‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 11 sur 53 · LIVRE i · texte numérisé non relu

LIVRE i

Qui, du fond des rochers renvoyés dans les airs,

Firent de bout en bout retentir ces déserts. >

Elle plaint de son sang la cruelle aventure ,

Implore le soleil , les astres , la nature ;

Croit fléchir par ses cris les auteurs du destin.

Il lui faut arracher sa fille de son sein.

Après mille sanglots enfin on les sépare. .

Le Soleil , las de voir ce spectacle barbare ,

Précipite sa course , et , passant sous les eaux ,

Va porter la clarté chez des peuples nouveaux: L’horreur de ces déserts s’accroît par son absence.

La Nuit vient sur iin char conduit par le Silence : ^

U amène avec lui la crainte en l’univers.

La part qu’en eut Psyché ne fut pas des moindres. Représentez-vous une fille qu’on a laissée seule en des déserts effroyables, et pendant la, nuit. Il n’y a point de conte d'apparitions et d’esprits qui ne lui revienne dans la mémoire : à peine osert-elle ouvrir la bouche afin de se plaindre.

En cet état , et mourant presque d’appréhension , elle se sentit enlever dane l’air. D’abord elle se tint pour perdue , et crut qu’un démon i’alloit emporter en des lieux d’où jamais on ne la verroit revenir. Cependant c’étoit le Zéphyre,qui inconti- ,nent la tira de peine, et lui dit l'ordre qu’il avoit de l’enlever de la sorte , et de la mener à cet époux dont parloit l’oracle , et au service duquel il étoit, Psyché se laissa flatter à ce que lui dit le Zéphyre; car c’est un dieu des plus agréables. Ce ministre aussi fidèle que diligent des volontés de son maître

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«4 AMOURSDEPSYCHÊ.

la porta au haut du rocher. Api’ès qu il lui eut fait traverser les airs avec un plaisir qu elle auroit mieux goûté dans un autre temps , elle se trouva dans la cour d’un palais superhe. Notre héroïne, qui commençoit à s’accoutumer aux aventures extraordinaires , euthien 1 assurance de contempler ce palais à là clarté des flambeaux qui l’environnoient ; toutes les fenêtres en étoient bordées : le firmament, qui est la demeure des dieux, ne parut jamais si bien éclairé.

Tandis que Psyché considéi-oit ces merveilles , une troupe de nymphes la vint recevoir jusque par-delà le perron; et après une inclination très profonde , la plus apparente lui fit une espèce de compliment , à quoi la belle ne s étoit nullement attendue. Elle s’en tira pourtant assez bien. La première chose fut de s’enquérir du nom de celui à qui appartenoient des lieux si charmants ; et il est à croire qu’elle demanda de le voir. On ne lut répondit là-dessus que confusément : puis ces nymphes la conduisirent en un vestibule d’où l’on pouvoit découvrir, d’un côté, les cours, et de l’autre côté , les jardins. Psyché le trouva proportionné à la richesse de l’édifice. De ce vestibule on la fit passer eu des salles que la magnificence elle~ , ' même avoit pris la peine d’orner , et dont la dernière enchérissoit toujours sur la précédente. Enfin , cette belle entra dans un cabinet ou on lui avoit préparé un bain. Aussitôt ces nymphes se mirent eu devoir de la déshabiller et de la servir. Elle lit

d'aLoi'd quelque résistance, et puis leur abandonna toute sa personne. Au sortir du bain, on la revêtit d’habits nuptiaux : je laisse à penser quels ils pouvoientêtre , et si l’on y avoit épargné les diamants «t les pierreries : il est vrai qub c’étoit ouvrage de fée, lequel d’ordinaire ne coûte rien. Ce ne fut pas une petite joie pour Psyché de se voir si brave , et de so regarder dans les 'miroirs doiit le cabinet étoit plein.

Cependant on avoit mis le couvert dans la salle la plus prochaine. Il y fut servi de l’ambr^isie en toutes les sortes. Quant au nectar , les Amours en furent les échansons. Psyché mangea peu. Après le repas , une musique de luths et de voix se fit entendre à l’un des coins du plafond , sans qu’on vit ni chantres ni instruments ; musique aus» douce et aussi charmante que si Orphée et Amphion en eussent été les conducteurs. Parmi les airs qui furent chantés , il y en eut un qui plut particulièrement à Psyché: je vais vous en dire les pai'olcs, que j’ai mises en notre langue au mieux que j'ai pu:

Tout llunivers obéît à l’Amour ;

Belle Psyché, soumettez-lui votre ame.

