‹ Les amours de ParisChapitre 169 sur 190 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

VH^GT QUIf4TAUX DE CHAIR HUIHAINE.

Il y avait dans le port de Sidney un bay ship en iiarlance pour l'Angleterre. Les six déportés que nous avons vus ras- ?emlil.js dans le bois d'Eagle-Rivi-r avaient fait dessein de s'en emparer.

Maudiin, dépêchée ;"i[Sidney pour savoir si les conjurés de celle ville avaient pu se procurer une barque et des armes, ^vail rapporté deux nouvelles au lieu d'une. La barque était prêle el armée, mais il yavailen rade un croiseur de Sa Majesié.

Un croiseur qui s'était, approché des côtes pour recruter son équipaj^e, décimé par les corsaires français, qui nous fi-

LES MYSTERES DK LONDRES

rent uns guerre si cruelle durant les f^ernières années de l'empire. C'était la corvette la Cèrcs de dix-huit canons. El'e venaii faire la presse de'? libérés.

Comme nous l'avons dit, le.s renseignemens donnés par Mandlin étaictt irécis. En ce qui concernait la corvette la Cérés, voici quels ils étaieuf.

Le lieutepaat Na)er, qui la commandait, avait, comme cela se pratiqie géi!ér;4|<>m nt en pareil cas sur toute:-, l 's côies de la Nouvelle-Galles méridi nale, envoyé demander au gouverneur un c riani norabr d-. condamnés av nt fini Irtir temps eî di^pnsé^ à pis";er en Ang'etrrre. Surler^fusdu gouveiR/>ur, refus prevn à l'avance, — i ar nousie saurims trop le répéier, la loi en cftt^ bienheureuse terre d'ex'l, est intinimeni p U3 prntectrire inu ila'iS h nièrc-iarMe. Chez nous, il Bit je luis d'ipp élirinler au corus t utcilo' ' u propre au service niar'li'<e; h bas, Botre marine ''oil y regarder à deux lo s avant de ni' Itre 'â main sur un voleur; d'eu il suit naturel!e«ei t que le c im-? est non seul nienlun bénéfic? clair et net, mai^ encor.- ui'e condition d'inviolabilité. Quiconque aime le doux/arnien/e et n'éprouv? auct.ne vocation pour la gliirieiisi vie du tnatelot-malîjré-lui, doit naître lord ou se (aire bandit Le [.reaier m^yen n'est pas à la portée de xoui le MOi.de; o cnicaience à sentir l:'s avantages du second, et cbaqiie trimestre Old-Court est forcé d'ouvrir une eu deux sessions extra rdinaifes. — Sur le relus du gouverneur, disions-nous, le lieleiiant Kapr s'arrangea cornse il put. Deux 'le sesoîiiciers débaniuèrent à Sidiiey et s'abouclitrei l a-ec le su'inle;,dant des travaux publics, qui avait la réputatii^D d'être un homme spéci.'sl i-oir le racolage. Le surintendant r.cut une bi iine somme d abord; c'est là le prii)ci;;ft de tome cordiale entente; puis il promit trente matelots décidés.

Lsmoded'enrôlemcnt dvfil êlrele plus simple du monde. Cinq ou sis jflidév du surinieiidant seraient employés dans la soirée n faixe bcir-" les fiiiurs matelots qu'on voiiurcrait, ivres-m&r;s, jusque sur la giève, à un Ueni-raille de S.duey}' dans un endroit convenu. Tt-is notes sonnées ^ur la tro.; pe serviraient de signal à la cowelte, qui mtltiaii ii/Continent sa chaloiîpeà 'a m^r. Le reste irait tout seul, cl les trente bandits s'éveil caiert le lendcinain, déjht^s et réduits à l'état de Eiarius de Sa Mî^jesté.

C'était une trahison ! Forcer, par surprise, des coquins émériies à jouer 1* rôle d hommes vail'ans et honr,ê;<s !... Slais LoDdr. s est loin de B lany Bay, et la plus tendre mère est impuii?an!e à prévoir tous es da- g';rs qui nieriaceni ses es fans chéris.

