‹ Les amours de ParisChapitre 65 sur 190 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tA ciiAMnnn du meurtre.

Depuis sept ans, le Palais-Royal avait subi des changemens notables.

Le bassin était creusé, les cages à jour des galeries de bois avaient fait place à ce passage vitré que les Suisses, les Belges et les gens de Cahors s'obstinent à regarder comme le centre du fashion parisien.

Le reste avait progressé à l'avenant. Les reslaurans s'étaient multipliés indéfiniment, offrant à la gourmandise provinciale des repas prodigieux pour le modique déboursé de quarante sous.— Le jeu y gardait encore tous ses temples, et Vénus n'avait fait que changer do prêtresses.

Mais la mode l'abaiidonnait déjà. Quelque chose do triste était sous les longues galeries.— C'était froid. La joie s'y ennuyait. Le vi-^e s'y engourdissait endormi...

Vers huit heures du soir, le lendemain des événcmens que nous avons racontés aux précédons chapitres, un élégant coupé, débouchant par la rue Vivieune, s'arrêta au perron du Palais-Royal.

Un jeune homme à la tournure leste et distinguée sauta sur le pavé et descendit les marches qui conduisaient à la galerie Beaujolais.

Il traversa le court passage, jetant un regard à gauche sur h Caveau du Sauvage, dont la vogue était alors bien diminuée, et entra tout droit dans le jardin.

Il y avait ce jour-là dans l'air quelque petit vent d'orage politique.— Le peuple s'était attroupé sur les boulevards, "et les pompes avaient joué peut-être du côté de la porte Saint-Martin.

Une foule énorme se pressait dans le jardin. — C'est au Palais-Royal, en effet, que se passe souvent la partie bavarde, la partie littéraire de l'émeute.

Ailleurs, on se bat. Au Palais-Royal, on se pousse et l'on cause.

Le jeune homme qui venait de descendre le perron était le marquis de Maillepré.

Il ne venait point là pour parler politique, et ses pensées n'allaient point avec les gasconnades vides qui couraient bruyamment do groupe en groupe.

Sa physionomie était triste et grave.

Il y avait sept ans que monsieur le marquis de Maillepré n'avait remis le pied au Palais-Royal.

Aussi un flux de souvenirs envahissait tumultueusement sou esprit. — La fouie qui l'entourait aidait au travail douloureux de sa mémoire.

Il se croyait presque au milieu de celte autre foule bariolée, ivre, folle, qui emplissait les jardins le soir du mardi gras do 1826. ,

Il allait, perçant comme alors la cohue... A chaque instant, son regard se heurtait contre ui> objet connu, d'où surgissait un remords...

PAUL FÊVAL.

Là, devant le calé de la Rotonde, le duc avait jeté àl'oeillo du nialheureuï James Western ce nom qui, comme une parole magique, avait eu le pouvoir de tuerun homme. -Là, c'était le champ de bataille oîi Western avait combattu les masques et terrassé Josépin. — Plus loin, c'était la porte par oii Carmen était sortie pour prendre ses habits de femme. — Plus loin encore, c'élpit l'entrée du café du Caveau, scène souterraine où s'était passé le prologue d'un drame sanglant!...

Le marquis allait et revenait, se plongeant avec une sorte de plaisir sombre au beau mi'leu de ses souvenirs.

Au bout de quelques minutes, il reprit 'e pnsscgc du Caveau, et sortant dans la rue de Beaujolais, il su'vit le chemin qu'il avait tait avec Western sept ans auparavant, sous le nom de Carmen, pour gagner l'hôtel du Sauvage

Le petit passage donnant sur la rue de Valois était toujours aussi noir, aussi humide, aussi froid que jadis. Le marquis en monta les marches huileuses et se trouva au rez-de-chaussée de l'hôtel.

Il y avait longtemps déjà que monsieur Polype avait vendu la propriété de ce tj-uctueux repaire. — Ce n'était plus madame Polype qui s'asseyait au comptoir do la salle commune, mais c'était une dame de valeur égale pour le moins.

— La chambre est-elle préparée? lui demanda le marquis.

— Oui, monsieur, répondit la dame ; la chamtjre rouge au premier : six couverts...

