‹ Les amours de ParisChapitre 170 sur 190 · JURONS ASSORTIS · texte numérisé non relu

JURONS ASSORTIS

En coniplantles officiers, le nombre des marins ang'ais aliaqués sur le pant l'e la corveite la Cérès éjaii double à peu P'ès de celui des assaillans; mais la moitié d'entre eux, pour lemoiDs,étaifiii sans armes. CepeBdant, lapremière surprise passée, ils se dnfoiidirent vigoureusement.

Le lieutenant Naper. qui était monté dans rinlentioii de commander l'appareillage, avait h la main son speaking trump«t'; il s'élança dès l'abord yers la grande écoiiiille et jeta dans le* battecirsle cri de: — Tout le monde sur le pontl

Mais ce cri lui-même donna l'éveil aux assalllans, qiii (étaient en ce moment le» plus forts. Profitant de leur pre. mierélan, ils rompirent la li^ne des Diarini du roi «t par. vinrent à fermer les écoutilles.

Dès lors tout espoir de secours était enlevé aux Anglais, qui firent retraite et se formèrent sur le gaillard d'aant, au pied du mJt de misaine.

— Rendez-vous ! cria Ferjus dont la valeur calme et brillante conlrastïit grandement avec la frénésie de ses compagnon».

Les Anglais répondirent par d?s injures. F«rgus cria : En avant ! et s'élança le premier. La mêlée recommença, mais non plus brujinte comité la première fois. Les deux troupes avaient épuisé leurs munition». On se battait maintenant corps i corps et en silence. Le seul bruit qui se fil entendre encore sur le pont étaient le grincement de Tscier contre l'acier et la voix aiguë de Maudiin Wolf,. qui, fatiguée et Lors d'baleine, excilait sans cesse les combatlans.

L'avantage restait aux assaiilaus. — Bientôt le lieutenant Nap^r tomba, blessé à mort pa'F.rgas.

Ce qui restait d'Anglais mit aujsiiôt bas les armes.

On vit alors quelque (-hose d'étrange et de g'rotesque, la farce ridicule après le draœe lugubre. Un matelot anglais qui n'avait pu joindre i temps le gros de ses compagnons, cl s'en trouvait se ar« par la ligne des \ainqueurs, cou-ait le long «iu plat-bont avec une extrême vitesse, à laquelle aidait la lonjjueur réi'llement inusitée de ses jambes, minces ouire mesure et «ans couebure aucune à l'endroit du mollet. Le nè«re chauve Absalon lui apjiuyait une chasse très aciive, courant pour le r^oins aussi vile que lui et le mrnvçant du coutelas qui avait dépecé le kangaroo. Ce ii'éîa^l pas tout. Maudlin Wolf jiiétnant dans le sang qui couvrait le pont, courait les chevenx au vc!it, excitant le ifgre de la »ùix H du gesie, et ne figurant pas mal U rôle que jouerait dans une chasse h courre un malheureux roquet qui ne pourrait suivre le (raiop des cieviux.

Ces irol» personnages étaient si occupés l'un à fuir, les autres à le poursuivre, (|u'ils ne s'apurcevaienl en aucune façon de la eessjtion des hosiililés. Ils couraiei t, ils couraient, le nègre brandibsant *ûn coulcau, la reine Mab jappant, et le niaidoi exécutant une foule de passes habiks pour éviter ses acharné» perséci/teurg.

Et, tout en fuyant, le matelot disait d'ut» voix grave, entMcoiipée pourtant par la purle périodique de son soiitnV:

— Je suis des vôtres, Meu me damne, n^gre slupide, honnête garçon que vous devez êirn. Je .. je suis, triple Idasphè-

me! un homme d- la FaniilU, madame, virago maudite •

Ecoutez, morieaad, Satan et sa queue I Et du diable si je devrais parler de Satan, car Jo crois que vous êtes Satan en

' Tremp9tt« parlante, —porte-voix.

personne, mon digne camarade!... Je fais serment, trou de l'enfer, d^ ne plus jurer par Satan .. écoutez!

— Courage, Absalon ! courage! criait Maudiin épuisée.

