‹ Les amours de ParisChapitre 168 sur 190 · LE ROI LEAR ET LA REINE MAB · texte numérisé non relu

LE ROI LEAR ET LA REINE MAB

Il y avait six hommes réunis autour d'un grand feu qui tenait le centre d'une étroite clairière située au mil eu d'un Lois épais. La nuit était sombre et sans lune. L'œil', en suivanlla fumeuse spirale qui s'éançuit du foyer, n'apercevait, stîr le fond noir des ténèbres, que troncs hauts et sveltes, rougis d'un d>lé par i'c latdela flamme et couronnés à leurs cimes du grêle teuillage des forêts tropicales.

Devant la flamme, sur deux fourches fichées en terre, un troisième bâton, placé horizontalement, soutenait un énorme quartier de kanguroo de ta grande espèce, lequel, rôti ù demi, envoyait à la ronde les appétissantes effluves de son fumet savoureux.

Dans l'ombre, apparaissait vaguement, lorsqu'un souffle d'air faisait la flamme plus vive, le profil écrasé d'une hutte recouverte de branchage;, aux parois de laquelle s'ai>puyaient deux ou trois de ces fusils aux canons noirci, veinés de sombres rubans d'acier, dont la fabrication anglaise avait seule alors lesccrrt.

Les si» hommes étaient rangés en demi-cerdft. C'étaient lè'abord Randal Graliain el Fcrgu^ O'Creane, portïtntchacun

autour de leur veste de déportés une ceinture chargée de pistolets.

Après eux venait un ]eune homme à mine posée, sérieuse, presque asiétique, qui tournait d'une main la broche improvisée où rôtissait le quartier de kanguroo ei de l'autre caressait la reliure, rendue luisante par un long et fréquent usage, d'une petite bible, ornée de fermoirs ds métal. Ou l'appelait le major, ou Smith le Méthodiste. Sous ce dernier nom, il a ail été condamné, pour vol dans une église, à quinze ans de déportation.

L'homme qui s'asseyait sur l'herbe auprès du dévot méthodiste avait une belle figure, entourée d'une barbe épaisse, ce qui indiquait suffisamment son métier de sauvage, car la barbe est proscrite h Bot«ny-Bay aussi sévèrement qu'à Londres, et vous n'y trouveriez pas un seul scélérat honorablemi'nt établi qui n'eût le menton pelé avec un très grand soin. En ce pays bienheureux où deux douzaines de vols et trois on quatre assassinats suffisent à peine à donnrr aux gens un relief convenable, la barbe est déclarée «/io/.(n(/. De tait, a bariie prête un aspect farouche, et les doox gentlemen de Botany Bay n'ont pas besoin de cela.

Le sauvage, non rasé, voisin de monsieur Smith, se nommait WaïC! field et avait quitté Sidiiey pour faire la guerre à ces riyriades* de ïupufs, issus, dit-on, de trois animaux de cette '.spèce, apportés cn-lT^ par le premier gouverneurdes possessions d'Australie, et qui, depuis cette époiine, ont foisonné outre mesure. Ce Waterfield élait grjnd, jeune et fori. Il roursuivail, depuis un an, son étrange commerce, malgré le gouverneur et ies bouchers de la colonie. Ces derniers gentil men a'aientmis tout simplement sa tête à prix.

Le tinquièmc ])crsonnagc élait presque un vieillard. Sa pliysionoiiiie, pensive et légèrement moqueuse, avait quelques rapports avec celle (jue les lithographes prêtent au diplomate français monsieur le princti d-Tallc5ranil Périgord. Celait la même pénétra ion de regard sous le voile prudent d une paupière demi-ft-rméi-, la même tinesfo dans le jeu dfs lignes delaboHclie, et presque le même cachet de distinction arisiccratiiiue. Nous devons dire tout de suite que le vieux Ned-Braynes, plus connu sous le nom du roi Lear, n'avait nullementla prétention depous erplus loin la ressemblance avec rillustr.ï «imbassadeur.

C'était un coquin hardi, r^'fléchi, patient, infatigable. Ce nom de roi Lear qu'il a rendu célèbre dans le calendrier de Nevvgate, lui venait de son ar.cien métier* dacleur. Les hommes de 'a Famille prononcent encore ce nom avec respect, ei NùIlBrye, le porte-clefs, se gratte souvent l'oreille en songeant aux bons tours de Mister Ned Braynes.

Le sixième et dernier enliii élait un nèsre chauve, appelé pour ce motif Absalon. Absalon avait un nez horriblement écra;é, les yeux blancs et noirs, d'énormes pommettes et quatri' livres dtî lèvres.

