I.a duchesse ferma les yeux et laissa lombeï- f*'*^ paroles
— N'étaient-ils pas quatre?... Charlotte... jp , "Oi^ 1^'^ Charlotte est morte... monsieur le m*,,,,.,;.. ,>„V..m, "é et
..ademoisolle de Naye... je ne ^"S^'l^f''^ ',, point porté le deuil do Sainte... S, Gaston est m J " - «^nd malheur... .arce qu'il éi^^lTl^^i^StM:^-
— J^Iorts, morts, tous morts !
foeur se fendait
me répondre !...j Et Berthc? Qu'est devenue Borthe?...
— Bertho?... c'est moi qui suis Berthc, dit la duchesse. Puis se ravisant, elle appela de sa vëîx sèche et impérieuse :
— Mademoiselle do Maillepré !
Un gémissement faible se fit entendre à l'endroit où était couchée Borthe. Western, qui no l'avait point encore aperçue, s'élança vers elle et souleva le rideau.
Il prit ça main qui était froide.
Berthe avait un beau sourire sur sa lèvre pSle.r. •
A l'attouchement de Westorn elle entr'ouvrit ses yeux et les referma aussitôt.
Sa bouche murmura un nom que Western ne put comprendre, puis son corps privé de vie glissa lo long du lambris et sa tCte souriante toucha le tapis.
Elle était morte...
Western s'agenouilla et couvrit son visage de ses mains.
— Mon Dieu, dit-il, — si près de moi!... j'aurais pu les sauver... Vous no l'avez pas voulu!...
Il croyait assistera la mort du dernier enfant de Raoul.
En ce moment, J'idée de son Mémoire confié à l'avoué Durandin lui traversa l'esprit.
Cet homme l'avait évidemment trompé.
Mais que lui Importait maintenant? A quoi bon poursiiivre la lutte?...
Il n'y avait plus en faee l'un de l'autre que monsieur le duc de Compans et madame la duchesse douairière de Maillepré.
Un fils adultérin vis-à-vis de sa mère coupablo.
James Western était encore agenouillé auprès du corps de Bertho lorsque Biot rentra.
La duchesse douairière s'était assoupie paisiblement dans son fauteuil.
Oguah chantait son refrain siff le tapis.
Cejour-l?i était lo troisième ùofim le duel tlo la butte Saint-Chaumont, c'est ô-diro lo jcmr mémo oii Sainte enlevée avait été conduite dans l'appartement en ville do monsieur le duc de Compans.
Madame la baronne de Roye avait promis à Gaston do lui rendre l'héritage de Maillepré; elle voulait tenir sa parole.
Mais Gaston, nous le savons, se croyait loin de Paris. La baronne devait, sous peine d'avouer tout de suite son imposture, retarder l'accomplissement de sa promesse.
Elle avait dit à Gaston que son frère prétendu était à Paris : il fallait le temps d'écrire à Paris.
La baronne, prête à sacrifier h l'amour une fortune payée bien cher, voulait au moins que cet amour ne lui échappAt point.
Elle voulait ôtrc heureuse, ne frtt-ce qu'un jour, heureuse complètement, heureuse assez pour pouvoir défier l'avenir.
Or, si Gaston se doutait que ce prétendu chûteau n'était qu'une maison de Paris, il vouarait sortir sur-le-champ et courir vers Sainte.
Car l'imago de Sainte, qui s'était vbilée un instant aux premiers troubles d'un amour fougueux, revenait plus aimée au souvenir de Gaston.
Dès que Carmen n'était plus là pour ployer son osprit et son copur sous son magique prestige, Gaston se retrouvait avec Sainte, dont le naïf sourire venait éclairer sa solitude.
Ces deux amours avaient désormais chacun sa place en son âme...
Carmen le subjuguaîtet l'étonnait ; il s'agenouillait devant
''i beauté incomparable dont le front de reine se pen-
ceiv. -s lui, et qui lui parlait comme une esclave.
chaitve.. ''"ureuse courait par ses veines comme un
La passloti' ui.. "intait les ressorts détendus do sa jeu-
élixir puissant et reiu,..
nosse. " ' '•mour; il se sentait re-
II se sentait revivre avec — ■- "'*'"'°'' élargie.
s'écria Western, dont 1(?
mps, I
ne refusez pas de « '"' Près do r^r'.'"'" """""/"i^x dans sa po.,
P Prcs de Cu-men, H oubliait tout. Il rejetait le,
ce bbi ,
- Par pitié-, madame, reprit Western, ne ref„cp, .,c .,„ i "''I'^^' ^°" W"'' l)al'tait^"V„..r."':^- • - ressenti
LES AMOtmS DE PARIS.
mens de son malheur passé; il fermait les yeux aux pro- ; ot l'amour qui le reprenait vainqueur et qui l'encliaînait
messes nouvelles de l'avenir. i aux pieds de Carmen.
