‹ Les amours de ParisChapitre 76 sur 190 · LE CENTRE D'UNE TOILE D'ARAIGNÉE · texte numérisé non relu

LE CENTRE D'UNE TOILE D'ARAIGNÉE

Stephen Mac-Nab fut comme étourdi par la pensée qui venait de traverser son esprit. Son caractère était de ceux auxquels le soupçon vient aisément, et qui n'abandonnent point facilement le soupçon une fois conçu.

Mais ce soir, le premier vent d'amour qui soufflait sur son âme donnait un autre cours à ses idées. Il soupirait autant qu'un tome entier de Richardson ou qu'un lecteur endurci de miss Maria Porter. Or, les soupirs, ceci est fort connu et joli, amolissent les soupçons comme les premiers léphirs fonJePJ les frimas des prairies.

— jf suis fou ! reprit-il après quelques minutes de silence; — elle est pure comme les anges dont elle a la beauté... Ah! je souffre Lien !... llfaut que je veie le pauvre Franck. Nous nous plaindrons ensemble, si IjOus ne pouvons mutuellement nous consoler.

11 y avait plus d'un an que Stephen n'avait vu Franck* Encore, la dernière fois qu'ils s'étaient rencontrés, c'avait été une entrevue courte, une causerie frivole. Ils étaient alors heureux tous les deux et tous les deux insbucians. Récemment, Stephen avait appris par hasard une partie des bruits qui couraient sur miss Marie Trevor. Il savait que, dans des cercles bien informés d'ordinaire, on parlait de son mariage prochain avec le fameux marquis de Rio-Santo comme d'une chwse certaine et presque faite. C'était à cette circonstance qu'il avait fait allusion dans son entrelien avec mistress Mac-Nab.

Franck et lui étaient donc désormais dans cette situation qui rend l'amitié doublement précieuse et fait des mutuels épanchemens un impérieux besoin. Aussi Stephen atteudait-

PAUL FEVAL.

il le lendemain avec impatience. La joie qu'il éprouvait à la pensée de revoir Franck étouffait uu peu la voiN de sa souffrance.

Il n'alla point au bal de Trevor-House.

Le lendemain, il se leva, souffrant encore, mais pluscalnie. 11 y a toujours de la ressource chez ces caractères positifs qui n'atlisent point soigueusenirnl la cuisante brûlure de leurs peines, qui ne se complaisent pas plaintivement en leurs douleurs, et ne demandent qu'à être consolés.

Steplien avait passé tant bien que mal sa première nuit de martyre d'amour; il n'avait amune espèce d'envie de recommencer, et se promettait bien de clore brusquement ce chapitre dincerliludes et de doutes en demandant une explication à Clary IMar-Farlane. C'est ce qui s'appelle aller droit au but. Si tous les amoureux prenaient celte route bourgeoisement logique, aucun roman n'alteiiulrait la fin de son premier volume.

Ce qui serait une publique calamité.

Au déjeuner de famille, Clary était distraite et comme absorbée par de lyranniques pensers. Stepben ne manqua point de le remarquer; mais il se contint et résolut d'attendre l'avis de Franck pour frapper le coup décisif.

Anna, au contraire, était joyeuse, et adressait à son cousin, qui n'y prenait point garde, les naïfs élans de sa reconnaissance. La pauvre enfant avait la ferme croyance que Siephen s'élait privé du plaisir du bal pour l'amour d'elle, et ne savait point dissimuler son contentement.

Tout de suite après le déjeuner, et taadis que le thé fumait encore sur la table, Clary s'esquiva. Nous savons oU elle se rendit ainsi. — Ce fut derrière le rideau qui, demi-soulevé, permettait à son regard de plonger dans le salon du premier éiagede la maison carrée, de l'autre côté de Cornliill. Clary venait là tous les jours. Elle y venait bien souvent en vain, car les apparitions queEdward faisait en ses bureaux étaient courtes et peu fréquentes. Mais elle ne se lassait point d'y venir.

Ce jour-là elle y trouva ce qu'elle cherchait.

Nous n'essaierons point de peindre les impressions profondes et multiples qui se succédèrent dans l'esprit de la jeune lille, tant (|ue dura sa muette contemplation. C'était à celte place qu'elle avait vu Edward pour la première fois ; c'était ù cette placequ'elle vcnaitratlendrecliaquejour;c'éiait à cette place qu'elle souffrait, qu'elle était heureuse, qu'elle avait appris à aimer...

