‹ Les amours de ParisChapitre 52 sur 190 · CH.\PITRE IX · texte numérisé non relu

CH.\PITRE IX

L AI'PAllTE.XENT E.> VILI.r.

James Western avait désormais perdu tout espoir de rappeler le duc à la raison.

Il revint en France avec le peu do papiers qu'il avait pu rassembler, décidé à recommencer la lutte, fallût-il y consacrer le reste de sa vis. ■ ..

A son arrivée à Paris, il loua le premier étage du vieil hi')tel de, Maillepré. parce que, même après tout espoir perdu, ceux qui dé-ireiU beaucouf) s'effuErent encore.

James Western se disait que peut-êlre ces lieux connus réveilleraient quelque^souvenir dans l'3medu cfuc.

C'était là, en ellet, (jue Jean de Maillepré avait pa^séson enfance, et l'on sait oiùc la mémoire des vieillards' garde ,

plus vifs et plus précis les souvenirs qui datent do plus loin.

Monsieur Williams terminait son Mémoire en disant que comme James Western l'avait crnint, cet expédient n'avait eu aucun résultat.

A bout d'espérance do ce côté, ne pouvant retrouver là trace de la famille du marquis Raoul et voyant le terme fatal prè> d'expirer, James Western avait dû tenter un dernier elTort et en appeler à l'équité de la magistrature française...

Avant de clore son Mémoire, monsi(>ur Williams ajoutait que la veille môme il avait appris l'existence d'un jeune marquis de .Maillepré.

Avant de déposer sa requête entre les mains de monsieur le présidi'iil de la cour royale de Paris, il allait s'assurer si ce iMaillepré était le fils de Raoul.

Il priait Dieu qu'il en fût ainsi et qu:> sa précaution fût inutile, mais il avait cherché si longlcmiis, — et chaque jour dans Paris donnait naissance à tant d'imposture qii'il ne pouvait s'empêcher de douter.

Kn tout cas, il était prêt...

Jlonsieur Williams parapha le .Mémoire et le signa du nom de James Western.

Monsieur Williams sortit, emportant son .Mémoire avec '' les din'érenles pièces à l'appui, et se fit conduire au no/j.'de la rue Royale-Sainl-Honoré, chez le jeune marquis de Maillepré.

Celui-ci n'avait pas paru à son domicile depuis plusieurs jours. Oii l'altendail d'heure en heure.

.Monsieur Williams fut introduit dans l'antichambre et y tfouva un personnage qui, couché tout de sou long sur deux banquettes placées côte à côte, dormait profondé-

Ce personnage était l'excellent Nazaire, qui était là depuis la veille, h l'heure où Romée avait fini sa faction.

C'était la deuxième nuit qu'il passait dans l'antichambre de monsieur do Madlepré.

• Et, comme l'expérience êsl boiuie conseillère, celle fois il àvaj}. apporté un oreiller elsou madras.

Tai| de persistance méritait assurément un meilleur sort, cl cependant elle n'avait obtenu jusque alors aucun résultat.

Le marquis avait quitté Paris, sans doute; — eu tous cas, ses gen.; n'avaient pas de ses nouvelles.

■Monsieur Williams allandit durant une heure environ, auprès de Nazaire qui continuait à routier conîme un juste.

Au bout de ce temps, monsieur Williams appela un valet fil lui dit : I

— Votre maître. u'a-t-il pasquelque homme de confiance auquel je puisse m'adresser?

— 11 y a son honmie d'alfaires, répondit le valet.

— Qui est cet homme d'affaires?...

— .Monsieur Durandhi, avoué, à--deux pas d'ici, rue de la Paix, no 10. ■ , ."

— Cet avoué, demanda monsieur Williams, possède la confiance entière de monsieur le marquis? ..

— Oh ! certainement, rqjondil le domestique. 11 sait les affaires de monsieur le marquis beaucoup m-ieux que monsieur le marquis lui-même... '■ , ■

Ce valstavait vraiment l'air d'un brave garçon, et l'était peut-être en effet... , ... r , ■ ■ . ■;■ '

— Ousiut à cela, reprit-il sans que monsieur Williams : l'interrogeât, davaiitage, monsieur Uurandin est la perle des hommes... Si vous avez quelque chose d'importan à dire à jnon-iuur le marquis, dites-le à monsieur Durandm, ce sera tout de même... ,.