D''î'uis le départ d'EagU -River, Ftrgu^O'Breaue était sil?r,-^nxei pensif, au milieu de ses compagnons qui s'tnireleiiaientau rnuiraire galment de temps à autre. A une lieue du rivage, il avait inte'rogé Maud.in à part durant quelques minutes.

En arrivant, comme iîous l'avons rapporté, le tueur de bœufs avait donné le signa'. La lumière aperçue au large venait dî la Cirés

— A quelk- dislan '.e du rivage e-t mcuiilée la corvette ? demanda Fergus.

— Tr.-is ou-quatre milles, raoiisieur, répondit MaUdlin.

— Et le bay-ship ?

— Il est d,^ns le porî amarré au mô'e.

— D lavon que, dit le rci L-^ar,' si nous nous emparons du tay-ship, nous serons coulés par la corvelie.

Monsieur Smith poi-ssa un profond soupir.

— Du diâiile ! gromuielaPaulusATàlerneld,— mol, voyiz- VGUS, je n'ai pas eonfiarce dans l'affsire.

— El nos gens? demanda encore Fergus à Maudlin; — eu sont-ils?

— A cinq minutes d'ici, sous la pointe de Cow-Hill.

— N us avons une demi-heure devant n')us .. ètes-vous bien sûre, Maudlin, ^ue ce soit ici le lieu précis du ren iezvous ?

— Parfaitement sûre, mdnsieur... et, puisqu'ils ont répondu au signal, c'est que le surintendant n'a pu tenir sa i-rcaesie.

Fergus réfléchit un instant.

— Messieurs, dit-il ensuite, le bay-ship est un pauvre bâtiment. Entre 'ni et la c rvttte il n'y p 'int à hési!er.

Wa'erfif d éclata de rire; Smith bais a la i6 e, le n^gre Absalon roula ves gros yeux, et ie roi Lear fu un geste de surprime. — Miud in, elle, battit des mains en criant bravo.

— Eypluiurz vous, O'Breane, dttR^nd-.i- d'un air inquiet.

— Et réllécl'isffz,ajou'a le vieux N-d Brayics, que nous ne sommes pas des chevaliers errans.

— Le livre a dit: Tu no céderas point au démon de l'orgueil, murmura Smith.

— Et le livre nedilil, point aussi, s'écria W,!terl1clJ : — Quaml cinq braves garçons ont affaire à un feu, ils le plantent .là et rptouri:ent chez eux !

— M--n avis est que nous devoîis prendre la corvette la Cérès, répliqua froidement Fergus, —su lieu de nous embarrasser de ce bay ship obèse où hous seriûi.s loujoui'ià la merci du premier venu... Randal, je vous psii', all.-z àCowllill, et ramenez sur-le-champ nos hoaitnes'.

Randal obéit sans répon ire.

— Moi, je retourne à mes bœufs, dit Waterfisld en se levant.

— Retournez à vos bœufs, monsieur... Une f is sr.r la corvette, nous avi.ns dix-huit canons, et la mer est ù nous.

— On a vu de «es darr.Tiables p'rates qui devenai&nt riches à millions de livres ! soupira monsieur Smith qui avait l'eau à la bouche; — mais c'est un mé;ier bi^n crimine'.

■\Valerlield se rassit et devint attentif.

— On peut se faire tuer pour des millions de livres, reprit le roi Learairès unçilence; — mais il faut des chances. Or, il me semble que tout e;t contre nous... La corvetie doit être ser^ie par deux cent cinquantohammes d'équipage; elle en ëemande trente, il lui en reste deux cent vingt.

— Si elle était vide, répariil Fergus, je n'en voudrais pas, car nous serions incapables de la manœuvrer...

— Voas avez donc des iiilcliigences à bord ?

— J'ai des inieUigences à boril, répliqua F;ig«sssn8 hé-, siter.

Le vieux Ned te r. garda en dessous.

— C'est possible après toit, murmurî-t-il enfin; — et puis, je suis bien vieux déjà pi.ur devenir riche autrement qu'au métier de p;rati5... J.î vous suivrai où vjus irez, monficur OBreane.

la i ande blanche qui tranchait à l'horizon commençait à se teindre eu rose, msis les objets ne s'iclairai^n: peint encore.