Elle restait là, charmée, sans s'apercevoir du passage des heures. Lorsque Edward, guidé par le geste de Rob Lantern, jett les yeux vers elle, son cccur fut pris d'une cmoliou douce et poignante à la fois. Elle eut froid; ses jambes fléchirent, puis un flot de sang brûlant roula le long de ses veines jusqu'à sa joue, qui devint pourpre. Sa main lâcha le rideau.

Elle demeura longtemps ainsi, honteuse, émue jusqu'à la détresse, heureuse jusqu'au transport, derrière le frêle écran de mousseline qui la protégeait contre la fascination commencée.Elle avait grand désir de soulever encore ladraperie, mais elle avait remords aussi de l'avoir soulevée déjà ; et peur et pudeur, — et puis encore la voix jusque-là si respectueusement écoutée de sa craintive dévotion, lui criait: Arrête !

Pauvre lille!

L'amour était à l'autre oreille, l'amour puissant, éloquent, irrésistible! Nous ne savons ce qu'il disait, mais, quoiqu'il parlât tout bas, sa douce voix couvrait la voix menaçante de la conscience.

Clary avança timidement sa main blanche et déliée, puis elle la retira, puis elle l'avança encore. Le rideau se souleva de nouveau, mais si peu !. .. Ce fut assez. Elle put voir celui dont la pensée emplissait sa vie. L'œil d'Edward, distrait et nageant dans le vide, ne cherchait plus sa fenêtre. Alors Clary eut moins peur et reprit sa position première.

Au bout de quelques minutes, ce qu'elle aurait pu prévoir, ce qu'elle désirait peut-être, arriva. La rêverie de monsieur Edward prit fin et son œil revint naturellement caresser la fenêtre.

Ob ! Hous pouvons raûirmer, Clary eut le ferme dessein de

se cacher encore. Elle (ira brusquement la mousseline, mais la mousseline s'accrocha ; un obstacle quelconque, une épingle oubliée sans doute, l'empêcha de tomber, — et la jeune lille resta sans voile en face du beau rêveur qui la contemplait passionnément.

— Clary! cria la voix de mistress MacNab à l'intérieur. Clary n'entendait pas.

I Edward mettait dans son regard d'enivrantes paroles. I Muet, il disait : Je vous aime, plus tendrement que n'eût pu faire sa voix.

— Clary ! s'écria Stepben à son tour.

Clary n'entendait pas.— Sa tête se perdait; son cœur s'élançait vers Edward, qui suppliait du geste maintenant et semblait demander pitié.

Deux larmes tremblèrent a\\\ cils de la jeune fille et tombèrent brillantes sur sa joue.

— Il m'aime, mon Dieu! murraura-t-elle.

Edward, qui voyait sa victoire, posa sur sa bouche ses doigts réunis en faisceau et jeta un baiser à travers la rue.

Cette fois, l'épingle fut impuissante à retenir le rideau. Clary s'offensa. Le rideau tomba.

Au même instant, deux portes qui donnaient entrée dans la chambre où se tenait la jeune fille s'ouvrirent brusquement.

— Clary ! Clary 1 crièrent à la fois mistress MacrNab et Stepben qui entraient en même temps.

Clary trembla comme notre mère Eve, surprise par le Sauveur.

— Que faites-vous là, mon enfant? demauda mistress Mac-Nab avec douceur ; — il y a cinq minutes que je vous appelle !

— Il y a donc ici quelque chose de bien intéressant, miss, dit sévèrement Stephen, — pour que vous n'ayez entendu ni ma voix ni la voix de ma mère?...

La jeune fille balbutia et ne sut point répondre. Stephen, qui avait toujours en tête ses soupçons jaloux, s'élança vers la fenêtre et fit mine de soulever le rideau. Clary voulut l'arrêter d'un geste suppliant, mais Stephen ne tint compte de cette muette prière, et la draperie glissa en grinçant sur sa tringle.

Clary, Stephen et mistress Mac-Nab plongèrent à la fois leurs regards au dehors.

Il n'y avait plus personne aux fenêtres du premier élage de la maison carrée, dont chaque croisée montrait, closes, les doubles draperies de ses rideaux de soie.