.i\[or;.>iear Vj:illiaijj;?.î'eB?Qnta,daijspa;,voilure-.et.sc.,fiLconduir:' au numéro lO de là rue do la Pai.x, à l'étude de Tavoué l>jratidin. , •' ■ !: ' ' ■■' ' : ■ ■

Uurandin é.ait, nous le savons, uiihomme d'apparence toule fraijcbe et. toute ronde; il avait, uiif! habitude pro-

PADL FÉVAL.

fonde des affaires, et son visage était le masqLio le plus commode que jamais procureur ait pu posséder.

11 savait parfaitement toutes les parties du rôle que jouait le taux marquis de Maillepré ; et le contenu du portefeuille rouge, qui lui avait été communiqué dans le temps, lui avait donné tous les renseignemens nécessaires sur ia vraie famille du marquis Raoul.

Monsieur Williams l'aborda par des questions. Au premier mot, Durandin tlaira un danger et se tint sur la réserve, tout en gardant, comme on dit, le cœur sur la main.

Aux questions de TAméricain, il répondit avecun aplomb trioinphaDt. Il parla de Gaston, des malheurs de sa famille, de ses sœurs, choses qu'un vérKable Maillepré ou son représentant pouvaient seuls connaître parfaitcnlout.

Monsieur Williams, défiant d'abord , puis vaincu par cette merveilleuse comédie, laissa entrer la joie dans son ca;ur et se vit au bout de ses latigues.

Durandin était pour lui un ami, un frère, — le serviteur de Maillepré.

Après une bien longue conversation où l'avoué éleva avec un art iuûni tto véritable monceau de mensonges, le Mémoire et les pièces à l'appui passèrent des mains de monsieur Williams dans les siennes.

Enfin, monsieur Williams avait trouvé dans ce Paris si fécond en perfidies un homme franc et sincère, — un honnête homme 1...

Le lendemain même, Durandin le lui avait promis formellement, il devait voir Gaston et Berthe, et Charlotte et Sainte.

Quant au marquis Raoul et à sa femme, monsieur Williams, ou plutôt James Western, avait successivement appris leur mort, en suivant à la piste les Maillepré dans les divers logemens qu'ils avaient occupés depuis 1826.

Comme il n'en parla point, Durandin se garda de prononcer leurs noms. — Se taire est parfois la plus adroite destrom[1lries...

James Westeru rentra ce matin-lh bien joyeux à l'hùtel de Maillepré...

Lorsqu'il s'assit à son bureau et que son œil toml^a sur le portrait du duc Jean, si ressemblant à ce jeune homme qui demeurait de l'autre côté de la cour, Western haussa les épaules e' eut un sourire de pitié pour lui-même.

— Peut-on supposer de pareilles folies?... m.urmura-t-il.

Sainte se trouvait dans une chambre aux élégantes tentures dont les fenêtres fermées de jalousies ne permettaient point de voir ce qui était au dehors.

Sainte était étendue tout habillée sur un lit gracieuseiiient drapé de mousseline et de soie.

Autour.do la chambre, il y avait un cordon de peintures gaies et vives, où l'artiste avait prodigué les chairs roses et ménagé parcimonieusement l'étoffe des vêtemens.

Tout cela n'était pas d'un goût parfaitement irréprochable. — C'était brillant, c'était luxueux, mais quelque chose jurait parmi ce damas et ces broderies.

Il y avait dans cette tiède 'atmosphL-re et au travers de ces molles odeurs une sorte de parfum de mauvais lieu.

Monsieur Burot avait évidemment passé par là. Ces enchantemens douteux étaient en g:rande partie l'œuvre de son imagination erotique.

Il s'était [)lu h choisir ces peintures, à mêler ces couleurs, à dresser au fond de l'alcôve cette glace indiscrète qu'il ne pouvait regarder sans sourire. ,

.Monsieur Burot avait mis tous ses soins à créer ce boudoir, (.'était son (euvTe cliérie. Il ei'it volontiers mis au défi tous les Burot de ''"rance et de Navarre do rien produire en ce genre qui fût plus parfait.

Héellement, il y avait là un(> foule de choses utiles et conveuables.

Une petite étagère d(> Boule supportait sur ses rayons quel'i'ues douzaines de livres reliés adorablement. Ces livres, dont il no serait point séant de dire les litres, conte- i

naient sous leur dorure assez de venin en prose et en vers [lour damner un million de filles d'i'^ve...

Sur la table, il y avait des albums qui répétaient au crayou ce qui était chanté dans les livres.

