B 0 TAN Y- BA Y
Le bay-sbip le T'tni-Diemc» portant à son bord cargaison complète de déportés à destiualioii du port de Sidney, parmi lesquels se trouvaient Fergu.^ 0 Bream? et Randal Gr, ham , manceuvrait à la hauteur des iles itu cap Vert.
Le capitaine du ponion le Cumberland , de Weymou'li , n'abat pein' eu beauc up de primes à toucher pour les déportés coiifiés 11 ses soins. En revanche, Paildy O'Cluane et sas trois cmiiagnons avdie' t eneaiss.^ furce coups de lanière, suivant la méthode appliquée encore aujourd'hui envers les libres sujils de Sa Majes'é. La pur.ilion s'était bornée \i. parce que Paddy, faisant u«age de son éloquence ordinaire, avait prouvé c air comme le jour que son énergie seule avait empAché Fer-;us, Rand..l tt ceux qui ne savaient point nager, de se jeter à l'^au.
Qu^nl au jeune docteur Moore, la Fam/We avait compensi pour lui et au delà les llLiéraliics philanthropiques du gouvernement.
C'est un véritable jiaradis lloltînt qu'un bay-ship bon voilier, portant nombreuse compagnie Ici encore le capiialne et le chirurgien ont une prime pour cliaijue condamné rendu sans avaries aux élablissemens d'' l'Ai stralie. En conséquence, ces deux fonctionnaires riva'isent de soins et de tendresses envers Is criminels conliés à leur s dl'cilude. Vous (liriez deux excellons pères veiilant jour et nuit au bien-être d'uue nombreuse famille.
Un de nos recueils pé iodi'iues , qui compte des hommes éminens dans toutes 1 s spécialités parmi ses rédacteurs, le lomlon Magazine, donnait, il y quebiues année-;, des détails d'un intérêt réel Sir ces traversé. s de conlainnés. Rien ne leur mjnque, en vérité, ou plutôt ils ont lo'.il à profusion. L'état, qui leur fait ces loisis, n'y va pas demain morte. Ce que chacun d'eux dévore en un ?c;l repas suffirait à d. ux ouvriers robustes et i)0'.irvus d'un appéù' normal. « Le dimanche, dit la revue précitée, on leur sert à diner une livre de loaslbeef et une livre de i.lunipudiliig; le lundi, égale quantité de porcau milieu d une puife de pois Le venireJi, du bœuf, du riz et du plumpu-lding. A la nuit ton4bante,.on verse à ehacun d'eux une demi-pinte de vin de Porto. «
Que d'honnêtes gens, bon Dieu ! voudraient avoir un pareil ordinaire!
Le vin de Porto surtout ne mêle-til pas une dose d'agréable à l'utile, représenté par le bœuf rôti et une puiée de pois?
Certes, les citoyens d'un pays assez opulent j our convier ses malfaiteurs à de tels festins doivent mener une royale vie, car comment penser (|ue le gouvernement songe à gorger des rrimine.s avai.l de venir en aide à l'innocence indigenie?
Evidemment ce serait là un violent ap; el au crime.
Et 1 s choses vont ainsi pourtant, absolument aiesi C'est le même pays ([ui entasse les provisions e toutes .orlesdans la cale des bay-sliips el qui laisse périr cliquante mille rualheureux dai.s les caves de Sainl-Giles. Les hommes qui se régalent de pluuipudding ^ur la route de Bolany-Bay et ceux qui meurent de fdim taute de touver dans les ordures deLondifs assez de pe ures de pomuiesde lerre sont Anglais les uns et les aui res. Seu ement les pr. miers ont l'ineàiimable avantage d',. voir commis un crime.
11 y a une chose surpreiiauie, invraisemblable, miraculeuse, c'est qu'il se puisse trouver encore en Angleterre un btfmme pauvre et honnéie à la fois
Car il s'en trouve encore çà el Ui. — Mais U logique fin t toujours par vaincre tôt ou tard. Cette exception anormale prendra fin, et il nous faudra, un jour venant, percer des meurtrières à nos maisons, pour nous def udre contre les candidats à la dép(.>rtaiion.
