LE GRAND CHEF
Biot revint peu d'inslans après.
Il trouva Berthe à son pOsto auprès de la duchesse douairière.
Rien dans la chambre ne pouvait luire deviner ce qui venait de s'y passer. — Tout y était en ordre.
La duchesse douairière tremblait sur son fauteuil à oreillettes. — Elle essayait de parler et ne pouvait point y réussir.
Elle était bien vieille. — Le coup qui venait de la frapper était le plus terrible qui put l'atteindre en ce monde.
Elle n'avait qu'un souvenir... Une seule fois quelque chose de semblable à un cœur avait tressailli dans sa poitrine...
Cette boîte, ou plutôt le portrait qu'elle renfermait, c'était toute sa jeunesse, tout son bonheur...
C'était la relique d'un crime; mais la duchesse ne savait pas le remords.
Elle n'avait plus rien... elle sc^sentait seule. — Elle restait comme foudroyée.'
Le frêle débris de vie qui était en elle s'engourdissait et se paralysait
Ni Biot ni Berthe no purent savoir ce qui lui était arrivé...
La course de Biot avait été inutile, il n'avait pu joindre Denisart, lequel, suivant notre opinion, était tomiié dans quelqu'un de ces trous qui se rencontrent sur le chemin des gens ivres par les soins exprès du dieu spécial qui veille à leur destinée.
Le vieillard que nousavons vu s'introduire dans la chambre de l'aïeule, était iHendu seus sa couverture, dans la pièce que monsieur Williams lui avait assignée pour réduit.
Tous les malins, John Robertson ou Toby Grant le conduisait dans le jardin, pour qu'il respirât un peu d'air frais.
Ce jour-là, Toby avait été t)ccupé dès le itver du jour dans le cabinet do sou maître. John avait cru pouvoir laisser le vieillard seul ijn instant dans le jardin, dont toutes les issues d'ordinaire étaient closes.
Mais John avait compté sans Denisart.
Le passage de celui-ci avait laissé ouverte, en effet, la porte qui donnait entrée dans les couloirs conduisant à l'aile droite, à travers le corps de logis.
En furetant, le vieillard avait découvert cette issue, et, suivant cet instinct curieux qui est le propxe de la folie, il s'y était engagé aussitôt.
On l'avait chc-rché partout.
Comme de raison les recherches avaient dû ètru vaines. Ce fut dans sa retraite môme qu'on le retrouva, couché sur sa couverture et se donnant, avec cette dissimulation que n'exclut point la démence, les apparences d'un calme parfait.
On ne sut point où il avait été. — A plus forte raison ignora-t-on le vol qu'il avait commis... îlonsieur Williams revint dans son cabinet de travail. — Toby s'assit à sa table et ils poursuivirent leur tjiche, qui touchait à sa fin.
Tels étaient les faits rapportés dans cette dernière partie du Mémoire :
James Western fût poignardé le jour môme do son arrivée à Paris, clans une chambre de l'hôtel du Sauvage par une femme nommée Carmen.
Ce qui suivit immédiatement cet assassinat n'était point connu de monsieur Williams.
11 affirmait seulement que le soir du mercredi des Cendres de l'année 1826, douze heures après l'étrange lutte que. Western avait soutenue contre une femme et oîi il avaitété vaincu, l'Américain reprit ses sens sur un graiiat misérable, dans un trou ijoir, où il n'y avait point d'air.
James Western avait à la gorge une horrible plaie. Il s'était évanoui sur le coup, et le médecin qui lui donna ses soins plus tard déclara quîau moment de la bleSsure il avait dû tomber foudroyé.
Lorsqu'il reprit ses sens, sa situation ne valait guère mieux que celle d'un homme mort. Il se trouvait seul, incapable de se mouvoir, épuisé par la perte énorme de sang qu'il avait faite, avec un fou qui était son sauveur.
Ce fou était un malheureux aux gages du maître de l'hôtel, qui le louait au Caveau du passage du Perron en qualité de Sauvage.