Les autres dieux à ce dieu font la cour ,

Et leur pouvoir est moins doux que sa flamme.

Des jeunes coeurs c’est le suprême bien :

Aimez , aimez , tout lé reste n’est rien.

Sans cet Amour, tant d’objets ravissants,

Lambris dorés, bois, jardins et fontaines,

La F«atatiie. Ftyché. ^

» N’ont point d'appas qui ne soient languissante , . ■

. Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines.

, Des jeunes eœurs c’est le suprênie bien ; .

. Aimez , aimez ; tout le reste n’est rien. . . , j, ,

Dès que la musique eut cessé , on dit à Psjch« qu’il étoit temps de se reposer. Il lui prit alors une petite inquiétude V accompagnée de crainu? , et telle que les filles l’ont d’ordinaire le jour de leurs noces, sans-savoir pourquoi. La belle fit toutefois ce que l’on voulut. On la met au lit , et on se retire. Un moment après, celui qui eri devoit être le possesseur arriva, et s’approcha d’elle.' On n'a jamais su ce qu’ils se dirent , ni même d’autres circonstances bien plus importantes que ceïlc-là : seulement a>t-on remarqué que le lendemain les nymphes rioient entre elles , et que Psyché rougissoit en les voyant rire. La belle ne s’en mit pas fort en peine , et n’en parut pas plus triste qu’à l’ordinaire. J* ■

Pour revenir à la première nuit de ses noces , la seule chose qui l’embarrassoit étoit que sori mari l’avoit quittée devant qu’il fût jour, j- et lui avoit dit que pour beaucoup de raisons il ne vouloit pas être connu d’elle , et qu’il la prioit de renoncer à la curiosité de le voir. Ce fut ce qui lui en donna davantage. Quelles peuvent être ces raisons ? disoit en soi-tnême la jeitne épouse ; et pourquoi se cache-t-il avec tant de soin ? Assurément l’oracle nous a dit vrai , quand il npus l’a peint

comme quelcjue chose de fort terrible :*sî est-ce qu’au, toucher et au son de voix il ne m’a semblé nullement que ce fût un monstre. Toutefois le» dieux ne sont pas menteurs ; il f aut que mon mari ait quelque défaut rfinar4£ua}>le : si celatétOit , jo serois bien malheureuse- Ces réflexions tempérèrent pour quelques moments la joie de Psyché. Enbn'elle trotiva à propos dé n’y plps penser , et de ne point corrompre elle-même les douceurs dë son mariage.

• Dès que son époux l'eut quittée , elle tira les rideaux. Â peine le jour commençoit à poindre. En l’attendant, notre héroïne se mit à rêver à ses aventures , particulièrement à celles de cette nuit. Ce n’étoient pas véritablement les plus étranges qu’elle eût. courues ; mais elle en revenoit toujours à ce mari qui ne vouloit point être vu. Psyché s'enfonça si avant en ces rêveries, qu’elle en oublia ses ennuis passés, les frayeurs du jour précédent , les adieux de ses parents, et ses parents mêmes^ et là-dessus elle s’endormit. Aussitôt le songe lui représente son mari sous la forme d’un jouvenceau de quinze à seize ans , beau comme l’Amour , et qui avoit toute l’apparence d’un dieu. Transportée de joie, la belle l’embrasse ; il veut s’échapper, elle crie ; mais personne n’accourt au bruit. Qui que vous soyez , dit-elle , et vous ne sauriez être qu’un dieu, je vous tiens , ô charmant époux ! et je vous verrai tant qu'il me plaira. L’émotion l’ayant éveillée , il ne lui demeura que le souvenir d'une illusion

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BÎ agréable ; et au lieu d’un jeune mari , la paurro Psjché ne voyant en cette chambre que des dorures, ce qui n'étoit pas ce qu’elle cherchoit, ses inquié- ^ tudes recommencèrent. Le sommeil eut encore une fois pitié d'elle; il la replongea dans les charmes de ses pavots ;et la belle acheva ainsi la première nuit de ses noces.