Monsieur Burot était pour cette spécialité un bibliophile de premier mérité.

A part ces séductions, qu'il croyait immanquables, il n'avait point néglige la partie mécanique de son art.

Il y avait là tel fauteuil dont les bras articulés ne demandaient qu'à se rejoindre ; d'autres dont le dossier perfide cédant au moindre choc, tournait sur un axe et rendait toute résistance inutile.

Monsieur Burot avait sur tout cela une collection de plaisanteries ravissantes qu'il débitait volontiers quand il était enti-e amis. Nous avons bien du regret à les passer sous silence.

Sainte venait de reprendre ses sens.

Elle était .sur le lit à demi soulevée, et regardait avec surprise les objets inconnus qui l'entouraient.

Les événemens de la nuit lui apparaissaient confusément parmi son trouble. — C'était un premier et vague souvenir...

Elle se sentait envelopper dans sa couverture et revoyait en frissonnant la face hideuse de Denisart ivre.

Puis c'étaient des chocs répétés... une nuit sombre... le roulement bruyant d'une voiture...

Pj.iis l'oubli et la mort.

Elfe s'interrogeait, la pauvre enfant, et ne pouvait point se répondre; — elle tremblait, mais elle ne savait pas pourquoi. — Le danger qui l'entourait Toppressaif quoiqu'elle n'en conufit point la nature.

Plus elle rappelait ses souvenirs, plus elle y trouvait do doute et d'effroi. — En un moment où la lace marbrée de Denisart grimaçait devant cile, un frisson la prit, elle se retourna vers la ruelle pour fuir cette horrible vision.

Mais elle se recula, effarouchée, devant son image que la glace faisait surgir inopinément au fond de l'alcôve '

Elle se leva tremblante et se mit à genoux. — Instinctivement ses yeux cherchèrent autour de la chambre une image sainte à qui adresser sa prière.

Mais partout ses yeux rencontrèrent les peintures d'élite rassemblées par monsieur Burot. — Sa paupière se baissa.

Elle joignit ses petites mains blanches, et du sein de cette retraite souillée une oraison do vierge monta doucement vers Dieu...

A mesure qu'elle priait, un espoir serein semblait descendre sur son front, ses joues, dont la vue des peintures obscènes n'avait pu chasser la pâleur, se couvTirent d'au incarnat léger...

C'est que la fin de sa prière lui avait amené la pensée de Gaston et que Gaston pour elle était désormais inséparable de Romée.

A son insu, son Ame naïve parlait à Dieu de Romée et le demandait pour sauveur. ,

Elle ne s'effrayait point de la place plus grande que le sculpteur prenait dans sa pensée.. Elle l'appelait sans défiance et n'avait point pudeur de montrer au ciel son cœur où naissait l'amour.

Car elle cHmait. — Gaston n'était plus son seul bonheur. Au dedans d'elle un autre nom résonnait avec harmonie et mettait à sa lèvre un pur sourire...

Sainte restait à genoux sur le tapis épais et penchait sa tête gracieuse qui s'appuyait aux franges de soie de la couverture.

Ces premières rêveries d'amour mettent un voile souriant sur les réalités les plus tristes.

Sainte ne voyait plus ce qui l'entourait; son rêve l'emportait loin de sa prison dorée, mais infâme. Elle courait devant l'horizon libre; sa faiblesse s'appu3'ait à un bras fort ; son cœur se partageait heureux edtre son jeune amour et .sa tendresse pour son frère qu'un sentiment nouveau n'avait point altérée.

C'étaient do beaux jours, des joies recueillies, un bonheur qui coulait lentement jusqu'au repos do la mort...

Et par de là du tombeau, — car l'extase d'amour va plus Ipii) que les limites de la vie, — Roméo encore auprès de Gaston, des tendresses saintes sous l'œil de Dieu, une éter- ^ uité de caresses...

On entendait dans les chambres voisines le bruit sourd de pas qui foulaient les tapis et les miu-mures d'une conversation à voix contenue.

Sainte rentra dans les choses du présent. Elle se leva presque consolée, comme si son beau rêve eût été une promesse...

Le jour au dehors était vif et clair. Sainte gagna la fenêtre pour voir où ella se trouvait.

La fenêtre s'ouvrait pai- un secret, sans doute, car Sainte ne put soulever l'espagnolette mignonne. I-;ile vit à travers les planchettes inclinées de la jalou.-ie un grand jardin planté d'arbres et au delà les murs d'une maison.

