OEUXANQE? AU BORD D'UN ABIME
L'homme qui venait d'entrer dans la salle basse de l'hôtel du lioi (ieorge pouvait avoir une cinquantaine d'années et pai-aissait beaucoup davantage. En se débarrassant du plaid qui entourait ses épaules et couvrait en partie soh visage. Il laissa voir unede ces ligures sanguines où la pâleur ne peut s'asseoir qu'après des années de martyre.
Cette figure était pûle, cependant.
Elle portail écrite en lisibles caractères sur chacun de ses traits toute une longus histoire de soulfrances sans remèdes, d'indécisions cruelles, d'angoisses, d'aspirations et de mortels combats livré au fond du cœur par la sauvage énergie de passions indomptées.
Les menteurs habiles ont soin de se rapprocher le plus possible de la vérité dans leurs iiivemioiis. Ils obtiennent ainsi une sorte de couleur locale dont les gens sans défiance sont aisément les dupes. Bob Lantein, (|ui était un menteur de premier ordre, n'avait eu g.inie de mettre en oubli ce principe élémentaire du métier. Parmi tous les hôtels suspects où il eût trouvé des facilités égales pour l'accomplissement de son diabolique dessein, il avait choisi celui de master Gruff, parce ([ue Angus Mac-Farlane y descendait réellement d'ordinaire dans ses voyages à Londres. Bob avait côtoyé ainsi la vérité de bien près, — de si près que le moindre hasard pouvait changer la vraisemblance en bonne et matérielle vérité.
. Là était l'écueil. Bob avait compté sans le hasard, et le hasard, inopportun auxiliaire, se chargea de réaliser sa ilction. Bob se trouva avoir dit vrai bien malgré lui : le père et les filles étaient rassemblés sous le même toit.
L'homme qui venait d'entrer était en effet le laird Angus Mac-Farlane, du château de Crewe.
Il avait l'air triste et puissamment préoccupé; mais cette tristesse n'était point de celles qu'un accident fortuit met sur un visage et que le premier bon vent de gaité dissipe, c'était évidemment une triste.-se chroiTuiue, fruit de longs et incessans soucis. Ses yeux grands et d'un pur modèle étaient creusés et rougis comme si S'^s mâles paupières eussent eu l'habitude des larmes. Son front plissé ne s'entourait plus que d'une diaphane couronne de cheveux étiolés ; sa bouche, dont les lignes se brisaient avec une régularité irréprochable, gardait à ses extrémités un pli profond, hiéroglyphe de souffrance, où il y avait bien de l'amertume et bien de la douleur.
Deux caractères contradictoires se disputaient pour ainsi dire l'expreîsion de sa physionomie. C'était d'abord une énergie native dont le leu généreux réchauffait vivement par intervalles l'eiisemble de ces traits ravagés ; — mais c'était aussi une b.ssit'ide désespérée, un découragement morne, quelque chose de cette fatigue accablante qui prend leeoldat plusieurs fuis terrassé.
Il avait combattu contre autrui ou contre lui-même, pour une cause juste ou non; il avait combattu jusqu'à épuisement de forces, peut-être combattait-il encore. Mais il portait au front le signe de la délaite : c'était un soldat vaincu.
L'arrivée du laird en un pareil moment fut un véritable coup de foudre pour le digne couple. Mistress Gruff, comme nous l'avons dit, tomba sur une cscabelle, tandis que son époux ouvrait de gros yeux stupidcs et tordait à pleines poignées les poils rigides de ses favoris roux.
Angus ne prit point garde ù leur émotion. 11 approcha du feu ses brodequins trempés de pluie et jeta sur la table sa toque ornée d'une branche d'if.
— Je suis las, dit-il, préparez ma chambre.
— Votre chambre! répéta Gruff en grondant; — votre chambre, Mac-Farlane I ... Du diable si je m'attendais à vous T9ir ce soir... Oui, Mac-Farlane... ou Votre Honneur, comme
PAUL FEVAL.
on vous appelle maintenant, ma foi ! — Du diable si je m'y attendais!