— Tonnerre du ciel! reprenait le matelot qui sentait le Bèg'e fur ses talons ;— je vous dis que je suis un homme de la Famille, misère et damnation iHernelle I... Moricaud, animal tans raison, mon camarade, n'écoulez pas telle lurie maudite, qui est sans doute une excellente dame dans ses bons momeis. — Ohl... ohl... Dieu me punisse!... je n'tn puis plus... Oh! ohl

— Nous le tenons! tous le lenons I dit Maudiin.

Le matelot fii encore q>>elnues pas et tomba tout de son long en murmurant dévotement ;

— Je reco^imaiide mon âme à Dieu, Iroade l'enfer!.. . car je suis un homme mort, qus' je sois damné sans miséricorde!

Le nègre lancé à fond d-i train vint heurter du pied les long es jambes du matelot et tomba quelques pas plus loin. Maudiin se laissa choir à l'tndroit où elle était en criant : Vicloire!

Par bonheur po'ir l'honnête Paddy O'Chrane, il était toiHbé tout prèsdeRandal Graham, qui le reconnut sur lecbaaip à l'invo.aiion pieuse qu'il lançait en niouraiit vers le ciel, fiaiid»! le proiég-a contre le nègre qui s'était relevé furieux et n'en voulait pas tlémordre.

Paddy haletaitrt enfilait des myriades de blasphèmes inouïs d'une VOIX plaintive et défai lanfe.

— Merci, monsieur... Un diable ti votre nom me revient! dit-il ensuite en adressant à Randal nn regard de cordial* r. connaissance; — il y avait tant de coquins sur le Cumberr land, triple misère !... Mais je me souviens très bien d'avoir vu là vo re b'.énii* figure, éternelle dauination I vos yeux .*ans sourci's, que le diable nous emporte!... Qu'il emporte surtout au fin fond de l'enter ce nègre à lêie rase et cette mégère de deux pieds «t demi 1... et vos cheveux coulesr d'acajou, monsieur. Je me souviens detoutce'a, Dieu me foudroie!

Randal était retourné aux côtés de Fer^us.

— Oh I G'i I "lurmnra Paddy, eu reconniiissaat ce dernier; — voilà celui qui était n,alade,ou quejesoi.s enterié tout vif entre le morie.iud et la petite furie!... L'autre était son voisin de gauche, griffes de Saian ' uij déterminé coquin, que j'ai vu recevoir cinquante coups de corde sans broncher. Mille misères! les voilà qui foulent aux pied< le pavillon d'Ai'gleterrel AU 1 es scélérats éhoctés, ce sont de dignes cœurs !

Fergus verait en eîfet de couper la drisse qui su'^pendait le pavillon à la corne d'aï limon, et les couleurs de l'Aiigleierre étaient tombées à ses pieds. Si physionomie, h cetie heure du premier triomphe, étaitcalme et réféc.hi». L'éclair de ses espoir» inilniHs rayonnait autour de son front resplendissant de jeunesse et de beauté.

Il mille pied sur l'écusson écartelé da royausie-nni, jeta au loin, dans le vide, un imidacabl* regard de d»l\ et murmura des paroles qui n'arrivèrent point aux oreilles de ses compagnons.

Puif, touchant à l'aide de son poignard le troisième qualier des armes d'Angleterre, où la turpe d'or de l'Irlande te dressesur un champ d'azur, il le serradanssonsein ei trempa le reite dans 1« sang, -jusqu'à teindre en rouge le drapeau tout entier

Cela lait, i' hissa lui-même i la corne cet élendard nouveau au milieu des hurralis frénétique» des vainqueurs.

Il faisait grand jour, «t le pont, couvert de cadavres, étalait ses honeurs aux vifs rayons du solffil levant Les déportés, presque tous blessés, n'avaient perdu qu'«n seul des leu'S, et conipensai-'nt celle mort unique par l'acquisition fceureuse du long matelot Paddy O'Chrane, lequel avait salué le drapeau roDge d'un juron i comparlimeiis si artislement combinés, que P?u!us VVaterfield lui a-ait incontinent bro'é la main, en signe de sympathie. —

Environ trente matelots anglais étaient garrottés sur le gaillard d'avant.

Cependant, la situation des vaicqueurs n'avait rien do bien rass'jranl. Ils élaienl maîtres du pont, mais jous leurs pieds, d'^ns les batteries, cent cinqugnti; liomiaes restaient, cent cinquante ennemis frais, dispos et supérieurement armés.