Quand monsieur Smith oubliait de tourner la broche, Absalon le suppléait.

Ceci avait lieu dans les bois de palmiers et d'ignames d'Ea^le-River, à cinq ou six mills sud-est de Paramalta et à seize miile environ du port de Sidney.

Nos six peisonnagcs semblaient être impatiens et inquiets. On atiendaii. évidemment quehiu'un, cl il n'y avait guère que le nègre Absalon (}ui portât une entière attention à la cuisson du kanguroo.

— Savez-vous, monsieur Graham, dit tout-à-cosp le tueur de bœufs, que je gagne cent guiriées par mois dans la colonie?

— Jusqu'à ce que 'a colonie vous fasse pendre, Paulus; je sais cela, répondit Randal.

— Quant à moi, reprit monsieur Smith, jetie puis affirmer queje fasse ici de brillantes affaires, depuis qucle démon m'a 1 oi.ssé à décharger mes pistolets sur le gouverneur... Mais il s'agit de savoir si, dans celle affaire, notre conduite sera exempte de péché?.-..

— Ouvrez votie Bible, major, répliqua Randal, et vou?

* l':doiiard Braynes, de Birmingham, assassin du colonel Perles et de sir Jatncs Cladon de Claftim-Castle, commissaire du metropolitan police, avait joué la tragédie eu proyiuco.

LES MYSTERES DE LONDRES

verrez que les fils d'Israël ne déiiéritèrent point le nom du peuple de Dieu en dépouillant les Philistins.

— C'eu vrai I niurniiira Smiili; mes scrupules vont souvent trop loin, monsieur Graham.

— Mitjor, vous éies un saint, dit le roi Lear, chacun sait cela, et ce fui pour ne point trop vous éloigner de l'aulel que vous coniKiiles ce vol dans une ég'ise. . Maintenant, Randal, mon ami, je tioiive q u' votre femme tanlf bien à venir! .. La marée n"atiend personne, et nous avons seize milles à faire celte niiil.

— Sans douie, sans doute, refondit Randal, mais par la mi'nie ra-.son, Maudli:, la pauvre leniuie, avail seize milles aussi pour venir nous joindre.

Il se (it un instant de silence, pendant lequel on n'entendit que le miirmuie de a brise des nuits dans le feu liage, el le bruit tout particulier uue fait l'i'possum en se bilançant au bout de sa longue queue, roi'lée autour d'une brjurhe, pour coinmuiiiiiuer à son corps un mouvement de (ronde et franchir d'un saut l'espa^'e qui sépare les arbres.

Absalon continuait de i^urveiller le rôt.

— Ah çà ! reprit Ned Braynis, je vou' connais depuis lf)n^leni;s, ami Han'lal, et j'ai coni1a:!ie en vous. Qu;iut à Watej lio'd, c'est un solide garçon, el perjonne ne peut nier que le nmjnr soit un l'un chrétien. Nou:< voilà cinq honnêtes compagiiOMs, le cœur sur la main ; car Absali'n, prince du sang royal de Congo, n'est point déplacé au] rès de gentilshommes de no re inipui tance. Mais quel est le sixième, je vous prie?

Ceci al riit directement à l'adresse de Fergus, qui n'avait point pris la parole tncor''.

— Le sixième est noire chef, roi Lar,, répondit gaîmcnt Randal

Les qiia re déportés considércrent alors Fergus avecafcntion et riéiiaiKe. Absalon lui-même écarquilla l'éblouissunt pmail de son œil pour le considt rer mieux.

Fergus rougit. Son émotion était de la honle. Fergis se sentait monter au cœur un dégoiit profo;:d en voyant de pris les i.ommei dont il lui fallait se f^ire des auxiliaires. Fergus, qui avait rêvé i\f royales batailles, perdait p esque courage il la pensée de prendre pour soldats des assassins et des voleurs.

Cela devait cire ainsi. Un sophisic se fi1i dit tout de suite que les compagnons du f.n iateurde Rome éiaienl auî^si des vo'eur'; et des assassins; que Us so!d ts de Sparta'-us étaient des esclïws soui lés de tous les crimes; mais Ferg.us n'était point un so|,liiste. Il sentait, et celle premier- levue de son étiange ar;née le rabaissait à ses propres yeux au rang d'un bandit vu gaire.