Clary respira longuement, et Stephen refoula une exclamation de dépit. Quant à mistress Mac-Nab, il fallait pis que cela pour troubler son éternelle quiétude.

Edward avait quitté sa place au moment où Clary s'élart de nouveau cachée derrière son rideau. Il se leva de l'air d'un homme que le jeu commence à fatiguer, et tira le cordou d'une sonnette.

Le petit nègre parut aussitôt.

— Va frapper sur le gong du salon du centre, dit-il.

— Combien de coups, maître?

— Cinq coups.

Le petit nègre sortit par une porte autre que celle qui avait donné entrée à Bob Lantern.

Quelques secondes après, on entendit cinq coups sourds et prolongés retentir dans la direction suivie par le petit nègre. Monsieur Edward prit la même route et sortit du boudoir.

,11 pénétra dans un salon de forme ronde, qui, autant qu'on pouvait s'orienter, tenait exactement le milieu de la maison carrée. Ce salon n'avait point de fenêtres et s'éclairait, à cette heure de midi, par un lustre allumé.

En revanche, il avait six portes dont cinq donnaient immédiatement sur des escaliers en spirale. C'était par la sixième que monsieur Edward avait pris entrée.

A son arrivée, le gong promenait encore le long des lambris sonores ses profondes et ondulantes vibrations. Le salon était désert.

Cinq cbaises .et uu fauteuil étaient raugés autour d'uo

LES MYSTEEVES DE LONDRES

vaslc poêle, dont le.i bouches, ouvertes, édiaiilTaient le salon lie !( iiis brûlantes baleines.

Monsieur Echvard se jetanoncbalamment sur le fauteuil.

Presque au uièu\c instant, les cinr; pories s'ouvrir, nt. Les deux premières, pereées dans la direction de Cornhill, donnèrent passage ù une dame fort richement parée et ii un gentleman de l'asliionable tournure. La troisième, qui tournait du cùtédeFimli-Lane, servit de chemin à un monsieur de mine bien honnête, velu en négociant de bon lieu et se présentant comme il faut. Par la quatrième, s'introduisit un peiit lion'.me tout jaune rt tout maigre, dont le costume râpé s'usait à l'anguleux contact de ses jointures pointues.

La cinquième porte enfin donna passage ;'i monsieur Smilh paré de ses lunettes vertes et de son vaste garde-vue.

La belle dame venait des somptueux magasins de costumes de Cornhill, dont elle était souveraine et maîtresse sous le nom de mistressBertram.

Le gentleman, monsieur Falkslone, était son voisin le bijoutier.

Le monsieur à prestance honnête tenait la boutique de changeur dans Finch-Lane. C'était monsieur Walter.

Le quatrième enfin n'était rien moins que le vieux Peter Practice, ancien ultorney y procureur ) ruiné, lequel trônait dans la poudreuse et sombre boutique de brocanteur qui venait, aussi sur Finch-Lane, apri-s l'ejcchange-o/pce.

De ces cinq personnages, mistress Bertram et Peler Practice étaient les seuls qui montrassent leurs visages tels que la nature les avait faits. C'était tant pis pour le vieux procureur, qui avait la laide mine d'un usurier retors et déhonté, mais c'était tant mieux pour mistress Bertram, laquelle était belle encore, bien qu'elle eût franchi dès longtemps les limites de la première j.eunesse.

Les trois autres portaient de ces sortes de masques perrais parnoire civilisation . Ainsi , monsieur Smilh avait son gardevue; monsieur Walter, le changeur, partageait avec lui le bénéfice des lunettes vertes, auxquelles il joignait une perruque noire, qui ne laissait pas de contraster un peu avec le ton blanchâtre du duvet de la joue, aux endroits où ne passe point le rasoir; monsieur Falkstone, le brillant bijoutier, avait au contraire la joue bleue, ce qui ne l'empêchait point de porter de jolies moustaches blondes et une chevelure de la même couleur, admirablement frisée.

En somme, tout ceci pouvait être fort innocent. Monsieur Smith avaii peut-être la vue faible; monsieur Walter avait sans doute appris dans Byron à chérir les brunes chevelures; quant à monsieur Falkstone et i sa fourrure d'emprunt, nous dirons que tous les coiffeurs de Londres déposeraient instantanément leurs bilans s'il n'était plus loisible aux jeunes dandies du commerce de se teindre la chevelure et la moustache.