Comme il étoit déjà tard , les nymphes entrèrent, et la trouvèrent encore toute endormie. Pas une ne lui en demanda la raison, ni comment elle avoit passé la nuit , mais bien si elle se vouloit lever, et de quelle façon il lui plaisoit que l'on l'habillât. En disant cela, on lui montre cent sortes d’habits, la plupart très riches. Elle choisit lé plus simple , se lève , se fait habiller avec précipitation , et témoigne aux nymphes une impatience de voir les raretés de ce beau séjour. On la mène donc en toutes les chambres : il n’y a point de cabinet ni d’arrière-cabinet qu’elle ne visite , et où elle ne trouve un nouveau sujet d’admiration. De là elle passe sur des balcons , et de ces balcons les nymphes lui font remarquer l’architecture de l’édifice , autant qu’une fille est capable de la concevoir. Elle se souvient qu’elle n’a pas assez regardé certaines tapisseries. Elle rentre donc , comme une jeune personne qui voudroit tout voir à la fois, et qui ne sait à quoi s’attacher. Les nymphes avoient assez de peine à la suivre , l’avidité de ses yeux la faisant courir sans cesse de chambre ea chambre , et considérer à la bâte les merveilles de

ce palais , où , par un enchantement prophétique , ce qui n'étoit pas encore et ce qui ne devoit jamais être se rencontroit.

On fit ses murs d’un marbre aussi Wanc qne l’albâtre : Les dedans sont ornés d'un porphyre luisant.

Ces ordres dont les Grecs nous ont fait un présent ,

Le dorique sans £mi , Telégant ionique Et le corinthien superbe et magnifique ,

L’un sur l’autre placés , élèvent jusqu’aux cieux Ce pompeux édifice où tout charme les yeux.

Pour servir d’ornement à ses divers étages L’architecte y posa'lés vivantes images De ces objets divins , Gléopâtres , Plirynés ,

Par qui sont les héîos en triomphe menés.

Ces fameuses beautés dont la Grèce se vante ,

Celles que le Parnasse en ses fables nous chante p Ou de qui nos romans font de si beaux portraits » '

A l’envi , sur le marbre étaloient leurs attraits. i L’enchanteresse' Anoide , héroïne du Tasse ,

A côté d’Angélique atoit trouvé sa place.

On y voyoit surtout Uâène au coeur léger,..;

Qui causa tant de maux pour un prince bergierr Psyché dans le milieu voit aussi sa statue ,

De ces reines des cœurs pom reine reconnue ;

La lielle à cet aspect s’applaudit en secret ,

Et n’en peut détacher ses beaux yeux qu’à regret.

Mais on lui montre encor d’autres maï qucs de gloii’e :

Là ses traits sont de marbre; ailleurs ils sorti d'ivoire.

Les disciples d’Arachne , à l'euvi des pinceaux.,

En ont aussi formé dé différents tableaux.*

Dans Tun, on voifks Ria>diveitir eejie belle }

Diginzid hy

3o A M O U R S !D.E/ P S Y C HÉ.

Dans l’autre , les Amours .dansicnt .à l’entour d’elle :

Et sur cette autre toile £uphxosyxie<et.ses soeurs Ornent ses blonds cheveux de guirlandes de fleurs.

Enfin , soit aux couleurs , ou bien dans la sculpture , ' Psyché' dans jjpille eudrolls. rencontre sa figure j . , • >

Sans parler des miroirs et du cristal des eaux, . j

Que scs traits imprimés font paroi tre plus beaux. . ,

Les endroit^-ù la bellé’s’arrêta le plus, 'ce furent les galeries. Là les raretés; les tableaux, lés bustes, non do là main dos Apellcs et des Pliidias , mais de la main mènié des, îées ..qui' piit été les maîtresses

, , ^ » 1 / il)'*' •i«'. I. U' . i: I V . ■ ».

