‹ Les amours de ParisChapitre 43 sur 190 · LA BAROXXE BE ROYE · texte numérisé non relu

LA BAROXXE BE ROYE

Nous somniQS au Ipndomnin du duel de la bulle Saint- Ciiaumont.

Nous entrons au no 4 de la rue Casti^^lione, chez madame la baroiuie de Roye, — cette belle baronne dont le docteur Josépm. parlait à Roby l'autre soir avec tant d'emphase à l'Opéra.

Cette belle baronne, veuve après douze heures de mariage, qui était la*protectrice de Josépin, la protectrice de l'avQué Durandin, et dont nous avons vu le nom compromis dans une conversation des deux amis à l'Opéra, durant le deuxième acte de MoL^e, avec les noms de du Cliesnel et de Uenisart.

C'était sans doute le boudoir de madame la baronne.

Une tenture de soie bleue descendait du plafond sculpté, encadrant les grandes glaces çt amollissant l'éclat trop vif du jour extérieur, qui se jouait, avant d'entrer, parmi les plis affaissés et les larges broderies des rideaux do mousseline des Indes. /

A travers leur voile diaphane, on apercevait les arbustes d'une terrasse, sorte àa jardin suspendu, où novembre laissait qucl(|ue verdure attardée.

La pièce était de moyenne grandeur. Il y régnait uneatmosphèrc tiède, doucement parfumée.— Au seuil mouraient les bruits du dehors.

A droite, s'ouvrait à demi la draperie lourde d'une alcôve. A gauche, un enfoncement de même forme t!ue l'alcMc, et drapé pareillement, laissait voir un prie-Dieu d'ébène où reposait un missel relie de velours et d'or..

Quelques magnifiques tableaux pondaient sur la soie des murailles. Entre deux de ces toiles, qu'un connaisseur eût couvertes d'or, il y avait, dans une niChe mignonne, lieux castaguettes d'ébène et un petit poignard, dont on voyait étinceler les fines ciselures. • -

L'alcive était sombre. L'œil n'y pouvait rien dislinguer. Mais, parmi le silence absolu de la chambre, on y entendait le souffle faible et régulier d'une personne endormie...

Une porto perdue dans les draperies voisines du petit oratoire s'ouvrit douc-mcnt, et une femme mit son pied avec une précaution timide sur le ta[)is épais.

i:lle était grande, et le mouvement qu'elle fit pour repousser la porte suîfil à déceler la gi'âce exquise de sa taiilr.

Elle avait une robo du matin en reps noir dont les plis moelleux n'étaient assujélis ([ue par une cordelière à la taille et par une agrafe au cou. Celte robe couvrait entièrement les épaules et la poitrine. De ses plis négli;;emn!ent abandonnés,' mais (pu ne pouvaient voiler complètement la noble beauté d'un busti- d',- reine, s'élançait un cou i-ur,

flexible, harmonieux, scfr lequel ruisselaient à longs flots les boucles molles d'une opulente chevelure noire.

Le visage était dans l'ombre. Le dessin expressif et correct en apparaissait vaguement, éclairé par la flamme de deux grands yeux bleus dont le regard étrange descendait au cœur comme une brûlante caresse.

Elle s'arrêta au seuil ; elle écouta. Sa pose îimide, attentive, contrastait avec le caractère superbe de son impériale beauté.

Tandis qu'elle écoutait, son sein soulevait doucement la soie émue de sa robe. — Le bruit faible qui partait de l'alcôve vint jusqu'il elle. On eût dit que ce souille appelait son àme. Elle appuyasses deux mains sur son cœur...

Elle fit quelques pas sur le tapis.— Son pied glissait sans bruit. — Sii démarche avait cette grâce forte, du rampement delà panthère...

Elle s'arrêta de nouveau, et ce lut encore pour écouter.

Elfe était au milieu de la chambre. Le jour, se courbant sous l'ogive de soie des lùdeaux de la fenêtre, la frappait en côté. Les mille perfections de son corps admirable s'éclairaient tour à tour tandis que son visage restait à l'ombre de ses cheveux.

