AMOUR S 'DE P S A" G H Ê
uyiAphes lût dissent qu’elle étoit belle eu, toutes sortes. d'habits , et sans qu 'elle-même se le dît atissi- Ah ! si mon mari me voyoit parée de la sorte; î s'écri oit-elle souvent étant seule. £n ce moment-là son mari la voyoit peut-être de quelque endroit, d'où il ne pouvoit être vu; et outre le plaisir do la voir, il avoit celui d'apprendre ses plus seci*èle.<^ pensées , et de lui entendre iaire un souhait où ' Vautour avoit pour le medns autant de part que la •bonne opinion de soi-même. Enfin , il ne se passa presque point de jour que Psjché ne changeât d'ajustement. . ‘ .
■Changer d’ajustement tous les jours ! s’écria Acaute, je ne voudrois point d’autre paradis pour
■ nos dames. On avoua quül avoit raison ; et il n’y en eut pas un dans la compagnie qui ne souhaitât
^ un pareil bonheur à quelque femme de sa connois^ ‘ sauce. Cette réfléxion étant faite, Polyphile reprit ainsi: ’
riotre héroïne passa presque tout ce premier
■ jour à voir le logis : sur le soir elle s’alla promener dam les cours et dans les jardins, d’où elle considéra qu Ique temps les diverses faces de l’edifice , sa majesté, ses enricliissemcnts et ses grâces, la proportion , le bel ordre et la correspondance de ses partie.s,.Je vous en ferois la description, si j’étüis pius savant dans l’architecture que je ne suis. A ce délaut, vous aurez recours au p^ais
d'Âpollidbn, ou bi^nii csliii d’Ai'mide;:cê' m'est
tout un. Quant aux jardiné, voyez ceux- de Fa le-
rine; ils vous pourront donner quel(£ue idée des
lieux que j’ai à décrire. ‘ .
Assemblez , sans aller si loin ,
Vaux , Liancourt , et leurs naïades ;
Y joignant; en Cas de besoin,
Ruel avecque seé'cascadés. ■■ '
Cela lait, de tous ICs'côtés Placez , en ces lieux enchantés ,
' Force jets affrontant là'ùne , * . ’
Des canaux h perte de vue.
Bordez-les d’orangers, de’myrtes', de jasmins ,
Qui soient aussi géants que les nôtres sont nains ;
Enlassez-en des jléphiiérfeS : \ "
' ' Plaütez-en des forêts'’èntières;
Des forets où chante en tout temps 3 ' ■ ' V philomèle , honneur des bocages ,
/ ' De qui le règne en nos omi>rages
« ■ ■ b'aît et meurt avec le printemps :
. Mélez-y les sons éclatants De tout ce que le» bois ont d’agréables chantres.
Chassez, de ,ces forêt.s les sinistres oiseaux ;
Que les fleurs bordimt leurs ruisseaux ;
Que l’Amour habite leurs antres.
, N’y laissez entrer toutefois
Aucune hôtesse de ces bois,
Qu’avec un paisible Zéphyre,
Et jamais avec un Satyre. * ' •
Point de tels amants ‘dans ces lieux; psyché s’eu tiendroit offensée :
Ne les offrez point à ses yein.
Et moins encore à sa pensée.
Qu’en ce canton délicieux
Flore et Pomone , à qui mieux mienx ,
Fassent montre de leiu^ richesses ;
Et que ce couple de déesses y renouvelle ses présents Quatre fois au moins tous les ans.
Que tout J naisse sans culture.
Toujours iraicheur , toujours verdure ,
Toujours l'haleine et les soupirs D’une brigade de Zéphyrs.
Psyché ne se promcnoit au commencement que dans les jardins , n'osant se fier aux bois ; bien qu’on l'assurât qu’elle n’y rencontreroit que des Dryades , et pas un seul Faune. Ayec le temps elle devint plus hardie. ^
Un jour que la beauté d’un ruisseau l’a voit attirée , elle se laissa conduire insensiblement aux replis de l’onde. Après bien des tours, elle parvint à sa source. C’étoit une grotte assez spacieuse , où, dans un bassin taillé par les seules mains nature, couloit le long d’un rocher une eau tée , et qui , par son bruit , invitoit à ùn dOûlt sommeil.