Le marquis gagna l'escalier et monta, précédé par un garçon qui portait une bougie.

Le marquis était pâle. Des gouttes de sueur mouillaient ses tempes froides.

Le garçon ouvrit la porte de la chambre rouge et s'effaça pour laisser la route libre.

Mais, au lieu d'entrer, le marquis recula d'un pas et chancela, comme s'il allait tomber à la renverse.

Quelque vision venait de passer devant ses yeux. Il avait vu, derrière cette porte ouverte, un cadavre étendu sur le plancher...

Ce fut l'affaire d'un instant ; —à l'aide d'un effo t violent, son esprit recou\Ta l'équilibre ; — il entra.

Cette pièce, qu'on appelait la chambre rouge, n'avait en SOI pourtant rien de bien redoutable.

C'était une chambre à coucher d'hôtel dont les rideaux fanés pouvaient bien avoir été rouges autrefois, mais ne gardaient plus qu'une couleur indécise et déteinte.

Il y avait des fenêtres à jalousies baissées discrètement, une grande alcôve fermée et un sofa dur.

Au milieu de la p'èc« se dressait une tabiC recouverte d'une nappe bien blanche où s'alignaient six assiettes avec leurs accessoires.

C'était un souper commandé.

Le marquis demeura debout à quelques pas de la porte. Le garçon mit la bougie sur la table et fit mine de se retirer.

On eût dit que le marquis cherchait un prétexte pour le retenir.

— Cette table est trop près i^e la fenêtre, dit il.

Le garçon éloigna la table et se dirigea de nouveau ver la porte.

— Il me semble, dit le marquis,— que nous serons mieux auprès de la cheminée.

— Ce sera comme monsieur voudra, répliqua le garçon qui se mit en devoir d'exécuter le changcmciit indiqué.

Mais avant qu'il eût fait rouler la table, le marquis reprit brusquement:

— C'est bien comme cela... Laissez-moi... et dès que ces messieurs viendront, faites-les monter sur-le-champ.

Le garçon sortit et feïma la porte.

Le marquis écouta le bruit de ses pas se perdre'dans le corridor. 11 avait les yeux baissés et ne les relevait point. — Un tremblement continu agitait imperceptiblement se^ membres^

Sa pâleur était devenue livide. — Ses traits exprimaient de l'horreur et de l'épouvante...

Les difficultés qu'i' avait soulevées un instant auparavant, c'éîait bien pour retenir le garçon. — Il avait peur.

Quand il cessa d'entendre le brr't de ses pas dans le corridor, une expression d'angoisse se répandit sur son visage. Son cœur déraillit ; sesjambes re usèrent de le soutenir...

Il gagna en charcslantle sofa et s'y assit pour ne point tomber à la renverse.

Mais le contact de ce siège semb'a le brûler; il se releva d'un bond ; ses cbeveux. hérissés frémirent...

Sur ce sofa Carmen s'étai. couchée. — Vis-à-vis d'elle, James Western corflantavaH pris son dernier repas...

Le marquis passa le revers de sa main sur son front, où se glaçait la sueur. — Il domourcit debout, n'osant taire un pas, n'osant lever les yeux, — car tout dans cette chambre maudite lui parlait du crime.

Ce parquet poudreux, ses pieds l'avaient effleuré, lascifs et gr?cieux, dessinant les pas provoquansde la danse espagnole.

Il lui semblait entendre lesroalemens fréquens'des castagnettes qui se mêlaient aux c'iants avinés des masques faisant orgie à l'étage supérieur.

Par cette ienêtre, fermée maintenant, Carmen avait voulu fuir. — Elle avait noué les draps au balcon, ces draps qu'une main mystérieuse et décharnée comme la main d'un spectre avait arrachés violemment.

Dans cciie alcôve, Carmen s'était cachée. — Là, pour la première fois, le remords avait crié au fond de son cœur. — Cette sueur froide qui inondait maintenant ses tempes avait percé là pour la première fois dans ses cheveux !

A deux pas d'elle, — ceUe planche, qu'une large fente séparait de ses voisines, Carmen l'avait soulevée...

