‹ Les amours de ParisChapitre 29 sur 190 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Au moment où Gaston, blessé, tombait, U: marquis, arriv(; à une sorte d(! transport, se précipita l'épée haute.

Romée, à l'aide de son fleuret, para le coup qu'il dirigeait Vftrs la poitrine de Gavton et le saisit h bras le corps.

— Ceci est contre les règles, dit froidement du Chesnel.

— Ah ! c'e^^t coiitre les règles d'empêcher un assassinat 1 s'écria Nazaire, li;-ureux de trouver coiitre (|ui exhaler sa colère: —je crois que tu veux en mangiT un peu...(,a m eva !

Il ramassa l'épée de Gaston et arracha celle du marquis, dont il présenta la poignée à du Chesnel.

Du Chesnel tourna le dos avec le plus grand sang-froid.

Nazaire jeta les épées pour s'agenouiller auprès de Gaston, qui était évanoui.

— Allons, docteur, dit du Chesnel ;— faites votre métier. i .losépin était perdu. Le tonnerre, les éclairs, la grêle, ( cette lutte enragée à laquelle la tempête avait prêté un ca- I ractère véritablement terrifiant, tout cela réuni jetait le ; docteur dans une sorte d'abêtissement. C'était un homme I de paix qui pouvait voir la mort de très près sans sour- ! ciller quand la mort avait le bon esprit de se coucher dans i un excellent lit, entouré de fioles et de tisanes, mais qui . détestait la violence.

Nous ne nous y connaissons point, ou .c'est là du courage civil.

A la voix de du Chesnel, il rouvrit les yeux, qu'il- avait fermés pour ne point v^jir les éclairs, et fouilla dans toutes ses poches, cherchant sa trousse, qui devait être quelque part.

Romée, cependant, contenait toujours le marquis.

Celui-ci se débattit d'abord éaiergiquement ; malgré son apparence de faiblesse, il serra si vigoureusement les reins de Romée que le sculpteur, homme robuste pourtant, perdit plante et chancela. — Le marquis et lui tombèrent ensemble sur la terre glissante.

Le marquis se releva le premier.— Il demeura immobile et comme stupéfié.

Nazaire lui cachait Gaston renversé.

Après une seconde, le marquis subit un choc inlérieuj dont la violence l'éveilla de son délire.

Il se frappa le front.

— Qu'ai-je fait 1 murmura-t-il ; — l'ai-je donc tué ?... Sa voix avait un accent de plainte et de terreur.

— Monsieur vous en a empêché, répondit du Chesnel en montrant Romée.

Le marquis se tourna vivement vers ce dernier et lui prit les mains, qu'il serra entre les siennes.

— ûlerci, capitaine, dit-il avec une chaleur extraordinaire ; le bruit des épées, l'effort de la lutte... et la vue de mon sang qui coulait par cette égratignure... Je ne puis vous dire l'effet que ces choses produisent sur moi... Sur le terrain, je ne suis pas mon maître I...

— On n'y vient pas d'ordinaire pour se divertir, murmura du Chesnel.

Le manjuis no l'entendit point.

— Merci, re[)rit-il, — encore une fois merci ; je me serais reproché toute ma vie d'avoir frappé...

Il s'interrompit brusquement et acheva en changeant de ton :

— D'avoir frappé un homme à terre, capitaine... Vous devez comprendre cela.

Romée s'inclina en silence et vint s'agenouiller auprès de Naz.ure, qui soulevait la tête de Gaston évanoui.

Le marquis se tenait à l'écart. Son émotion, loin de se calmer, semblait grandir.

Ses yeux élaient baissés. — On eiU dit qu'il n'osait point les tourner vers le groupe dont Gaston était le centre.

Nazaire. cependant, avait déchiré la chemise de ce dernier et le docteur procédait enfin à l'examen de sa blessure.

Celte blessure était légère, bien qu'elle rendît beaucoufi de sang. L'épée du marquis avait percé l'avant-bras, en dessus, non loin de l'épaule et sans attaquer l'os.

Evidemment, Gaston n'était point tombé uniquement sur le coup, mais plutôt par suite de répuisement complet do ses forces,— et aussi parce que sa poitrine malade lui avait subitement refusé le souffle.

Ceci pouvait d'autant moins être mis en doute que deux traces sanglantes se montraient aux coins do sa boucho entr'ouverte et piMie.