Psyché ne se put tenir d’entrer dans la grotte. Comme elle en visitoit les recoins, la clarté qui alloit toujours en diminuant lui faillit enhu toutà-coup. Ily avoit certainement de quoi avoir peurj mais «lie n'eu eut pas le loisir, Une voix qui lui <{•
Digiiu u-u By Coo^li
éloit familière l’assura' d’iibord ; c'étoît celle de son époux. Il s’approcha d’elle , la fît asseoir sur un siège couvert de mousse , se mit à ses pieds ; et après lui avoir haisé la main , il lui dît en soupirant : Faut-il que je doive à la beauté d’un ruisséau une si agréable rencontre? Pourquoi n’est-ce pas à l’amour ? Ah ! Psjché ! Psyché ! je vois bien que rètte passion èf 'vos jeunes ans n’ont encore’ guère ,dc commerce ensemble. Si vous aimiez, vous chercheriez le silence éf la solitude avec plus de soin que vous ne l'çs évitez rnaintenant ; vous chercheriez les antres sauvages , et auriez bientôt appris que de tous lès lieux où on sacrifîe au* dieu des amants*, ceux qui lui plaisent le plus ,.ce‘sont ceU2t où on peut lui sacrifier en secret : mais vous n'ai-
mez point.
Que voulez-vous que j’aime? répondit Psyché, Un mari, dit-il, que vous vous figurerez a vôtre mode, et à qui Vous donnerez telle sorte de beàuté
i-i * li* ’ '• ' • J .1
qii II vous plaira.
Oui : mais, repartit la belle, je ne me renc'on- 1 rerai peut-être pas avec la nature ; car il y a bien de la fantaisie én celai J’aii’oùï dire que non seulement chaque nation avôit son goût, mais chaque personne aussi. Une Amazone se proposeroit, un mari dont les grâces fe'roient trembler , un mari ressemblant' â Mars : mof, je m’en proposerai un Semblable à l’Amour. Une personne mélancolique ne mauqu'eroit pas de 'donner à ce mari un air sérieux : moi ,’qui suis gaie , je lui' eu donnerai un
La Fontaiue. Fsjclic, '
33 AMOURSDÉPSYCHÈ.
enjoué. Enfin, je croirai.vous faire plaisir en vons attribuant une beauté délicate , et- ncut-ctre vous
•iè . . . ... -r-: ,
lerai-je tort.
Quoi que c en soit , dit le mari , vous n’avez
pas ^attendu jusqu’à présent à vous forger une image de votre époux : je vous prie de me dire quelle elle est. ‘ . ..
Yous avez dans mon esprit, poursuivit la belle , une mine aussi douce que .trompeuse ; tous les traits fins;. l'œil riant et fort, éveillé ; de l’embonpoint et de la jeunesse on ne sauroit se tromper
à ces deux points-là : mais je ne sais si vous êtes Éthiopien ou Grec; et quand je mq suis fait une idée de vous la plus belle qu’il, m'est possible , votre qualité de monstre vient tout, gâter. C’est pourquoi le plus court et le meilleur , selon luoii avis , c’est de permettre que je vous voie.
Son mari lui serra la main , et lui dit avec beaucoup de douceur j C est une chose ^qm ne se peut ^ pour des raisons que je ne saurqis/mème vous dire. , . .........
Je ne saurois donc vous aimer , i*eprit-elle assez brusquement. Elle en eut regret ^ d'autant plus qu’elle avoit dit cela contre sa pensée. Mais quoi I la faute étoit faite. En vain elle voulut la réparer
par quelques caresses. Son, mari avoi| le cœur si serré, qu’il fut un temps assez long sans ppuvoir parler, il rompit à la fin son silence par un soupir, que Psyché n’eut pas plutôt entendu , qu elle jr répondit, bien qu’avec quelque sorte de défiance.
Les paroles de l’oracle lui revenoient en l’esprit. Le moyen de les’ accorder avec celte douceur pîtssionnee qüé sbn‘ époux lui 'faisoit paroître ? Celui qui empoisonnoil, qui brûloit, qui faisoit ses jeux des tortures , soupirer pour un simple mot! Cela sembloit toüt-à-fait étrange à notre héroïne; et'^'à
dire vrai, tant dé tendresse' en un monstre étoit
une chose assez nouvelle. Des soupirs il .cU Vint àux pleurs , et dès pleurs aux plaintes. Tqut cela plut extrêmement à la belle ; mais comme il disoit des choses trop pitoyables , elle ne put souffrir qu’il continuât , et lui mit premièrément la main sur la bôuohc , puis la bouche même ; et par un baiser, bien mieux qu’elle n’auroit fait avfec toutes les paroles du mondé, elle rassura qué , tout invisible et tout monstre qu’il vouloit être, elle ne laissoit pas de l’aimer. Ainsi se passa l’aventure' de la grotte. 11 leur en arriva beaucoup de pareilles.