LES MYSTÈRES DB LONDRES

Evidemment la besogne n'élait que conimepcéc.

Ferj,'us appela tous ses hommes autour du grand mât, et il se liutlù une sorte de conseil. Les avis furent unanimes sur un point, savoir, qu'il fallait s'empan'' de la corvette. Comment? ici 1. s orateurs furent beaucoup moins explicites. Paulus dit (iu'il n'y avait qu'à ouvrir l'écoutUle et à faire son devoir; S-ailh récita un texte du livre de Job, et Itandal projàosi de icenacer Us geiis ds la cale de saborder le navir. à l'exjeriei.:r.

— Et ils vous menaceront, r-^pliqua le vieux Ned, de mettre le f. u à la soute aux poudn.s !... Nous sommes à deux de jeu, voyez-vous... M is notre capitaine,— il s'inclina devant Fergus,— prétendait, si j'ai Loune mémoire, avoir des intelligences sur la Cérè.t.

— C'est vrai, dit Walerlield.

Fergus rougit, mais le conseil n'eut pas le temps de s'en apsrcevoir.

— Tonnerre du ciel! s'écria Paddy, le disne gentleman avait raison, ou que Diu nous punisse! de prétendre cela, vils coipjins q .evous êtes, ou plutôr, tt-mpêtes ! honorables elbons compagnons... car vous êtes de bons compagnons, je pense, sauf le nègr. sans laine et la petite virago... m'est-il permis de ^'arltr?

Fergus lit ■ n >igne d'ciffinnalion

— Eh bien ! irou de l'enfer ! voici le (air, reprit le long malflot en gesticulant avec lenteur et à contre-sens; — je suis Paddy O'Chrane, il faut que vous !e, sachiez, dussé-je être éiratiglé par la temelle de Satau... et j'ai manqué de l'être, feu éiernt;! I... Paddy O'Clirane de Tipperary eu Irlande, de l'autre c(Vé du canal, je le jun* sur ma part du paradis, cornes du diable!... J'aurais pu m'enrôler facile . eut dans les horse guar.ls, vu ma lail e, ti-rapèles ! qui est de six pieds passés sans semelle, soyez tous réprouvés ei moi de même I... MjIs j'ai mieux aimé \ivre <n chrétien, triple blasphème! que de m'engraisser du bœuf du loi comme un fainéant...

— Où veut en venir ce drôle ? grommela le roi l.ear

— Di Ole vous-même, vieux Neil, peste incorrigible ! continua Paddy im(ierlurbablement ; — je vous connais bien, excellent vie llard.. je vous al donne, il y a trois ans, vingtciiKi coups u'étrivières sur le pont du Cumberland, B eu puisse-t-il nous daninerj qui i st en rade de Veyiiiouth, tempêtes ! el d'où l'on m'a fait monter sur c tte ( orvetie d'eu- 1er, Satan et ses griffres I où ji viens de l'échapper belle, un millier de damuaiions 1

— Mon a.iii, ne pourri-z-vous faire fiève à vos blasphèmes? demanda doucenieni Sm th. — Le livre a dit ..

— Quel ivre?morldemes os !... J'ai demandé la permission de parler, je pe:;se... *

— Approchez! interrosnpit Fergus.

Le cercle s'ouvrit et le matelot fut introduit au centre de l'assemblée. Cet honneur le flatta éviJeoiment car il redressa sa longue taille et seiamjia sur iaiianched'un air ù la fois vaniteux et i; génu qui allait merveilleusement à son honnêie physioiiomie.

— Tâcli'z de répondre brièvement, lui dllFerjus: y a t-il sur ce navire d'autres niatel -ts q'ie voi's enrôlés de force?

— Quant ;> répondre brièvement, tonnerre du ciel ! commerça Piddy, je suppose...

Fergus frappa du pied. PaJdy O'Chrane tourna Ls ycbx vers lui et petdit comme par enchantement sa prolixe assurance.