Un instant, son front se pencha, rêveur. — Puis elle rejeta en arrière, par un mouvement brusque, l'orgueilleuse richesse de sa chevelure, dont les boucles agitées entrechoquèrent leurs spirales mobiles. — Il sembla que les lueurs glissaient çà et là chatoyantes, fugitives, parmi ces belles ondes...

La lumière frappait mainlcnant ses traits. Son front resplendissait. Tout s'éclairait autour d'elle.

Celait la poésie de la beauté, — la beauté ardente, mais pudique, timide, mais fière, et n'ayant d'autre parure que son magique rayonnement. n

Il y avait commo un attrait fatal dans ce regard profond et doux ; ce divin sourire domptait l'àme éblouie.

C'était un chcf-d'œ-uvre de Dieu. — Vous l'avez vue peut-être, mais ce fut en rêve, et à cette [u-cunière heure d'amour qui mel une céleste auréole au front de la fcnmie ain;ée.

Elle était aussi belle, elle était plus belle que votre jilus cher souvenir, — plus belle que cette imago gravée tout aw'lbnd île votre cœur et qui sourit aux caresses dis vos rêveries. ' ,

Cette femme avait nom madame la baronne do Roye.

C'était Carmen.

Corn;eii souleva le rideau de l'alcôve. Un peu de jour y pénétra derrière elle, éclairant faiblement le visage de Gaston endormi.

Son sonuneil était calme. La fatigue d'une nuit douloureuse qui avait suivi une journée d'épuisement pliysique et de trouble moral, le sang qu'il av||| perdu par sa blessure, le silence enfin, tout contribua" rendre profond et tranquille le repo; si nécessaire au dernier des .MaiHepré.

L'agitation de la nuit avait dérangé les couvertures. 'Luimême gardait la position prise au plus fort de la fièvre. 11 était presque en travers sur le lit, et sa tête pendait, renversée, au-delà de l'oreiller de dentelles. L'un do ses liras s'arrondissait sur sa poitrine : l'autre, relevé, siipportait le poids de sa tète et disparaissait dan.s la molle rondeur du traversin.

Carmen lé contemplait et retenait son souffle. Sa bouche s'entr'ouvrait, muette; son sourire s'attendrissait conmie le sourire; d'une mère au chevet do son fils, comme le sourire béni de l'ange qui nous garde et qui veille à la droitiî de notre cœur.

Do ce radieux visage qui se penchait et parlait d'amour ne tombait-il point do b'ca<ax rêves sur le front endormi de Gaston?...

Gaston ne senlait-il point celle halein;» suave efileurer ses tempes, chaudes cncore.dc'la fièvre récente?...

Ne songeait-il point ([u'il y avait une fée aux ailes d'or

qui planait sur sa couche, et dont le bouquet, elfeuillé, versait les fleurs qui caressaient sa joue!...

C'est un magnétisme -étrange. — Gaston eut un doux sourire, auquel répondit le sourire enchanté -le Carmen.

De belles visions berçaient maintenant le sommeil du blessé, — sa joue se colorait. — Sa main s'ouvrit puis se refeé.ia, comme pour presser une main amie.

la maind'^ Carii^en, mue par une force iriésisUblp, s'avança lentement et se posa sur les doigts de Gaston.

Le contact la fit tressaillir. Sa belle pfdeur fit place à un rouge vif qui descendit le long de ses joues jusqu'à sou cou....

Puis sa pâleur revint ptus maie. — Ses yeux secs voi^ liront leur flamme. Sa prunelle se noya dans d'extatiques lango^vs.

Coiiibée ainsi sous la > ôluplé victorieuse, elle gardait comme lin vêtement do pudeur. C'était l'impétueux amour de lrtvier.se trop' longtemps; ignorentc que!:! rxisMoii dompte et foudroie...

Gaston balbutia. Carmen pencha son oreille avide.

— Sainte !... murmura Gaston.

La main de Carmen se retira.

Elle "se redressa, glacée.

— Sainte ! répéta-t-elle;— toujours Sainte !... Oh ! comme il l'aime! et'qu'ello doilêlre heureuse'...