La tempêlc faisait trêve. La scène s'éclairait maintenant aux rayons vifs de ce blanc soleil qui rit et double la candeur (le ses clartés durant les entr'acles de l'orage.

Romée et Nazaire suivaient avidement tous les mouve-

St

mens du docteur et tiicliaient do lire sur son visage.

C'était un visage Inde oîi ne se reflétait nulle pensée: c'était un visage froid qui savait exprimer seulement, à sa manière, les craintes ou les espoirs d'un égoisme absolu.

Romée et Nazaire perdirent leur peine, et ne surent à quoi s'en tenir que quand le docteur cul dit:

— Simple perforation des tissus cutaués, lésion légère... déchirement d'une veine... Ce n'est rien du tout !

La figure.de Romée s'éclaira. Une joie franche éclata sur celle de Nazaire qui se sentit venir l'envie d'embrasser le docteur et ses lunettes d'or.

lînvie inconcevable, à coup sûr, et qui prouvait que le contentement de l'excellent Dragon touchait presque au délire.

Mais celui dont le visage exprima rémotion la plus vive (ut monsieur le marquis de MaiUepré, à qui, en ce moment, nul, excepté du ChesncI, ne faisait attention.

A l'arrêt favorable du docteur, le marquis tressaillit. Ses deux mains se joignirent d'instinct, tandis que ses beaux yeux noirs humides s'élevaient vers le ciel...

La lè\Te de du Chesnel se fronça en un sourire moqueur.

— Transportons-le jusqu'au iiacre, dit Nazaire ; — un coup de main, capitaine !

Josépia avait bandé la plaie de Gaston. Romée et Nazaire le soulevèrent avec précaution et montèrent la rampe affaissée qui donnait une sortie facile du côté de Paris.

— Monsieur le capitaine, dit le marquis d'un air de courtois intérêt, sous lequel perçait un certain embarras que n'expliquait point la simplicité de son ouverture,— un fiacre est une couche Lien rude pour un blessé. J'espère que vous ne refuserez point d'accepter ma voiture.

— Il a tlu bon, ce blanc-bec de mai-quis, tout de mûmel pen.-.a Nazaire.

— Je suis reconnaissant de votre offre, monsieur, n'pondit Roméo, — elly c-sld'un homme d'honneur... Je l'accepte.

Le marquis s'inclina froidemcnt.^Mais ses joues étaient pourpres...

Il laissa passer devant les deux témoins de Gaston avec leur lardeau.

— Pensez-vous, demauda-t-il toutbasà Josépin,— iju'une course rapide puisse présenter pour lui quelque danger?

— Pour le blessé? dit Josépin ; — pas le moindre. Son mal ne vient pas de sa blessure, qui n'est rien, mais d'une affection gi'ave des broncliesjointcà uue lésion chronique dans la région...

— Vous me répondez, inten'om]iit le marquis, — que l'état de ce jeune homme ne s'empirera point si mes chevaux prennent par hasard le galop ?...

— Le triple galop, si vous voulez!... le morsaux dents!... pourvu que je coupé ne verse pas...

Le marquis remercia de la main et hâta sa marche.

Il rejoignit Nazaire et Romée. — Gaston venait d'ou^Tir les yeux pour les referjncr aussitôt après. •

Le coupé restait, comme nous l'avons dit, à mi-c jle, sur le versant des buttes oui regarde la Villeite.

Le cocher était descendu et tâchait à se réchaulfcr en piétinant à la tète de ses chevaux, dont il tenait les rênes passées à son bras.

Le fier attelage piaffait, impatient, et mâchait le mors en jetant au vent des llocons d'écume.

Le laquais vint ouvrir la portière, puis, faisant le tour de l'équipage, il entra dedans par l'autre côté, pour aider à y introduire Gaston.

Le marquis, pendant cela, glissait deux ou trois mots à l'oreille de son cocher, qui remonta au.ssitôt sur son siège.

Romée et Nazaire étaient forts ; le laquais aussi ; on n'eut point do peine à étendre commodément Gaston sur la bamiuette de derrière.

— Descends ! cria le marquis à sou groom. Le laquais descendit.

Romée mettait- en ce moment le pied sur le montoir pour prendre place aux côtés de Gaston.

