CHAPITRE !!î
DUEL S.'.I-.S TEJIOINS.
Los domestiques que Gaston rencontra sur son chemin en quittant rhôt.'l do la baronne de Roye, auraient bi.'n voulu lui barrer le p.issage, mais sa figure houle vt-'';' avait une expresùon effrayante. — Les domestiques n'osèrent pas.
Gaston descendit l'escalier et franchit la pc-rt'e cocbrri'.
I! demeura comme abasourdi dès qu'il IVi '
Au lieu désarbresetdes champsqu'il :;',.:i. :■: :ii ;: > -u. les arcades de la nie Casliglione élaieui (icvaiu m's yt-.LV.
Il crut rêver,- t;mt l'idée qu'il était loin de Paris avait pris ;ur lui d'empire.
Il frotta ses p uipi-ères cl regarda mieux. — Le mouvement, !a vie l'enloUroient. Il rcconrunssait à ceni pas de lui la grille des Tuileries,
C'élaitbien Paris, Sainte était 1», tout près. — Quelques pas le séparaient du salai de sa sœur ou de la vengeance... • — Tant mieux ! tant mieux! s'écria-t-il en précipitant
sa coâirse vers les Champs-Elysées. — L'Ile m'a trompé
Tant mieux !
Il était tête nue, et il Courait, iicurtar,! les pnssaus.sous es arc^de^ de la, rue de Rivoli. Il serrait do louios ses forces, sous ses vêlemèns, les pistolets sur sa poitrine. —Il
PAUL FEVAL.
allait, suivi de loin par les invectives de la foule... 11 n'entendait point ses cris et nul choc ne pouvait l'arrêter.
La course essoufflait son haleine oppressée, mais son pas ne se ralentissait point. 11 atteignit en quelques minutes le coin des Champs-Elysées où débouche la rue de Ponthieu.
Il se jeta sans hésiter d ans ralléc désignée par les révélations de Uoby. — Au bout de celte allée, une porte close l'arrêta.
Il y frappa. — Point de népouse.
Il appela. — Point do répons? encore.
La colère impatiente enflait les veines do ses tempes et d(! son front. Il saisit la porte avec cette puissance passagère que donne la-rage, et la secoua. — Mais la porte était olide.
La bouche de Gaston écuniait, ses yeux se tachaient de sang.
Il s'éloigna et revint frapper la porte de ses deux poings lermés avec frénésie.
La porte résistait toujours. *
Gaston jeta son regard tout autour do lui, cherchant un levier pour attaquer cet obstacle. Dans l'étroite cour où il se trouvait il n'y avait rien qui put servir à cet usage.
Alors il se mit à genoux sur le sol et gratta la terre avec SCS ongles, autour d'un pavé qu'il arracha.
La pierre était dure et lourde. Gaston la souleva à deux mains au-dessus de sa tète et en frappa la serrure.
Il n'y eut pas besoin d'un second coup. La boîte do fer, broyée, s'écrasa, et le pêne brisé sauta hors de la gAche.
Gaston s'élança dans l'escalier eu grondant de colère et de joie.
Au premier étage, les portes étaient encore fermées, mais le succès exaltait les forces de Gaston. — Son pied suffit à briser ccjiernier obstacle, et il se trouva en face de madame B^unel plus morte que vive.
— Monsieur le duc de Compans? dit-il, — menez-moi sur-le-thanip près de lui 1
Mjidame Brunel tremblait. Elle répondit en balbutiant :
— Ceci est ma maison, monsieur, et je ne connais pas de duc.
Gaston la poussa et se fit un passage.
Il n'eut pas besom de chercher beaucoup pour trouver monsieur le duc. Celui-ci s'était couché, malade, après la scène du balcon où Félicien Chapitaux, du Chesnel et leurs amis s'étaient faits les témoins de ses honteuses violences. Ce coup moral l'avait brisé plus encore que la fatigue de •sa lutte contre Sainte.
Il était au lit depuis plusieurs heures et la jeune lllle avait trêve...
Le bruit do la serrure qu'on forçait au dehors, le choc retentissant du pavé, la porte du promier étage enfoncée et jetée au dedans, tout cela prenant monsieur le duc en un moment de souffrance et de faiblesse morale l'avait rempli d'épouvante.
Il avait sauté hors de son lit en criant à madame Brunel dé défendre le passage.