Carmen croisa ses bras sur sa poitrine. Sa paupière se hai:sa. -La tristesse, une tristesse amère, avait éteint les vifs rayons de ses yeux.

Elle demeura longtemps ainsi, et, tandis que. son ceil se clouait au sol, mille sentimens passaient et se peignaient sur sa physionomie.

Elle était jalouse; elle ha'issait, elle menaçait; — mais file auiiait. Au plus fort de sa colère, l'amour la courbait, soumise, et fondait en larmes silencieuses les feux hostiles de son regard...

Lejour grandissait. Les oiseaux cliantaient dans -le grêle feuillage des arbustes de la tj-rasse. Le soleil qui ne pouvait franchir la barrière opposée par les rideaux, tamiail sa lumière par les porcs de l'étoffe et caressait les objets de ses lueurs adoucies.

Sous l'arceau formé par les draperies de l'alcôve, on n'apercevait que le blanc visage de Carmen, tranchant sur le fond ebscur, comme ces figures célestes que Carnvage jetait sur ses sombres toiles et qui semblent rayonner un éclat propre, comme les astres dans la nuit.

Lorsque ses longs cils relevèrent leur courbe aiguisée, son regard rencontra dans la glace, vi^-à-vis d'elle, ses traits exquis, seuls éclairés parmi l'ombre de l'alcôve. Sa tête se releva, fne joie orgueilleuse illumina son front.

— Celte Sainte, murmura-t-elle avec une reconnaissance na'ive, — peut-elle être plus belle? Mon D'ieu! merci pour la beauté que vous m'avez donnée !...

Elle se retourna vers Gaston et -e pencha de nouveau au-dessus de son sommeil.

Gaston s'agitait. Sa bouche s'entr'cuvrait, souriante. Le sang venait à sa joue. — On eût dit que le regard de Carmen, par une my^stérieuse puissance, précipitait en lui le cours de la vie...

Son soulfle devint irrégulier et confus. Une plainte heureuse murmura entre ses lèvres. Il étendit en avant ses deux bras qui tremblaient...

Carmen tremblait aussi...

Son corps soirple ondula et se coula entre les bra-; ouverts de Gaston. — Gaston la saisit, aveugle, et l'attira. Lefirs bouches se touchèrent. — Carmen, mourante, glissa sur ses genoux.

Gaston s'éveillait et la regardait avidement.

— Mon rfne!... dit-il; — mon beau rêve !... c'est vous que je voyais!... Venez-vous du ciel?...

Carmen ouvrit les yeux à demi. Un sourire faible erra sur sa lèvre blêmie. — Elle ne parla point.

Elle joignit ses mains. Sa tête s'appuya contre la soie de la couverture.

Et, au travers de ses longs cils, par la fente de ses pau-

LE SIÈCLE — YH.

pières demi-closes, son regard esclave caressait Gaston et lui demandait de l'amour... •-.- ...j

Carmen était assise au chevet du malade. Une heure s'était écoulée.

— Ma blessure n'est rien, dit Gaston ; — madame, je no puis accepter plus lonL-temps voire hospitalité géiiérease... Ma sœur doit souffrir et m'attendre... '

— Comment se nomme votre sœur? demanda Carmen.

— Miie a nom Sainte, madame.

— Sainte 1... Sainte !... s'écria Carmen dont une joie folié inonda le co^ur;— vous êtes le frère de Sainte !... oh 1 merci !... je croyais... mais que je l'aime à présenti

— Pauvre Sa;Ntel reprit Gaston; elle a bien pleuré depuis hier, madame... nous somme? seuls au mondeànous aimer, elle et moi... si vous saviez quels trésors d'angéliques tendresses il y a au fond de son cœur!... "' '

— C'est votre sœur, dit Carmen ; — je serai son amie... Gaston secoua la tète et baissâmes yeux. Sa voix prit mw

inflexion (orme et triste.