La barque où te trouvaieiU les conjurés arri-a bientôt, sous la conduite de Raiidal Giaham. Ils ttaieiU au nombre de vingt-hait.

— Le roi Lear fst un hnmme prudent, dit le tueur de bœufs ; — je veiix bien être de l'aii'aire, mais...

— Il ne me plaît pas, interrompit sévèrement Fergus, de discuter avec vous. Point de mais... Ceux qui sont avec moi doivent obéir, voilà tout

— Bien ! bien ! rr.onsieur, groftlaPauhu- déconcerté du peu de prix qu'on attachait à .son aide —Je ne, s;is jas un homme à me dédire, voyez-vous, et puisque j'ai tant fait que de venir jusqu'ici, je Vt^us obéirai.

Les vingt-huit conjurés sauèfevt sar la grève. Celaient, pour le plus grand nombre, des hommes grands, vigoureux et d'apsarerce. déterminé''.. Ilyav.it parmi eux de simples condami.és; mais la p uiiart étaient de ces iridomptables et hirdis Svécrats qu'un premier chàtiaae.nt n'arrête point, et qu'on tâche en vain d'eiifo ir dans les tioides mines du Coal, River.' Ils sont enchaînés, reclus, gardés, ils vivent à deux cenLspiedî sous terre; mais vienne une rév.ilte, une tentative désespérée, vous les voyez ''urgir comme autant de ciémons. Ils assomment leurs gardiens avec les débris de leurs fers ; ils Ofèronl «ies miracles de force, de psiience et de courage et il est juse de direqu : le plus vil coquin d'en re eux aé pense en sa vie plus d'adresso etd'audice qu'il n'en faudrait [lour faire une demidouzaiii?, de héros.

Le vieux Ned, Paulusel Smiihle îMélhoilisIe se mê'èî'ent à eux aussitôt. La nuit était lort no' re encore, etpouitîntoa se reconnut de part et d'autre en un clin d'œil.

PADL FEVAL.

Téûh-A

— Bonjour, Tom! bonjour^ Samuel ! bonjour, Tuby, mes garçons, s'écria le roi Lear. A la bonne heure, pardieul VOICI (1 honnêtes compagnons!

Fergus avait pris à part Randal Graham.

— Vous ronnalstoz ces hunim-s? dit-il.

— Presque tous, r-pondit Grabam, mais du diable si je comprends votre fantaisie.

— Peu;-on coiiipiersur eux?

— C'est selon... si le tour leur plaît...

— Rép.ndez, Randal ! inlerpomuit Fergus avec gravité. Nous jouons ici notre va-tout sur" une seule chance. Sontils bravei ?

— Pour cela, oui. . braves comme des diables, O'Br^'an... et obéissans à proportion.

— Faites les ranger en cercle, dit Fergu». Le temps presse. II me semble entendre déjà le bruit des «mes.

Randa! o) éit, el Fergus se trouva bientôt au milieu des vingt-nuit bandits.

— GeiiMfmen, dit-il, vous awz cinq minutes environ pour eOtdiir. Voici c; dont il est qucsti.'n. La chaloupe du navire de pierre à l'ancre dans li r.idc ,-era ici dans un dfmiquart d'hfure. Elle vient chercher fente hommes quon doit lui livrer en ce lieu même, trente hommes abru ;is par l'ivresse, q l'on embarquera coinii.e des sacs de l»ine ou des futailles. Vous n'pics que vingt huit, niais ce nè.^re qui: voi i et monsieur Wa erfleld comphiero't le nombre. Voulezvcus passer ainsi à bord de la corvette?

— Diable d'iiiée! grommela le lueur de bœufs.

— Pourquoi (aii e ? demandèrent ùeux ou troit. autre; voix.

— Ah , ah ! dit le roi Lt^ar, je comprends ; c'est joli 1

— Pour éviter l''s fatigues de 1 abordage, répondit Fergus ; pour arriver d'un coup et sans coup férir jusque sur la pont d'un joii navire, dont alors les dix-hsit csnons vous tourneront le dos.