Et dans le trou noir que recouvrait cette planche, Carmen avait mis le corps de James Western... le cadavre inerte, raidi, lourd de cet homme si plein de vie naguère, et qui venait de prononcer pour elle, inconnue, des paroles de tendresse et de pitié!...

La gorge du marquis râlait, ses tempes battaient, tous les muscles de son corps tressaillaient, agités par une fièvre épuisante.

Il aurait voulu fuir, mais ses jambes mortes étaient clouées au sol.

La terreur l'annihilait. — Il eût été incapable de faire un mouvement ou de pousser un cri.

Sa tête s'emplissait de plus en plus de délirantes pensées.— Il avait bravé ses souvenirs ; ses souvenirs le tuaient.

Le fantôme de Western était là, partout, menaçant ou lamentable.

Partout il y avait du sang. De toutes parts gémissaient des plaintes. — Ses yeux avaient beau se fermer, il voyait toujours ce pâle cadavre qui se couchait à ses pieds.

Les forces lui manquèrent à la fin pour soutenir cette lutte terrible. Il s'affaissa, vaincu, sur le plancher... Quelques micutes après, des pas se firent entendre dans le corridor, des pas et des voix.— On approchait.

Le marquis s'éveilla en sursaut de son délire et se releva brusquement.

La solitude fait seule toutes ces terreurs. La raison revient au premier bruit quiannonce Fapproched'un homme.

Lorsque la porte s'ouvrit, le marquis était debout et no gardait d'autre trace de sa récente détresse qu'un reste de pflkur répandu sur sou visage étonné.

Los nouveaux-venus étaient Léon du Chesnel, Durandin et le docteur.

Il entrèrent, du Chesnel en tête.

Le diplomate, vu sa position, tranchait de l'égal avec le marquis; il présenta sa main. Josépin, au contraire, fit un salut presque respectueux.

Quanta l'avoué, *il se comporta en homme d'affaires, c'est-à-dire que de son salut on ne pouvait rien inférer. Mais les gens qui veulent tout deviner sur les physiono-

LES ÂMOUHS DE PAUIS.

mies auraient eu ce soir-là beau jeu avec la bonne et gi-osse i

figure de Duraudin. ,

11 y avait du triomphe et de la malice dans son débon- |

naire sourirr. — On aurait pu pensc'r qu'il en savait plus

long que les autres sur les motifs de cette réunion, et plus :

lonç qu'il n'en voulait dire... i

Du Cliesnel prit le premier la parole. ■

— Monsieur, dit-il au marquis, je pense que les lettres I

adressées à ces messieurs sont semblables à la niiennc... j

Je n'y ai vu qu'un.- invitation pressante... De plus suscep- '

libles auraient pu y trouver une menace. ;

, — Laisse donc, répliqua Durandiu,, qui sourit alternali- j

venieni au diplomate et au marquis; -^ lu vois p'arlOMt des i

nirnaces... Le mafquis sait (|ue nous somme.-, ses amis... ,

.4 quoi bon menacer ses amis? -;

Le marquis remercia du .seste et i!ésiL;na des siég:es nu- 5

tour de la tabl/.

Les trois nouveaux venus s'a^.^!l■■■ 11!. — !:;' ' ' ;i'.

par snil.' d' 1 rri'C id" ■ , r.:irisM- .,u'il .. '

aussi par i'ciïei ijue i^nidui-ail su.iiui (!'(,.'i ,, . le manjuis grardait une expression prav^' cl so! ■: Du Clie.-nel elJosépin rernsrquèrenl cet ;i pcr; prirent une vague inquiétude. — Le Ijeu cboisi uvail eu , eflV't quelque chosc de lugubre e! semblait iMino)'.cer un | retour vers ce crime lointain qui restait coriiUie uu pacte étroit entre les six convives du carnaval de 1826. !

Ils regardaient tous les deux le marquis eu dessous, cherchant à lire sur ses traits ^juelque cho^e de sa pe:;sée. : Durandin, lui, ne s'inquiétait pus pour si peu. Sa figure ' exprima it conune à l'ordinaire la .s'.Ménité la plus heureu.se. — De phis qu'à l'ordinaire, il y avait dans son sourire r.rie assez forte dose de malice, et son regard lixé sur le m;u'quis avait une arrière-nuance de supériorité.

