COMEDIE
ïyrrel l'aveugle et la Fi'ançaise écoulaient.
— Je suis ruiné, rejuit Brian de Lancester, si bien ruine, madame, que mes resso'irces personnelles égalent à peine Cilles du plus pauvre mendiant.
— Je crois que je suis riche, moi, inlerrompit timidement Susannah.
— Et pourtant, poursuivit Brian, je vis comme mes pairs vivent; j'étale un certain luxe.... Le temps de faire des dettes est passé pour moi. l<v.\ ne voudrait me prêter... D'oU pensez-vous que je tire mes moyens de vivre, madanu '?
— Je ne sais, répondit Susannah, qui aurait voulu revenir bien vite aux paroles d'.iniour.
— Je vais vous le dire... Vous seule nu montlele saurez... Une main m.ysiérieuse, m.^.Jamc, me jette chaque mois une périodique aumône.
— C'éiaii cela son grand secret ! grommela Tyrrel ; j'avais, pardieu ! mes raisons pour en savoir quelque chose.
— Ecoutez donc , miiord, dit la curieuse petite femme.
— Chaque mois, continua Brian, par d: s moyens divers et toujours occultes, je reçois cent livres sierling.
— Et c'est ce;it livresdeperdu.es, très boiiorable fou! gronimela encore Tyrre! ;— mais le .yaîlre le veut et je m'en lave les mains.
— Écoulez donc, mi'ordl répéta madame la duolicsse douairière de Gêvrcs, comtesse Canlacouzène, etc.
■^ Ces dons sont périoiiiiuos, refirit Brian; ils m'arrivcnt régulièrement et sans rdard aucun. Ils ne m'ont jamais manqué, et, chose étrange! le premier paiement a eu lieu le jour même où ma ruine étant consommée , je me suis demandé pour la première fois ce qu'il me restait à faire en ce monde.
Brian prononça ces mots à voix basfîeet avec tristesse,
— Vous avez donc été prcsdj la mort, vous aussi? murmura Susannah , dont les grands yeux noirs é;aient humides.
— Je ne sai."!, dit Brian qui Laissa la voix encore et à tel point que Susannah fut obligée de se pencher vers lui pour entendre; —je ne sais, madame... Mon coeur était plein de haine, et le désespoir conseille mal... Mais il est mon frère, après tout, et Diiu m'aurait fait la grâce sans doute de mourir avant de frapper... Oui, madame, oh! je veux le croire I et vous, croyez-le... croyez-le! c'était près delà morî quej'ctais.-ctuon pas pré.-» du crime I
CTSTÈRES DE lONDEES.
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, Brian était pâle. Il y avait de l'égarement dans ses yeux fixes, et sa main froide tremblait par brusques secousses dans celles deSusannab.
— Brian, diieile avec un doux accent de prière, ne soyez pas trlsie auprès de moi, car je ne sais pas vous voir souffrir. Vous avez été malheureux, mon Dieul vous, Brian I... qui donc a le droit de se plaindre!... Oh ! que ne peiit-on donner sa vie pour le bonheur de ceux qu'on aime!... Vous ne souffrlriei plus.
A son tour, elle attira les mains de Lancesteret les serra 'passionnémenl centre sa poitrine.
— Hélas! reprit-elle, que suis je pour vous consoler?... Je n'ai que mon amour à vous donner, Srian, mais il est à vous, au moins, tout âvous ! Si j'en disirais une part, c'est pour la reporter sur celte main discrète et amie qui...
— Ne parlons pas de cela ! interrompit Lancester en f'onçant le sourcil : je vous ai dit mon serret... gardez-le, — même Xis-â vis de moi!... Savez vous ce que c'e^t pour un geniilfiomme, madame, que d'accepter uneaumOne?
— Non, dit Susannah, qui baissa les yeux timidement sous le regard hautain de Brian. — Vous ai je offensé?... Vous souriez... Merci! ob! merci! J'étais bien forte hier... aujourd'hui, Brian, vous pourriez me tuer d'une parole.
— Vous le voyez bien, ma-^ame , reprit celui-ci après un sileuce et en passant la main "ur son front oii perlaient quelques gouttes de sueur; — nous serons malheureux.