Quoi qu'il en soit, les cinq nouveaux venus s'avancèrent d'un pas discret vers monsieur Edward et le saluèrent respectueusement. ,

Edward toucha la main de mistress Bertram et Ût aux autres un signe de tète protecteur.

Mistress Bertram s'assit. Les quatre hommes restèrent debout jusqu'à ce qu'un geste royal d'Edward leur eût donné licence de prendre des sièges.

Ah! si mistress Brown, mistress Black, ou mistress Krubb avaient pu glisser un œil curieux au trou de quelque serrure, comme elles eussent appelé à grandes et glapissantes clameurs mistress Dodd et mistress Bull I comme elles en eussent conté à mistress Fooles ! comme elles eussent rendu jalouses mistress Crosscairn et même mistress Bloombcrry !

Ln silence de quelques minutes régna dans le singulier et mystérieux congrès, âlonsieur Edward s'était renversé sur son fauteuil et semblait avoir mis en oubli la présence de ses partners. Ceux-ci se taisaient et attendaient.

Enfin, monsieur Edward mit la main au gousset dont il retira une montre splendide enrichie de diamans.

— Midi et demi ! murmura-t-il. — Vais-je bien, Falks< tone?

— Vous allez parfaitement, monsieur.

Peter Practice atteignit iine montre d'argent, large et do due, qu'il mit à l'heure de monsieur Edward.'

— Si je vais bien, reprit ce dernier, je n'ai bas beaucoup de temps .1 vous donner... Venons tout de suite au fait : J'ai besoin de dix mille livres.

— Dix mille livres! répéta Peter Patrice en serrant convul sivement le large ventre de s a montre d'argent.

— Dix mille livres! répétèrent en chœur le changeur, le bijoutier, monsieur Smith et mistress Bertram.

— • Pour ce soir, ajouta froidement monsieur Edward. Toutes les têtes se baissèrent à la fois.

— Monsieur Walter, reprit encore Edward, pouvez-vous me les compter sur-le-champ?

— Je le puis, monsieur, mais.. .

— Mais quoi?

— En la monnaie que v«us savez.

— Je n'en veux pas... Et vous, Falkstone?

— Les aEfaires languissent déplorablement, monsieur..?

— Et vous, Fanny ? interrompit Edward avec impatience en s'adressant à mistress Bertram.

— Ma caisse est à votre disposition, monsieur, répondit la belle marchande; — mais il s'en faut de beaucoup que cette somme s'y trouve.

— Je prendrai ce qu'il y a, Fanny... Vous êtes une bonn» et charmante fllle...Et vous, maître Practice?

— Je dirai à Votre Honneur, répondit l'ancien attorney,' — je lui dirai clairement et sans ambages, je lui dirai ce que lui a dit mon honorable voisin monsieur Falkstone : les affaires languissent, elles languissent déplorablement; j'ajouterai même qu'elles ne vont pas du tout.

— Et la conclusion, maître Practice?

L'ancien procureur ouvrit par trois fois la beuche avant de prononcer la réponse suivante :

— Ma caisse, — telle qu'elle est,— et Dieu sait qu'elle n'est pas opulente, — mais enfin elle est ainsi,— est à la disposition de Votre Honneur.

Monsieur Edward réfléchit durant une minute.

— Quant à vous, Smith, dit-il ensuite, je sais ce que. vous avez... Pardieu! messie^irs, vous vous endormez, sur ma parole! Chaque fois que je vous demande une misère...

— Dix mille livres! soupira Peter Practice.

—Vous poussez d'interminables hélas, poursuivit Edward. Ceci est intolérable!... Vous laisse-t-on manquer de marchandises? N'avez-vous pas une part raisonnable ? La police vous inquiètet-elle? Tout le fashien dé Londres n'a-tilpa* appris la route de vos magasins?— Et à qui devez-vous tout cela, s'il vous plaît? Marchandises, sécurité, vogue, c'est moi qui vous donne tout, et vous semblez hésitera me satisfaire?

— A Dieu ne plaise ! dit Falkstone.

— Vous savez bien, monsieur, que je suis toute i vous, murmura mistress Bertram.

— Vous, Fanny, je le crois, et je vous remercie... Mais ces messieurs...

— Neus sommes prêts, interrompit Falkstone.