Mais !a camériste était un garde-du-corps insufTisanl. Elle n'avait de courage que contre les pauvres filles confiées à la prudenc,e de ses soins.
Gaston passa et joignit monsieur le duc qui endossait précipitamment sa robe de chambre.
Au bruit qu'il fit en approchant, monsieur le duc leva vers la porte son regard effrayé. 11 s'attendait évidemment, jugeant le nombre des assaillans d'après le fracas de l'attaque, à voir entrer plusieurs personnes.
La vue de Gaston, qui se présentait seul, sembla le rassurer à demi. — Le jour baissait; il ne pouvait voir les traits contractés du jeune homme eX ce qu'il y avait de menaces terribles sur son visage.
11 ne voyait dans l'ombre de la porte qu'une forme jeune et grôlô aux vèteniens débraillés, aux'theveux en désordre.
Gaston promenait son regard tout autour de la chambro. — Il cherchait Sainte.
— Oui èles-vous et que voulez-vous? demanda monsieur le duc en faisant un pas vers le nouveau venu.
Gaston ne répondit p^s et vint se placer devant lui. Il avait un pistolet dans chacune de ses mains.
— Où est ma sœur? dit-il d'une voix sourde et brève. Le duc aperçut. à la fois ses armes et sim visage. — Son
visage était le plus effrayant des deux.
C'était la colère arrivée à son paroxysme et tout près de toucher la démence.
L'aspect do monsieur de Compans, cet honnne qu'il abhorrait la veille comme l'auteur de toutes ses souffrances, et qui depuis, par un hasard funeste, avait trouvé moyen de l'insulter plus cruellement encore, l'aspect de ce vieil ennemi, tout chargé des dépouilles de sa race, l'avait transjjorté de fureur.
Sa main tourmentait ses pistolets. Son regard avait soii de sang.
Le duc avait reconnu en lui le ji^une homme assis auprès de Sainte aux galeries de l'Opéra. .
Le danger se montrait menaçant, — mais le duc recoiivrait son calme et combinait ses moyens de défense.
— Monsieur, dit-il, je ne vous demande plus qui vous êtes... Je pourrais vous dire que j'ignore ce dont' vous entendez parler... mais...
— Ma sœur ! ma sœur ! interrompit Gaston qui baissa vers le sol le canbu do ses pistolets comme s'il se fût craint lui-môme.
— Votre sœur est ici, dit le duc,— je ne veux point vous le cacher... Je suis prêt à vous la rendre.
Le regard de Gaston eut une, flamme si aiguë quc! la paupière de monsieur de Compans se baissa.
— Conduisez-moi vers elle, dit le jeune honnne. — Je suis pressé de savoir !...
— Sur mon honneur... commença le duc.
— Marchez devant ! interrompit Gaston, — je ne vous crois pas.
L'orgueil du duc était muet en ce moment. 11 prit sans répondre le chemin de la chambre de Sainte.
La pauvre enfant avait essayé de se barricader à l'intérieur ; mais, comme nous l'avons dit, cette pièce était admirablement propre à sa destination.
Malgr-é les eflorts de Sainte, la- porte s'ouvrit à la première tentative.
Le duc voulut s'effacer pour laisser passer Gaston.
— Entrez le. premier! dit celui-ci avec rudesse. Le duc entra.
Gaston était encore derrière la porte.
11 entendit une voix plaintive et pleine de larmes qui criait :
— Ah ! monsieur, je vous ch supplie !... ayez pitié de moi!...
Le cœur de Gaston se fendit; — mais'il garda ce calme implacable qu'il avait endossé en présence du duc, commo une armure.
A la suite du scandale grotesque causé par l'indiscrétion des convives de du Chesnel, monsieur Burot et la camériste avaient réintégré Sainte dans le boudoir.
Elle y était seule depuis celte heure; — son épouvante n'était plus vague comme dans la matinée. Elle savait maintenant une partie de dP qu'elle avait à craindre.
Le souvenir de cette course épuisante où chaque pas avait failli la livrer sans défense aux brutales caresses du vieillard lui ôtait toute force et la faisait mourir.
Elle tressaillait à tout bruit. — Elle (Hait changée comme si une longue maladie eût passé sur elkv «
Lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir, sa frayeur fut si poignante qu'elle perdit en quelque sorte la faculté d'ouïr et de voir.