Le présent, il ne voulait voir que le présent. Il st^con- i . Carmen aussi craignait la solitude, — Quand elle rentrait
centrait dans sa félicité possédée et détournait son regard seule dans son appartement, après le bonheur de la jour-
loin des jours futurs, comme s'il eût craint d'y lire encore des menaces.
Quelque chose lui disait que son bonheur serait court... 11 voyait autour de Carmen comme une auréole fatale, et ces regards qui l'enchantaient le faisaient craindre...
Carmen, elle, n'espérait rien et ne craignait rien. Son amour était do ceux qui écrasent et foudroient. Elle aimait jus(iu'àne plus penser, jusqu'à se mourir...
C'étaient de longues heures passées l'un près de l'autre à mf'Ier leurs regards, h confondre leurs Ames.
Gaston, dont la blessure se guérissait rapidement, s'étendait sur 1.0 velours d'une chaise-longue, et Carmen se couchait à ses pieds.
Gaston s'enivrait îi la contempler si belle. Carmen domptée, frémissante, pliait sous la passion qui la rendait pâle et demandait grAce à j'aniour.
Leurs paroles échangées tombaient rares, douces comme des caresses, harmonieus(>s comme le chant des poètes. Chaque mot, chaque regard était une jouissance partagée, un désir entendu, une prière exaucée...
Le temps s'arrêtait pour eux; l'heure ne leur disait point son passage ; ils restaient accablés sous leur fardeau d'amour et prolongeaient le rôve divin de leur extase...
Ils étaient beaux et jeunes.— Dieu donne-t-il un jour de j bonheur ft chaque créature?...
Quand les cheveux noirs de Carmen ruisselaient sur le 1 front de Gaston, quand son grand œil bleu alanguissaitsa j flamme voilée, quand la parole expirait sur sa lèvre ardente et que leurs bouches égarée* se cherchaient, y avait- j il un lendcmninî... I
Quelle longue vie vaut une certaine heure? — Cette heure qui marque l'Ame en passant d'un trait ineffaçable et qu'on poursuit en vain, — et (jui ne revient plus!... Mais (jiiand ils se séparaient, chose étrange, Gaston se réfugiait* en lui-même; il éprouvait comnie un remords.
Cette tendre-sso no laissait point au cœur de douces rêveries.
Gaston, en qui la vie revenait avec une sorte dn violence lorsque Carmen se couchait h ses pieds, s'affaiblissait dans la solitude et désespérait.
L'image de Sainte évoquée venait avec de muets reproches.
Où allait cet amour que combattait la pensée de sa sonir?... ■
C'était comme nn mystique avertissement. — Le visage de Sainte, qu'il vo^^it en rére, n'avait plus son radieux sourire d'ange. •îT'-'v'i.
File pleurait,— e!ie tendait vers lui ses mains suppliantes et siMiiblait implorer du secours.
C'était une pure et belle tendresse, forte comme la passion, et qui pouvait faire entendre sa voix par dessus la voix de Taniour.
C'était ce sentiment exquis et pur qui croît au fond des nobles conirs et qui est la sainte puissance de la famille. Gaston, parjni le trouble impétueux des premières ardeurs de famour, laissait une place à ce sentiment protecteur.
Son Ame était partagée, et il fallait la présence de l'enchanteresse pour reléguer au second plan la bonne pensée de sa sa'ur absente.
Quand il était seul et que Sainte revenait prendre sa place usurpée, Gaston se reprochait amèrement son séjour iiuilile dans la maison de son ennemi.
Sa l)lossur»n'était jilus un obstacle; il se promettait de partir le lendemain avec l'aube.'
Mais lorsque l'aube paraissait, ramenant la séduction ijirarni'e sous les traits de la baronne. Gaston oubliait ses remords et-apaisait sa colère contre lui-même.
née, elle s'accusait de tromper Gaston et pleurait sur le mensonge de sp situation.
