‹ Les amours de ParisChapitre 58 sur 190 · CHAPITRE Xni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xni

PIERRE AVORHS, DIT POUP.iUD.

Pierre Worms, dit Poupard, so trouvait dans la salle à manger de monsieur le marquis de Maillepré.

Au moment de franchir le seuil de l'antichambre, ses sourcils s'étaient froncés et sa physionomie avait changé complètement de caractère.

Mais cela avait été l'affaire d'une .seconde. Aussitôt la porte refermée il retrouva son calme souriant et sa sérénité.

— Ce marquis-là, murmura-t-il en regardant tout autour de lui, — est choliment pien meuplél...

Mais il ne s'arrêta point. 11 traversa la salle dans sa longueur sans faire plus de bruit que si ses pieds eussent été nus, cela sans se gêner ni faire d'elforts et par le seul effet de l'habitude.

Il allait, du reste, les mains derrière le dos, et vous ne l'eussiez certes point pris pour un intrus.

Le bouton de la seconde porte résista. Pierre Worms plongea la main, sans se presser, dans la vaste poche do sa redingote. L'œil le plus exercé n'eût point aperçu ce qu'il en retira.

Pierre Worms avait de ces mains subtiles et coulantes dont le mouvement éblouit l'œil. 11 eût fait un escamoteur de premier mérite.

L'objet qu'il venait de retirer de sa poche grinça doucement à l'intérieur de la serrure et rentra immédiatemen avec les doigts de Pierre Worms dans la doublure de sa redingote.

La porte était ouverte.

La pièce où passa le gros Alsacien était le salon *le réception de monsieur le marquis de Maillepré.

Worms eut un bon sourire d'admiration en voyant ces riches tentures de soie et l'or qui brillait partout aux belles moulures dos boiseries.

Il tâta les tapis, il palpa les rideaux, il essaya do sou poids dodu lo siège élastique des fauteuils.

Et il secoua la tête d'un air satisfait, en murmurant :

— C'est choliment choli !...

Après le salon venaient le cabinet de travail et la chambre à coucher du marquis. Pierre Worms y pénétra successivement. Il avait une clef magique.

Il visita d'abord l'une et l'autre de ces pièces en détail, puis il étendit sur le lit du marquis un inmienso foulard de fil alsacien et l'emplit paisiblement de tous les objets qui pouvaient êlro à sa convenance.

Il y mit jusqu'aux pantoufles du marquis.

Quand il jugea sa collection complète, il noua le mouchoir par les quatre coins et le paquet disparut sous le revers étoffé de sa redmgole.

Quelques menus objeis trouvèrent place dans les poches de son pantalon et même dans son chapeau.

Tout en accompli.ssant cet acte de pillage audacieux, Pierre Worms gardait son apparence tranquille et débonnaire. La sérénité d'une conscience pure brillait sur la fraîcheur épanouie de son visage.

Quand il lui fut bien prouvé qu'il n'y avait plus rien à prendre, il songea au but de son expédition et sç dirigea vers le secrétaire du marquis, non sans jeter un regard de regret profond à deux magnifiques vases de la Chine où il aurait pu prendre un bain cl iiue par conséquent il no pouvait mettre dans sa poche.

La serrure mignonne du secrétaire ne résista pas mieux que la forte serrure du salon.

En un tour de main Pierre Worms se lrou\a en face do trois rayons de palissandre supportant <iuelques papiers, beaucoup d'o» et des billets de banque jetés parmi des bijoux de prix.

Romée se hâtait et ne répondait point;

Quand il eut fini de s'habiller, son hésitation repai'ut : il étjiit presque aussi troublé queBiot.

Ce coup lefrappait si rudement, qu e i Vigueur hardie et soudaine qui était le propre' de son esprit en demeurait comme engcurJie.

Il resta un instant devant Biot, immobile et les bras croisés sur sa poitrine. i

Leurs regards indécis se croisaient, leurs yeux s'inter- | logaient, chorcbant avidement urteinspij-alion ou un con- ! seil. , . i

• Mais il n'y avait rien eu eux que dott'.éot trouble et dou- ; lourcuse hésitation. * ■

liouiéu fit enfin quelques pas dans sa chan^bre et se près- i sa le (roHt à deux mains, comme posir dompter ses esprits j révoltés. i

— il rnu>a.;ir, 'lit Biot, — chaque minute perdue est un ; afireiiï malheur!... I

Romée lui impb;-a silence d'un geste et continua de sui- } \ iC labonousemôiit son travail mental à travers la coufu- j ^ion de (on ccvvfiau. j

Q laiiJ ;1 découvrit son visage, il était vainqueur de lui- i mémo. Son front se redressa plus calme ; ses yeuxbrillèrént d'intelligence et do courage.

Biot se sentit renaîli'G g( renj-il o.snoir riea qu'à le regarder. - " " . *^ ,

— Montez en voiture, dit Uomoa d'une voix ferme et rapide, — faite-i-vou* couduiro à la préfecture de ppUce et déposez do ce que vous avez vh.

— C'est \Tai, murmura BioL — ,Mnis vous ?...

— Moi, reprit Romée, — il est un (il qui |)f!ut me conduire jusqu'à Sainte... J'espère.

Biot se précipitasur sa main cl la serra contre sa poitrine.

— Ah ! si vous la sauvez, murinura4-il d'une .i oix éloufée par l'émotion, — si vousla sauvez!... jen'ai rien | à donner en ce monde, mais chaiii^e jour jusqu'à la fin de | ma vie, je prierai Dioii pour (iu'il vous fasse heureux !..,

— A l'ouvrage ! dit Romée en lui serrant fortement la main. * , , . *,

Il descendirent en toute iiàteel gagnèrmit la rue.

Le soumis Jalambot était resté .snr le pas de sa porte pour attendre Ciot cl lui payer cadette de récriminations.

Mais RoxiJane avait pris pour elle tout le courage de la comnuiiiauiê. — Jalambot u"osa pas.

Cio! il Romée se rendirent eu courant au boulevard el montèrent tous Ifs d>ux séparément eu voilure.

Biol partit pour la préfecture de polica, — Roinéc se fit conduire au lauuourg Saiut-ilonoré à l'hôtel de monsieur le duc de ('ompauo-MfilUepré.

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