Elle ne reconnut point la voix de son frère, qui ordon nait au diictle passer le premier.
En entrant, Gaston la vit collée au coin le plus reculé d«
la chambre.— Elle était pAle comme un lincpiil et son corps charmant tremblait, agité par des secousses navrantes.
Gaston referma la porte derrière lui.
Sainte avait aperçu le duc, pui^ elle avait baissé les yeux. — Elle n'osait plus les relever.
Gaston s'arrêta et la contempla durant un instant, cherchant à lire dans sa pose et à deviner jusqu'où descendait son malheur...
Mais toute la personne de la pau\Te eutaut était contre le duc une accusation trop éloquente!...
Celui-ci ne voulut point rester sous le coup de ce silence.
— Mademoiselle, conunença-t-il d'un ton respectueux et soumis qui contrastait fort avec sa conduite de la matinée, .— je vi.^ns vous demander pardon...
— Ah ! monsieur, grâce! interrompit Sainte,— grâce ! au nom de Dieu!...
— Mademoiselle... voulut répliquer le duc.
— Taisez-vous! dit Gaston rudement.
Sainte tressaillit. — De fugitives couleurs montèrent à
à sa joue, — on eût dit qu'un espoir bien doux, mais trompeur, était en elle et qu'elle ne voulait point lever les yeux de peur de le faire évanouir.
Le duc baissa la tële sous le regard impérieux de Gaston et se tut.
Le jeune homme s'avança lentement vers Sainte. — Son cœur s'amollissait à une pitié profonde, mais son œil demeurait austère et froid.
Lorsqu'il eut dépassé le il,uc, celui-ci fit un mouvement rapide pour s'esquiver.
— Restez! dit Gaston, — ou je vous tUe... Le duc frémit de colère, — mais il resta. Sainte, cepnndant, à cette voix deux fois entendue, avait
levé ses beaux yeux timides.
Une joie subite, mnnense, avait dilaté son cœur.
Une joie trop grande après cette soulfrance mortelle qui la courbait depuis douze heures.
Ce lut un coup de foudre. |
Ses couleurs revenues pfdirent; ses yeux se fermèrent; \ ses genoux trop faibles fléchirent. Elle ioinba dans les bras \ de Gaston qui s'était élancé pour la soutenir.
Mais les blessures que fait la joie portent avec elles leur baume.
Au bout de quelques secondes, Sainte souriait d'un doux sourire et son visage disait l'aliégresse vive de son âme...
Le duc demeurait immobile à trois pas de la porte, tenu en respect par le regard de Gaston qui ne le perdait point de vue.
La nuit était presque venue. Les dernières lueurs du crépuscule éclairaient vaguement les objets.
■ Gaston désigna du doigt au duc un siège et tous deux prirent place auprès l'un do l'autre.
i — Ma sœur est pure, dit Gaston, — vous n'avez plus be soin de me l'afllrmer, je le sais... et j'en remercie Dieu,
: parce que le fds de mon père ne devait point commettre un assassinat... Mais, cette injure enlevée, il reste entre nous,
; monsieur, trop d'injures mortelles...
i — Je ne vous connais pas!... dit le duc étonné.
' — Le fait qui nous rassemble vient de votre volonté, non point du hasard, reprit Gaston, .le vous fuyais, moi, parce que mon cœur se soulevait h la pensée de répandre le sang d'un vieillard... Mais ce dernier crime vous jette sur mou chemin... C'est le jugement de Dieu !... Il faut que l'un de nous meure ici !
La voix de Gaston était ba«se et ferme. On y devinait
• l'obstination d'une volonté implatable.
Le duc n'était pas un lâche, mais sa vieillesse amollie par le vice avait perdu de son ressort moral en môme temps que mourait sa force physique.
■ La roix do Gaston, d'ailleurs, et l'expression terrible de '■ son visage avaient de quoi glacer un cœur plus brave, j Le duc se sentit frémir.
î — Je ne vous connais pas, répéta-t-il en balbutiant. ! Gaston garda un instant le silence.