La lièvre entrait avec elle dans sa couche ardente ; ses rêves éveillés chassaient le sommeil. Son cœur se brisait contre de fantastiques désespoirs...
Sa vie était-elle un songe?
Elle comprenait maintenant la portée mystique des paroles de Xalibel la gitana et de Jean Wohr le higlander.
Elle frissonnait en éclairant les ténèbres do c«t horoscope inouï:
« Entant, tu seras beau... mais tu seras plus belle... »
Et quand sa paupière lassée se fermait enfin chargée de sommeil, une voix impitoyable chantait autour d'elle dans la nuit :
Adam to dira son amour ; Ère te cachera sa flamme ,.
Elle tressaillait douloureusement. Ses yeux fermés voyaient aux deux côtés de son chevet Eve et Adam...
Le visage triste et doux de Mario do Varannes et le regard alangui de Gaston.
Des larmes brûlantes inondaient sajouc...
lîUe s'éveillait et criait vers Pieu en implorant piti('^ 1 •
Mais sa torture continuait. Sa solitude était un enfer où il n'y avait ni consolation ni espoir. ■
Il lui fallait la vue do Gaston pour faire évanouir ces doutes navrans et pour clore son martjTe.
Mais qu'elle était plus heureuse après cette dure souffrance ! que son boTîlieur lui semblait plus beau et plus pur ! — Plus de doutes, plus do craintes. Son amour sans bornes faisait la luniière jusqu'nn fond de son cœur I...
Gaston ne lui parlait jamais de sa promesse, mais, après deux jours passés, Carmen songea qu'il était temps de l'accomplir. Le délai nécessaire pour recevoir une réponse do Paris était écoulé.
Vers trois heures de l'après-midi, Carmen s'arracha d'aiv près de Gaston.
— Attendez-moi, dit-elle, je vais bientôt revenir.
Elle sortit après, avoir donné son front à Gaston qui le baisa.
Quelques minutes après elle montait en voiture portant sou costume d'homme.
Ce n'était plus madame la baronne de Koye. — Monsieur le marquis de Maillepré se fit conduire à son liôtel.
11 allait y cherche!; ce portefeuille rouge qui avait été l'occasion d'un meurtre dans la nuit du mardi gras de 1826.
Ce portefeuille était sous clef, an fond d'un tiroir h secret.
Lorsque monsieur le itarquis descendit de voilure à la porte du numéro ,9 de la rue P.nynle-Saint-Honoré, ily avait une heure environ (jue rcxci.'ll"nl Pierre Worins, dit Poupard, avait fait, dans sa chamlire à couciier, la petite expédition que nous avons racontée.
Tout lui était excuM'. — Son éloigneniint do Paris, blessure qui n'était point complètement guérie eucote
;fi
Gaston était seul depuis un quart d'heure dans le boudoir de madame la baronne de Roye.
Le jour était clair encore an dehors, mais, dans cette chambre close où chaque fenêtre avait un voile épais ,h' rideaux, il ne péniMrait qu'une ininière assombrie < I nmfusc.
Gaston, livré à lui-mêni", l'iait retombé bli-n \"iii' dans ces pensées tristes que chassait la présence de Cnrnieii.
Il se représentait l'inquiétude désolée de la pauvre Sainte; il l'entendait gémir, il la voyait pleurer...
Son cœur s'élançait tendre et repentant vers elle. — Et quelque chose comm.c une crainte vague passait sur son âme avec le remords.
Gaston ne redoutait précisément aucun danger ; siuiu
PAUL FEVALî
Sainte était seule... il ne savait pourquoi son cœur se serrait...
Un bruit soudain do voix se lit ciitondrc dans une autre partie de la maison. C'était une discussion vive. On parlait haut ; les voix s'échautTaicnt.
Ou eût dit un conflit entre des valets qui refusent obstinément unu porle, et un visiteur impudent qui prétend forcer la consigne.
Gaston ne prenait point garde à ce vulgaire incident.
Le bruit cependant se rapprochait, et si Gaston avait voulu prêter l'orenle il eût entendu très distinctement les paroles échangées.
— Marauds, disait une voix rieuse et mal assurée, — madame la baronne m'attend... Cette chère amie serait désobligée si l'on ne me laissait point pénétrer auprès d'elle...