Wa'ertelff ,<;« frappa le front.

— Sur ma (oi ! s'écria-t-il, je crois que je corî^prends, moi aussi. Allons, mes braves! trois hurrahs pour notre commandant I Vtilà un coup qui en vaut la peine !

Fergus arrêta d^ son mieux l'enthousiasme subit du lueur de bœufs, lequel n'avait plus besoin d'êire stimulé. Quelques paroles achevèrent d'expliquer son plsn, dont l'audace avait de quoi séduire s^s étranges soldats. Le roi Lear y doi:na son approbali-n complète, et monsieur S;uith insinua qu'une fois sur la corvette, on pourrait se réconcilier avec le ciel en ponant le flambeau de la vérité dans 'es contrées sauvages.

Ceci ne souleva point de discussion.

S'ir l'ordre de Fergus, les viiigi-buit nouveaux- venus, W&ter.iield et le nègre Aosalon s'et'>ndirent sur le sable, en désordre, après avoir caché leurs armes sous leurs habits.

Fergus, Randal, le roi Lear et Smith cai'hèrent également leurs armes, mais demeurèrent debout. Maudlin était assisesur un fragment de rùc.

Oneiitendaii maintenant parfailement le bruit des avirons de la chaloupe, qui n'éuiit plus qu'à une centaine de brasses.

— N-' bronchez pasi dit Fetgus à voix basse; — il y va de notre vie à tous ! ici, dans la chaloupe, sur le navire, vous êtes ivres-morts, vous dormez.

— Chacun de nous, iMerrompit le tueur de bœufs , a eu roccasion de jeucr ce rôle plus d'une fois au naturel. Soyez traaqu lie, commandant!

— Oh! cria-t-on de la cha'oupe.

— Holà ! riposta le roi Lear.

— Qiji êtes vous?

— Dieu me damne! qui êtes-vous vous même P

— Midshipman de la corvette la Cérès.

— Nous semmci, nous, reprit le vieux Ned, quatre bons Anglais et la reine Mab, ma femme, tous de la maison de monsicu. Cunnlng, le surintendaiit, qui offre ses complimens au lieutenant Naper

— Et après?

— Et lui envoie ce que vous savez bien, monsieur le midshipman.

La chaloupe était seulement à quelques brasses de la côte, Un dernier et vigoureux coup d'sviron la fit acorder. Peu

d'instans après un canot prit terre à son tour. Le midshipman, un maître et cinq ou six matelots sautèrent sur la grève.

— Nous ne vous at endions plus cette nuit, dit le jeune officier.

— Nous sommes en relar.4, c'est vrai, répliquaNed, qui, vu son Sge, remplissait le rôle d'homme de ( onliauce de l'intendant; — mais ces biaves c fans portent bien le rac.k , voyez-vous, midshipman; il a fallu six heures d'horloge pour les mettre dans cet état.

— Combien y en a-t-il ?

— Une vingtaine de quintaux, monsieur, en suiiposant que chacun d'eux pèse cent cinquante livres.

— Ah I Seigneur! sont-ils ivres I s'écria en ce moment avec admiration le maître qui venait de les examiner de près; — monsieur Jones, ajou!a-l il en s''adres»anl au midshipman, vC sont de beaux gaillards, ma foi.

Le jeune officier prit un air d'importance»

— Monsieur Gunning, dit-ilj n'aurait pas osé tromper un ûfll: ier du roi .. Embarque 1

Le maître prit aussitôt Walerfie'd par les épaules, tandis que deux matelots saitis;aienl chacun l'une de ses jambc-s.

— Un! compta le midshipman.

Walerfield tomba lourdement au fend de la chaloupe.

— A boire! balbutia-t-il d'une voix embairassée. Les matelots éclatèrent de rire.

— Ueux, — trois, —quatre, —cinq, comptait ie midshipman, à mesure qu'un des déportés tombait, jeté au tidid de la chaloupe comme un ballot ue marchandi=e; — dépêchez , Sam, mon garçon, li^ jour va venir... — Six, — sept, — liuit.