Alors, il se passa quel<!ue chose d'étrange et d"imprévu,

LE SIÈCLE. — VII

scène muette, rapide, instantanée, dont le résultat fut un coup de foudre.

Le marquis s'approcha de Romée, qui se tenait en équilibre sur le marchepied et le poussa sans effort apparent, mais si vigoureusement que Romée, rejeté à deux pas, se retint au bras de Nazaire pour ne point lonih^r.

En mSme temps, le marquis sauta dans le coupé.

Un double coup de fouet sangla la croupe des chevaux qui partirent au galop.

Le groom avait pu se cramponner à l'arrière-siége.

Il ne restait là que les ifiiatre témoins.

Durant deux ou trois secondes, Nazaire et Romée demeurèrent comme abasourdis.

Puis Nazaire s'élança sur les traces du coupé qui descendait la côte avec une effrayante vélocité.

— Vos cartes, messieurs, je vous prie, dit Romée d'un ton impérieux ; — nous aurons à nous revoir.

Du Chesnel, indifférent et moqueur, tira son portefeuille. Josépin l'imita.

— Fort à vos ordres, monsieur, dit du Chesnel en présentant sa carte ; — mais, pour vous éviter la peine de me rendre visite, l'adresse de monsieur le marquis de Maillepré est rue Royale-Saint-IIouoré, no 9.

— Consultation publique tous les jours, de midi à une heure, grommela Josépin qui donna sa carte à sou tour.

Romée les prit toutes deux, toucha son chapeau et suivit Nazaire dont l'avance était déjà grande.

Le coupé glissait par des chemins boueux, le long de ces parcs « impossibles à décrire, » dont le contenu empeste toute la banlieue nord de la capitale du monde civilisé.

Un dép'jt(3 simple et champêtre, qui module des premierf-Parh sur ses pipeaux rustiques, a dit touchant cette matière un mot bien digne de passer à la postérité : Le fumier cH la liiife de notre ciiilisatioiK

Jlot profond, aimable, humanitaire ! mot plus sublime que le plus sublime des mots de l'auteur d'Alonzo !

Mot spirituel, tout saupoudré d'une fine fleur de satire antique, — mot puissant, comme tous les produits des f-^rmes-modèles, — mot généreux qui rehausse la poixtrelle, rachète le noir animal e! ouvre, au devant du jeung (^tiario, un inmiensc aveuir... *•

Tant que Nazaire avait couru sur le versant de ^ butte, la p^nte avait doublé sou élan, et il semblait gagner â\i terrain sur le coupé engagé maintenant dans des chemins fangeux. Mais lorsqu'il arriva au bas de la montée, ses pieds s'embarrassèrent dans la terre molle et grasse. Sa course se ralentit notablement. Il allait toujours pourtant...

Romée, lui, prit à travers champs et poussa droit à la barrière de Panîm.

Du haut de la butie, du Chesnel et Josépin pouvaient suivre dans tous ses détails cette course au clocher dont le résultat n'était point douteux.

Du Chesnel lorgnait principalement le pauvre Dragon (|ui, épuisé do fatigue, luttait contre le chemin gluant, trébuchait, glissait, — et courait toujours.

— Diable de rustre 1 dit du Chesnel ;— il a voulu se battre avec moi... (^"ost un brave garçon !

— Il s'embourbe!,.. C'est ma loi fort divertissant! riposla le docleur, qui voyait finie sa corvée belliqu"use et avait cent livres de moins sur les épaules.

— Ils n'ont qu'à se démener!... les excellens fous!.., Poursuivre le plus bel attelage de Paris !...

— Oui, dit Josépin ; — mais il y a la barrière... Il faudra qu'on visite le coupé...

— Qu'est-ce qu'il t'a dit, interrompit du Chesnel, — quand il l'a parlé tout bas?

— Heu!. . heu !... fit le docteur avec importance ; — uu médecin est comme un notaire, la discrétion est notre première vertu.

— Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

— 11 m'a demandé si un terni s de galop pouvait faire du mal à notre jeune homme...

— Rien que cela?...

PAUL FEVAL.

— Je lui ai répondu in e.vtei)so que la vivacité plus ou moins grande...

— Bien, bien, docteur!... De manière que tu ne sais pas ce qu'il veut faire de ce petit bonhomme qu'il emporte comme une proie.

— Non... A moins que...