— 53a chambre est-elle prise ? demanda le laird-
— Prise?... Dieu merci, Mac-Farlane, il y a plus d'une chambre au /fo» George... etqiiani à lavotie...
-Mon ami, taisez-vous! interrompit doucement l'hôtelière qui avait eu le temps de se remettre et dont le sourire brillait d'un nouvel éclat. — Ah! Votre Honneur a voulu nous surprendre.... Et comment vous portez-vous?... et quelles nouvelles du pays, s'il vous plaît?
Ceci tut dit avec une volubilité très grande et d'un air qui voulait être joveusement cordial.
— Je me porte mal, répondit froidement le laird, — et je' ne sais point de nouvelles... Ne voulez-vous pas préparer ma chambre?
MasterGruCf allait prendre la parole, sa femme lui ferma la bouche d'un geste.
— On gagne sa vie comme on peut, Votre Honneur, ditelle d'un ton insinuant où perçait pourtant une légère nuance de raillerie; — tout le monde n'a pas reçu comme vous un héritage, un bel et bon château qui rapporte plus de li\res que nous ne gagnons de shellings Votre chambre nous sert à faire un petit commerce sur la Tamise, et en ce moment même nous y avons quelques ballots...
— Oiez-les ! dit Mac-Farlane avec impatience.
— Il y a d autres chambres, pardieu ! gronda Gruff avec mauvaise humeur.
— Mon ami, dit mistress Gruff, — il faut vous taire... Son Honneur a bien le diuil de choisir la chambre qui lui plait, je pense.. Prenez uu peu de patience, monsieur Mac-Fariane... Dans une peiite demi-heure tout sera prêt... Vous ferai-je servir à dîner en attendant ?
— Je manderai dans nia chambre, dit le laird; — que vos gens se dépêchent, madame I
— Toute ma maison est aux ordres de Votre Honneur, répliqua mistress Grnlï, dont rien ne pouvait troubler l'inaltérable aménité; — je cours et je reviens, monsieur Mac- Farlane... c'est l'aHaire d'un petit quart d'heure.
Elle se leva et iiinca fortement en passant le bras de son mari, qui étouffa un grognement de douleur.
— Tachez de l'amuser, glissa-t-elle à son oreille,— -et quand je tousserai là haut, montez.
Masier Gruff St un signe d'obéissance.
Angus Mac-Farlane s'assit sur l'escabelle que venait de quitter rhùtes:^e et s'approcha du leu.
— Diablement froid, le temps aujourd'hui, Mac-Farlane, commença brusqucmeii! niasier Grulf, qui avait à cœur d'obéir à sa souveraine et û'amuser le laird ; — un froid de tons les diables!... Hum!... Vous me direz: c'est le temps delà saison. . Mais il y a froid et froid... Hum!... hum !... et j'ai vu des jour.s d'hiver où le vent était duux comme... très doux, pardieu ! chacun sait cela... Voulez-vous prendre une prise A'iri.<<h Ktiuff^. Mac-Farlane?
Master GrulT tendit sa boiie ouverte et s'aperçut seulement alors quê le laird ne l'écouiait pas. 11 poussa un long sou]iir de soulagement.
— Le voilà parti ! murmura-t-il en souriant lourJemeiit ; mainlenant on pourrait lui voler sa main droite sans que la gauche s'en aperçût. ..C'est égal ! je voudrais bien que l'affaire lût faite là-haut .
Le laird avait croisé ses deux mains sur ses genoux. Sa tête se penchait en avant. Son oeil morne et fixe semblait suivre la fumée épaisse et verdàlre gui s'échappait de la grille où mistress Grulf avait jeté de la poussière de houille avant de quitter la chambre, mais, en réalité, les yeux du laird ne voyaient ni la fumée, ni la grille, ni rien autre chose.
il était absorbé dans ses pensées, et l'expression de son visage avait pris nne teinte encore plus sombre que naguère. Ses sourcils s'étaient froncés ; sa lespiratiou soulevait péniblement sa poitrine.