Deux couverts restaient vides encore, mais-l'attente ne fut pas longue, et l'on vit arriver bientôt Deni;sart accompagné Je Uoby.

Roby, avantageux, familier, fanfaron et secouant la dentelle illusoire d'un jabot qui n'existait point; — Dcilisart, , humble, obséquieux et saluaut à la ronde en baissant ses paupières soumises.

On servit. — Le souper se traîna silencieux et froid. Il fallut arriver au second service pour voir les convives s'animer un peu et faire honneur aux plats de l'iiùtel du S.iuvage.

Nous devons faire pourtant une e.xception tm faveur d:- Durandin, qui dès le potage mangea comme un prer.ii( r clerc et but comme lui procureur.

Roby marcha le premier .sur ses ti'acos, puis vint Deuisart, (pii. réparant le temps jierdu avec zèle, ijt bieniôl levenir son nez à l'état de charbon ardent.

Soit par basarl, soit que le marquis I'clU voulu ainsi, les convives se trouvaient placés à table dans le mêriic ordre que la luiit du mardi gras. Le marquis avait Durandin à sa gauche et Denisart à sa droite ;.en faee de lui était du rhcsncl, llanqué de Josépin et do Roby.

La chaise de Denisart appuyait un de ses pieds, comme alors, sur la planche qui avait servi de couvercle au cercueil improvisé de Western...

■ Mais cette planche arait été clouée; elle ne basculait plus.

Au dessert, le marquis repoussa son fauteuil et réclama le silence d'un geste.

— Me.s.sieurs, dit-il, entre nous il y a une association que le hasard a frappée d'impuissance... Voici deux d'enre nous que je ne connais pas... Depuis sept ans je ne les avais pas revus.

— Des voyagea... inlerrompit Roby. — Mais j'e.ipère avoir le plaisir, mou-sieur le marquis, de renouer avec vous pour l'avenir des relations très étroites et infiniment agréables...

— Moi, dit Denisart d'unaif timide,' i— j'ai été pendant quatre ans frapper toutes les semaines à la porte de madame la baronne de Roye... .l'ai su seulement hier qu'elle portait encore un autre nom.

LE SIÈCLE. — VII

— Denisart, répliqua Durandin, — monsieur le marquis ne se souvient plus de l'avoir donné une fois quinze cents flrancs sous son nom de baronne pour imprimer ta fameuse brochure.* .'e suis sûr, Denisart, ([ue ton bon co'ur n'a pas pu l'oublier.

Le pédant s'inclina avec un faux sourire.

— A Dieu ne plai.se, murmura-t-il, que je puisse jamais oublier un bienfait!...

Nous n'avons pas besoin de dire que Roljy ne so vanta point de l'expédition qu'il avait faite la veille cUcx madame la baronne et du mauvais succès de cette expédition. • Le marquis reprit :

— Personne n'est ici à bf'mier, messieurs... Le besoin rapproche... Neusnous sommes tenus éloignés les uns des autres parce que notre intérêt sans doute ne nousras.semhlail point... Aujourd'iiui j'ai besoin de vous tous... Il faut ipie il- Ir.aivo en vous des gens parfaitement dévoués, ;'!i';-. .1 ioiil pour me servir... J'espère que vi5us in'éxcu-

• d,! \inn avoir rappelé dans ma iellr.> celle civcoiis- ! •::-.■ ;:?■,.; lïMlheureiiSe <]ui est entre non- u;; lien iiidi-o liibie.

— C'é'.;iit doue u:-:e menace, dit duC.hesne! entre ;-aui ci Ivas.

■ — i)ii Unit, du tout, lit Durandin... lu as l'espnt mal ;ai'. moii 1)011 !...

.losépin donna trois coups de doigt sur-sesklnc'.l, '^il'iir et ouvrit la bouchepour parler, — mais il ne ;> nia pjiiil.

Ceci entrait dans les habitudes du docteur.