En cherchant bien, Sainte aperçut au-de^jus de sa tête une des tablettes de la jalousie qui était relevée ; elle monta sur une chaise'et mit son Oîil à l'ouvertur?.

L'aspect s'afçïaudit pour elle et ne changea point. Elle aperçut la cime de grands arbres, et à ti'avcrs leurs branches, dépouillées les derrières de plusieurs maisons inconnues.

C'étaient les maisons de la rue Montaigne.

Sainte allait redescendre lorsqu'une fenêtre s'ouvrit à peu près en face d'elle au delà du jardin.

A cette fenêtre apparut une tète de jeune femme, une tête charmante, autour de laquelle se jouaient des grappes de cheveux noirs mêlées par le sorameil.

La jeune femme était en peigQoir du matin. Elle sourit au beau soleil qui se levait avec elle.

Sainte ouvrait de gr^iads yeux étomiés. Elle regardait de toute sa force incertaine et surprise...

— Est-ce donc elle, mon Dieu !... murmura-t-elle. Elle frotta ses paupières et rtgarda encore.

Puis sa bouche émue murmura le nom de Charlotte.

A ce moment, une clef tourna dans la serrure de la chambre. Sainte n'eut que le temps de sauter à terre. Elle ■se trouva en présence d'une femme d'un certain âge dont Je costume tenait ui! juste-milieu entre le costume d'une soubrette et celui d'une dame : robe de soie, bonnet à ramages, bagues à tous les doigts, — mais tablier de percale blanche.

Cette femme avait une figure souriante et basse. Son sourire obséquieux mentait. Elle tenait d'une main une robe d'éiûfle précieuse, de l'autre une guirlande de roses et un écrin ouvert.

Dans l'écrin chatoyait une parure de turquoises et de saphirs.

Elle s'avança sans refermer la porte et s'arrêta devant Sainte cpii demeurait interdite et confuse.

— Monsieur m'envoie demander à madame, dit la nouvelle venue, si je lui conviens pour femme de chambre.

Sainte la regarda, étonnée.

Madame Brunel, c'était le nom de cette femme, fît une révérence leste et approcha l'écrin du cou nu de Sainte, comme pour voir l'effet des pierreries aux reflets bleus, sur la peau satinée de la jeune fille.

Sainte rougit et baissa les yeux.

— Madame, je vous en supplie, murmura-t-elle, pourquoi suis-je dans cette maison et que veut-on faire de raoi?

Madame Brunel fit une seconde révérence. 1

— Ou veut faire votre bien, ma belle petite, répondit- | elle... on veutmetire de jolies robes sur vos blanches épau- | les, des llrars dans vos cheveux et des diamaus sur ^T!ro front... Ah ! vous avez de la chance !...

— Mais pourquoi m'a-t-on enlevée? dit Sainte. Madame Brunel se prit à rire. j

— Voulez-vous faire votre toilette tout de suite? deman- | da-t-elle au lieu de répondre. i

En même temps, elle déposa les fleurs et l'écrin sur un ! meuble et s'approcha de Sainte eu étalant la robe, comme ! pour remplir son office do camériste. i

Sainte se recula, et parmi son trouble un éclair do fierté indignée brilla sous sa paupière.

— Vous ne voulez pas? dit madame Brunel ; — ce sera pour un autre moment...

Elle déposa la robe auprès de l'éGrin et se dirigea vers la porte.

Sainte s'élança vers elle.

— Je vous en prie ! je vous eu prie ! marmura-t-elle avec des larmes subitement venues dans les yeux, — laissez-moi quitter cette maison... nous sommes bien m.alheureux !... Biot me cherche sans doute... laissez-moi retourner auprès de lui !

— Biot! répéta madame Brunel en souriant, — peu importe qu'il vous cherche, ma belle petite, puisqu'il ne vous trouvera point.

Elle til en même temps le geste de sortir. Sainte l'arrêta par sa robe , ses yeux demandaient pitié. Madame Bruuel la regarda un instant avec son sourire faux et froid.

— C'est toujours la même chose, grommcla-t-elle, -nous connaissons ces désespoirs- là... Demain, il n'y paraîtra plus.

Elle ajouta tout haut:

— Je ne suis pas la maîtresse "ici, ma petite dame... Du moment que vous parlez de nous fausser compagnie, je vais vous envoyer Monsieur.