Mais son i iée fixe avait déjà deux ans d'âge, et ce n'était pas une minute de dégoût qui pouvait le faire fléchir. Il se raidit bientôi, el sa volonté se redressa indomptable et farie comme toujours,

Les quatre co;i(Ianinés avaient remarqué son émotion, et chacun d'eux était à cent lieues d'en deviner les motifs.

— Âh ! ah ! dit le roi Lear, ce beau garçon veut être notre chef?

— Quels sont ses droits? ajouta Walerfield avec ua farouche mouvement d'envie.

— J'auras cru, fii observer Smith en saluant Fergus comme eût pu faire un vrai gentleman, — que nous eussions été conseillés pour le choix de notre chef. C'est là une chose, je pense, qu'il nous est permis de discuter.

— Edward Braynes, Pa\ilus Waterlield, et vous, major ou M. Smit'i, (lit Randal en se levant, nous traitons i-i une affaire sérieuse. Je vous connais t -us et je connais ce gcnlilhomiaè. Sur ma parole, le meilleur d'entre nous ne lui va pas à la cheville : voilà .mon opinior .

— Comment!... voulut s'écrier Walerfield.

— Je ne pai le pas de vous, Paulus, interrompit froidement Rand'l ; vous êtes fort et i:e craignez ni Dieu ni diable, mai> voici S:nilh qui est fort îusji, qui ne craint rien n n j)lus et qui a en outre l'avantage d'être le plus adroit hypocrite qui soit au monde... et pourlaul je placerais avant

Smith notre joyeux roi Lear, qui tourne les gens à son |ré, qui devine tout et n'est jamais en peine.

— Je tevoisve lir, Kan.lal, inePrompit .1 fOR tour Edwaid Praynes en riant; -— nonobstant .e (lonip-ux éloge, lu vas nous dire que tu me préfères ton protégé?...

— Vous n'y êtes pas, roi Lear!... vous oubliez Absalon, qui n'a i-.is son pareil pour tôiir un quartier de U ;i:;?iiroo el pour lien daulres ihosi*;... Je vous p<élére Absalon... je nv prétére à Absalon... et je déclare que je suis un enfant auprès de Fergus O Breaiie.

— Moueries que tout cela ! gronda Paulus, mécontent de la deiiiiere place (pii lui était assignée.

— N.il le vous défend, Wa erlield, répliqua Rai da', de continuer votre com'ierce durant les douze années qui v^us resten' :"i faire.

— C'est comme cela! s'écria le tueur de tœiils en rougis sant de colère ; — et si je vous dénoiiç.ais, moi!

— Laisse , dit Fergus en passant • evant Randal qui s'apprêtait à lépiiquer. — Q)ue faut il f,;ire à cet homme pour lui prouver que ie vaux mieux que ui ?

Le lueur de bœufs saula ssr ses pieds en écamanl de rsge.

— h faut me nninrer i|ue Ion sangesl plus rouge (lue le mien, meiii'iari d'Irlande! s'éiria lil. Par 1- nom du diable ! crois-lu que je ne sache écorilier que les bœufs?

1! avait violemment tiré de sa gaine le long couteau qui lui servaii ■'i dépecer le produit drf ses cha'ses et s'était jeté sui' Fergus avec la raiddiié de la pensée. Eu \ain Randal Voulut parer ce te attaque perlide et soudaine. Le temps lui n anqua et les deux adversaires roulèrent eiisemb e sur le sol On les vit un iustinit s:i dé atlre coiifusémeut dans l'ombre. Puis l'un d'eux se releva

C'était Fergus O'Breane. Il tenait à la main le couteau de Pau us.

Cette lulte avait été si snb teetsirapi'icqualesass stans,

stupéfaits, demeuraient, sauf Ram'al Graham, à la place

qu'ils orcuf'aieiit naguère, i.Timobiles et mueis. L- nègre

[ avait discontinua sa >&■ he etcuviait de. grands yeux étoiiiiés.

Ni lui ni bs aulre.i ne s'aiteniiaient assu émenl à voir Fergus se reiever le premier. Le visage du j une Mandais, animé par l'eflort (lu'il venait de faire, avait pris cite expression d'irrésis'ible puissance qui rayonna souvent autour d son front aux heures du danger suprême, conmie une auréofe surliutnaini;. Sa riche lail e s'é'ait lou'-à coup redressée : son œil nambjyait cl j:'tait d'orgi.eillcux éclars.

Les cinq déportés crurent que c'en éiail fait de Paulus Walerfield, et ne songèrtnt même pas à le secourir, tant ils se setuirent en cet instant dominés par la fière supériorilé de Fergus. Mais celui-ci, au lieu de frapper, laissa lomb r le couteau et, i roi a ses bras sur sa poitriiie.