— Ils ont mis de tout, dit le maître, j squ'à un moricaud ! Absalon gronda quelques paroles iiidistii;cte.';, et tomba au

lond de la barque.

— Neuf, — dix, — onze, reprit le midshipman , — douze. Monsieur, je pf^nse que vous al'ez nous suivre à bord. Le lieutenant Naper sera enchai.'e de vous voir.

— Sans douttr. monsieur, sans doute , lépondil Nt^d ; — le lieuletiant est bien aimable, et vous êtes un jeune officier bien élevé. Je vous suivrai avec jnes trois «maraûts et ma feoiiae, qui a envie de voir un bâtiment du roi.

— Diao.e! miirmura Sam ;— les qusire drôles, encore pjsse; mais que ferons-nous de la tame?

Le midshipman lui imposa vivement silence, et reprit son compte : le compte y était.

— Sam, dit il, donnez la main à la dame. — Me-'Sieurs, mon iez, Je vous prie Ce sera un voyage de plus, Sam, voilà tout, a;ouia-t-i! eu s'adressaLt au maiire; — nous garderons les quatre coquins, et nous renverruns la danje.

Ce liîidshipman était un bel enfant de quinze à seize ans , rose el blond, de fort bonne famille et pourvu d'une excellente éducation. Mais ou oublie, dans r.Oi écoies, d'eu-eigner à nos jfunes uiariiis que la perlidie ne constitue point 1 habileié et sait la bravoure. En somme, ou a peut-être raisou, et pendant qu'on leur enseignerait cet sxiome baeal, ils manqueraient d'apprendre la aémonstratioii d'un théorème du p us haut intérêt. Dé,à on reproclTB à nos ol'li iers u'êt.'e nioin* savans que ceux de Fiance, que serait-ce, bon Dieul si Ion s'avisait de leur faire des cours de morale

Car être instruit sigiiilie savoir l'algèbre, la géométrie, la trigonométrie rectiligne, curviligne, tran ,< tendante, etc, etc., et non point conniître les principes les plus élémentaires d« l'honnêteté. On ne relève pas le point, voyez-vous, avec d''s maximes de sagesse, el nos marins ue soiii pas des quoiters.

Ils sont i^aperti^ens; ils ont l'humeur bru aie ; ;ls font la traite des blancs sous prétexte de philanthropie, el protffgent sous le même prétexte un affreux commerce de poison ; ils insulient ceux qui ^onl faibles, bitn qu'ils ne rcculenlpoint à loccasion devant les forts; ils sont enfin, hélas 1 ce que nous sommes.

Sam donna la main à Maudlin 'Wolf, qui s'embarqua dans le second canot, où étaient déjà les quatre prétenilu!i serviteurs de l'inlendaut. Les deux embarcations prirent aussitôt le large.

Le midshipman, durant tout le voyage, examina ses qua?

LES MVSTEEIES de LOiNDRES.

tre ilotes avec cuiioiilé. Fergus surtout sembla jxer son atifiiiion.

2- Ce beau garçon lui seul, vaut les Irentes brutes de la clialoupe, dii-il tout bas à maitre Sani;— déoiJémenl, le roi a besoin de lui.

— Grand besoin, monsieur Jones, répondit le. wailre en riant, ei. il suffira de la vieille dame, la reine Mal), coiiime iU l'appellent, —pour porter ;> monsieur Cuniiing les c.ouiplimens du lieutenant.

L'aube fe fais.nit. La corvette se sionlrtit, dessinant >fa giiement sur !e ciel rosol>'S traits n(drs et déliés di; ses agi fs. On voyait sa mâture inc.'inée s;? balancer avee mollesseel liuleur. Sjearéne se confondait avec, le sombre azur de la mer, où l'anrore, indivise et voilé'', ne met tait point encore de reflrtl.^.

Tout était à bord calme n silène», ef ce fut «euiementlursqueles deux embarcations entrériMit dtns les eaux de la corvette ([u'uncvr^jx descf'nditde lïbune etpri-non<ia Uiiuivive!

