‹ Les amours de ParisChapitre 60 sur 190 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'arrivé de monsieur Williams fit ce que n'avait pu faire l'entrée d'Oguah et attira l'attention de madame la duchesse douairière de Maillopré.

Elle tourna ses yeux morts vers la porte et dit l

— Jean-Marie, je vous avais défendu de laisser entrer personne auprès de moi...

Comme le matin, cette voix fit tressaillir Oguah de la tête aux pieds.

Western lui-même se sentit ému puissamment. Cette voixréveilla en lui do bien pénibles souvenirs.

OgHah, les yeux obstinément fixés sur la -sieille dame, ignorait la présence de monsieur Williams.

La duchesse, au contraire, n'avait encore aperçu que ce dernier.

Berthe, la pauwe fille, n'avait gardo de voir l'un ou l'autre.

Elle s'éteignait ; son souffle faible ne soulevait plus les plis légers do sa robe blanche...

Oguah s'avança sur les genoux et sur les mains jusqu'aux pieds de la duchesse. Il caressa la soie de sa robe en murmurant doucement. "

La vieille dame, aussitôt que ses yeux tombèrent sur lui, aut un mouvement d'horreur et se recula tremblante.

La Tolx qu'elle avait recou^Tée lui fit défaut encore. Elle mit ses deux mains devant sa vue comme pour repousser une vision détestée.

Oguah jouait avec sa robe.

Une fois le premier moment de saisissement passé, la duchesse, ranimée par la colère, retrouva la voix pour demander du secours.

—Jean-Marie, dit-elle impérieusement, chasseï cet homme qui m'a volé... le portrait ! prenez-lui le portrait!...

Avant.que la vieille dame eût prononcé ce mot, James Western, averti par son émotion, avait déjà reconnu dans ce débris humain la duchesse Berthe de Maillopré...

Quant à Oguah, ce mot avait réussi à percer la nuit de son intelligence, car il se redressa en poussant une plainte rauque.

— Le portrait, dit-il, — son portrait I

Il saisit entre ses mains roblistes le bras des^^hé de la vieille dame et le serra.

Elle ne cria point. — Son liront se- redressa hautain et intrépide.

— Jean-Marie! répéta-t-clle d'une voix calme et dédaigneuse, —je vous dis do chasser cet homme I...

Un grondement se fit entendre dans la poitrine d'Oguah; il secoua le bras qu'il tenait jusqu'à le faire craquer. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites caves.

Western, quoiqu'il ne vît point l'expression effrayante du visage du grand-chef, jugea qu'il était temps d'intervenir.

Il s'avança en faisant sonner son pas.

— Pourquoi mon père n'est-il pas sous sa couverture?... dit-il.

Oguah se retourna vivement, mais il no lâcha point la main de la vieille dame. Il soutint le regard de Western sans courber sa tête comme d'habitude.

— Oguah est un grand chef! dit-il d'un air sombre et eii mêlant ses souvenirs confus. Oguah veut tuer sa lemme comme il a tué le visage pâle I...

— La femme de mon père est aux bords des grands lacs répondit Western;

I Oguah se retourna vers la vieille dame.

PAUL FÉ\'AL

— Nous partîmes do la terre des visages pâles, il y n bien des neiges, murmura-t-il d'une voix altérée... Oguah

nissa son cœur de l'autre côté de la m^r... Oguah n'eut .jamais de femme dans son wigi:\'am...

Il s'interrompit et toucha du doigt l'épaule do madame de Maillepré...

— Que cette femme dise, repTlt-il. — co qu'elle a fait du «HBT d'OguaUl...

'Wf^i&Tn gardait le silence, tant il y avait dan» cette scène une expression de soleainelle justice.

— Qui est cotte femme? demanda tout-?i-coup le grandchef, en Interrogeant la duchesse d'un regard fier.

Celle-ci depnis quelques secondes regardait le sauvage avec une sorte de doute inquiet.

A cette question elle se redressa hautaine et méprisante.

La réponse qu'elle avait faite tant de fois dans sa vie revint machinalement à sa lèrre.

— Qui je suis? dit-elle en se levant toute droite et on cou\Tant Oguah d'un regard glacé. — je suis Berthc de freux, femme de Jean III de Maillepré, duc de Maillepré, marquis d'Avallon, comte de Pontroy et de Blessac, vicomte de Naye, seigneur de Saint-Thomas-des-Dunes, do Kergaz

■ et de Vesvres, pair de France, chevalier des ordres du roi, princo du Saint-Empire romain et brigadier des armées de Sa Majesté très chrétienne...

Taudis que la duchesse répétait cette liste de noms et do titres orgueilleux avec une lenteur emphatique, .lean III de Maillepré, qui était devant elle, perdait peuà peu le fîlde ses vaguee souvenirs.

La démence obscurcissait de nouveau son esprit un Instant éclairé. Il lâcha la main de la vieille dame et passa ses doigts tremblans sur son front qui était, couvert de sueur.

II se détourna d'elle et secoua la tête en disant :

— Le sang delà femme d'Oguah est rouge... Oguah n'est-il pas un grand chef?... Ceux qui disent que le cœur est chez le» nsages pâles, sont des menteufs...

Il traversa la chambre d'un pas silencieux et se coucha sur la tapis auprès de la porte.

Western prit sa place auprès de la duchesse.

— Madame, dit-il d'une voix que l'émotion faisait trembler, — me reconnaissez-vous ?... Je suis James Western, de Boston, le frère de madame la marquise de Maillepré, votre bru.

— EUo est morte, dit la duchesse d'un ton froid.

— Morte ! répéta douloureusement Western.— Et votre fils Raoul ?

— Il est mort, répondit la duchesse.

— Et leurs enfans, madame ? demanda Western d'une voix étouffée.

La duchesse fit un geste de fatigue.

— Que sais-je?... murmura-t-clle.

Tuis elle murmura en regardant Western en fa("e.

— Pourquoi m'int(^rrogez-vous ?

— Madame,.r6pliquaAVeslerB, je vous ai dit que je suis le frère de votre bru... l'oncle do ses enfans que je cherche et à qui j'ai donné bien des années do ma vie.

— Western... répéta la duchess*?, comme si elle eût oublié ce nom. -Je me souviens... Cet!e|einme devint Maillepré... Ce fut une mésalliance...

— Je vous en prie, s'écria Western, — d)t(?s-moi ce, que sont devenus les enfans de Raoul et do Louise!...

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