— Non!... Ecoutezl s'écria tout-à coup Susannah dont le beau visage rayonna; — vous n'aurez plus besoin de recevoir... Je suis puissante, moil... je l'avais oublié!... Brian, que je suis heureuse d être riche I... Vous m'avez dit votre secret, je veux vous dire le mien : écoutez! écoutez!...
— Courez! courez, madame! murmura Tyrrel en poussant la petite Française ;— lil ne faut pas qu'elle prononce un mot de plus.
En même 'cmps il saisit une chaise à deux mains et en frappa violemment le parquet. La chaise se brisa, — mais Susaonah, elfrayée de ce bruit, se leva ainsi que Brian. L'entretien éiail rompu.
' — Qu'est cela, madame? demanda Lancester avec soupçon.
Avant que Susannah eût pu répondre, la porte s'ouvrit et le nom de madame la duchesse douairière de Gèvres fut lancé dans le salon. La petite femme, suivant de près son nom, en- 4ra bondissant, souriant cl saluant.
— Ma chère enfant, dit cUe, la voilure est r.ttelée : je vous attends.
Susannah jeta un regard de regret vers Brian (lui s'inclina et prit congé.
— Vous savez ce qu'on attend de vous, 'ma chère be'le? poursuivit'2 petite douairière lorsque Brian fut parli... C'est bien simple... moins q'ie rien I... Si, par liasard, vous refusiez, ma fille, vous perdriez les bonnes grâces de vos protecteurs, et l« Très Honorable Brian...
— Qu'a-t-il à faire en ceci, madame? interrompit fièrement Susannah.
—Ne nous fâchons pas, mon amour.... et le Très Honorable Brian, disais-je, perdrait ses ceni livres sterling.
— Quoi! s'écria Susannah en pâlissant,— vous savez cela?
— C'est elTrayanl, mon amour, tout ce que je saisi dit la petite femme d'un ton moitié sérieux, moitié plaisant.
Elle jeta un cbàle sur les épaules de Susannah, la coiffa elle-même en un tour de main, et l'entraîna vers la grille où gtalionnait le brillant équipage aux armes de Dunois. Elles y moptèrenttDiites deux. Les nobles chevaux prirent le galop et ne s'arrêtèrent que dans Casile-Street , devant Dudley- Honse, demeure de Franeit Perceval.
Madame la duchesse de Gêvres mit la tête à la portière.
— Tournez les chevaux du côté dervegenl's-Street, dit-elle auoochtr.
Celui-ci obéit.
— Ma cbère belle, reprit la petite femme sn s'adressant à Susannah et après avoir cousulié sa montre, — nous avon^ vingt minutes d'avance... Ce n'est pas trop, caries gens que DO.us allendoas ne peuvent être envoyés à heure Ixe... Ils
vont ven/v dans dix minutes, peut-être... peut-être dansdeu heures... Mais ils vont venir.
Il s'était passé bien des choses durant cette matinée.
Le marquis de Rio-Santo, depuis le matin, n'avait pas : quitté Trevor-House. Il yavait eu grand conseil çn'.relui et lady Campbell. Celte spirituelle femme, laissant à diverses reprises le marquis seul dans son boudoir, avait faitdi»ersfit excursions, soit dans l'appartement de miss Mary, sa nièce, soit dans celui de loid James Trevor, son frère.
Evidemment, c'était. un moment de crise. L'heure de l'assaut avait sonné. Ou voulait emporter la place de vive force.:
Le marquis avait, d'autorité, imposé silence à sa poésie, à ses velléités chevaleresques, comme on renvoie, en bonne stratégie, toutes les bouches inutiles ù l'instant du combat.'
Il était cuirassé, armé de toutes pièces, incapable de faiblir,' prêt à tout. — Sa volonté avait marqué ce jour pour ses fiançailles officielles avec miss Mary 'Trevor. Il fallait que cela fût, n'importe par quels moyens et malgré tous obstacles.
Nous ne parions pas de la pauvre Mary qui, malade de corps et faible de cœur, et indécise et trompée, répor.dit à la demande formelle de sa tante par des larmes auxquelles lady Campbell ne put manquer de donner une heureuse signification.
Nous parlons de lord James Trevor.
Cet excellent et loyal seigneur avait reçu dans la matinée une 11 tire qu'il n'avait communiquée à personne et après lecture de laquelle il était tombé en détestable humeur.