On l'appelait à ce café le Grand chef ou le Sagamore.
James Western n'a jamais pu tirer de cet homme des détails précis sur la manière dont il l'avait introduit dans sa retraite ; mais il manquait une planche au plafond immédiatement au-dessus du grabat.
James Western a supposé depuis que Carmen, pour dissimuler son crime, avait voulu cacher le cada\Te,sous lo plancher do la salle où le souper avait eu lieu.
Le bruit fait en descellant les planches, quelques gouttes de sang, peut-ôtre, avaient donné l'éveil au sauvage qui, descellant lui-même l'une des planches du plafond, avait reçu le cadavre entre ses bras.
Suivant la remarque de monsieur Williams, celui qu'on appelait le Sauvage était un homme d'une très grande taille et d'une force prodigieuse ; sa retraite, située à l'un de ces entresols particuliers à la rue de Valois, qui sont placés entre le prenrer et le secand étages des mai.sons, était si ba.sso qu'il pouvait aisément toucher le plafond de la main. — Le fait n'avait donc en soi rien d'invraisemblable...
James Western soull'rait cruellement ; le sang qui emplissait sa gorge l'empêchait de parler, il fallut pour son salut que la Providence envoyât une pensée sage au pauvre insensé. , , ,
Lorsque vint, en effet, l'keure à laquelle le grand chef était contraint de so rendre au caveau du Sauvage pour la représentation du soir, il eut répugnance à laisser le blessé tout seul.
Il l'enveloppa dans là couverture du grabat, le chargea sur ses épaules, passa sans répondre au milieu des domestiques de l'hôtel et frappa à la porte d'un médecin de la rue Neuve-rles-Pelits-Charaps.— On ouvrit ; le Sauvage entra, déposa son fardiau sur uue banquette et sortit sans dire une parole.
Western était sauvé. Il se trouvait chez un homme habile et généreux dont les soins le rendirent à la vie.
Sa convalescence fut longue et douloureuse. Pendant bien longtemps il ne put recouvrer l'usage de la parole. — Aujourd'hui encore il a conservé les traces de cette terrible blessute. Son cou a la dureté rigide de la pierre... Western se trouvait sur la terre étrangère, sans ressources aucunes. Avant le meurtre, il s'était défait lui-même de sa bourse et son assassin ne l'avait poignardé que pour s'emparer du portefeuille, contenant toutes ses valeurs. La généreuse confiance du médecin vint ou secours de ce dénûment, toiit d'abord. Il ne fallait d'ailleurs, pour y mettre un terme, que le temps de recevoir des lettres d'Amérique.
La pins cruelle Ibuffrance de Western pendant sa maladie avait été le remords. Il se représentait incessamment la détresse des gens qu'il était venu secourir.
Dès le surlendemain du meurtre, alors que ses idées vacillaient encore danî son cerveau, cette pensée le dominait déjà.
il fit prendre immédiatement des renseignemens à l'adresse du marquis Raoul de Maillepré. — Mais les .Maillepré avaient quitté la maison de monsieur Polype dans la matinée du mercredi des Cendres.
On ne savait pas ce q'u'ils étaient devenus.
Dans son élal actuel, James A^'cs'.ern n'en pouvait faire davantage. Jl attendit avec une impatience qui doublait =a fièvre le moment oti ses forces revenues lui permettraient d'agir.
Durant les longs mois qu'il passa dans son lit, il recevait parfois la visite du sauvage du Caveau du Perron...
C'était quelque chose d'étrange. Jlalgré le dérangement de sa cervelle, le grand chef semblait s'être attaché tendrement à l'homme dont il avait sauvé la vie.
Chaque fois qu'il- pouvait s'échapper du trou qui lui servait de retraite, il frappait à la porte du médecin de la rue Neuve-des-Petits-Chanips.
Les domestiques avaiei:! d'abord voulu lui refuser l'entrée, ma-Js le grand chef était de taille et do force à ne se point inquiéter de ces refus. Il avait passé outre la première fois, et les autres, sur l'ordre du docteur, on l'avait inlroduit de bonne grâce.