—Oh ! jicntlen an, balbutia- t-il, je répon.l-ai d ; mon mieux à Voire Honneur... Tempêtes ! je n'ai jaiîiais vu de regard pareil. . li y a, sur a corvette, quaire liomnii pressés loaime moi sur l^■ Cumberland... Ce n'est pas graiid'rhose .. mais j'iii c nnais bien un^. cii!qu.!niaine qui d m'aéraient une gigue du R:ei!Ii'ur di- leur . œur autour de vc.ire drap au rouîîe .. Et tenez, ajouti-t-il vivenuMU eu se tournant vers l'ayant où étaient gjrroités les Anglais ; — il n'y a pas besoin de cherc.licr bi n loi . pour en trouver queliiu'uu. . T^nez! que Dieu nous damne tous, ù l'excepliun de Vo:re Honii'-ur .. voici Sam, le maître d'équipage, que je vous recommauile tomme le plus incurable de tous les mécréans, le bon garçon ! et

Gibby aussi, misères !... et encore Blunt-le-Manchot, un cent de sovcifrcs I... Attendez.

Paddy arracha vivement des niair.s du tueur de bœufs étonné la hache qui lui avait servi dans lecombat et marcha ver la grande écouiilleà longues enja;' bées Chemin faisant, il ramassa le porte-voix du malheureux lieutenant Nsper.

! es déportés crurent qu'il allait ouvrir l'écoutille et s'élancèrent pour 11' prévenir; Fergus les retint.

— Laissez-le faire, dit-il.

Il avait déjà pris sur chacun assez d'empire pour que cet ordre 'ût exéculé sans murmures.

— Oui, oui, Lucifer el sa marmite ! laissez-moi faire, répéta Paddy qui donna un coup de hache bien appHqjiésurle coin du grand panneau, — vous allez voir !

Il asséna un second coup, puis un troisière. La cornière vola en éclats et ouvrit un trou large comme les deux mains. Paddy mit dans ce trou le pavillon de son porte-voix et s'a^ genouilla pour manœuvrer plus à l'aise.

— Je vais leur parler raison, Votre Honneur, à tous ces gentlemen, dit-il en clignant de l'œil; le diable peut nous rôtir!

Il emboucha le porîe-voix et cria de touie sa force :

— Nous scmimes tous massacrés juqu'au dern'ir, ici dessus, que je monte sur l'écliafaud ! Ces coquins enragés, — d'hounètes seigneurs. Dieu nius damne! — que diable 1 — font mailres du pont depuis le guindeau jusqu'à l'habiiacle... Tempêtes! comment vouliez vous résister à deux cent brigands dont le plus petit a la lêle au dessus de moi !

Ces dernières paroles furent prononcées d'un ton d'épouvante à la fois si emphatique et si naturel, que le roi Lear applaudit d'instinct, taudis que les autres éclaiaienl de rire.

Paddy ôta sa bouche du porte-voix.

— Un peu de silence! grommela t-l avec mauvaise humeur :— si vous n'êtes pas aussi grand que moi, tonnerre du ''iel I vous êtes plus gros, que nous ayons tous alfaire au bourreau I... En tout cas, le conte va^.t quelque chose, et je pense (|u'on me fera second maîire, pour le moins.

— Je m'en rends Caution ! s'é. ria le vieux Neil. Paddy emboucha de noi veaj^ U porie-voix !

— Les deux cents b?nd ts parlent de mettre le feu au hàlimenisi vous ne v us rendez pas tout de suite, t'cou^ez bien cela, par le nom deBelzéhuih !.. Et ils le feraient comme ils le disent, car ce sont de braves geniiemm, inci*pables de mentir... Prenez le porte voix de combat que j'ai fourbi moi même avant-hier... Il est dsns la i abine du lieutenant Naper.. Pauvre lieutenant ! triple blasphème ! i! a eu la tête fendue jusqu'au menton, que le dlal.de l'emporlel... Prenez le porte-voix, ouvrez un saboid et criez : Quartier! Dieu nous damne 1

Paddy se tut. Presque aussi;ôt après, uu st'fcard s'ouvrit et U porte-voix résonna.

— Sont-ce des Français ([ui sont ù bord? demandait-on d'en bas.

— Du diable! répliqua Paddy; ti donc!... ce sont des forbîns comme vous cl moi, Salau et ses grilTes!... Deux cents b?aux garçons, misères! qui sont aûreux à faire en^ie au démon... Puisse-t ilnous griller tous tant que nous sommes!

— Nous promet-ou la vie sauve? dit la voix du sabord.