— Mac-Nab! Mac-Nab! murmura-t-il enfin d'une voix
' Tabac d'Irlande renommé par sa force et son odeur dialx)liqne.
étouffée; — pauvre frère!... Les rêves l'ont dit: mon sang doit te venger... mon sang doit le punir !... Il s'arrêta et respira avec effort.
— J'attends du courage pour frapper, reprit-il plus bas, — j'attends. ..Pourquoi Dieu permet-il qu'on aime ceux qu'on devrait haïr?...
— Ta ta ta fa ! grommela master Gruff en bâillant ;— Dieu permet bien que mistress Gruff et moi nous nous détestions de tout notre cœur...
L'hôtesse cependant avait monté l'escalier à pas de loup et s'était remise en observation près de la porte de la chambre occupée par les deux sœurs.
Derrière cette porte se passait une scène étrange et faite pour émouvoir le spectateur le plus indifférent. Mais mistress Gruff était depuis longtemps cuirassée contre la pitié. Elle avait remis son œil à la serrure et regrettait fort de ne pouvoir entendre les paroles prononcées et d'assister seulement à une pantomime.
C'était en vérité perdre la moitié du plaisir.
Voici ce qui avait lieu de l'autre côté de la porte:
La bière versée par mistress Gruff, — cette bonne bière de Saint-DuHStan, — contenait à dose assez forte l'eau que Bob Lanlern avait reçue de Bi^hop-le-Burkeur à The Pipe and Pot. Cette eau n'était autre chose que le narcotique puissant dont les résurrectionnistes avaient le secret et qui servait à endormir les victimes de leur infernale industrie. A peine les deux sœurs eurent-elles bu quelques gorgées du scotch o/e,que les effets du narcotique commencèrent à se faire sentir. Elles éprouvèrent un bien-êire général et comme un soudain redoublement de vie. Anna se prit à chanter un doux air du pays; Clary donna ses pensées à leur courant ordinaire, et, pour la première fois depuis bien des jours, «ne lueur d'espoir éclaira son âme.
Puis toutes deux sentirent le plancher de la salle onduler sous leurs pieds. Elles étaient entraînées par de lentes et molles oscillations semblables au tangage d'un grand vaisseau par une mer tranquille.
Anna ferma les yeux en souriant,— Clary devint pâle toutà-coup et fit effort pour reprendre l'équilibre. Un vague soupçon de la vérité venait de traverser son esprit.
Alors l'état des deux sœurs présenta dessymptômesdirecteraent opposés. Outre la différence de leurs tempéramens, il y avait désormais entre elles un abime : Anna, la pauvre enfant, s'endormait heureuse, et Ciary venait d'entrevoir vaguement l'horreur de leur situation.
Elle se raidit, parce que son cœur élait fort. Un instant, elle se sentit si vaillawie, qu'elle délia le sommeil. Debout, le sein soulevé, lœil en teu, amazo.ne armée (lour combattre un invisible ennemi, elle élait belle comme cette beauté gueirière que sait peindre la m.'ile poésie du Nord. Tout lionime, en la voyant si noble an bord de l'abime, eût seiili son cœur serré par cette respectueuse' douleur (pai est la pitié plus l'admiration. Son aspect eût mis du détournent dans l'àme la plus vulgaire, et un lâche eût trouvé le courage de la défendre.
Mais celle vigueur faolice exigeait une tension trop violente, et sa durée fut courte. Par hasard, les yeux de Clary tombèrent sur Anna dont la lO.e souriante s'appuyait déjà, renversée», au dossier de son faulenil.
Ce fut comme un choc m-' gnéiiqu?. Clary s'affaissa, inerte, sur son siège, et deux larmes coulèrent lentement le long de sa joue.
— IMa sœur! ma pauvre Anna! niurmura-t-elle d'une voix déchirante
Anna entendit ; ses lèvres s'entrouvrirent.