— Vous venez de m'apprendre à qui je dois ces .soins délicats, celle hospitalité prodigue qui a accueilli le pauvre blessé, répondit-il; — vous êtes madame la baronne de Royc... la sœur ds monncurle marquis de Maillepré, mon adversaire... Oh! madame, croyez bien qu'il n'y a pour vous eh mon cœur que respect et profonde pTatitude... mais Sainte e.-,tune ouvrière, comme je suis, moi, un ouvrier... entre une grande dame et nous quels rapports sont possibles?...

Carmen fut quelques secondes avant dé répondre.

— Vous le baissez!... murmura-t-elle enfin; — et vous ne me pardonnez point d'être sa sœur!...

Gaston rougit.

— Entre lui et moi. madame, dit-il d'une voix que faisait tremt)ler son émotion croissante,— il y aura désormais votre souvenir... Je le haïssais... Oh 1 et j'avais sujet de le ha'ir. madame!... mais je vous ai vue... je crois que j'ou- Ijlierai ma baine...

La belle baronne remercia tout bas.— li y èiit 'mi silence.

Gaston n'avait jamais aimé. — Carmen avait aimé une fois et autrement.

Gaston sentait son âme amollie et troublée. La passion grandissait en lui à son insu. Elle enchaînait son cœur qui ne voulait point encore y croira

Carmen savait qu'elle aimait, parce que l'amour la dominait, vaincue ; parce que c'avait été en elle une tempête foagueus-i du cœur et des sens; parce qu'il n'y avait plus rien en elle qui ne fût amour.

Et cet amour soudain, violent, profond, avait jeté dans son esprit une confusion extraordinaire.

Sa nuit s'était passée à méditer et à douter.

Car le crime et les hasards de sa vie l'avaient laissée vierge.

Elle avait joué bien souvent l'amour et bien souvent joué avec l'amour. — Madame la baronne de Roye avait vu à ses pieds bien dos air.àns esclaves. — Que de-femmes le brillant marquis Sauvage avait entraînées dans sa course capricieu''e!...

Mais nul homme n'avait pu trouVerJe chemin de ce cœur hautain et bizarre en sa puissante vigueur. Ils araient pa^sé devant le regard toujours indifférent delà baronne. Elle avait fait d'eux une pamre ou un jouet.

Et d'elles, de toutes ces femmes domptées par le charme étrange ipii était en lui, le niarquis Sauvage avait fait aussi un jouet ou une parure.

Nul ne l'avait possédée; — il lés avait vaincues toutes ef'itaVait dédaigné de iiroQterde. sa victoire. '■

Une fois, une sbylc fois ^bn cœiir avait battu, apprenant tard et avec étohnement les délices impatientes du

dé-ir. ■ ■■...:):.

ll;?vait rêvé dé longues heilres, et le hom de Afarie de

Varannes s'était gravé tout au fond de son ;1me. ' ■

' C'est que Marie était bien belle et biten pure ! c'est que son

PAUL FEVAL.

regard souffrait et disait tout ce que sou amonr lui coûtait de larmes !

— Pauvre Marie ! — Le marquis la voyait prier Dieu si sainlemertt ! ' elle ressemblait si peu aux autres femmes!...

Il l'aima; il la poursuivit ; mais il s'arrêta devant ces pleurs touchans de l'épouse vaincue qui joignait ses mains et demandait grâce à l'amour...

Ce n'était point là une de ces passions eflrénées qui emportent et brisent toutes barrières; c'était cette tendresse noble du chevalier pour sa dame, ce sentiment lort et doux qui tient le milieu entre l'amitié d'un Irère et le délire de la passion...

Un soir, nous le savons, le marquis, au bras même do Marie de Varannes, aperçut pour la première fois Gaston.

Ce fut un coup étrange. Il sentit s'éveiller en lui une autre âme. Sa nature se dédoubla. Un voile passa sur sa vue...

Et , toute cette nuit , madame la baromie de Roye veilla...

Cette créature puissante, Carmen qui courbait le bras et le cœur des hommes, chercha un refuge dans sa force. — Elle n'avait plus de force.

, Elle avait beau se dire :

— La robe d'une femme ne peut changer le sexe d'un homme...

Elle rappelait à elle l'image voilée de Marie de Varannes. — C'était l'image de Gaston qui venait.