— Si vous vous dépêchez, damnation ! damnation pour les au res el pour moi, que diable! on vous traitera en amis... sinon, tempêtes!...

— Nous nous rendons; ouvrez récouliHe,d t la voix. Paddy voulut se relever. Fergus l'arrêia.

Bien qu'il fût naturel i^e penser que leG pauvres diables bloqués dans les batteTics, sans ckel pour les encourager k la (iélense, et se croyant d'ailleurs eu face d'une force supérieur- et victorieuse, ne demandaient pas mieux qu'à se rendre tout «le bon, néanmoins le pelii nombre réei des assaillans n ressiiait uneexlr.me pri;dence.

— Annoncez-leur, dit Fergus, que vingt mousquets sont braqués sur l'ouverture de 1 écoulille, qu'ils aient à se présenter sans aimes el deux à deux. Ajoutez qu'an moindre signe de résistance des grenades seront Ji»f';'éi sd;-ns la bat- \erie,

PAUL FEVAL.

Pal'ly iépé;a diidemenl cei ordre, en le r«nc(usnt à l'aide d'un choix très heureux dft ses blasphèmes fovoris.

Les deporié», le csulelas à !a main, se rangèrent au'our dri l'écDulill-' qui fut ouverie, et se tinrent à portée ssns cepîiulant s'approcher assiz près de l'ouverture pour que les marins pussent voir d'en bas leur petit nombre et|)e genre de I ui-s arji.'s.

Les deirx premiers Anglais parurent à l'écoulille et furent li"'-. m un cliu d'œil.

— A. deux autres ! cria Paddy dans son porte-voir . De:x autres maiins vinrent à l'appel et subirent le même

traiicincnt.

Ces hoTimes arrivai ni tenitléà à l'ouverture. Ts étaient a.( tjt'iliis par !►■ mot : Silence ! et ils n'avaient garde de désobéir en voyant sur leur po irine la pointe sfiil e d'un couteau. 1 a<; u;i seul d'entre eax ne cria.

Lorsque les derniers couples furent garrottés, comme, les autres, il se liouva sur le pont de li corvette l'a Céres cent <|ua:re-vingis marins anglais gardés par ur^e trentaine de jiros( rits dr ni la plupart étaient la veille les valets de quelque scé.'ér.'jt léha'tiiliié par son gain, bien ou mal acquis.

C était quelque chas,» d'étrange que de voir la ligiuc pileii-ie é'I désappuiniée de ces hommes, vaincus par une ruse grossière et d'une simplicité presque pnérile. Ils comptaient 3' e: du,)' t leurs vainqueur,;:, cherchaient en vain ces nioustiiiets, es terribles grenades, et maudissaient le bon Paddy 0 Chrane de tout leur cœur.

lis avaient Io:t. En tout ceci, le long matelot, bien qu'il Hi: l'-rt éioiitné d'avoir Ifs formes charnues et rond leltcs que lis i cintres <le tous les pays sont convenus de doi.ner au»; ange-., parce que les ang^s sont des criMinres immMérji i.e^, avdit joué, le rcle de c*>s célestes messagers dé «oiséricor.je. Grâce ù lui, ie ssiii- déjà séché de la première laêh.c w s était point couvert d'une nouvelle couche plus épais se ; ;1 avait clos lo carp;>g<» et sîuvé la vie à bien des sujets dii toi; ;1 méritait I. ne couronne civique.

Car le ciioc eiti été meuririer, ardent, t'^rrihle, entre la troupe de Fergus et les Afi^is pourchassés dans Ifur re- 'raile. Fergus aurait vainc;; il devait vaincre en des luttes p us inégalfs encor.=. — Maii combien seraii-il resté d'hom- ^nes vivans a).rès la bataille sur le jiont de la corvette la Cércs? — Et combieo de cadavres? ■ Certes, ce matelot loig de six pieds montrait une ambiliOii fort courie (n taxant lui-r.ième ses services à un emploi de second maître. Mais t^ I était le caractère de l'excellent et verti;e,-.x Pa .iyO'Chrane. Toute sa vie, faute de se faire valoir, il devait rester dans une posit on secondaire, et v,-géter dans la médiorrité, bien q.i'il marchât dans une voie où les richesses abondent...