Il venait s'asseoir silencieusement au chevet de ^^'estern ; il le regardait et se prenait à chanter doucement un chant dont ies notes sourdes et monotones appelaient le sommeil sur les paupières du blessé.
Western, en ce temijs-là, n'avait point recouvré encore l'usage de la parole ; la vue du Sauvage amenait à sou visage une expression énme ; il faisait des efforts pour parler, et c'était en ces momens qu'il semblait ne pouvoir se résigner h son riMe do muet.
C'est que Western avait trouvé un vague souveuir parmi les traits mutilés, défigurés du Sauvage. Et puis le grand chef était un Chérokée. — Q\ie de choses il auiait eu à lui demander 1
Ce lurenl là ses impressions premières. — Plus tard, il eut d'autres raisons encore de regretter la parole et de s'émouvoir davantage...
Le grand chef, lorsqu'il sortait, couvrait sa nudité réelle ou feinte d'un long manteau fermé au cou.
Un jour qu'il était assis au chevet de Western, celui-ci suivit d'un regard distrait les tatouages qui couraient bizarrement sur la poitrine du Sauvage.
Son regard s'arrêta au-dessous du sein gauche et cessa d'être distrait.
A la place du cfcnT,\e grand chef portait un dessin do très petite dimous.on, qui avait à j^u près la forme d'un écussôn.
Western, en sa qualité de républicain, ne s'était prcba blement jamais occupé beaucoup d« sciences héraldiques, mais il avait vu si souvent autrefois, soit entre Ic^ niaiMs du duc Jean, soit entre les mains du marquis RaQjjl on de la duchasse Berthe, des objets aux armes de Maillepré, qu'il q,vait ces armoiries gravées dans la mémoire.
Il crut reconnaître dans le tatouage de la poitrine du grand chef une sorte de copie grossière de l'écusson du duc Jean.
Il écarta le pan du manteau et regarda mieux. C'étaient en effet les trois maillets dans un pré : l'écusson desinople aux trois marteau* d'argent...
i!etto vue changea en certitude subit» les soupçons vagues qui avaient agité jusque-là l'esprit de Western.
Si bizarre et invraisemblable c\uè l'itlée eût pu lui paraître au premier abord, elle prit possession de lui et combattit victorieusement le doute.
No pouvant pas parler, il tâcha d'interroger par gestes. Il toucha du doigt l'écusson, en regardant le Chérokée en face.
Celui-ci répondit à ce regard par un mouvement d'embarras. — Son œil parcourut à deiLX ou trois reprises le visage de James Western, comme on fait des traits d'un ami perdu bien longtemps...
Et, en effet, il y avait bien longtemps !...
Mais cet examen n'eut point de résultat. — L'œil du grand chef se baissa, renonçant à suivre la voie égarée du ses souvenirs.
11 écarta le doigt de Western et cacha l'écusson avec la paume de sa main.
Puis il secoua la tête comme pour nier et se défendre.
— Le sang d'Oguah est rouge 1 dit-il avec emphase ; ;- Oguah est un grand chef I...
Les vieillards chérokées , assis pour mourir sur les cendres de leur village, avaient aussi prononcé le nom d'Oguah...
Ce n'étaient d onc plus des conjectures plus ou inoius plausibles. C'était ui.e certitude souveraine...
Cet homme, ce fou, ce malheureux, descendu nu doriyer * échelon de la misère humaine,' c'était le duc Jean de Maillepré...
Par quelle succession d'aventures funestes le fils des chevaliers était tombé jusi]ue-là, Western put le deviner, mais il ne le sut jamais de science certame.
En quittant Boston le duc Jean avait déjà la^fête cruellement frappée. Sans doute ses voyages solitaires et les privations de toutes sortes qu'il avait dû endurer en chemin, avaient assombri encore la nuit de son esprit. — i-"n outre il portait sur son visage et sur tout son corps des traces d'innombrables blessures. Il est à croire que rfaiis ses excursions vagabondes il avait soufierl chez quelque peuplade indienne un de ces supplices inouïs dont le ri'cit nous fait frémir dans les livres des voyageurs.