L'Iirtant d'après on bordait les palans Les vingt .julMiaux (le cliair liamsine furent successivemfiit bissés sur le pont, oi"i i's depîenrèrest .étendus ieertes, et incapables, en appirence, de faire un mouvement. — Puis ce fut le tour des quiireenvov's de moiisieur Ciinning, que su vilimniéd'atement la reine Mab L'.iscension de cetie dernière fut le prétexte fie force {"irpes-.haudes de la part des marins de latVrfj. Quand l'Anglais : bisavte.on saitceladaiis tous les coins du momie, il nf rcs.'iemhle pas mal ù cet ours en belle liunieur qui asf omme ses ami« à coujis di^ pavé, sous prétexte de les débarrasser d'un mouclieroii qu'ils ont sur la lOue.Or, no.s niate'ots encbérissent sur l'ours encore et sont les p us redoutables/aree!(r.$ de l'univers. La petite femme balança longtemps, lancée d'une poulie l'i l'autre et s'éleva enlln tout d'un coup lancée comme une balle et demi-morte de traynur.

Le second du bord, vieux loup court, trapu, à l'aspect dur et repoussant, montra sa tête h la grande écoutille.

— Kvt-ce fait? d?mada-t-il.

— Cnii, lieuiera- t, n^ponditle midshipmat..

Le second monta lout-à-coup sur le pont et se fit apporter une lanierne pour passer l'inspection des nouve»ux-fenus. Tout en insp^c ant, il donnait ç» et 1» quelques grandscoups de pied aux prétendus ivrognes et leur promettait sous ler» ment qu'ils ne boiraient que de l'eau tout le temps de la croisière.

—Et qu'est-ce que c'est que ça? demanda-t-il en désijBant Fergus et ses compagnons.

— Ça, répondit le roi Lear, ce sont des gens à qui vous devez cent livres.

— Bien, bien 1 groff.meU Is second— Pourquoi nous avoir air.eiifc cas 'Irôles, monteur Jones ?

Lemidshipraan, au ieu de réiiQndre, s'approcha de lui et murmur* quelques mots à son oreille.

— Ahl ah!... f.t le second; — rb!ch! .. Ah 1 diable 1.. . A'iezciier.hfr le commandant, monsieur J«nes.

Il y avait sur le ptnt une quarantaine de matelots occupés diverscTient et la plupart sans arme». Le Jour grandis.'^ait à viie d'œil. Le vieux Ncd toucha le br*» de Fergus.

— Eh bien? dit-il.

Furgus ne répondit pas. — Il était pâle. Un léger Iremblement agitait sa lèvre.

— Eii bien ! dit à son tour Randal, attendez vous que lo»t ie monde soit sur le pont?...

Fergiis ne répondit point encore. Quelque chose d'étrange se passait en lui. Était ce de la cnintel N»n. Mais César dut hériter ssns doute avant de franchir le Rubicoii.

Fergus avait un poids sur le cœur Lui, si ardent tout-àl'heure, se sentait engourdi «t glacé. Une serre d'airain étreignaitsa conscience —Le signal à donner était la mortd'uu homme; Fergus hésitait.

Fergus hésitait ; non point parce que, en ce suprême instant, son entreprise lui apparaissait plus gigantesque et plus foile qu'aux jours où, dans le silence, il en mesurait de loin les chances et les dangers; non point parce que, après ce premier combat inég.il et téméraire, il fau Init engager d'autres luttes plus inégales, plus téméraires eucire. Ceci était

un point .-rréié en lui-inêue. Les dangers, il les connaissait les obstacles, il les avait comptés, et son oeil perç-.nt n'ét'-'it p'^intde ceux (\uo p^ut tromper la distance. Il se pré.-enta't au combat, armé d'un ferme et inflexible vpulOT Pour lui, point de surprise possible .— Ce n'était point devant le Rubicon ijue Fergus hésitait.