— Le fa't est, dit Roby, qu'il y a entre nous u:i souvenir assez désagréable... moisi après tout, monsieur le marquis ou madame la baronne, vous nie permettrez de rous dire qu'il }'a loin de la nuque de Roby à la guillotine I... ■

Leuisart, le nez dans son verre, buvait îi^nù-lemetit et iV'irdait fë bilenc(i.

— Il y â d'autant]^lus loin, monsieur. <li' viri;-,- cou à la guillotine, poursuivit le niari|uis dont la itiix -s '■fît sévère, —(|u"il vous faudrait m.; pousser à bout coirpli'Iemer.t pour

' que je fisse usage de l'arme terrible (pu- li> liasanl a mise

, ëiitre mes mains. -

! —Rail ! fit Roby, — sept ans, c'est diableiiient long!... le brave homme n'.i pointTéclajné... personnelle s'est occupé de cette liisloire-là... MotiM^ltfly^tflaripïri, Mre âccus;i|ioii aurait l'air de tomber de la lune.

: — S.-iiif la forme, ajouta du Chesnel, je dois dire ijuc je l'.i'j's^eeie à l'opinion de Roliy...

— ! a forme, la forme !... grommela Roby, excepté Deni- 1 ; -rt, quia le nez plus rou^o qu'autrefois, tôu.^ ces'mSl-

beureux-là sont devenus musqués comme des feim 's premiers du Gymnase t j — Messieurs, reprit le marquis, l'iiitérêt qui me pous':e I est execâsivenieiit grave... Auprès de cet intérêt, votre vie ! à tous aussi bien que la mienno n'i^s! absolument rien, l's'il faut que je vous le dise... Vous me permettrez donc, s'il j vous plaît, d'ihsi;ter et de vous taire voir que voira sécui rite est plus consolante que sage.

I Le marquis tira de sa [lOche un journal el le di'plia lentei ment.

I — C.'v-t un numéro ^lu Journul du Cnmnnrce du mois ' d'avril 1826, poursuivit-il. — Pi quelqu'un de vous veut i avoir la bonté de lire à haute voix cet article, marqué à ; l'encre rouge, je pense que votre avis pourra.se transfor- ; mer et se rapprocher du mien davantage... '- Du Chesnel [irit le'journal avec une certaine précipitation i et parcourut I' -ticle d'un regard rapide. i Tandis qu'il 1. parcourait, son vi.sago pâlissait visiidei ment.

! — Voyons, lJs-î!ous Cel.-J, dirent les antres coilvives. i Du Chesnel communiqua lecture de l'article à haule i voix.

j C'était un fait-Paris, qui racontait d'une façon succincte un bruit public, entouré d'une certaine consistilnce, lequel . plaçait un meurtre à l'hôtel du Sauvage, rue de N'alois- ' l'alais-lioyal dans la nuit du mardi gras' âf>. mercredi dés i C.endresde l'année 1S'26. — On y cillait le nom de l'assassi- -'' '" ' ' .. ■ gg

PAUL FEVAL.

né. Quant aux meurlricrâ, des soupçons gTaves, disait l'articlejpesa'ient sur les nommés L. 0., E. D.. D...I, R..y, et J...n, qui avaient pu cette nuit-là même, auC.avaau du Sauvage, une dispute avec le malheureux étranger, dispute où le sang avait coulé.

La lecture de cet article fit un certain effei sur quatre des convives.

C'était un coup inattendu.

Denisart. Roby, le docteur et du Chesnel lui-même ne purent dissimuler leur inquiétude. L'avoué garda sa tranquillité sereine, — son sourire même devint plus joyeux s'il est possible.

Il repoussa son assiette vidée, et, pour la première fois depuis le commencement du repas, il trouva le loisir de tourner ses pouces.

— Messieurs, dit le marquis, vos initia'Ies sont là, c'est un malheur... d'un autre oMé, vous ne pouvez ignorer que vos noms sont écrits en toutes lettres et ensemble sur le registre delà police, puisque, dans l'après-midi du mardi gras, vous avez parcouru le boulevard en calèche et masqués... un simple rapprochement éttblirail ici l'identité... d'ailleurs, vous sentez bien que si j'ai eu la précaution de faire insérer cet article prudent, je n'ai pu perdre de vue les témoins nécessaires...