Sa raison s'était tout à, lait égarée. — On sait que la (oli est un titre à la vénération des Indiens.
Le duc Jean de Maillepré était devenu, sous le nom de Oguah. un des chefs de la peuplade des Chérokées. 11 les avait suivis dans leur émigration à travers les prairiesjusqu'aux bords des lacs qui avoisincnt les Canadas.
Là, Western savait que, prisounier des Chippeways, il avait été emmené à Québec.
De Québec, on l'avait sans doute dirigé sur Londres où les exhibitions publiques sont très friandes do véritables sauvages.
On sait que, pour les choses offertes à la curicsilé du peuple, il E'y a qu'un pas de Paris à Londres.
Et s'il nous était permis de prendre ici la parole au beau milieu du Mémoire de monsieur Williams, nous dirions que le grand chef suivit la même roile G;ue messieursVan- Amburg et Carter, — la route que sa seigneurie le général Toni-Pouce a récemment parcourue avec tant de gloire.
On vend les lions, les nains et les sauvages. la folie i5le à l'homme sa défense. — Le pi opi iétaiîe anglais du grand
MO
PAUL FEVAL.
chef voulut s'en défaire sans doute quami sa vogue lut pa-sée.
Monsieu Polype, le spérulateur universel, l'escompteur Apre à la curée qui faisait argent de tout, devint propriétaire de l'Indien prétendu, et le loua au Caveau du Sauvage...
Voilà le vraisemblable. — Quant au vrai, jamais Ogniali ne voulut dire un mot de sou histoire...
Dès que James Western eut recouvré la faculté de marcher el do parler, il voulut chercher par lui-même la lamille de Maillcpré.
Toutes ses démarches furent vaincs. 11 lut traité avec défaveur a la préfecture de police, ou il rvclamait des rcnseipnomens, et put se convaincre dés lors que monsieur de Compans avait rallié à lui l'opinon commune, et que tout prétendant à rhéritasre de Mai«lepré aurait contre lui une présomption d'imposture.
],a plainle qu'il déposa ea même temps contre Carmen ne fut suivie d'aucun ellet. On avait connu une jeune fdlc de ce nom, qui dansait dès paî de caractère sur le boule yard du Temple, mais elle avaitt disparu, et les inspecteurs de police crurcst pouvoir affirmer qu'elle s'était enfuie de Paris et de France.
James Western tenait bien peu à se venger. Sa plainte n'avait d'autre but qiie de recouvrer le portefeuille qui contenait les papiers de famille des Maillepré.
Il y avait dans ce portefeuille les actes de naissance do Gaston et de ses sœurs; un extrait de celui du marquis Raoul ; le brevet de colonel du duc Jean et une sorte d'acte de notoriété signé par le vieux William Western et d'autres [lorsonnages do Boston, qui constatait l'épo'iue précise de la disparition du chef do la famille.
Il y avait en outre des lettres du marquis Raoul et quelques" notes où était raconté tout coque nous savons do la vie des Maillepré, avant et depuis leur départ d'Amérique. Mais, en définitive, si grande que pût élre rin;portance de, ce portefeuille, sa perte devenait d'un iiitéièt secondaire, puisque les Ma-illeiiré cux-niémes échappaient à toutes les recherches.
Eût-il possédé touies les pièces qui lui manquaient. Western n'aurait point eu qualité pour intenter un procès à monsieur le duc de l'.c;np.ins.
Il y avait bien t^^uirh, le duc Jean, dont la seule présence était le gain assuré de toute lutte judiciaire. Mais conmicnt conslaler l'identité du ducJean ?.. Il était fou, il refusai! d'iuivrir la bouche dès qu'on l'interrogeait sur hon I as^é.