F.rgus 0 BreanH reprenait rapidemei t ses force.-. Une fo s la maladie domptée, sa jeune et riche nature réagit et sembla vouloir ellacer la trace de ce temps d'anêl en se développa t plus \it. et mieux Fergus sentait chaque jour en li.i luê, ne une vigueur noavele; il sentait en liiéiue tCii-ps son intelligence grandir et sa volonté se rasseoir.
Comme en pleine mer le; actio s des condamnés sont contrôlées seulemenl eu égard ù la slilrelé du navire, il en résulte une liberté presque complète. Fergus el Randa purent donc aisément se rapprocher et LOuer entre eux des rapp rts .de tous les jours II y avait certes une large distance de Fergus à Randal, qui était eu déliniliveun voleur de gia J chemin. Mais Fergus avjit découvert sous son esprit inculte et cjmme dépourvu de la science du bien et du mal, une sorte de hauleur native mêlée à uu jugement droit et piofondenieni perspicace L Écossais avait, en outre, une hardiesse de peu ee qui, jointe à la fermeté spaitiale que nous lui conu,iisun>, pouvait, en quelque position qu'il se trouvât place, le sort r de^ rang-, vulgaires et porter sa tête au-dessjs de la foule.
Randal, comme on dt vulgairement, n'avait point jusqu'alors trouvé sou maître. Tout obstacle avait plié sous la sauvage énergie de sa volonté, toisqu'il se rappjocha dis Fergus, ce fut par uu vague sentiment de pitié Ftrgus était bciU, et l'on sait quel iireslige a la beauté pou • les eiif^iiis de U natu'e. Déplus, dans les cacliots de Newgate, Randal av.iit nçu les involontaires coi lidences de sa lièvre, conj fulenres sans portée précise, puisque le |dan de Fergus n'é- 1 tait ni arrêté ni conçu, mais par cela même confidences plus 1 éliantoâ el laites da auiag'î pour fra|jper l'esprit amani du merveilleux d'un muiitagnard d Eco>se. Lui aussi, d'aille-.rs, ■ avait son i lée tixe, (|Ui, sauf l'étendue, ressemblait pour un , peu â la pensée de Fergus.
PAUL FEVAL.
C.i.'iiuiH l,ou^ i'avijii3\u dai;s leur piviiiii r eiilcciifU, Mandai lint le haut bout. Il rtait l'homaip. qui conseillait et venait de rendre un service. !
Quiconque lui eût demandé, après un mois écoulé depuis | lor-, pourquoi les rôles avaient clisngé, pouriuoi Fergus j avait pris sur lui un entier eiJipirc, pourquoi, lui, plus à^é, plus ex|)érient, plus fort, soumettait son esprit à celui de son ; jeune cmpagioii, l'aurait à coup sur trouvé sans rép- nse. Pet t^lre ne sVn apfrxevail-il |ioiui. Toujours est il «v.e le j isit n'était p»s contes'ahie Non seiil.imenl la supériorité ] n (-tait pjus de son coié, mais régal;lé se rcnipail cl\a(jue i jour (ld\anl^Lv, et, au bout d'un mois, si Ramlal eùl i> ter- ; rOi;é sa conscierree, il y a rait diS.ouîi'rt les bf-nliineus d'un | serviieur subjugué, dévoué jusqu'à être eucl:ainé morale- \ niPit à la (Itstiiiée d'un ami d qu Iques jours, qui, par un ! série de Iransiiions imperceptibles, mais rapides dans leurs suc essiiiiis incessanles, élai. devenu soi: maître. Randal , après Mary Wac-Farlane, fut l-- preniier qui subit ce charme occulte et irrésistible. Les autres suivirent. Qi i':o que approcha Fergus O'Breane et n'eut point pour le hdïv de ces niolits auxquels, avant tout, les bomnie,.» obéissent : l'anjour, l'ambition, la vengeance, futaitiré, séduit, subjugué. —Quiconque le prit en haine fut vaincu et brisé. Iloiiiîi es et femmes s élancèrent vei's lui d'i ne ardeur égale. Il fut Die 1 ponr les liiies, roi pour lei autres, et de même que I ain<ur qu'on lesseiiuit j)our lui arrivait au delre, de niéme 1 amitié qu'il inspirait s'alliait inévitablement au respccr.