Et son cœur fléchissait, son cœur si robuste I sa bouche apprenait de brûlantes paroles. Sa raison se troublait. Une fièvre âpre la rendait folle...

Le jour venant lui rendit le courage. Elle foula aux pieds ses habits de femme, qui lui semblaient un déguisement odieux désormais. Elle endossa avec un frémissement d'orgueil le vêtement qui faisait d'elle un homme.

Le marquis Sauvage releva son front fier. Fi des terreurs de la nuit!...

Ce fut durant cette journée que, se forçant à être empressé, il obtint un tête à tête avec Marie de Varannes. — Le hasard ramena Gaston sur son chemin ; il lui jeta sa bourse et sa carte sans le reconnaître. Puis il partit au galop, parce que, derrière, suivait une autre voiture connue, eu s'ouvrait l'œil espion de Diane deBaulnes...

Nous savons ce qui résulta de cette rencontre. Gaston se rendit à l'hôtel du marquis et le provoqua. Peut-être le marquis eût-il supporté l'insulte, mais Marie de Varannes était là, tout près, qui, tremblante, entendait et voyait l'outrage...

Et puis, en ce moment, le marquis se sentait contre Gaston des mouvemens de haine furieuse. Il se souvenait de sa nuit. Il avait honte, et quelque frayeur enveloppait son esprit encore. — C'était Gaston qui avait produit ce trouble et chauflé ce délire. — Il lui (allait la mort de Gaston.

Il y eut en lui, jusqu'à la fin de cette soirée, une excitation inquiète qui le sauva de lui-même. Il fut gai. Le raout de madame de Pontlevau le vit plus charmant encore que de coutume. Il eut pour Marie de Varannes des soins émus, di délicates t-endresscs. Ce fut avec froideur et liberté d'esprit qu'il prit auprès de du Chesnel et du docteur Josépin ses mesures pour le duel du lendemain...

Mais la nuit, — oh f que de mortelles angoisses ! que d'amour fougueux ! que d'espoirs insensés!...

Carmen pâlissait, belle, aux lueurs nocturnes de sa lampe. -^ Vous eussiez vu son œil fixe, sa lèvre pâle et ses tempes tremblantes sous les masses dénouées de ses longs cheveux noirs.

Assise sur son séant, elle pensait. Son corps admirable tressaillait au vent glacé de la crainte, et son regard se fermait devant quelque vision qui lui faisait horreur...

— Je le tuerai, disait-elle; — demain, nous serons épéo contre épée... Il faudra bien que je le tue !...

Et son œil s'allumait à c«tte pensée de vengeance. Elle se redressait au-dessus do sa fatigue découragée. Puis son front so courbait de nouveau,

iiS:

— Le tuer ! mon Dieu ! le tuer!... murmurai t-el le en frissonnant; — si jeune !... si beau!... si cher!...

Ses deux mains pressaient convulsivement sa tête qui éclatait.

Elle s'endormit, harassée de lassitude.

Des rêves vinrent qui secouèrent son sommeil et continuèrent l'angoisse de «a veille. »

Elle gémissait; la fièvre la tordait...

(rétait sur le versant brûlé d'une Sierra d'Espagne. Il y

avait devant elle une vieille femme au costume étrange, au

i visage sillonné do mille rides jaunies... Et Vahbel lui disait :

« Enfant, tu seras beau... mais tu seras plus belle... As4u

deux cœurs 7... »

Puis, par une nuit noire, dans une gorge des montagnes d'Ecosse, c'était un grand vieillard à la physionomie sauvage et mystique, dont la bouche s'ouvrait pour prononcer les paroles énîgmatiques et bizarres du chant de Jan Vohr :

Le sang de rhorame teint son âme; Elle est rouge : ainsi la fit Dieu, Et blanche est l'âme de la femme.

De quelle couleur est ton âme?

Carmen s'éveilla en sursaut.

Elle avait Tes cheveux épars et l'œil égaré.

-^ Jan Vohr!... dt-elle; Jean Vohr et Yahbell... Ah! oui... j'ai deux cœurs... Mon Dieu ! mon Dieu I cachez-moi mon âme!...

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