Des voix de domestiques répondaient, affirmant que madame la baronne était absente.
— Ta, ta, ta ! reprenait le premier interlocuteur, nous connaissons ces manières... Je vous dis, maraud?, que je viens d'apprendre le secret do madame la baronne... cette chère amie !... Car elle a un secret que vous no pouvez pas savoir, vous autres!... Allons, laissez-moi passer, valetaille 1
Le bruit redoubla ; la porte fut secouée ; et Roby, s'arrachant des mains do deux domestiques qui voulaient le retenir, fit une irruption brusque dans le boudoir.
Il/iait à gorge déployée et ses jambes amollies conduisaient sa marche en-zig-zag.
11 était ivre plus qu'à moitié.
Les domestiques s'étaient arrêtés penauds au seuil de la porte que madame la baronne leur avait interdit de franchir.
Roby se tourna vers eux, riant toujours, et fit mine de secouer son jabot absent, suivant le triomphant usage des grands seigneurs de théâtre.
— Allez, marauds, allez! dit-il, —fermez la porte, nous voulons être seuls.
Et comme les valets tsu-daient à lui obéir, il se leva chancelant, traversa la chambre de nouveau et leur jeta la porte au nez.
Gaston voyait cet intrus avec une parl;nto indifférence. Après lui avoir accordé un regard, il s'était repris à ses pensées.
Commx> nous l'avons dit, le jour était très sombre dans c boudoir.
Roby s'y croyait seul et maître du terrain.
— Je vais l'attendre, se dit-il, en revenant et en mesurant son pas, comme s'il eût suivi la note d'un orchestre de vaudeville. — Je vais l'attendre, dussé-je coucher ici !... Ah! ah! ah! ce diable de Josépin avait bonne envie de garder son secret... Mais nous avons de l'adresse et sou vin est excellent sur ma foi !... Il en a trop bu, le cher garçon!... lia mis ses lunettes d'or sur son front et bavardé comme une pie... C'est drôle ! c'est , ma foi, très drôle!... Baronne et manjuis , maniuis et baronne , joli garçon et femme charmante... C'est ravissant !... J'aurais dû deviner cela bien plus tôt... Mais j'ai tant d'affaires!
Tout en poursuivant ce monologue à demi-voix, il riait de tout son cœur et décrivait sur le tapis des courbes imprévues.
— Ce diable de docteur, reprit-il, — c'est devenu un hommo parfaitement grave!... Ça n'est plus habitué h boire!... Autrefois, il avait la tête bien plus forte... Si je ne l'avais pas grisé pourtiinl, j'aurais pu chercher la baronne jusqu'à la fin do mes jours!,..
Il rencontra le sofa où Gaston était couché et s'y laissa tomber.
Gaston n'avait rien entendu dcis paroles entrecoupées et confuses ijuc venait de prononcer l'acteur-poète-inventeiir do machines.
— Monsieur, dit-il, je vous jji'ie de choisir un autre siège
— La voilè ! s'écria Roby, — pardieu, la voilà !... Je sa-
vais bien que je mettrais la main dessus, à présent que le docteur m'a donné sa lanterne !... Ah ! ah 1 ce matin encore, je me serais laissé prendre à ces habits d'homme... Mais mamteuant, impossible 1...
Roby s interrompit, jeta son chapeau sous son bras, tâcha de garder son équilibre le temps de dessiner un salut de théâtre, et reprit en touchant son jabot :
— Madame la baronne, je suis biou votre serviteur.
Gaston le crut (ou : il ne lui avait donné aucune attention jusqu'alors et n'avait pu, par conséquent, reconnaître son état d'i\Tesse.
— Monsieur, dit-Il doucement, vous vous trompez, il n'y a ici que moi... Madame la baronne est absente.
— A d'autres, répliqua Roby en tournant sur lui-même et en accompagnant sa pirouette d'un franc éclat de rire. — Nous connaissons cola ; ou no nous en passe plus 1... Je viens de voir Josépin, voyez-vous... Josépin m'a tout dit... C'est très curieux!... Voulez-vous bien me permettre de vous baiser la mainî...
II joignit le geste à la parole.
Gaston le repoussa sans colère, mais avec un commencement de fatigue.
— Monsieur, lui dit-il , voyez mes habits !