Il est un t av rs commun à tous les vastes esprits contre lequel Fer-gus eùl échoie peut-être des l'abord. CchX qui rêvent de grai/des choses ne peuvent s'aviser que de grands moyens or, les grands moyens sont souveiUbors de portée lou' asiant que le but. Randal se li-ouva sur le chemin de Fergus pour lui sauver cet écueil. Il mit son sens pratique parmi les fulminâmes théories de ce terrihie poète qui rév.^it la chuie d'un empire coinme on rêve un di-ame ou l'oe tragédie, .-.ai s peijser qu'ici-bas il faut à tonte œuvr un point de dépari, ei q • e le symbolique Sis de Dédale, Icare, n'eût pas même pu essayer ses ailes de cire s'il ne fût monté au som net d'une haute t-ur.
Handal Giaham servit en quelque sorte de repoussoir au pé.iétrant mais trop a&dacieux génie de Fergus. Il lui mon- Irr les problèmes, ce qui fait une occasion de les résoudre.
Et dès ce ter;.ips, comme toujours depuis, Fe gus se fervil de rinstrumenr quf la destinée metiait entre ses mains. Il l'a-ma ; mais il ne l'éleva point ,'i la dignité de conlident. Chaque pi'obUme résolu resta en lui. Randal, ignorant 1 1 devant ignorer toujours le plan de h gr<(nde bataille, ne coin, ut que les drtails suggérés par lui-même, qijelqu-s projets d'escarmouche où il devait faire le coup de fusil en tirailleur.
Lî lravers''e fut longue. Durant les heures de promenade sur le pont, Fergus fut iniiiéù la constitution de la Grande Famille Londonnienne, qui, à part ses cent mille adhérons, se rattache ^le manière ou dauire, par des liens étroits ou la gcs, loiis lesouifartides Ti-ois-Royaumes.
Randal et l'ii parlèrent aussi de Mary bini souvent, de Mary etd'Angns, pour l.que'; OBeane se sentait un atla- ' cbemeni de frèr'e. Mary avait é;é enlevée à la ferme de Leed, en Ecosse, tar l'hon. rable Godi'rcyde Lancesler, qui l'avait épousée à Greina Green.
La pert- de Mary était pour Fergus une cruelle souffrance, nia:s les hbcies de >oii iiilelligence lui sauvaicnl le désespoir. — Q;iant à l'héritier de While Manor, Fergus à proprement ( arler, n'êpiouvait point puur lui de ha ne. pas plus qu'il n'éprouvait de haine ioiir le séducteur de B tsy.
On lui dit qhc la laniUé de liaïr ét'it complèlemeni abfor ce ailleurs et ne pouv.iit plus êiie i:irect' e p-r < es aversions d homme ù homme qui .-e iaisaient devant le cri de guerre implacable et puissant poussé contre l'Angleterre elle-mênie.
Apres une traversée, de cinq mois, durant laquelle on n'avaii reli'ché qu'une seule fois sur la côte du Brésil, le bay«
sb'p ariiva en vue de Sidiiey Dès ce monieni, F rgus et Randal avaient arrêté un projet d'évasion, dont l'exécution, iiid^linimeirt remise, devait avoir d'importans résultats.