Notre héroïne ne 'perdit pas la mémoire de ce que lui avoit dit son époux. Ses rêveries la mènoient souvent jusqu’aux lieux les plus écartes de Ce beau séjour,' et faisdient si bien que la nuit la Sui’prenoit devant qu’elle pût gagner le logis. Aussitôt son mai'i la venoit trouver sur un char environné de ténèbres ; 'et plaçant à côté de lui notre jeune épouse , ils se promenoient au bruit des fontaines. Je laisse à penser si les* protestations, les serments , les entretiens pleins de passion , se rcnouveloicnt , et de fois à autres aussi les baisers;
4o AMOURS DE PSYCHÉ, non point de mari à femme , il ny a rien de plus insipide , mais de maîtresse à amant , et , pour aipsi dire , de ^ens qui n’en seroient encore qu'à l’espérance.
; Quelque chose manquoit pourtant à la satisfaction de Psyché. Vous voyez bien que j’entends parler de la fantaisie de son mari , c’est-à-dire de cette opiniâtreté à demeurer invisible. Toute la postérité s’en est étonnée. Pourquoi une résolution si extravagante ? Il se peut trouver des personnes laides qui affectent de se monti*er ; la l'encontre n’en est pas rare ; mais que ceux quijsont beaux se cachent , c’est un prodige dans la nature ; et peutêtre n’j avoit-il que cela de monstrueux en la personne de notre époux. Après en avoir cherché la raison, voici ce que j’ai trouvé dans un manuscrit qui est venu depuis peu à ma connoissancc.
Nos amants s’entretenoient à leur ordinaire ; et la jeune épouse, qui ne songeoit qu'aux moyens de voir son mari , ne perdpit pas une seule occasion de lui en parler. De discours en autre , ils vinrent aux merveilles de ce séjour. Après que la belle eut fait une longue énumération des plaisirs qu’elle y rencontroit, disoit-eile, de tous côtés, il se trouva qu’à son compte le principal point y manquoit. Son mari ne voyoit que trop où elle avoit dessein d’en venir ; mais comme entre amants les contes- ' tâtions sont quelquefois bonnes à plus d’une chose , il voulut qu’elle s’expliquât, et lui demanda ce que ce pou voit êtrey^ue ce point d’une si grande
Digitizf''.
importance , vu qu'il avoit donné ordre aux fées que rien ne manquât. Je n’ai que faire des fée^ pour cela , repartit la belle. Y oulez-vous me rendre tout-à-fait heureuse? je vous en enseigneiai un moyen bien court : il ue faut. . . . Mais je vous l'ai dit tant de fois inutilement , que je h’oserois plus vous le dire.
Non, non, reprit le mari j n'appréhendez pas de m’ètre importune : je veux bien que vous me traitiez comme on lait les dieux; ils prennent plaisir à se faire demander cent fois une même chose : qui vous a dit que je ne sujs pas de leur naturel ?, ,
Kotre héroïne , encouragée par ces paroles , lui repartit : Puisque vous me le permettez , je vous dirai Iranchement que tous vos palais , tous vos meubles, tous vos jardins, ne sauroient me récom-;. penser d’un moment de votre présence : et vous voulez que j’en sois tout-à-fait.pi;ivée; car jenepuis appeler présence un bien où les yeux n'ont aucune part.
Quoi I je ne suis pas maintenant de corps auprès de vous ? reprit le mari ; et vous ne me touchez pas ?
Je vous toijiche, repartit-elle , et sens bien que vous avez uqe. bouche, un nez, des yeux, un visage j tout celpi proportionné comme il faut, et , scion que je. m’imagine , .assorti de traits qui p’ont, pas leurs pareils au monde : mais jusqu’à ce qucij’cu sois, assurée , çette présence de corps dont vous me.par^^z est présence d’esprit pour moi.
Présence d’esprit ! repartit l’époux. Psjché l’empécha dé continuer , et lui dit en l’interrompant : Apprenez -moi du moins les raisons ^ui vous l'endent si opiniâtre.