I 11 était plongé dans une méditation sombre qui conlrac- 1 tait ses sourcils et metttail à sou front des rides profondes. I — Monsieur, reprit le duc qui avait profité de ce répit i pour rappeler son calme et dont la voix se faisait insinuante, j — ma posilion est ici fort difficde... Je vous ai outragé sans ! vous connaître... vous voyez que je vous parle avec frani chise... ou du moins, j'ai essayé de vous outrager. — Maïs,
âîant votre arrivée même, je vous le jure sur mon hou- : neur, j'avais renoncé à tout dt-ssein sur mademoiselle votre j sœur, dont l'angélique pureté m'a\ait fait rentrer eu moi- : même...
! Gaston sfftaisait.
Le duc prenait courage,— il poursuivit :
— Je ne crois pas que nous nous soyons jamais rencontrés.... et quoi que vous ayez pu dire en un moment rie trouble, je ne puis penser qu'il y ait entre nous des motifs de haine, à part cet événement malheureux...
Le duc baissa la voix et essaya d'un sourire.
— Tout peut se réparer, vous le savez, conlinua-t-il, — lorsque l'honneur n'a point reçu la dernière atteinte.... Votre sœur, que je vous rends, est aussi pure qu'avant d'en-
Gaston avait serré sa sœur eontre sa poitrine en une I trer dans ma maison... mais à cela ne tienne 1 .. Je suis
étreinte passionnée, mais son œil étciit toujours sévère et dur. -
— Merci ! merci ! murmura Sainte en joignant les mains. — Dieu que j'ai tant prié m'a donc entendue enfin, puisqu'il t'envoie à mon secours.
Elle jeta ses bras autour du cou de son frère et l'entoura d'un long regard ravi.
Elle n'avait plus peur.
Elle se sentait sauvée.
Gaston, lui, espérait. Cette joie lui mettait au cœur une consolation sans prix. Sainte déshonorée eût-elle été ^oyeuse?...
Entre le frère et la sœur la scène fut coijrte. ■ Au bout de quelques minutes Gaston savait ce qu'il voulait savoir.
Mais le contentement qu'il éprouvait ue se montrait point au dehors.
Il répondit par un baiser unique aux chères caresses de la pauvre Sainte, et se leva toujours froid et austère.
— Attendez-moi, ma sœur, dit-il, je vais bientôt revenir... Le Iront de Sainte s'attrista.
Gaston traversa la chambre et dit au duc :
— Suivez-moi.
Le duc obéit.
Gaston retourna dans la chambre oii il était entré d'abord.
coupable, je l'avOue, et je suis riche.... Je vous supplie, monsieur, de ne point voir en mes paroles une nouvelle offense... elles me sont dictées par un désir sincère et à coup sûr honorable de réparer ma faute... je puis faire la fortune de votre sœur.
Gaston, qui ne l'avait point interrompu, releva sur lui son regard glacial.
— Monsieur le duc, dit-il avec froideur, — savcz-vous le nom de celte jeune fille que vous avez voulu déshonorer?
Le duc s'inclina en murmurant une réponse négative.
— Monsieur le duc, reprit Gaston sans donner d'autre
signe d'émotion qu'un léger tressaillement de lèvres,
cette jeune fille a nom Sainte de MaiUepré.
Les bras de monsieur Je Conipans tonilièrent. Il chancela sur son siège.
— Sainte de Maillepré, reprit Gaston lentement,- la fille du marquis Raoul, dont vous avez fait meflre le lit da mort dans la rue... la nièce de James Western, qu'un de vos émissaires a poignai-dé... la sœur du marquis Gaston, qui pleure son père et sa mère morts de cliagrin, qui travaille do ses mains et à la sueur de son front parce que vous lui avez volé son héritage,— et qui vous répèle, monsieur le duc, qu'il faut qu'ici l'un de nous meure !
Gaston s'était levé et se tenait tout droit devant monsieur !e duc- de Compans.
Celui-ci ouvrait des yeux slupélaits.— Il éloit atterré sous
lés
le coup de ce hasard étrange qui le châtiait par son propre crime. — H n'avait pasde voix, et sou sang était pour ainsi dire flgé dans ses veines.
Gaston le regardait, et sous In masque de froideur qu'il imposait à son visaire il y avait une foudroyante menace.
Ce regard pesait comme mi poids de plomb sur la paupière de monsieur de Conipans, qui n'osait point se relover.
Gaston prit ses deux pistolets el les dép'osa sur une table.
— Ils sont chargés, iil-il, — faites apporter de la lumière.
On n'y voyait presque plus eu effet.
Macliinaiemunt monsieur de Compans obéit et appela madame Brunel.