— Tu vois bien, dit-il avec ca'me, que je vaux mieux que loi.

Walerfield se releva, me 'rlri, ramassa son arme, et sembla comparer mentalement l'élégiiile délicatesse des formes de Fers us avec ses membres k lui et son tO'se d'ath etc.

— C'tsI vrai, dit-il avec une rnde>se otii se mêlaient à dose égale la fraricliise elle dépit; — du d able si je sais commei.t cette main blanche au bout d'un bras de femme a pu broyer ma main cl me faire li.her (:ri<e. Mais cela fst, n'en parlons plus,.. 11 y a antre chose, ajoula-t-il en adouciss:,iit sav'ix : gentL-man, vous avez épargné ma vie : j'y liens peu; c'est égal, ù l'occasion, vous pouvez i ompter sur Paulus Waterlield.

A p! lue ces dernières paroles étaient-elles prononcées, q;i'un éilat de rire aigu, malin et que n'aurait su produi.'e le gcsier d'aucun des six déportés, retentit presqu^i au milieu d'eux elles fit tressaillir. En même temps, une forme humaine d'une extrême petitesse et d'appa.^ence réellement fan tastique s ■ glissa entre Smith el le nègre et vint s'accroupir aujjièsdu foyer.

— La reitieMabl s'écria Edward Braynes.

— vJaullin ! dirent les autres, subitement rappelé', a ; motif de leur lénnion. ~

Maudliu s était pla ée de l'autre côté du foyei" de manière

PA.UL FEVAL.

k faire face à l'assemblée. Ses longs cheveux noirs, déno es par !a rapidité d'une coursi' forcée, tombaient (![)arsautO!r d'e le jusqu'à terre. Ses rides disparaissaieni à la clarté vac Manie du foyer dont les rouges reflrts mettaient de vives CGUieurs às'sjoiies. La trace des souffrances et des années s'effaçait ' n cr-, monieni sur son visage redevenu jeune. C'était uue sorte de fugitif relourde son ■-hantu! si puissant jadis parmi 'es joies de Londres et rompu dans U froide tomba deCoal-River. E!le retrouvait là pour quelquih niinules, saf.s le iavcir, ôans 'M' L-ntasiique de.ui-jcnr, l'.iîlrait oublié de s-*n pélillant regard tjJ. de son sourire de fée.

— Bravo ! dit-elle en riant toujours ;— bravo, Paulus I à !a place du gtnJeman, mon arui, je vous aurais abattu comme un bœ.f -tragé que vous êtes! .. Boi'soir, v.on vieux roi L''ar, bonsoir, major la Bib e, bonsoir, lils chevelu deD.vid, honnête. et dig eAbsaleir-, bonsoir, Raiidal, mou chermari... Vous vou ez (Us iioiivelcs? c'e.^t biin ; mais je sui'v essoufflée et il m'eit impossible de [hoiiûucct un s^eul mot.

Après cet exorde, prononce d'un ion railleur et avec une volubilité qui démeniait positivement ses dernières paroles, Maudiin, Wo'f ouvrit une boîte de terb'anc suspendue à un cordon passé eu bai'doulicre autour de sa laille, et versa sur ses genoux, dans le creux de sa robe, une petite mesare d'avoine qu'elle bluta soigntusemcnt.

— Voyons, Mau.ilin, soy z raisonnable, dit Pvandal. Qu'avez-vous à nous app-eiidre?

— Il y a bien des petits cailloux dans celle avoine, mon mari, répondit gravemeat Maudiin. Le marchand qui me l'a vendue est un v leur.

— Un rsisérable vo'eur, reine Mab, appuya Ned Brayncs ; — mais ne nous direz vous point?...

— Ne somnies-ROus pas tous des voleurs ici, roi Lear?... Je vous dirai tout ce que vous voudrez si vous me laissez respirer.. Baby !

Elle prononça ce nom doucement et l'accompagna d'un coup de sifflet Aussitôt après on entendit un bruit dans le fourré. Les lianes qui pendaient à la voùle des grands arbres et venaient s'entrelacer près du sol, s'écartèrent pour livrer passage à Kn charmant petit animal à peine plus gros qu'un chevreuil, qui bondit sur le gazon, vint fourrer sa gracieuse tête entre les genoux deMaudiin,et se mita lî^anger l'avoine préparée.

Les déportés cor.naissaient trop l'humeur de Maudln, que le vieux Braynes, amateur éclairé de Shakspeare, avait surnommée la reine Mab, moins encore à cause de sa petite taille, que par illusion à son fanta que caractère, pour la presser davantag-î de s'expliquer. Ils prirent oalience.