Fergus, lui, pendant toute la dernière partie de cette scène, s'était tenu à l'.^cart Son ardeur était (oriiiée. Le lû e qu'il élit pu jouer n'était plus à sa (aille, lorsque les prisonniers furent 'ous rangésle long des bastingages, il lit le tour du Davire et vint se replacer au pied du grand mât.

— Nous ne sommes plus d'ïucun^pays, dit-il en étendant ie doigt vers le rouge pavillon dont la b:isc développait les plis humiies encore et alourdis; — ce drapeau est le signal de guerre contre tous... Nous combattrons pour de l'or, parce ijue l'or vous d )nnera des jouissances à vous, — à moi des arme'; pour une autre bataille... Je promets à quiconque restera près de moi de le faire ri lie ou mort .. riche du bien de tons ceux qui croiseront noire roule .. Av.glais, y a t il parmi vous quelqu'un (jui veuille partager notre fortune?

Il fc. fit un frémissem nt dans I-i rang des p'isonniers.

— Oui, lenipëies! il y en a, voulut commencer Paddy; je veux être cuit à petit feu si ces avides coquins...

— Silence ! interrompit Fergi.s ; — déliez les cordes qui retiennent es jambrs df ces Imiumes.

On cbéit. L's prisosniers se levèrent, empêchés seulement désormais par leurs mains liées derrière le dos. '

— Ciioisissez, reprit Fcrgu.s, entre une vie libre sous un i chef de vire cWi< et l'ai ruiissant esclavage sous lequel ! vous fléchissiez hier; choisisssz entre la fortune et l'indi- '

gence... Que ceux qui veulent suivre notre sort fissent un pas en avant.

Il y eut un instant d'hésitation.— Sam, 1; maî're d'équipage, s'éb'a:ila le premi,''r. DaulriSle si.ivireiit. Au bout d'iiiic minute, la troupe des piisonniers était partagée par moitié.

— Préparei la chaloupe et le canot, dit Fergus.

Soixante à quatre-vingis matelots y furent entassés avec un nombre suffisant de rameurs. C la se fit rapidement (t en silence. Ceux qui s'é oignaient avaient hât^ d'en finir; ceux qui restaient ne pouvaient vaincre un premier mouvement de honte.

La chaloupe et le canot lurent aussitôt force de rames vers la pointe de OiwHill.

Lorsque les Heu< emliarc»iions revinrent il n'y avait plus deca.iiifs i* bo-d d,^ la Cérs. Touti-s les mains étaient libres et travaillaient. Maître Sam, l'sncien maître, tenait le port'- voix ft commandait, en vieux marin, les manœuvres de l'sppareilisge.

Le soleil était encore bien bas sur l'horizon lor.«que la corvelle, convrant ses vergues de toile, s'inclina gracieusement au sotiffl,! de la brise de terre. Les marins débarqués avaient eu le temps <le gigni'r Sidney et d'y ji'rter l'étrange nouvelle. Une foule immense se pressait sur les quais.

Au moment où la C^rès sentant le vent tournait en Jens diviTs'a proue effilée, comme une r.-'i'.idc cavale des steppes du nor,î, qui, indéci.ee de la direction a prendre, ouvre ses niiseaux fumans f) droiie, ;'i gauche, en av;uit, |)our s'éla' cer bientôt et dévorer l'espa-e, l'équipage eiiti^ r, sauf les canonniers, se réunit au pied du mft! d'ariimou.

Les gens de Sidney purent distinguer paif^iiltmeiit un hoirme de riche taille qui salu-it en agitant son a' a peau le pavillon ronge déployé il la bri,-e.~Tons les maiins se découvrirent à leur tour. — Des flocoi s de fun.ée couiinent autour dfs flancs balancés de U corvtt f.

L'écho mourant d'un t'iple hurrali vint alors jiiS'iu'aux oreilles des gens de Sidney et fui suivi d'une bruyante falve d'ariilirrie.

Le soir, de la bautenrde Sou.h IIe'ad,on aperoev.-iitîi l'horizon un point blan h'itre semblabi ' ;"» en flocon d'écume. — Ce pouvait êtrg l'aile de neige d'un gciilat.d ou d'ini oiseaufifgaie.

Les soldats du poîte de South Head disaient que celait la corvette la Cérès.

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