Personne ne répondit. Madame Brunels'éfait eufuie. Gaston patienta une minute, puis il reprit :
— Monsieur, je suis pressé ; 1! faut que vous trouviez do la lumière.
Le duc se leva sans mot dire, prit à son chevet un briquet phosphoriquc el alluma une bougie.
— H .sera fait suivant votre choix, reprit Gaston... les deux pistolets resteront tels qu'ils sont, ou nou^ ôterons la charge de l'un dVux... ' • '
La bougiç allumée éclairait maintenant le visage décomposé de monsieur le duc.
Ses paupières restaient clouées au sol; ses tempes avaient des secousses convuisivcs: ses lèvres remuaient abaissant les Coins rétractés do sa bouchs.
— Vous savez bien, monsieur, nuirniura-t-il. cpie l'on iis peut pas se battre ainsi sans témoins...
— Je sais que je vous ex[irime une volonté, monsieur, répondit Gaston, que voire vie m'appartient de toutes manières, et qu'il faut iîi'obéir.
Ces paroles étaient prononcées d'un ton simple et bref. 11 n'y avait pas à penser que la menace pût être vaine...
Si un doute avait pu naître d'ailleurs, un seul regard jeté sur Gaston l'aurait bien vite fait évanouir.
Ses traits exprimaient l'indomptable résolution de sa volonté.
Son front digne et hautain ne laissait percer aucun symptôme de colère.— C'était comme ujie sentence qu'il portait, — une sontciico .sans appel.
Le duc ava.t levé les } eux sur lui à la dérobée et ce seul regard lui avait dit qu'il lallait mettre do côté toute espérance de tromper la justice de Gaston ou de la fléchir.
— Les chances ne sont pas égales, monsieur, repril-il encore, pourtant; —c'est ici ma maison,., ëi le malheur voulait que ce combat vous tiU fatal, qui pouhait m'absoudre de ce meurtre?
—Ne plaidez pas, monsieur! répliqua Gaston. Si je vous laisse prendre une de ces armes, ce u'es.t pas' pour vous, mais pour moi.
Il reprit ses deux pistolets sur la table et en présenta un par la crosse à monsieur do Compans.
-r- Voulez-rOus que les deux armes restent chargées? demanda-t-il.
Le duc prolongeait sou hésitation.
— Monsieur, dit Gaston dent la voix trahit alors seulcmeBt un cccès d'oniportenienl tôt réprimé, —songez que je me demande depuis un quart d'heure si ce serait un crime dé vous brûler la cervelle !
Leduc fit un pas en arrière, et sa joue dcvint'plus livide.
— Péchargeons l'un des pislolels, dit -il d'une voix sourde.
Gaston souleva le chien de l'une des batteries, relira la capsule et passa plusieurs fois son mouchoir sur la cheminée,— puis il iaballit le chien.
— C'est fait, monsieur, dit-il, tournez le dos.
Le duc avait suivi d'un regard cauteleux Topération de Gaston.
Il avait comparé .soigneusement les deux armes qui, semblables au premier coup d'o.'il, avaient cppr>ndant entre elle* de ces diflérences hisensibles que la fabricant ne peut éviter.
Il tourna le dos.
Gaston changea les deux pistolets de main.
— Choisissez! roprit-il.
Le duc se retourna et tint ses doigt.i levés au-dessus des d'Mix armes.
Il iié-ita. -^ Les lignes qu'il avait cru reconuaîlre échappaient maiiilenant h Son trouble.
— Choisissez,! répéta Gaston.
Le duc prit l'un des pistolets.
La pièce où ils se trouvaient était séparée de l'escalier par l'antichambre et du boudoir par cette autre pièce où monsieur le duc de Compans-Maillepré avait subi les bravos et le»s silflets des convives de Léon du Chesnel.
Ga-ton se relira dans cette pièce. Le duc recula jusqu'à l'antichambre.
Deux bougies allumées étaient placées au milieu de la chambre mtermédiaire où devait avoir lieu le combat.
Ne pouvant recevoir de signal, les deux adversaires devaient tirer au moment où ils s' apercevraient.
Le duc parut le premier à la porte do l'antichambre.
Malgré celte hâte, il avait eu le temps ('« tûtor la cheminée de son arme et de voir que la vi^ de Gaston était entre ses niain=...