Josépin regarda du Chesnel par dessus ses lunettes.

— Ce serait bien possible, dit ce dernier... Tiens, tiens!... Voici le rustre qui va de travers... Il chancelé. . il tombe...

— C'est ma loi vrai ! s'écria le docteur qui frappa dans ses mains.

Nazaire, en efi'et, à bout de forces, et perdant de vue le coupé à un détour de la route, s'était laissé choir, épuisé. On n'apercevait plus Roniée.

— Ainsi finit l'histoire ! grommela du Chesnel. — Le plus triste de la chose, c'est (ju'il nous, faut regagner Paris à pied.

—Moi qui, en venant, trouvais ce diable de coupé si bien suspendu'... soupira Josépin; — si j'avais su, j'aurais dit au marquis que le galop était mortel.

— Qui sait, ré[iliqua le secrétaire d'ambassade en tournant sur ses talons; —moi, je crois que le marquis n'en eût palopé que mieux.

Josépin retira ses lunettes d'or et les essuya du coin de son mouchoir de baptiste.

— Je ne dis pas non, répondit-il; — et ça m'est égal... Viens-tu? ..

— Ils se dirigèrent vers la barrière de Belleville, qui est la plus proche, et sur la route, au moment où les nuages amoncelés de nouveau promettaient une nouvelle bourrasque, ils rencontrèrent le fiacre et y montèrent.

— Est-ce que les trois bourgeois que j'ai amenés ont eu leur affaire? demanda le cocher avec inquiétude.

— Oui, mon brave, répondit du Chesnel.

Le bon cocher laissa tomber ses deux bras le long de soncarrick. Sa figure exprima une véritable désolation.

— Quel malheur!... dit-il. — Est-ce que vous allez me payer mes deux heures, vous autres ?

— Oui, mon brave.

Le jjcont du bon cocher reprit une demi-sérénité.

— Ofest que, ajouta-t-il pu hésitant, les trois bourgeois m'ont promis un bon pour-boire. Est-ce que vous allez mo le donner?

— Oui. mon brave.

-.- Hie !... cria le cocher en allongemit un coup de fouet triomphant à ses rosses. C'est pas l'embarras... trois d'enlevés!... eu voilà de l'ouvrage !... Uie! donc, hie !... Une autre fois, je me ferai payer d'avance, tout de même.

— Ah! ah!... s'écria Josépin en s'étendant au fond du fiacre... Maintenant, il peut venter, tonner, plfuvoir, grêler, je m'en moque... Ah çh! dis donc!... lu avais l'air do pousser à la consommation... Est-ce que tu on voulais au jeune homme?...

— Mon Bien, non.

— Vous vous connaissez?... J'ai vu ça dans ses yeux.. Quand nous sommes arrivés, il a été sur le point de te parler... Qu'est-ce que c'est en définitive que ce petit garçon?...

— Je n'en sais rien, dit du Chesnel.

— Où l'as tu donc vu?

— A ma noce... C'est quelque rhosa conmic le frère de ma femme.

Le 20 fé\Ticr 1815, une pauvre vieille femme de la rue des l'etiles-Ecuries, qui avait vendu .son fond de laitière à un Olou. lequel filQu avait mis la clef sous la porte, rencontra son homme aux environs de la halle.

Elle le saisit au collet.

Le peuple s'altroui)a.

Le voleur était robuste ; la pauvre vieille chancelait sous son émotion et sous .son grand âge.

Le peuple, dans son instinctive et souveraine justice, aida le voleur à .s'échapper et hua In vieille lèmme on l'appelant folle, sorcière, etc., etc.

Ceci est de l'histeire. Nous citons le fait, parce qu'il est d'hier, et parce que nous avons vu de nos yeux les larmes de la pauvre femme. A quiconque connaît le pavé de Paris nous n'avons pas besoin de dire que le même fait et ses variantes se renouvellent vingt fois en un jour.

11 faut trembler dès qu'on est à la merci des verdicts soudains et braillards de ces tribunaux crottés dorvt la sentence est .sans appel.

Nous ne savons de comparable à cette justice effrayante que la hautaine juridiction de ces hommes verdâtres qui portent des boutons de livrée et fument leurs pipes aux barrières.