Il se fit un silence de quelques secondes, au bout desquelles du Chesnel s'écria en souriant tout-à-coup :

— Nous sommes admirables !... Nous en venons aux menacesavant de savoir de quoi il -s'agit !...

Ce mot eut un très grand succès, parce que l'on r'ecomm(?nçait à avoir peur.— Denisart, Roby et Josépiu y applaudirent avec entraînement.

— C'est clair, ajouta le docteur... que monsieur le marquis nous dise ce que nous pouvons faire pour lui être agréable, et je suis convaincu que tout le monde ici sera trop heureux...

— Evidemment, évidemment ! s'écna-t-on eu chœur. Roby chercha un vers à déclamer pour la circonstsnce,

mais il n'en trouva point et dut se borner à opiner en prose.

Durandin, aussi insensible à cet enthousiasme pacifique qu'aux récentes menaces de guerre, souriait toujours et semblait un juste que n'atteignent pomt les passions vulgaires de la foule.

Je remercie monsieur du Chesnel, dit le marquis, d'avoir arrêté à propos une discussion inutil e et qui pouvait présenter de sérieux dangers... Pour moi, comme pour vous, messieurs, car je sais fort bien qu'en vous perdant jo me perds... Mais que ceci ne vous rassure point!... Vous savez quel prix le désespoir met à la vie... Eh bien! jo suis désespéré... Hier, mon revenu se montait au quart d'un million ; aujourd'hui, je suis plus pauvre qu'un mendiant... c'est vous dire assez que je suis prêt à tout...

Durandin témoigna par un signe de tête combien cet argument lui semblait logique.

Josépin et du Chesnel échangèrent un regard d'imiuiétude.

Denisart, le nez dans sou verre, écoulait sournoisement et ne donnait point signe de vie.

Roby «taitcclui qui se rapprochait le plus de la sérénité de Durandin. — Roby n'avait rien à perdre.

— Tout cela ne nous apprend pas. dit-il, ce que monsieur le marquis attend de nous...

Celui-ci se recueillit un instant et poursuivit :

— Docteur, vous êtes le médecin de monsieur le duc de Compans-Maillepré... vous avez vos entrées à l'hôtel à toute heure... Pour eu venir à mon but, je ne pourrais trouver un auxiliaire plus utile que vous.

— Quel est ce but ? demanda Josépin.

—Monsieur du Chesnel, reprit le marquis sans répondre, — vous êtes l'amantde madame la duchesse de Compans... C'est moi-même qui vous procurai il y a sept ans votre première entrevue...

— Voilà uue constance 1 murmura Roby.

— Comme le docteur, continua le marcf ns, — vouspou-

vez entrer à l'hôtel l\ toute heure... de plus, vous pouvez laire agirmadame la duchesse... Je compte spécialement sur vous.

— Et qu'allcz-vous me demander, monsieur "f dit du Chesnel.

— Monsieur Roby, poursuivit le marqui^j^ je sais que vous êtes lié avec le secrétaire de monsieur le duc...

— Oh! lié!... interrompit Roby, — vous m'entendez bien... Lié comme un homme de ma sorte peut être lié avecun Burot !...

— Je compte également sur vous.

— Encore faudrait-il savoir... dit Roby.

— Monsieur Durandin, reprit le marquis, je ne pense pas avoir besoin de dire en quoi vous pouvez mç servir?.-.

L'avoué fit un petit signe de tôle.

— Enfin, monsieur Denisart, dit encore le marquis, bien que votre position ne soit point digne de vos mérites, vous êtes, sans contredit, le mieux placé pour me rendre service....

Denisart ne demanda point ce dont il s'agissait. Il grommela entre ses dents :

— J'ni la confiance de monsieur le duc, c'est vrai,— mais son bureau a trois serrures...

Durandin sourit bénignement.

— Est-ce qu'on voudrait nous faire participer à un vol? dit du Chesnel en se redressant avec hauteur.

Le marquis le regarda en face, son œil fixe cl froid exprimait une indomptable volonté.

— Jo vous ai dit, monsieur, que votre vio et la mienne n'étaient rien auprès de l'intérêt qui me fait agir... s'il faut voler, vous volerez... s'il faut tuer, vous tuerez !

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