Le canon de Sidney avait annoncé l'entrée en rade du Van- Diéinen, tt le pavillon d'arrivée était hissé à la pointe de Souib-Head. La iiéniche du pilote royal accosta bien'ôt après le navire et le conluisit jusqu'au milieu du port. Là plusieurs formâmes s'acromplirent, à la suite desnuelles le maître du port prit dans son canot le capitaine et le chirurgien pour les conduire b la maison du gouvernement.
Le capilaine é'ait à peine p' rti que cent barques quittèrent le port à force de rames et entourèrent le Van Diemen en un clin d'd'il
Sur ces bar<iues , joyeusement pavoisécs, on. riait, on chantait, on criait. C'était une immense clameur de bienvenue.
On voyait sur ces barques des hommes, des femmes, des enfans. Tout cela était gras et fa s, tout cela regorgeait de santé. Un sourire béat embellissait unifonnément lout«s les physionomies. Cetle population respirait la plénitude du bien-éire maiériel.
Aux temps du paganism", il y avait comme cela, disent les poêles, -un petit coin du globe où le malhevT était inconnu. Ce lieu ferluné avait nom l'Arcadie. Il était habité par dis bergers candides et ries b'rgètes rpses, innocens les uns et les auti'es. autant et plus que leurs brebis. L'enfance y éteit sainte, l'âge virile paresseux, mais irréprochable; la vieillesse, 0-1 ée de barbes blanches, s'y couronnait philosophiquement de pampres cl buvait 'iu verjus dans des coupes de pieire, comme il convient à dts pa^leurs de grand âgé, éle\és dans la crainte d Bacrhus. Tout avait, en un mut, dsns cette molle et douce Arcaftie des temps mythologiques un enfdiit'n pa fiim d'innocence et de naïveté ■Volontiers croirions-nous que les loups n'y avaient point de dénis.
Cetle Arcadie mourut un beau jour, empoisonnée par sa propre fadeur. Flûtes à troi-: trous, pipeaux enrubannés , berg'Ves joufflues, houlettes Qenries, tout cela descendit à la lois dans la t( inbe.
Nous ainres, qui sommes des chrétiens, mieux que cela, des chrétiens réformés, nous avons ressiiscrté l'Arcadie. Seulement, comme les mœurs ont changé, nus bcgers mant;ent d'énormes trâri' lies de bœuf; au lien de sucer le sucre liquide du lotus, au l'cu de boire du lait, ils f'enivrentde rack.
Noire Arcadie, nius en fiiisons serir.ent, nés- mourra jamais de fadear. Bergers et bergères y possèdent un parfum très suffisamment relevé. Ce n'est plus l'innocence, «andide jusqu'à la niaiserie, c'est le crime obèse, prospère, qu' se repose et s'engourdit dans l'aboiidaiu e ; c'e- 1 le sei p nt faisant la sieste et que le travail lie la digestion endirt; c'est Newgate, transformé tout à-coup e-i paradis terrestre.
Le but est aUcint, nous le pensons. Les mauvais instincts se taisent dans cetle absence lompiète de b- soins. Celui qui volait pour mai ger, qui assassinait pour vivre, ne vole plus et n'assassine plus.
Mais i''esi ce pss chose éirange et honteuse? Si la société qui est torle, doit usir parfois de clémence envers le crime, est-ce il dire qu'il faille descendre jusqu'à la faiblesse? N'at elle pas l'air, en agissant ;insi, de capiiuleravec nui l'attaque , elie dont l'oreille se ferme toujours au malheiireux dont la seule arme est la irrière? Quoi I vous qe.e la misère entoure < t presse de t"U'es parts, vous dont les palais s'élèven! lilléralemen' dir sein de la fange, vous possédez au loin ,un lieu derefi ge aussi v.sie /iu'opulent, un Chanaan dont la surface envelopperait dix fois l'Ang'eterre, un paradis eu toute cetle tourbe sg n'sante dont le râle inquiète votre sommeil, retrouverait aiséme.t la lor e et la vie, ei vous ne s'gnez l'.a^ un seul passepori pour celte leire promise sans qu'on vous y lorce le pistoL tsous la gorge I Vous lepoussez ceux qui vous imploicnt, \ous cédez à ceux qui menacent' Sous prétexte de iiunir vous récompensez, et pour mériler vos bienfiiis, il faut obtenir de vos cours de justice un Certificat de massacre et ee-c iliagei Ah I c'tst de l'égoïsm
LES' MYSTERES DE LONDRES
sans doute, mais de régoïsme stupide encore plus qu'infâme, de l'égoïsme qui passe par la lâchelé pour atteindre la démence!