— Il y a bien longtemps que je l'aime, dit-elle de celte voix heureuse et recueillie des gens qui ont souffert et qui voient le bonheur ; — bien longtemps, Clary! Hier, j'ai cru (jue tu l'aimais... Oh ! ma sœur, que j'ai pleuré pendant que tu dormais!...
Clary se pressée front de ses deux mains crispées.
— Mon père! mon père! cria-t-elle avec violence, n'êtes-
LES MYSTÈRES DE LONDRES
vous pas là pourspeourir votre enfant!... Oh! que je sois perdue, moi, mon Dieu!— mais qu'elle soit sauvée!
Ce fut à cemomeiit que misiress GrufT, quiuant la salle basse, vint se poser en observation derrière la porte. En voyant les deux sœurs immobiles, elle crut que tout était fini et fut sur le point de peser sur le pêne, mais un mouvement d'Anna l'arrêta.
La plus jeune des deux sœurs se retourna en effet sur son fauteuil et tendit sa main dans le vide à un personnage imaginaire.
— Merci, merci, mon ben père, dit-elle; mon bonheur sera votre récompense... Siephen m'aime tant !ajouta-t-elle avec pudeur ; — et moi... oh ! moi... C'est demain la noce... Je me tairai jusqu'à demain.
Clary ne pouvait plus pleurer. Son angoisse atteignait au délire. Cbacunedes paroles d'Anna lui perçait le cœur.
Elle voulait parfois espérer encore et se disait que ses craintes n'avaient de fondemetit que dans sa timidité de jeune fille. Mais l'effet du narcotique était si i^alpable dans la personne d'Anna que le doute devenait impossible.
Et sur elle-même, l'effet, poar être moins complet, n'était-il pas en quelque sorte plus terrible? Elle résistait, mai» elle était vaincue, vaincue en connaissance de cause ; c'était un combat réel -, l'ennemi, plus fort, étendait sur elle sa main de plomb et la domptait.
Néanmoins, elle ne cédait point encore, parce que, si puissant que fût le narcotique, la quantité prise par chacune des sœurs avait été trop faible pour avoir un résultat immédiatement décisif. Mislress Gruff s'impatientait et maugréait derrière la porte, craignant sans cesse qu'il ne prît fantaisie aulaird de monter l'escalier.
— Si elles pouvaient boire encore, ces chères petites! se disait elle.
En ce moment , Anna, éveillée encore ou commençant à rêver peut-être, se reprit à chanter sa chanson d'Ecosse d'une voix faible et entrecoupée. Le premier son de cette voix aimée fit tressaillir Clary et rendit un peu de force à son désespoir. Ellese leva, au grand étonnementdemistress Gruff qui n'eut que le temps de donner un tour de clef ù la serrure, et se dirigea vers la porte.
— Fermée! murmura-t-elle froidement comme si elle se fût attendue à cette circonstance.
Ses jambes fléchissaient sous elle et son beau col avait peine à soutenir le poids de sa li'te alourdie. Elle traversa de nouveau la chambre en chanceKiiit et s'approcha de la fenêtre.
Cette fenêtre, tomme presiiue toutes et lies de Londres^ se «•.omposuit de deux cli'issis superpo-és, destinés à (,'lisser, l'un sur l'autre, de bas eu haut. Clary essiya de soulever le châssis infèi leur, comptant sans doute appeler du secours, mais la boiseiie était bien pesante et dépourvue des contrepoids qui, d'ordinaire, permettent de faire jouer avec facilité ces disgracieuses et incommodes clôtures.
Clary, après deix eu trcis til'orts inlruclueux , laissa ictomberses bras le long de .-.oii corpi et pencha la têie.
— Tâche, ma tourterelle ; fatigue-toi , ma colombe, murmurait à part soi la bonne nîistress Gruff;— plus lu travailleras, plus vile lu t'endormiias... Je connais ça. Dieu merci I
— Comme Clary est heureusa démon bonheur! dit en ce moment Anna qui se souleva à demi , mais sans ouvrir les yeux. -Bonne sœur! je voudrais qu'elle aimât un homme comme j'aime mon Siephen, car cet homme l'aimerait... Elle estsi belle, Clary!...