Je ne vous les dirai pas toutes , reprit l’époux : mais , afin de vous contenter en rpiclque façon , examinez la chose en vous-même ; vous serez contrainte de m’avotier qu’il est à propos pour l’un et pour l’autre de demeurer en l’état où nous nous trouvons. Premièrement tenez-vous certaine que, du mômehtquc vous n’aurez plus rien à souhaiter, vous vous ennuierez. Et comment ne vous’cnnuicriez-vous pas? les dieux s’ennuient bien: ils sont contraints de se faire de temps en temps des sujets de désir et d’inquiétude ; tant il est vrai que l’entière satisfaction et le dégoût se tiennent la main. Pour'ce qui me touche, je prends un plaisir extrême à vous voir en peine; d’autant plus què votre imagination ne se forge, guère de monstres ( j’entends d’imagés de ma personne) qui ne soient très agréables. Et pour vous dire une raison plus partieulière , vous ne doutez pas qu’il n'y ait quelque chose en moi de surnaturel. Nécessairement je suis dieu, ou je suis 'démon , ou bien'enchanteur. Si vous trouvez que je sois démon, vous me haïrez : et si je suis diéu , voits cesserez de m’aimer , ou du moins vous ne m’aimerêz plus avec tant d’ardeur ; car il s’en faut bien qu’ort aime les diéux aussi violemment que' les 'hommes. Quant au troisième, il y b des énchtuueurs agréables: je puis'ètrc de ceux-lh^
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«t possible suis-je tous les trois ensemble. Ainsi le meilleur pour vous est l’incertitude, et cm ‘après la possession vous ayez toujours de quoi désirer : c’est un secret dont on ne s’étoit pas encore’avisé. Demeurons-en là, si vous m’en croyez: je sais ce que c’est d’amour , et le dois savoir. .
Psyché se paya de ces raisons ; ou si elle ne s’eu paya , elle fit semblant de s’en payer. Cependant elle inventoit mille jeux pour se divertir. Les parterres étoient dépouilles , l’herbe des praii-ies foulée. Ce n’étoient cpie danses et combats de nymphes qui se séparoient souvent eh 'deux troupes , et , distinguées par des écharpes de fleurs , comme par des ordres de chevalerie, se jetoient ensuite tout ce que ElorCileur pvésentoit j puis le parti victorieux dressoit un trophée , et dansoit autour , couronné d’œillets et de roses.
D’autres fois Psyché se divertissoit à entendre un défi de rossignols , ou à voir un combat naval de cygnes , des tournois et des joutes de pàïissons. ^n plus grand plaisir étoit de présenter un appât à ces animaux, et, après les avoir pris, de les rendre à leur élément. Les nymphes suivoient en cela son exemple. Il y avoitlous les soirs gageure à qui en prendroit davantage. La plus heureuse en sa. pêche obtenoit quelque faveur de notre héroïne : la jplus malheureuse étoit .condqmiïéc «à quelque peine, comme de faire un bouquet ou une guirlande à chacune de ses compagnes. Ces spectacles sc terrainoient par le coucher du soleil. ^
J.J !; / Coogit
44 AMOURSDEPSYCHÉ.
, ^ , Il étoit témoin de la fête ,
J ^Pai^é d’un m.'ignillque atour;
- Et caché le reste du jour,
Sur le soir il montroit sa tête.
Mais comment la montroit-il ? Environnée d’un diadème d’or et dé pourpre, et avec toute la magni(i> cence et la pompe qu'un roi des astres peut étaler.
Le logis fournissoit pareillement scs plaisirs , qui n’étoient tantôt que de simples jeux , et tantôt des divertissements plus solides. Psjché commençoil à ne plus agir en enfant. Ou lui racontoit les amours des dieux, et les changements déforme qu a causés cette passion , souice de bien et de mal. Le savoir des fées avoit mis en tapisseries les malheurs de Troie, bien qu’ils ne fussent pas encore arrivés. Psyché se les faisoit expliquer. Mais voici un merveilleux effet de l’enchantement.
Les hommes , comme vous savez , ignoroient alors bel art que nous appelons comédie; il n’étoit pas même encore dans son enfance; cependant on le lit voir à la belle dans sa plus grande perfection , et tel que Ménandi'c et Sophocle nous l’ont laissé. Jugez si on épargnoit les machihes, .les musiques, les beaux habits, les ballets des anciens et les nôtres.
Psyché ne se contenta pas dé la fable; il fallut y joindre l’histoire, et l’entretenir des diverses façons d’aimer qui sont en usage chez chaque peuple; quelles sont les beautés des Scythes, quelle#