Qii'arrive-t-il ?— Nous ne parlens plus de la misère affreuse qui vousassiég«et que vous traiiez à la manière des sauvagfs de la r^ouisiane, qui guérisseil leurs malades à coups de tomahawk, de cette misère envahissante qui monte, qui EOnte sans cesse et vous étouff.ra ((uelque jour : nous parlons seulement de» loisirs abundans et faciles prodigués à nos criminels. —Qu'arrive-t-i!? Les copt'an'nés sont de deux sortes : les uns font le mal par nécessité, les autres par goùi. l.e crime a ses pontifes, et la vocation, celte bizarre conseillère, entraîne là comne ailleurs. Sur les premiers, votre action esr entière. Vous les gorgez : ils vous eublient : tant qu'ils trouveront leur potion assez forte, avec eux, vous aurez la. paix. Leur but est aiteiut. Ils vous demandaient la b turse od la vie, vous leur donaez la bourse, ils vous laisseroiit la v.ie.
Mais les autres, les fanatiques du mal, ces cœurs artiftement pervers qui se plaisent u;iiquen;eni en des trames diaboliques et nuisent pour nuire, comme un avare amasse pour amasser, pensez vous les réduire? Ne savervous pas que, déportés une fois, ils reviennent : Par oii? Qu'importe? Ils reviennent, voilà le tait, ils tombent des nuages, ils sortent de terre. Ils reviennent, en un mot, plus lorts, plus ardens, plus savans daus le crime. Botany Bay est une université comme Oxford, et Dieu sait que les bacheliers de l'uie sont plus retors que les docteurs de l'autre. Ils reviennent, et, vous ne l'ignorez pas, la déportation en a fait des démons véritables que nulle barrière n'arrête, que nul'e force ne peut saisir, et ^tii vont augmenter ce ténébreux sénat des malfaiteurs de Londres, qui rendrait, hélas I pour la vigueur d'esprit, la justesse et la pénétration t'u coup d'œil, cinquante p linls en cent à votre i 'mobile pairie!
D"oi:i il suit que la paix achetée, la capitulation fubie, le hlaokmail payé ne désarment que les moins dangereux parmi vos ennemis.
L'arrivée du bay-ship est toujours un moment r!e fête pour la colonie. Les anciens complices se reconnaissent et se saluent. On se r;ippe!le rauluellement ses hauts faits, on parle du bon temps.
Mais il y avait une autre raison, une raison spéciale pour que w Van-Ttiemen fiUai cuei:li à merveille. Ce navire en effet po'tait, outre les-condamnés, une cargaison entière de femmes que les premières maisons de Sidney et de Paraniatia avaient commande.es à leurs corres,.ondans de Londres*. Chacun était pressé de voir ces nouvelles venues, et les matelots avaient graiid'peine à empêcher les curieux de faire irruption ïur le pont.
Le débarquement s'opéra quelques jours après seulement, parce que la coutume est que le surintendant des travaux publics vienne à bori quand les condamnés sont déjà restaurés par des vivres frais et babil es de neui, t our choisir ceux d'entre eu\ qui doivent être employés par le gouveinement. Les liéporiés, aussitôt qu'ils eurent pris terre, se rangèrent en bataille et subiretit l'inspection ''u gouverneur.