En écoutant ces mots, l'aînée des deux jeunes filles demeura debout, droite et raide, comme si son sang se fût toutà-coup figé dans ses veines. Une pensée nouvelle venait dç traverser son esprit; et cette pensée était accablante.
— Mon Dieu ! mon Dieu ! dit-elle en tombant sans force sur ses genoux;— je ne le verrai plus... et il m'aimait!
L'idée de la mort, car c'était la mert que Clary attendait, ne l'avait frappée jusque-là que par rapport à sa sœur; son cœur s'était navré à l'image d'Anna livrée aux funèbres attouchemens des experts de la Résurrection , cette infâme fabrique de cadavres, mais elle s'était oubliée elle-même.
Maintenant son désespoir s'accroissait de sa détresse per-
sonnelle. Son amour , ardent et jeune , passion soudaine, absolue, snns limites, que nous avons essayé de peindre dans la première partie de ce récit, venait brusquement rejeter au second plan la tendresse fraternelle. C'était vers lui, vers lui, son espoir, son Dieu , qu'allaient s'élancer désormais les dernières aspirations de son agonie. Plus de calme, plus de résignation; —des regrets, des pleurs, des cris de douleur infinie.
Elle s'agitait impuissante, la pauvre fille, sur la poussière humide du sol. Des cris déchirans s'échappaient de sa poitrine oppressée. Elle souffrait comme il n'est pas donné à notre périssable nature de souffrir deux fois en une vie.
Anna souriait toujours à son rêve, et murmurait par intervalles des paroles d'extatique bonheur.
Cependant, mistress Gruff, effrayée des plaintes de Clary qui pouvaient arriver jusqu'aux oreilles du laird, descendit lestement l'escalier et, du seuil, fit siene à son nari qui s'approcha aussitôt.
— Prenez votre violon, dit elle.
— Mon violon, ma bonne amie ! répéta Gruff étonné.
— Taisez-vous !... Prenez votre violon, vous dis-je.
Un long cri se fit entendre au haut de l'escalier.— Master Grufl' comprit.
Il saisit un violon poudreux et privé d'une de ses cordes, qui pendait au lambris, et passa de la résine sur l'archet.
— Il m'a semblé entendre un cri, dit Angus Mac-Farlane sortant de sa sombre rêverie.
— Un peu de patience, Votre Honneur, répondit l'hôtesse; —dans cinq minutes votre chambre sera prête. . ; .
Au même iHsiant l'archet grinça sur les cordes du violon et rendit un son diabolique.
Mac-Farlane tira de sa poche un bonnet de tartan qu'il enfonça sur ses oreilles, tandis que Gruff écorchait le pibroch des Mac-Grégor.
De sorte que, aux derniers râles de la malheureuse Clary, vinrent se mêler les sons de celle dérisoire musique. Sa voix se brisa bientôt sous l'effort croissant d'un invincible sommeil.
— Edward! murmura-t-elle enfin dans un dernier sanglot; — Edward!... Je t'aimais... Je t'aime!... Oh! tu ne sauras même pas que je meur.ien t'aimant!
Elle essaya de se traîner jusiju'à sa sœur, qui, gracieusement étendue dans son fauteuil, dormait avec un sourire d'ange sur 'es lèvres.
— Ils vont venir, pensait-elle, car elle ne pouvait plus parler,—ils vont venir!... Du sommeil nous passerons .'i la mort... Pauvre SiEir!... elle n';iura point de tombe où Steplun puisse venir pleurer!... Et moi!... qui portera moti dernier soupir à Edward !..
Elle s'altiissa, p;iralysée, auprès de sa sœur et mit sa tête dans son .sein en làlani celle plainte suprême :
— Qu'avons-iious fait, mon i)ieu, pour mourir ainsi? Elle nel)oii.;'eapUis.
— Siepl!i:nl mon oiephen! dit Anna, qui ei:ioura de ses joiis bias blancs le coude sa sivur endormie ; —• que Dieu est bon et que nous sommes heureux!...