cle ces grands liommes , composoient un ama^' d’objets qui éj?lutiissoit^la vue^, et^qùi ne laissoit pas de lui plaire do la. charmer„, elc lui causer d.ea lavdssemeiits ,,des extases eu sorte .que, Psyché , passant, 4!une extrémité en. .une... autr.e*, demeura 'long-temps iui^obilé , et. parut. la. plus belle statue de ces lieux. " • ' ; >i orlf-.., >

Des galeries elle 'repasse' ei^eore dans les chambves , aflu d'en considérer les richesses , les précieux meuble.s , les ’ tapis'î»érlé!ï de toutes Ites sortes, et d’autres ouvrages co‘n'duil's’‘pâf l'a fille de Jupiter. Surtout ou \ovoit uné”^ grande variété dans ,ce4\ choses , et dans l’ordonnance de cha()uc ehambre :

coioaues dc^ porphyre aux alcôves ; ( ne vous étonnez pas d<“, ce mot d alcôve : c^ est une inventiojU

,b k x ^^oi t^eu*^

p.as être dÿji-io.^'S euJ,espi;ijl,des,J,ées?;et iic seroit-çf point de quelque, ce palais. q/re les Espagnols ^ 'lea Arahttj w sLviiUà^skk^i^eïijji’autoidUJ

. : L I VR E I. 3i

prise ? ) Les chapiteaux de ces colonnes étoient d’àirain de Corinthe pour la plupart. Ajoutez à cela les balustres d'or. Quant aux lits , ou c'étoit broderie de pci'les , ou c’étoit un travail si beau , que l’étoffe n’en devoit pas être considérée. Je n’oublierai pas , comme on peut penser , les cabinets , et les tables de pierreries ; vases singuliers et par leur matière , et par l’artifice de leur gravure ; enfin de quoi surpasser en prix l’univers entier. Si j’entreprenois de décrire seulement la quatrième partie de ces merveilles, je me rendrois sans doute importun; car à la fin on s’ennuie de tout, et des belles choses comme du reste.

. Je ne parlerai donc que d’une tapisserie relevée d’or , laquelle on fit remarquer principalement à Psyché; non tant pour l’ouvrage, qjj^oiqu’il fût . rare , que pour le sujet. La tenture étoit composée de six pièces. •

Dans la première on voyolt un chaos liasse confuse , et de qui l’assemblage Faisojt lutter contre l’orgueil des flots ‘ *

Des tourbillons d’une flamme volage.

?^on loin de là, dans un même monceau ,

L’air gf'raissoit sous le poids de la terre :

Aimi lé feu; l’air, la terre, avec l’eau,

Entrcteliôicnt Une cruelle guerrej ■ • ■ ' ■ ‘ ’

V *• **'’ ti.'l *

Que fait l’Atnoijr ? Volant de bout en bout,

, Ce jf:uue cpfaiit,.sans l^auCQup de mystère,

En badinant vous débrouille le tout Alille fois mieux qu’tio sage n’eût su faire.

Dans la seconde , tm Cyclope amoureux?

Pour plaire aux yeux d’une nymphe jolie,

Se dém^loit la barbe et les cheveux ;

Ce qu'il n’avoit encor fait de sa vie.

En se moquant la nymphe s’cnfuyoil :

Amour l’atteint ; et l’on voyoit la belle Qui , dans un bois , le Cyclope prioit Qu’il l’excusât d’avoir été rebelle.

Dans la troisième, Cupidon paroissoit assi.s sur un char tiré par des tigres. DeiTière ce char un petit Amour menoit en laisse quatre grands dieux , Jupiter, Hercule, Mars, et Pluton; tandis que d'autres enfants leschassoient , et les faisoient marcher à leur fantaisie. La quatrième et la cinquième représentoient en d’autres manières la puissance ,de Cupidon. Et dans la sixième ce dieu , quoiqu’il eût sujet d’être fier des dépouilles de l’univers , s,'inclinoit devant une personne de taille parfaitement belle , et qui témoignoit k son air une très grande jeunesse. C’est tout ce qu’on en pouvoit juger , car on ne lui voyoit point le visage ; et elle >avoit alors la tête tournée , comme si elle eût voulu se débarrasser d’un nombre infini d’Amours qui l’environnoient. L’ouvrier avoit peint le dieu dans un grand respect ; tandis que les Jeux et les Ris , qu'il avoit amenés à sa suite , se moquoient de lui

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