Ce gouverneur, gentleman estimable, qui, entrant à pleines voiles dans a pensée de ses maîtres, avait puissamment contribué à faire de Sidney un véritable lieu de plaisance, adrc'isa des félicitations au capitaine, des coniplimens au docteur et une touchante allocution a ses nouveaux administres. Cela fiiit, les industriels australiens s'approchèrent et firent, le r choix, s'engageant à répondre poiir tout condamné employé, à leur service. Ceux des arrivans qui ne trcuvèrent point de caution fureni conduits en prison. [
Les indusiriris dont nous avons ?arlé étaient, bien entendu, des libéré* admis aux droits civiques delà Nouvelle- Galles du Sui, aptes expiration de leur peine, ou même
' Ces commandes se font suivant la formule : — « Sur le vue de la présente, il vous plaira nous expédier cinquante femmes d'iîges assortis, en bon état d'cspril et de saaté, dont passerez les frais en compte, etc. »
avant par rescrit du gouverneur ; — ou bien encore de simples condamnés, légitimés par un mariage contracté dans la colonie.
N'est-ce point un diagnostic certain et positif delà renaissance de l'âge d'or que celte extrême faveur accordée à tles mariages qui se fabriquent Dieu sait comme et se rompeu* avec la même facilité? Voici d'un côté un incorrigible coquin, de l'autre une créature ayant bu toute?; les hontes. Tous deux sont aux fers. Ils se marient ensemble : ce s.^iil fait les libère. Le coquin devient un honnête gentleman, la créature passe à l'état de lady respeitable, et c'est avec considération que Us soldats du gouverneiiientles relèvent, lorsque le rack les couche maritalement dans quelque ruisseau de Sidney.
Fergus et Randal, n'ayant point trouvéde caution àSidney, fure. t diriges tous les deux sur Paraniaita.
La vie des condamnés à la Nouvelle-Galles du Sud est heu reuse et uniforme. Randal et Ft-rgus, placés chi^z le même milire. continuèrent à jeter les fondemens de Uur œuvre. Au bout de six mois, le plan, Suffisamment mûri, dut recevoir un commencement d'exécution : Randal se maria.
il y avait à Paramatta une fileuse", du nom de Maudlia Wolf, dont la vie était tout un roman. On pensait qu'elle était d'origine française, et son acte de condamnation la désignait en elTet sous le nom de Madeleine Le Loup, dite la contessa Can'.acouzène. A Londres, où elle avait élu sa résidenie dès sa première jeune.'-se, elle avait été longtemps la Lionne. Sa beauté n'avait jamais dû être très grande, mais les dandies d'un certain âge gardaient encore un galant souvenir des grâces infinies de sa personne, et soutenaient que depuis la conlessa il n'y avait point eu à Londres d'aventurière parfaite en tous points. Elle était bien faite et de tournure charmante, quoique sa taille (ùl beaucoup au-dessous delà moyenne, et possédait, paraîtrait-il, a-\ degré supièrae la science d'attirer à elle les cœurs les plus froiiis et de dé- , lier les cordons des bourses les plus solideme.it nonéf s.
Durant plusieurs saisons, elle éblouit Londres de son faste, et ruina plusieurs banquiers, enragés à jeter l'argent d'auirui parles fcMiêtres Puis, au beau milieu de sestrioTjpl.es, impliquée dans la fismcuse affaire des diamans delà ouchesse de Devonsiiire, elle fut convaincue de recel et jetée sur un ponton.
Ce fut une perte pour la Famille, car Maudiin Wolf ou la contessa Canlacouzène était bien la [dus airoite feUMie qu'on put voir, et le résultat des services qu'elle avait rendus eu livrant À l'association la caisse de ses opulens protecteurs ne se peut point calculer.