— Non ! oh ! noH, s'écria Sainte avec une terreur insli nctive.

Mais madame Brunel était dehors déjà.

Sainte se retira, effrayée, jusque auprès de la fenêtre.

Quelques secondes après, un homme entra dans la chambre dim air avantageux et vainqueur.

Ce n'était pas encore Jupiter, ce n'était que Sîercuve.

Monsieur Burot avait son habit le plus bleu, sonpan'.alon le plus gris, son gilet le plu voyant. Ses cheveux ébouriffaient "triomphalement leurs touffes crc'pues.

Sa personne exhalait autour d'^Ueen p^rbc un puissant parfum de tabac, qu'essayait deneatraliaer une torte odeur de rausc.

Cela produisait un mélange abominable dont monsieur Burot paraissait sincèrement satisfait.

Il s'avança souriant, l'air bonhomme, le nez au veut, les mains derrière le dos.

— Eh bien ! ma chère enfant, dit-il, — nous voilà toute triste... Nous avons peur, ma parole!... dirait-on pas que nous sommes chez des loups ?...

Sainte regardairt avec une défiance farouche cethommo qui tâchait en vain de mettre un voile débouté sur son visage cynique. ,

Ellese collait à la fenêtre, ne pouvant fuir plus loin.

Monsieur Burot, qui avait la plus haute idée de ses séductions personnelles, venait là pour euLamer la bataille et livrer à son maître une forteresse rendue.

11 s'y prit avec toute l'adresse scientifique que pouvait lui donner ?on expérience.

Il api^rocba ds la place, traça autour d'elle de savantes circonvallations, et n'oublia aucun 'des stratagèmes qui font d'un siège en règle le plus bel épisode que pui.'.se présenter l'art militaire.

Métaphoreà part, il n''épargni rien, il lut tourà tour suppliant, paternel, impérieux et poète.

Son éloquenrec trouva des tirades pplendides pour décrire le-, brillaus bonheurs du luxe et de la parure.

Il chanta sur un mode hardi les bonhouri sans pareils de la femme libre.

Nous sommes londés à penser que mossieur Burot réu.s- -issait d'ordinaire dans les expéditions de ce genre. Sans i>ela son maître n'eût point payé si longtemps ses si;rvices.

Sa fatuité d'ailleurs ne pouvait venir que de la fréquence de ses succès.

En cette occasion encore il crut avoir vaincu.

Pend .:nt toute la première partie de son très Ion? discours. Sainte l'écouta immobile, pâle et les yeux baissés.

Monsieur Burot, qui coanaissait si bien les ftîrames, pou-

PAUL I>ll\Al..

v»it-il supposer que la jeune fille ne comprenait pas un mot de sa liarangue?...

Il en était ainsi cependant. Uuraiit quelque tempsrignorance de Sainte lui épnrpna rhuiniliation...

Elle avait vécu jusque-là dans une ntniosplièro si pure qne la honte passait autour d'elle sans qu'elle pilt la voir ou la reconnaître.

TMais, à me ure que monsieur Burot s'échaulfail.'le rague de sa poésie se précisait. Sou éloquence arrêtait ses formes.Ses figures de rhétorique, secouant leurs fleurs surabondantes, arrivaient au réel...

Sainte comprit enfla. Une anière angoisse lui étreignit le cœur...

Elle comprit comme elle pouvait comprendre,— comme comprend la vierge qui ne sait pas, mais dont l'instinct veiHe...

Ce fut un coup terrible. La hon-te l'écrasa, ne laissant point de place à la colère, eu ce premier instant.

Elle ^'alfaissa sur un siège voisin et couvrit sou visage de ses mains.

Monsieur Burot se fi-otta la barbe d'un air triomphant.

— Affaire arrangée!... grommela-t-il eu ponctuant sa derni^re phrase par une piroueue assez bien réussie.

Il prêta l'oreille. — On entendait le bruit d'une voiture roulant sur le pavé.

— Ça s'appellerait arriver à propos ! dit-il.

Une minute se passa.— La sonnette de la porte extérieure retentit.

Burot fit une seconde pirouette encore mieux rùussie que la première. Puis il s'élança au dehors.

L'instant d'après, il reparut, précédant monsieur le duc de (^ompans-Maillepré, lequel était si bien peint et corseté si artistemeut, qu'on ne lui eût guère donne plus de cinquante ans.

Burot lui montra Sainte de la main, fil uu salut plein d'orgueil et de modestie, et se retira en silence.

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