— Pauvre Mary I murmurait-il en parcourant les allées de son ppiit parc; — je n'aurais jamais cru ceU de ce coquin de Frank!... Mais au fait, pourquoi le croire?... que signifie une lettre anonyme?... Rien du tout, pardieu ! moins que rien!
En conséquence de cette proposition que nul de nos lecteurs ne songera sans doute à contredire, lord Trevor repre» naii la lettre et la relisait fort attentivement.
Péché contre la logique auquel n'échappent poiirt les gens les plus sages !
Et, lorsqu'il avait lu, il froissait la lettre avec colère et reprenait son monologue.
— Le f.iit est, disait-il, que Frank avait hier un air préoc- , eupé{ distrait..'. Il avait cet air-lù, je m'en souviens fort bien... Oh! c'est une chose positive, il avait l'air... Pauvre Mary!... Mais, aprè? tout, qu'importe! une letlre anonyme!., iît pourquoi Frank n'aurait il pas le droit, pardieu ! d'avoir l'air qu'il Iwi plaît?
jk. Et lord Trevor pesisit d'autant mieux qu'il se croyait obngé de c'ûcrclier des raisons de ne pester point.
LaJy C:inipbe!l l'aborda dans un de ces momens et ne tarda pas' à prononcer le mot mariage qui, dans son esprit, éia\t aiorsMe root important.
— Ne me parlez pas de i '. misérable Franck, railady ! s'écria lord Trevor, qui pensait que mariage et Franck ne pouvaient aller l'un sans l'autre, lorsqu'il s'agissait de sa tille; -r- je veux mourir si sa conduite n'est p as une chose choquante au dernier point... Choquante et inexcusable, milady 1
— Comment cela, mon frère?
Comment cela?... Oui, très bieû! comment celai...
Vous allez le défendre, n'est-ce p^s!... Je ne veux rien entendre, milady... Je suis outré, outré positivement,
— Mais, milord...
— Non !... je suis outré, tuadaine.
— Mais enfin, mon frère..".
— C'est une chose qui passe toute croyance, milady, que vous veuillez vous ot)siiner â défendre Franck Perceval...
■ — Mais je ne le détends pas, milord.
— Ah!... A. la bonne heure 1... Et que voulovous me parler de K/ariage, alors, milady?
Lady Camijbell hésita un instant. Certes, elle n'avait pu espérer un si heureux début. Son frère faisait lamoUiédu chemin, mais la transition était brûlante, et lady Casiybell
TkVLYÈVhL.
connaissait trop la boni* de son (vire pou' se fier à cette rancuue riu aioment, quelle qu'eu pûl être d'ailleurs la cause.
— Wllord, répondit-elle d'un air mystérieux, c'est un graLd secret.
'r- '<» D'.^ime pas beauroup l-« secrets, milaily.
— \ous aimerez celui-'à... Je vous le donne en mille.
— Je u'eu veux pas, niada»]*!... A tout prendre, ce pauvre FraBcii...
— Fi! œilord ! vous dites le po'ir et le contre au mâniQ histast... J'aime Franck Perceval, je l'estime...
— Madame, vous ue savez pas ce que je sais, pardieu!
— Cesi possible, répliqua lady Campbell en souriant, mais je sais ce que vous ne savez pas... Le msrquis de RioîJanlo dt-mat'de la main de voire fille, iiiilord. i'
— C'est fort bien, milady... Je reluse la main de ma fille za marquas de Rio-Sauto. \
— Vou? n'y peusez pas, mon frère.,, ~oSi taitl '
— Prenez ^u moins le temps...
— Ce srTOit en perdre, niiUdy.
— Le tenps^ de consulter votre OUe, poursuivit lady
— .i. quoi bon? demanda le vieillard dont les sourcils l>!<>nc$ se froncèrent.
— Les cor^enances l'exigent, mon frère, reprit lady Cai);)bell ; — il pourrait, en vérité, se faire...
— Je ne vous comprends pa^, madame.
— Enlin, milord, s'écria lady Carai>bell, que diriez-vous si ma niète aimaitle marquis de Rio-Santo?
Lord J?rr,es Trêve recula d'un pas. Les veines de sou front se gounèreiit. Ce n'éiait plus son petit courroux de tctu-à-l'heii-e contre Franck Percevil, c'était une belle et tonne colère anglaise, grosse d'apoplexie, di^ gcddem et de coups de poing,— qutud les circonstances tout favorables à ce dernier exercice.