Le gouvernement les paie pour empêcher la contrebande. Ils empêchent peut-être la contrebande. C'est la moindre chose. — Mais ils mettent partout leurs mains sales, et en arriveront sous peu à insérer leurs .sondes rouillées dans le ventre des passans. Ils sont en outre très rudes, ces hommes verts ; ils ouvrent les portières des voilures et ne daignent point les refermer. Ils parlent bref. Us sont l'autorité.

Nous avons pris la coutume de les saluer en passant, très bas, et de leur demander des nouvelles de madame.

Romée qui omit cette précaution fut victime du zèle farouche des préposés de la barrière de Pantin. Ces préposés avaient laissé passer le coupé du marquis, parce qu'il était pimpant et armorié, mais, en voyant accourir de loin un homme souillé de boue et en désordre, ils ne purent supposer autre chose, sinon que cet homme portait cent ou cent cinquante livres de tabac belge entre son gilet et sa chemise.

On l'arrêta net.

Et comme il voulut parlementer un peu vivemeRt, on l'entraîna dans la hutte mal odorante où les hommes verts grillent des harengs et dévorent de l'ail.

C'est, 'comme on voit, l'histoire de la vieille femme. — Le voleur passe, on arrête le volé.

Pendant que Romée pestait dans la salle des préposés, le coupé enfilait au galop la rue Lafayette, qui n'était alois que tracée. — Les deux stores des portières étaient fermés. Ce nonobstant nous jetterons à l'intérieur un regard curieux.

C'était une miniature de boudoir, une boîte de salin oii le jour arrivait doucement brisé. Les parois bouffantes 0|)posaient à tout choc leur élasticité moelleuse, et neutralisaient presque l'imperceptible sec-ousse que no pouvait réduire l'acier flexible des ressorts.

Gaston était couché sur la banquette de derrière et en occupait toute la longueur. Le marquis, au lieu de s'asseoir sur le tabouret h reculons où Josépin avait posé le matin sa longue et docte personne, s'était agenouillé sur la peau de tigre qui servait de tapis.

Gaston respirait, mais ses yeux ne s'ouvraient point. Il semblait que le doux bercement de l'équipage alanguissait davantage .ses nerfs épuisés. Il dormait. ' So« souffle gardait encore des sifflemens pénibles et rauques.

Sa tête portait contre le satin blanc de la tenture où s'écrasait sa coiflure en désordre. Une fièvre lente ramv-nait le sang à sa joue. Ses paupières closes s'entouraient d'un demi-cercle bleuâtre...

Le marquis tenait une do ses mains qui dépassait les franges du coussin.

Il avait mis lui aussi sa tête contre la paroi rembourrée à deux pouces de la tête de Gaston.

11 était exlraordinaircment pâle, et le sang i|ui couvrait le col de sa chemise faisait ressortir les teintes (iresque livides de sa joue.

Ses cheveux, longs et lins, tombaient en boucles mêlées sur son front où se séchaient quelques gouttes de sueur. 11 était beau.

Elle était belle...

Il y avait dans ses grands yeux d'un bleu obscur une langueur aride. — Son corps avait des tressaillemens soudains. — Sa bouche murmurait confusément d'ardentes paroles...

Ses paupièrt's ramenaient tout à œup leurs cil» d» soie sur sa joue décolorée et se relevaicut lentement, liumides, en un long regard d'amour.

Elle était belle, — belle comme un rôv v d'amant. '

EJle souffrait, trop heureuse... Son corps admirable s'affaissa sur lui-même, entraînant la main de Gaston qu'elle pressa, froide, contre son Iront eu leu.

Ainsi éclairée vaguement par le demi -jour que tamisait la soie des stores termes, sa beauté niagnilique semblait rayonner une lueur propre et s'illuminait de passion...

Oh ! c'était bien une femme, — une vierge domptée par les ardeurs poignantes de l'amour qui foudroie...

Elle aimait. — C'étaient de belles plaintes, do supplians murmures, suaves chants que la tendresse exhale et qu'elle n'entend pas, des soupirs impatiens, des aspirations emportées, des pleurs tmiides...

Puis un long silence immobile, quand son fuiie s'enfuyait en un rêve. i^'iH

Elle se redressa. Son œil brûlait, sa lèvre était blanche. Sa bouche s'appuya frémissante sur les lè\Tes de Gaston, qui eut un sourire et murmura le nom d'> Sainte.

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