Surtout autre point, il oliéissait à We.stcr'.i (|ui. dès ce temps-là, commençait h prendre sur lui ;-;n enq)ire absolu; mais à cet égard, ni commandement ni prière n'avait fiu vaincre soH obstination imn'te.
Comment ;e-préseiitei devant les tribunaux au nom d'unhomrné qui lie savait plus son passé, i|ui se croyait un autre homme, pour ainsi dire, et qui .se défendait d'é'ipo lutniême?
Car Oguah était ainsi. La vie de sauvage, qu'il avait si longtemps men"e, avait ein|irf inl son esprit troublé ilé cet orgueil bizarre de l'Indien qui niet sa gloire dans la rougeur de.sa peau.
Il avait peur et il aurait eu honte de [asscr pour un vif'ige pâle.
A toute question il répondait avec une myslérieusc emphase :
— Le sang d'Oguah est rouge. Oguah est un graad chef.
Pour revendiquer un nom, Ja première chn.se est de se pnrer de ce nom. Présentera la justice sans preuve aucune un malheureux ma'uiaciue el s'écrier : — Voil.'i le duc Jean de Mailhq.ré : dé|)Ouillez les gens ijui sont en possession dosa fortune et ren'clez-lui .sou hérilage... c'était une entreprise in-enséedont l'idéa dev^^iit fuir tout esprit doué d'une ombre de prudence.
James Western ne i'essaya point, il mit son espoir dans la gui'riçon du vieux duc qu'il relira, nioyennaid un" som-
me d'argent, des mains de monsieur Polype, pour le coufier aux soins du médecin de la rue Neuve-des-Petits- Champs.
En même temps, il continuait ses recherches.
Mais James Wesleru, à son arrivée à Paris, avait reçu un si terrible accueil, qu'il vivait désormais en un état de défiance absolue et peut-être exagérée.
Il n'osait s'ouvrir à personne, parce qu'il voyait sans ce.s.se devant lui un piège ouviTt. 11 épuisait à vouloir agir par lui-même ses forces à peine rétablies et perdait dans cet immense Paris les efforts vains de son isolement.
La trace de la laniille de Maillepré lui échappait sans cesse.
Les mois se passaient. — La folie du duc Jean résistait à tous les remèdes — Il était bien vieux, et .'a nature uséo ne pri'senlait plus de re.ssource.
James Western partit un jour de Paris, emmenant avec lui Oguah, — car le duc ne répondait qu'à ce nom, et il fallait bien le lui conserviT...
^^'e5torn se rendit en Bretagne, où il avait un vague espoir de connaître enfin le sort des Maillepré. — Il y avait des années maintenant que le duc Itaoul et sa iainille avaient quitté l'ancien domaine de Kergaz avec le. bon paysan Jean-Marie, déi)Ossédé parCompans, pour avoir été trop fidèle.
Western apprit là seulement quelques détails que nous avons vus relatés aux premières pages de son Mémoire. 11 s'embarqua pour l'Amérique, — afin de rassembler sur les lieux tout ce qui pourrait remplacer les papiers perdus avec .son portefeuille.
Le vieil attorney William était mort durant l'absence de son fils.
James ^^■estorn ne trouwi jiour le recevoir que sa mère en deuil.
La mort de son père avait compromis sa fortune.
James \Vcstern aurait eu bien des soins à donneraux affaire,; de .sa famille, mais il avait commis une faute et sa vie était désormais consacrée à réparer cette faute.
C'était la pensée de toutes ses heures. Chacun de ses pas avait le mémo but. Il aurait crufoifaire en détournant à son profit un seul di.> ses efforts.
Il confiait ses propres iutérèls à des mains élrangèreA pour s'occuper di' ce qui était saniis>ion.
C.'étiut quelqius jours après l'arrivée de Jame-. \A'e.-,liiii à Boston, l.c vieux duc, qui avait beaucoup souffert dans la traversée, avait t'ié Iransporlé du navire dans son lit qu'il n'avait pas quitté depuis lors.