Mais i! fallait attaquer m homme par surprime, tuer avant d'ai'oir piovoriné Sun bras devenai' de plomb — Sa nature était ainsi faitrt. Ou 'Xpiiuerait à cdiitre-s^ns son hi'siiation en iiitant : C'éta t le premier pas, et le premier fas c ùte • Fergus. csraciôre immiuble, iitaii alors c qu'il f!it|;!us lard- Son esprU pouvait grandir, non point sou cœur Qu inze an'; de lut!''s ,»ans merci ne dev.tiem p'îi il (lélrir cette fl^iir de d.^l;ca'e.ssc, cr( héroïque Ii0";neur iiui eolrait, alliage étrange et adultère, dïns ses actions l»s plus condiiunab es. .

Raiid^l, ((iii n^ pouvait at'urémfut comprendre ca scrupule, lai .'Cl ra violemment le bras.

— O'Rreane, av»z-vous peur? d'manda-l-il.

— Non, répondit Fergus en eherdunt enfin ?ous ses habits la crosse d'un pisioUt,— j'ai honte.

En ce moment, les oïciers de h corcetle montèrent en mas'se par l'cco-iiire, et se dirigèrent vers le g'oupo formé par Fergus 'l ses trois compagnons.

— Mettez ces hommes à foi d de cale, dit le liiutenant Na ■ per après les avoir examinés; — nosétrivièresen feront d'excellens matelots.

Le sang revint aussi'ftt aux joues de Fergn» qui se redressa et arma son pisto'et. Il a'ait avoir à combattre et non p'us à égorger.

— N'avanC'Z pas, survotre vie 1 dit-il au second qui se dirigeait vers lui peur exécuter l'ordre de Naper.

Le jour, incertain encore, ne permit poi- 1 au second de voir que Fergus iiait armé. Il eoutinua de niircher sur lui le sabre levé.

— Ah I s'écria Fergus avec en enthousiast» éclat d« joie et comme si s^s compagnons e«ss-e»ii pu comprei dre ta pensée; — ils ont toujours assez de perfidie ei de lâi hetft ea réserve pour, moiiver l'attaque ei taire regretter la jpitié... A vous et à moi. Anglais!

Le second de la corvette la Cères tomba le front fracasçé par une balle

Mais il avait vu le geste ^.e Fergus et avait eu le temps de frapper. Une ligne longue et prof.mde se dessina en rouge sur le Iront d'O'Breane, courant du sourcil à la naissance des cheveux, et son visige fut Inonrfé rie sang. ^

Un cri formidable répniidit à la détonatiou ia pistolet- C'était 'e signal. Les vinj/t quintaux de chilr humaine bondirent et*e ruèrent comme des tig'es sur l'équipage. Ce fut un élan furibond, irrésisiible, contagieux. Le sang coula de toutes parts, et dè< que )s sang eut coulé, es gens qu'on avait crus ivres tl'alcool s'enivrèrent des chsudes vapeurs du carnage, de leurs propres clameurs, des délonat'ons r'pétées de leurs armes, de l'épais partum de li poudre, do tout ce qui est fièvre, rage, transport dans la siélée.

On ne Oistiiiguait plus rien sur U pont. Le lournaisssnl reculait devant la fumée. Teut se confondailen un mouvement désordonné, incessant, au dessus duquel planait un eoncert d'imprécatiens confuses.

Il yaviitlii, certes, un vent de mortel de colère. Les plus froids saillaient hors de leur ré'^erve. Smith tuait, tuait, tuait et chantait d<'s psaumes ; le roi Lear se battait comm«un diable en dchmant des lambeaux deSti3ksu#are,et le nègro, dont les yeux flamboyaient comiBC 1rs prunelles d'un chacal, se glissait, égorgeait, puisjslait par-dessus le fracas de la bataille le tonnant cri de guerre dç sa race.

Maudlin Wolf, subissant l'entraînement commun, s'agitait à la place où on l'avait déposée, gesticulait, prise à la fois d'épouvante et de belliqueux élans. Tout son petit corps trembbit; elle riait d'émotion rt se tenait ii qua re pour ne point s'élancer dan^ la mêlée Enlin, la lièvre l'emporta; elle saisit un couteau oublié auprès d'elle, sautilla dans le sanj, en poussant des cris a'gus* brandit un instant son arme trop lourde, et disparut derrière le nuage de fumée qui en- Jourait les aicbaitans.

PAUL TE\kLt

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