— Voire nitc , madame! répétat-il en bégayant; — ma fiUe!... mi.'-s M?ry Trevor... c'est impossible!
— Cela l'st pou/tint., milord.
— Cela est, de par Dieu!... Alors... j'appellerai ce Rio- Sanio sur l6.terraiii, madame !... Voilà ce que je ferai !
Celait une de ces bonnes et loyales natures, un de ces «irarièi-es « taillés dans le plein 1 1er. » de la foi antique, qui Lriîlent encore çà el là dans les rangs dégradés de noire arisiocrsiie. Sedé.lire était [wur lui la chose impossible, et corne il ne li.saii pas firt assidûment les romans Iranscendans rt/" lios bas b'.etjs modernes, il n'atiribuaft point à rauionr 1" droi' de fausser une parole donnée. — Une chose eût pu seuiftinent le déierminer à oublier Franck, — c'aurait étA l'fiubi! df Fr.Tck lu' même.
^ Mais il n'accusait plus Franck depuis que Franck était attauui.
En un moM! ne croyait pas un met de cet amour subit de Mary pour un élraiiger. Les femmes spirituelles sont si>iene= ^ passer pour folles; lord Trevor gratifia généreusement sa s>u;er de cette épithèts el détruisit plusieurs pialesbandfis à coups de pieds eu souvenirde l'entretien qu'il venait de .subir.
L»dy Ctmpbell, cependant, était revenue vers Rio-Santo po<>r l'.i rendre cuL.pl>' du mauvais résultat de son ambassade.
Rio-Stnto parut éprouver à cette nouvelle un fort grand dico>jrai;eniAut.
— Il ne me reste plus qu'à me retirer, madame, dit-il; j'ai fait UiH< ce qu'u'i calant 'lomrae pouvaic faire.
— Mai», marquis, s'écria lady Camiibeli, rien n'est désespéré.. Hvec du temps...
— Attendre e'icorel dit le marquis avec amertume; — je re ie puis, madame... J'avais offci'-l mis? Trevor mon amour et îna main... Un amour sérieux el une Sia.n sans tache, isilàily I Je suis repoufsé...
— Mon 'rère reroniiaîtrï 8or err2-ir... et sî ce n'est pour mci, milord, un peu de patience no'ir Mîry qui vous aimsl
r~ A';j ! li J'en étais .ittr, toupu ^ Eio-iint^
— Que feriei-vous donc, milord P >
— Ce que je lerais , madame! s'écria le marquis en s'anLmant sondain, — je passerais par-dessus touie con.sidératioii:ie foulerais aux pieds un vain scrupule... Je vous uirais... Mais j'y songe I je ne ^uis pas !>eul eu cause. Âv?at toui, il faut que mis.s Trevor soit heureuse... Il faut que l'époux qu'on lui donnera soit ditjne d'elle...
Lady Campbell aiiproch.» son fauteuil.
— Pour elle, pourelle seulement. Dieu m'en est témoin, et ion pas pour moi. Je parlerai, reprit le marquis. — N<î pensez-vous pas, madame, qu'il -.erait affreux pour miss Trevor de pana^'er avec une livale le cœur de son époux?
— Vous me le demandez, milord!...
— C'est tue le Très nonor?ble Franck Perceval a une maîtresse, madame, une belle maîtresse,— qu'il aime.— une fimme qui n'est point de celles qu'on prenJ un matin, qu'on abandonne le soir et qu'on oublie le lendemain... La maîtresse du Très Honorable Franck Perceval est la plus belle créature que j'aie vue de ma vie, madame.
— Certes, marquis, balbutia Jady Campbell avec embarras, — ceci est grave... Mais...-
—Pardon si je vous devine... Quel homme n'a eu des mal* tresses en sa vie, n'est-ce pas'?..»,IWoi-même...
Rio-S.into s'interrompit et lixa sur la ly Campbell son regard grave et triste.
— Madame, reprit-il d'une voix basse , mais fermement accentuée, — J'ai eu des maîtresses avant d'aimer miss Trevor. Depuis que je l'aime, je n'en al p. us. ..El monsieur Perceval!... C'est après avoir aimé Mary, c'est i>u moment où il revient tout exprès pour réclamer une parole donnée...
— C'est vrai ! inierroraiiiî lady Campbell qui ue demandait pas mieux que d'être persuadée.