— Penh ! fit Roby, — les habits ne font rien à l'affaire... absolument rien ! Puisque je vous dis que je sors de déjeuner avoc Josépin... Regardez-moi un peu d'ailleurs et vous reconnaîtrez Roby comme il vous reconnaît, ma chère dame!... Vous savez bien, Roby, le dindon !... En voilà un déguisement qui était drôle !...
Gaston se retourna sur le sofa et mit sa tête dans la ruelle.
— Quand je dis que je vous reconnais, reprit Roby, je u'on sais trop rien ; car il fait noir ici comme dans un four 1 Mais je vous devine... et nous allons causer raison un petit peu.
Il alla chercher un fauteuil et le roula jusque auprès du sofa.
, — Figurez-vous, poursuivit-il en s'asseyant, — que je suis dans une position tout à fait pitoyable... ça no peut pas durer, ma chère dame... un homme comme moi ne peut pas rester l'égal d'un simple DonisartL.Tel que vous me voyez, pour quelques sous, j'ai risqué ce matin la cour d'assises!
— Monsieur, dit Gaston avec impatience , je vous prie en grâce de m'épargner le reste de vos confidences.
— Du tout, du tout! s'écria Roby, vous avez beau prendre votre voix do contre-alto, ma chère dame... J'ai déjeuné avec Josépin... ma confidence d'ailleurs va vous intéresser... vous serez bien aise do connaître une petite chronique dont monsieur le duc de Maillopré est le héros...
A ce nom, Gaston fit un mouvement, et se retourna à moitié.
Roby frappa sur ses genoux.
— Je savais bien, tnt-il, je savais bien... Mais à part l'intérêt de connaissance, il no vous sera pas indifférent do savoir jusqu'où le malheur peut faire descendro le mérite !...
Roby lova les yeux au ciel et prit un air fatal.
— Ce matin même, continua-t-il d'une voix creuse, — à l'heure oîi vous dormiez, madame, j'enlevais une jeune fillo innocente pour la jeter aux bras d'un vil débauché !
Gaston eut un mouvement d'indignation et de dégoût. Roby respira longuement.
— Une jolie petite fille, poursuivit-il en changeant de ton tout à coup, — une petite lillu charmante! seize ou dix-huit ans, blonde; fraîche, douc^;... un joli petit agneau!... «
Gaston n'avait certes aucun soupçon, mais ce portrait lui donnait froid au cœur.
— (tétait bien arrange, dit Roby, qui se complaisait dans son bavardage d'hounne ivre et qui s'y grisait davantage wi parlant, — Ce diable de Biirot est très fort , très fort !
LES AMOURS DE l'ARIS.
Connaissoz-voui le Marais?.. Si vous connaissez le Marais, je peux vous expliquer le plaii de la chose...
Invoionlairement Gaston prêtait l'oreille. — 11 tressaillit de la tête aux pieds lorsque Roby continua :
— C'est d ms la gi-ande maison qui fait le cojn de la îu0 des Franc<-î!ourgeois et CuUure-Saiirte-Catherine... Vous voyez Cl d'ici?
Gaston se leva sur son séant ; une sueur froide perça sous ses tlievexix.
— Vous voyez bien ! dit lloby, que ci vous amuse 1... Xous étions Burot et moi duiis la rue des i'rancs-Bûurgeois. l^înisart a fait le tour par la rue Payenne... et, par la petite porte du jardin... , , .. .
Gaston mit la main sur son coeur et eut ua gémissement d'angoisse. ' ' v .
— Ça vous ennuie? demanda Roby.' '
' — Non, répondit Gaston d'usé voix étoullée. — '.'iiis... dites!
— Ab ! sécria Roby en riant, ra ne fut pas loi;g..^ De-" nisnrt avait une échelle de soie... Dix minutes après la pe-' tile lille était dans notre fîarre. ,'
— SdintL' ! .. râla Gaston qui soufiiit plus que pour mourir.
Ua instant son cœur s'engourdit et il demeura immobile, incapable de faire un geste ou de prouoncef une parole. •■
Roby parlait encore, mais i! n'avait plus d'auditeur.
Au bout de quelques secondés pourtant, un effort désespéré rendit le ressort aux membres de Gaston.
11 se leva et prit le bras de Roby.
— C'était à une fenêtre du premier étage... donnant sur la rue des l"raacs;B,ourgeois ? pronouça-t-il entre ses de.H^ts serrées.