On ne se corrige pas faclirment d'une paresse contractée parmi les molles douceurs d'un luxe effréné A la Nouvelle- Galif-sdu Sui, Maudiin expia cruellement sa prospérité passée. Si faible en effet que soit ia tâche imposée à tout condamné, celte lâche devenait trop lourde pour les doigts délicats de la comtesse Cantacouzèue Durant les premiers temps de son séjour à Sidney, elle dépensa, pour se soustraire au travail, toutes les finesses de la diplomatie féminine (jui avait assuré son eiispire à Londres. ElU était jeune et jolie alors, le charme opéra. Quelque gros libéré la couvrit de sa prolction intéressée.
Mais il y a?ait bien longtemps que Maudiin était dyiis la colonie. Lesgrâc-s de sa petite personne, grâces mignardes, gentilles, provocantes, mais qui avaient besoin pour plaire de s',.llier â la jeunesse en toute sa (leur, diminuèrent insensiblement, puis disparurent. Maudiin comtesse eût encore don'.iU'^, par l'adresse recbercliée de son esprit, mais à Sydney cette monnaie n'a point cours.
On envoya Maudiin à Paramatta. Premier exil, première chute.
Là, il fallut travailler. Maudiin essaya, puis elle s'enfuit. — On la dirii'ea sur George' s-River. Nouvelle révolte et nouvel exil.
'Windsor! noble nom dont l'harmonie royale réveille sans doute un souvenir au cœur des criminels les plus endurcis 1
• A Paramatta, les coadamnés cardent laîlaine, la filent, puis la lissent pour confectionner, avec l'étoffe qui en résulte, les babillemcHS des condamnés.
PAUt FEVA.L.
— La pauvre Maudlin devait dcsi'ciidre plus d'un degré encore de l'échelle de la misère. Windsor était en ce temps l'é tablissement le plus éloigné de Sidnr.y, le plss triste et le moins habitable; mais, comme Maudlin y montrait encore de; senlimens de révoUe, on lui mit un collier rfe fer au cou et on la descendit dans les mines de CoalRiver.
Elle resta un an dans les minfs. Lorsque sa peine fut terminée, ses compagnes ne la reconnurent point : son visage a ait pris d'inHombrables rides; sa taille était courbée : elle était vieille
Cependant son cœur restaitjeune, et son esprit remuant, inquiet, actif outre mesure, gardait toute sa vivacité. Elle travailla pour ne point retourner aux mines; mais il y avait au dedans d'elle une rancune profonde con're sfs per.'^écatfurs Elle s'ingénia, elle se remua; r.sant de l'astuce singulii're qui faisait le fond de son esprit, elle barvint à susciter au gouvernement nombre d^; tracasseries.
A l'é onue où Fergus et Randal arrivèrent à Sidney,Maudlin Woll (tsit un per.som âge avec lequel il fallait corapt^-r. Elle était liée avec tous .'es niécontr-ns, avait la confiame des plus dangeri-ux m<mbres de la Famille déponés, et entretenait des relations occuite* avec cette partie indisciplinée de la col nie, qui sera éternellement en guerre contre l'autorité.
On SB disait cela: on affîrniail que Maudiin connaissait parlaiiement la retraite de Sniiili le Méthodiste, qui avait tiro un coup de pistolet sur le gouverneur; on prétendait qu'elle avait plus d'une fois passé les barriireset pris lecheiiiui desMoiitagnes-Bieues pour ; urser des avis au tueur de bœufs sauvages, Walcrfield, lequel ruinait tous les boucliers de la colonie en massacrant des troup; aux entiers, et vendait la \iande à si bas prix, que les ouvriers, repus, ne voulaient pus tr.tvailler. Le gouvernement recueillait ces bruits : mais Maudiin éla'.t insaisissable.
Ce futMiudlin Wolf qu'épousa Randal Graham,— pour être libre d'aboi d, — et ensuite pour s'aboucher par son entremise a\.-c Smiih, Waterfield et queï^ues autres aveiitu riers audacieux dont il lui était. important de s'assurer le concours.