— Pour éiiouser Mary, madame! c'est à ce momentmême qu'il amène de France une autre femme aimée aussi...
— 11 l'a amenée de Frame, marquis !
— Vous l'avez vue, madame.— Monsieur Perceval es* arrivé avant-hier; la princesse de Lougueviile s'est montrée à nous uier pour la première fois.
— C'est vrai! dit encore lady Campbell ; — el c'çst cette femme si jeune , si admirablement belle que vous m'avez fait voir hier?
— C'est elle, madame.
— Gli ! Franck! Franck?... je n'aurais jamais cru cela de lui... Mais il ne s'agit pas de se plaindre; il faut agir.. Au nom de ma nièce, milorJ, je vous remercie .. Oh! riiii n'est perdu maiiitenaiit! Je vais a 1er... ]e vais dire... attendezmoi, je vous supplie; celte fois, nous n'aurons pas un refus.
Loid James Trevor se promenait encore dans les allées de son petit parc, lorsqu'un gi'oom ac ourul,à lui tout essoulllé, disant que miss Mai y, malade, désirait parler àson père.
Luid Tievor se hàiavers la maison.
Il tiouva sa lille renversée sur un fau-teuil, le visage couvert de ses mairis. Elle sanglotait; des larmes liltraienlà travers ses doigts pâles el coulaient sur ses vêlemens. Lady Campbell, inquiète^ repentante peut-être, s'empressait autour d'elle.
— Voyez, milord, voyez, dit-elle; voici l'ouvrage de ce malheureux Franck... ce qu'il afatl est indigne, mon frère... Il a une maîtresse...
— Je lésais, madame, répondit froidement lord James Trevor en froissant le dernier débris de la.letlre anonyme reçue le matin.
— La pauvre enfant r* l'aime plus... reprit lady Campbell,
— Qui dit cela 'l s'écria Mary ea déccuvrani loul-à-coup son visage ijui était d'une eCVayaiile pâleur.
Elle ne pleurait plus. Ses yeux rougis, encore par les larmes récenies, éiaicnl lixeseï brûlans.
— Mon pèreydil-clle d'uue voix étrange parce qu'elle contrasiait avec la douce cl faillie voix qu'on lui connaissait, — je l'aime... j'ai été lolle pendant bien des jours., je ue me savais plus moi-même... lolle et bien malheureuse, mon pèrcl...
— Pauvre enfant I murmura lady Campbell de 1? laeilleure ioi du monde,— elle a le délire.
LES MYSTÈRES DE LONDRES
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Lord Trévorlui Imposa silence d'un geste.
— MaiDienaiU, on le calomnie I reprit Mary; — on dit qu'il en aime iftie autre... Ahl c'est affreux, mon père, de calomnier un blessé, un mourant peui-èlrel...
— Un mourant I répéta lord Trevor;— que signifie cela, madame?
— Franck Perceval s'est battu , milord , répondit lady Campbell avec embarras.
— Je veux le voir, mon père, reprit encore Mary ; — conduisez-moi vtTs lui... Nous saurons bien vite ce que valent ces accusations menteuses... Franck! mon noble Franck !... Ah! que j'ai souffert!...
Lord Trevor sonna.
— Faites aiteler, dit-il, surle-champ!... Calmez vous, Har>, poursuivit-il... j'ignorais toutcela..'. Je vais rae rendre chez Perceval...
— Et moi, mon père?
— Vous?
Lord Trevor jeta un regard sur sa sœur.
— Tout ceci me semble fort obscur, murmura-t-il entre se» dents... Eh bien! miss, et vous aussi... préparez-vous.
Mary baisa avec effusion la main de son père.
Lady Campbell haussa les épaules et sortit en murmurant le mot sf^ocking, blâme suprême des personnes qui ne savent point employer de plus énergiques exclamations.
Elle s'en alla, découragée, raconter ce nouvel échec à Rio- Santo, mais le marquis ne parut point partager, cette fois, sa peine.
— J'attendrai le retour de lord Trevor, dit-il d'un air dégagé .. je veux connaître définitivement jusqu'cii va mon malheur.
On entendit en ce moment le bruit des roues delà voiture sur le pavé de la rae.
RioSanto consulta sa montre à la dérobée, et un triomphant sourire releva les coins de sa lèvre.
— La partie s'engage comme il faut, murraura-t-il; — la gagnerai-je?...