— Je suis prêt, appuya Peter Practice, qui ajouta entre ses dents : — Mais je proteste en la forme due, déclarant agir tanquam coacttis *, et non pas autrement, — dont acte, sous ■ toutes réserves.

— A la bonne heure, reprit Edward en se levant.— Je compte sur vous pour ce soir... Comptez sur moi vous-mêmes et ne craignez rien. Je suis entre vous et la gêne comme entre vous et le danger. Adieu, Fanny.

Mistress Bertram repassa la porte par où elle était venue et qui conduisait au magasin de costumes, de même que chacune des trois autres conduisait à l'une des boutiques du rez de-chaussée; la cinquième communiquant avec les bureaux Edward and C".

— Avez-vous quelque chose à me dire, Falkstone? demanda ' Edward.

— Votre affaire de cette nuit...? répondit le bijoutier en souriant,

* Comme contraint et force. ' j

^ — Comme toujours, Falkstone, comme toujours... celui-là ne nous inquiétera pas de longtemps!

— C'est au mieuxl... A qui remettrai-je mon contingent de fonds?

— Comme d'habitude, à mistress Bertram.

Falkstone salua et sortit.

— Mauvaises nouvelles, monsieur, dit le changeur Walter dès qu'il fut seul avec Smilh et Edward ; —on m'a refusé hier trois de nos bank-notes et des bruits inquiétans commencent à courir dans la Cité.

— Que dit-on?

— On ne dit rien de précis, mais chacun entre en défiance; on ne prend plus une malheureuse bank-note de dix livres sans la retourner vingt fois en tout sens.

— N'aie pas peur, Walter, mon ami, dit Edward en souriant ; — sous peu je te donnerai des bank-notes que personne ne refusera... va.

Le changeur, personnage posé s'il en fut, traversa le salon à pas comptés et disparut par la porte qui s'ouvrait sur l'escalier de sa boutique.

Smith fil doucement le tour du salon et ent'rouvrit toutes les portes pourvoir s'il ne restait point d'indiscret écouteur. Cela fait, il revint vers Edward.

— Ami Smilh, lui ditce dernier, il faut être prudent à l'avenir et ne jouer du pistolet qu'à la dernière extrémité. C'est une arme bavarde, et nous ne sommes plus ici dans notre paladis terrestre du Teviot-Dale.... Mais c'estasseï parler sur ce sujet ; j'ai vu par moi-même que tu étais serré de près... 3'espère que nos hommes n'en sont pas encore à refuser nos bank-notes?

, —C'estselon, répondit monsieur Smith; nos fournisseurs, — il appuya sur ce mot en souriant, — pftnnent tout sans défiance, mais vos anciens gardes-du-corps du pays que vous venez de nommer ne veulent que de l'or... Ce sont d'intraitables coquins !

— Je les aime comme cela... Dis-moi... et l'affaire de Prince's-Street * ?

— J'y suis allé ce matin. Paddy pousse son géant tant qu'il peut. Il le gorge de bœuf, il le sature de gin, et le géant travaille plus que dix hommes robustes ne pourraient le faire; mais il s'épuise...

— C'est bien long I dit Edward avec un soupir de dépit.

— Prince's-Street a quarante pieds de large ! répliqua Smilh, et notre éléphant creuse à vingt pieds de profondeur... Encereune huitaine, le géant crèvera comme un bœuf, mais le boyau sera fait.

— Dieu t'entende, bon Smith ! alors ta caisse sera une vé- Tité...

Monsieur Edward repoussa son fauteuil et mit ses doigts blancs dans une paire de gants parfumés.

— Adieu, dit-il ; veille à ce que ce vieux Peter Practice 6'exécute pour ce soir... Chaque fois qu'on lui demande mille guinées ou quelque chose comme cela, son cœur se fend.

Monsieur Edward prit l'escalier qui conduisait chez le bijoutier Falkstone, et y demeura quelques minutes comme pour marchander et choisir des joyaux ; puis, sortant comme un acheteur qui a fait ses emplettes, il franchit le marchepied d un magnifique équipage, attelé de quatre chevaux, dont les pareils ne se fussent peut-être point trouvés à Londres, — \fûl-ce môme dans les écuries sans rivales du marquis de Rio- Santo.

A peine était-il étendu sur les coussins, que l'équipage partit au galop, brûlant le pavé dans la direction des parages fashionables du West-Eud.

-. r Rue qui looge la Banque.

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