Maudiin attendit «sue Baby eût mangé sa portion d'avoine jusqu'au d-'rnicr grain.

— Cou(he-toi là, ma gazelle, dit-elf^ ensuite; tu as fait quinze milles ceso;retiu en leras peut-être quinze autres..

— C'est donc pourcet'e nuit? interrompit vivemeiiiRaildal.

— Mo.i mari, vous êtes bien pressé, répliqa Maudiin II me semble que tout îi l'heure vous étiez plus occupés de vous entr'ègorger comme des bétes sauvages quf de délibé.-er en hoauiit-s raisonnables sur de^ affaires de vie el de mort.. Tenez, votie viande eslcuite Mangez, croyez moi . Quisail si vous mangerez désormais du kanguriso en votre vie 1

U, Le nègre chauve, avide ilc mettre à profit ce conseil, dé- Lro'jba lentement le rôt el l'eitndit devant lui sur un lit de feuilles. Snii^h dép'-sa sa Bible pour plan.'er son cnuiçau d.ins la piriie la pl'is ti'ndre du hlet de l'animal : il quitta l'esprit pour la chair. Les autres l'imiièrcnt

Pendant qu'i's prenaient leur repas, Maudli'n s'arrangea comiHodément sur l'hsrbe et trouva roiivenabk d'expliquer eiitin sa mission.

Elle le fit en termes clairs et précis, ii'oublinul rien, et prouvant qu il eût été difficile ds faire choix d'un messager plus imcUigenl.

— Bravo, Maudiin ! bravo, reine Mib ! s'écria Ned Braynes, quand elle eut fini. On ne peut annoncer plus gaillardement une mauvaise nouvelle.

— U^e le diabi'.' emporte ce crolseurl dit Paulus.

— Ces! une affaire manquèe, murmura Randal , et il ne nous n ite plus qu'à regagner Sidney.

MaiMiiin avait lixé son regard perçant sur Fergus , qui semblait rêver profondémen;.

— Le gentleman n'a pas par'c. dit-elle. Celte question indirecte lit tressaillir Fergus

— Voulez-vous ni'obéir? dematida-t-il brusquement.

— Oui ! répondit Kandal.

Les autres hésitèrent. — Maadlin fronça le sourcil et fMppa du pied en trépignant d'impatience.

— Pour ce, qui est de moi , dit enlin le tueur de bœi/fs, j« n'y ai point de répugnance , car vous avez bon cœur et b'.n bras.

— Je V6US ob'éirai, dit Sfliilh il son leur, si vous nous expliquez...

— Jd n'expliquerai riea

— A la garde dt- Dieu ! s'éiria Ned Braynes j— je suis des vôtres, el je vous jure foi et hommage pour moi et pour le digne Abs,.ion.

— Je ferai comme les autr?s, marmur.Ti Saiiih. Ils se levèrent, et Fergus reprit :

— Me.-sieurs, je vous ordonne de m'iUer à cheval. 11 faut que nous soyons sur la cote avaiu la fin de la nuit.

Six chevaux étaient irréparés et attendaient à peu de dista ce de a hutte du tueur de bœufs; car l'expédition avait 1 10 combii ée longtemps à l'avance, cl c'était seulement l'obstrcle imprévu annoncé par Maudiin qui avait amené de l'hésitat on. '

Quel(|ues minut.s après, tout le monde était en selle, Maudiin comme les autres. On partit au galop.

La nui régnait encore lor.<iqu'ils arrivèrent en vue de la mer. Seulement une ligne moins sombre blanchissait à l'orient, détm haut au loin en noir les hautes kilhouelles des palmiers. L'aube ne pouvait tarder à paraître.

L'endroit du rivage où s'arrêta la cavalade était complé- , Il ment désert. Les chevaux furent attachés aux derniers arbres, el la petite troupe gagna le bord de l'eau.

— Le signal! dit Fergus

WalerO'.'M emboucha une corne di bœuf et sonna trois notes rauques el régulièrement espacées que les échos de l'iiLcrieur se renvoyèrent l'un à l autre, el qui s'en allèrent mourir au loin dans les bois.

Au même instant une lueur éclaUnl'! brilla au large, allumant çà el là les ci êtes dianMniées des vagues. Ce fut l'affaire d'une seconde. A peiu ï allunn e, la lueur ^'éteignit.

Les six déportés se couchèrent sur le rivage et attendirent.

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