Pendant cet espace d'^ temps, iiétiit demeuré comme insensible. ■»
Un malin. Western le croyait endormi dans "son nlc'.v.' et- ii;'rn?iil connaissance de papiors eniérmés dans un st.^ crélaire qui avait servi au duc avant ^a luile chez les suuvage.s.
La pièce oîi ils se Irouvaicnl tous les deux était l'ancienne chambre à coucher de monsieur de iMaillepi'é.
Le secrétaire ('lait (ilacé sur le inèaie rilan que le lit. — Lesrid.'aux en di'robaieiit la 'vue au vieillard qui pou\'ail.se croire seel.
Il s'éveilla soiUlainenv^nt de fon a[>.ntlii(]ue somnolence, puur la première fois depuis le diibarquemeut.
.\u ir.ouvcmrnt bru,>(juc qu'd fit, M'estern abamlonua son tr.'ivail et l'observa sans être vu.
\^'^■. Icrn, en ce moment, dut rv lir un bien vil niouvement d'i'Sjjoir, car la figure d'O; ua : s'était soudainement éclairiif d'un rayon d'intelligenc '.
Il était évident fju'il reconnaisait la chambre où il .so trouvait.
Son reg.ird la parcourut lentement, comptant les meubles un à un et leur souriant avec mélancolie, comme à do vieux amis.
Il Sortit ime de ses jambes ilii lit, — puis l'outre.
11 s'assit sur le pierl d(^ sa coucb.e. Se- yiM.ix avaient une pensive.,.
LES AMOimS DE PARIS.
A plusieurs reprises sa main caressa son front incliné.
Western le contemplait avidement. H suivait avec un intérêt pnssionné les progrès de c^tte lueur de raison qui semblait vouloir se rallumer après de si longues te-nèbres,
Les mains du vieillard tombèrent, jointes, sur ses genoux, sa tète se pertcha davantage.
Puis une pensée parut" secouer tout à coup celle rêverie, — une exclamation gutluralc s'écliappà de ses lèvTes...
Il se leva brusquement et gagna la povle d'un pas rapide.
Western, étonné, le suivit. —La porte donnait sur un corridor. Le vieillard, arrêté au centre de ce passage, regardait autour de lui avec doute.
A droite élaient les pièces occupées par la famille Western. — A gat;c!ie se trouvait la porte de l'appartement (pj avait lini)ilé jadis madame la duchesse de Maillepré.
L"liésitalioa d"Ogiiali ne fut pas de longue durée. .
Il traversa le corridor dans la dircctioii do cette dernière porte et vint y frapper doucement.
Le silence répondit. — H y avait des années que cette porte ifavait été "Uverte.
Le vieillard redoubla, mais toujours doucement et comme s'il eilt craint d'irriter un maître sévère.
James Western le regardait de loin. — . Une émotion puissante était sur son visage frojd. — Ses yeux, qoi ne connaissaient point de larmes, avaient envie de pleurer...
C'e^t que, à cette même place, il y avait bien longtemps, le duc .lean était venu une fois... (^omme aujourd'luii, il avait (rappel celte poste en suppliant, et lorsipie celle porte s'était ouverte...
Oh ! Western se souvenait... La figure Iroide et cruelle de la duclieise avait paru sur le seuil...
Son pied impitoyable avait repoussé le duc qui était à ses g(Mioi:x et qui priait en pleurant.
Le duc s'en souveuait aussi, ou du moins dans sc«i cerveau, où revenait la démence, il y avait comme un reflet de celle scène funeste...
Il se mit eu effet à genoux comme autrefois, et ses mains jointes s'étendirent pour implorer.
Western entendit les sanglots qui déchiraient sa poitrine...
Sa voix s'éleva sourde, brisée, méconnaissable, et prononça par deux foisle nom de Berlhe.
Puis il s'alïaissa sur lui-même, privé de sentiment...
Quand il reprit ses sens, celte lueur d'intelligence passagère n'avait point laissé de trace.
Le souvenir de Berthe l'empêchail de recou^Ter la raison que Berthe elle-même lui avait aiTachée.