— Juste ! répondit Roby.
— Cetta jeune fille, poursuivit jGnslon, en comprimant de toute sa force sa voix qui voulait éi laîer. — von- l'avez enlevée?
— Juste!
— Oîi l'avez-vous menée ?
— Voilà, dit Roby, —^je suis paye pour garder ce secret-ln.. ' "
— Où l'avez-vous menée ? répéta Gaston. ■ Sa nnin se crispait autour du poignet de Roby.
— Savez-vous que vous ine laites mal !... dit celui-ci qui cessa de rire.
— Où l'avez-vous menée ? pronoiiça une troisième fois Gaston, de la niêmc voix sourde cl menaçante.
Roby potosa un cri de doideur. — Les doigts de Gaston broyaient son poignet, dont les os craquèrent.
L!> malheureux essayait en vain de se dégager. Il trépignait et se tordait. . *
— Je vais vous le dire, s'écria-t-ll eiilln, — lâchez-moi, 'lâchez-moi!...
Gaston n'eut garde d'exaucer c^tte prière, et ce lut parmi les convulsions d'une insupportable douleur que Roby balWitla l'adresse de l'appartement en ville de monsieur le duc.
Gaston lâcha prise alors, et Roby tomba défaillant sur le tapis.
Gaston était épuisé autant que lui. Cet effort l'avait brisé. Sa poitrine retrouvait son oppression haletante...
La raison de Gaston chancelait.
Il laissa Roby ten-assé, crier, menacer, blasphémer.
Il fit le lour de la chambre, mettant partout sou regard avide et ne sachant pas ce qu'il cherchait. * Son regard rencontra dans sa niciie de velours le petit poignard à manciie d'or de Carnicn.-
Il le Scdsit et le contempla les sourcils fronces, l'oeil brûlant. •
Puisille rejeta loin de lui.
— Maillepré, inurmura-t-il.ncsait pas frapper arecceia!
Il pressa son front ardent à deux mains comme pour rappeler ses idées qui s'enfuyaient.
— Sainte !... Sainte !... -murmurait-il d'une voix déchirante, il faut bien pourtant que je tue !...
Il ouvrit au hasard la première porte qu'il trouva devant !.ii.
Dans cette chambre où il entra il n'y avait rien qui pàt faire arme,
— Tuer ! répéta Gaston, tout en la traversant,— ne suisje pas loin de Paris!... Oh! cette femme qui m'a retenu, maudite soit-elle!... Sainte! mon pauvre ange!... ma sœur! Je n'étais pas là pour le secourir!... je n'ai point ciileiidu les cris de détresse!... Tu m'as appelé... je ne suis pas ve.nu ! . '
il s'aflaissa sur un siège ; son front se pencha ; des larrhes inondèrent son visage.
-11 délestait son amour ; il en demandait pardon à Dieu comme d'un crime...
Sa douleur é.lait décolles qu'on ne décrit point. Son cœur s'engourdissait enuneaeaer'uin.', r.iorlF'li >. • Dyrant mr instant il resta ainsi accablé.
Puis il se leva coiuine si un choc giilvarr ; :, :.i
sauter sur Les pieds.*
La colère vint fouetter son apathie désespérée.- -^ Son œil se ralluma. Le sang revintrougifson visiige. "« *w
— Oii'iraporlo la distaricaJ'dil-itç— il faut que je pSrte, dussi:-je aller à pied !... dussé-je succomber en chemiiî^...
Son regard fit rapidement le-tour de la" chaiiibre-et' ne trouva point ce qu'il clierchait. - ;■" ■
il passa dan> une autre pièce. Celle-ci était forféa désordre. Il y a-vait sur les meubles des habits d'hoîîiftie je- . tés au hasarcL .. . ,
Par tierj« cii voyait une cheitiise dont le col était teint de ,sang,., . - -
C'était celle que portait le marquis aux bulles Saint- Chaumont.
Dans un coin, les deux ép^es qui avaient servi au 'duc 50 dressaient contre la muraille à cMé de leur étui. — Un peu [.las loin étiit Ri boîte de pistolets.
Gaston ne fit lH^^iH bond jusqu'à cette dernière.
II la sai.sit, l'ouvrit et mit les deux 'pistolets soii.s ses vêtemens, après s'élre assuré qu'ils étaient chargés. , /
Puis il gagna la porte de sortie.