est celui de tout le monde, vos espoirs de haine, qui sont ceux d'un grand honi'ie ou d'un fou

— Et comment le savez-vous? dit Fergus qui ne connaissait nul conlident de sa pensée.

— Vous aviez déjà le délire à Newgale, répondit Randal, et j'étais votre compagnon de cachot... Ecoutez-moi.". Mary Mac-Farlane, votre malt; esse, est la femme de l'honorable Godfreyde Lancestcr...

Fergus s'appuya tremblant à sa couchette,

— Dites-vous vrai? murmura-t il.

— Je dis vrai... Je suis du pays de Mac-Farlane, et je connais le noble Angus tout aussi bien que vous... Voilà pour votre amour. Quant à votre haine, il faut des monceaux d'or

LES MYSTERES DE LONDRES

pour combattre l'Angleterre, et à Londres, où vous devrez vous cacher, c'est la misère qai vous attend 1

— Dépêchez-vous, coquins stupides 1 cria Paddy. Fergus fit encore un mouvement pour s'élancer ù la mer.

Randal l'arrtMa une seconde fois

— N'alloz-vous donc point vous sauver vous-même? demanda Fergus.

— Noii. Il me faut de l'cr, à moi aussi J ai ma haine qui re.ssenible ,1 la vôtre comme la ra'son peut ressembler à la démence. Je hais Lo-dres Auirefui^, nous autres highlanders, pous éti ns des hommes vailians, aux proportions hé roïquesel temblps. Loi dn-'s a fait de wous des animaux curieux dont les enfans regardent les jsmbes nues et le plaid bariolé. Je veux être l'homme le plus riche de Londres... C'est là une vengeance.

— Etoùpensez vous trouver c-tle opulence?

— Là où fourmillent des hommes résolus , désespérés , avides. ;

Fergus bai.<sa la tête et devint pensif.

— Par le trou de lenferl s'écrij Paddy O'Chrane:— Voilà bien les deux plus imbéc l'S scélérats que je connaisse' .. A l'eau 1 tonnerre du ciel I â l'eau ! Satan et ses co nés ! à l'eau !

Fergus se tourna vers Uandal et le regarda lîxément.

— Y a-t-il b aucoup de ces hommes dont vous parlez à Botany-lîay? demandât il.

— B/aucoup. . des hommes intiépids , patiens , inlelige'ns, indomptables; des hommes qui peuvent assassiner, mais ne savent point trahir uu serment; des hommes q^^i , disciplinés et c:indui(s par une haute pensée, renversera eut un empire.

Fergus jela un dernier regard vers la côle d'AngUlerre où quelques lumières brillaient dans le lointain , et ferma l'ouverture qui avait donné passade à ses compagrions.

Randal et lui s'étendirent sur leurs coui bettes.

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