‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 14 sur 53 · LIVRET · texte numérisé non relu

LIVRET

sont celles des Indiens» et toni ce qui est contenu sur ce point dans les archives de l’univers , soit pour le passé , soit pour l'avenir , à l'exception de son aventui’e qu’on lui cacha, quelque prière qu’elle fit aux nymphes de la lui apprendre. Endn , sans quelle bougeât de son palais, toutes les affaires qu’Amour a dans les quatre parties du monde lui passèrent devant les yeux.

Que vous dirai-je davantage? On lui enseigna jus^'aux secrets de la poésie. Cette corruptrice des cœurs acheva de gâter celui de notre héroïne, et la fit tomber dans un mal que les médecins appellent glycomorie, qui lui pervertit tous les sens, et la ravit comme à elle-même. Elle parloit, étant seule,

, Ainsi qu’en usent les amants Dans les vers et dans les romans ;

alloit rêver au bord des fontaines , se plaindre aux rochers, consulter les antres sauvages : c’étoit où son mari l’attendoit. Il n’y eut chose dans fai hature qu’elle n’entretint de sa passion. Hélas i disoit-elle aux arbres , je ne saurois graver sur votre écorce que mon nom seul; car je ne sais pas celui de la per* sonne que j’aime. Après les arbres , elle s’adressoit aux ruisseaux : ceux-ci étoient ses principaux confidents , à cause de l’aventure que je vous ai dite. S’imaginant que leur rencontre lui étoit heur^se, il n’y en eut pas un auquel elle ne s’^arrètdt, jusqu’à espérer qu’elle attraperoit sur leurs bords son mari dormant, et qu’après il seroil inutile au monstre

46 A M O LUS D E PSYCHÉ, de SC cachcf'. Dans cette pensée , elle leur clisoit àpeu-pvcs les choses que je vais vous dire , et les disoit crt vers aussi bien que moi :

Ruisseaux , enséîgnez-moi l’objet de mon amour ; ' Guidez vers lui mes pas , vous , dont l'onde est si pure.

Ne dormiroit-ü point en ce sombre séjour ,

Payant un doux tribut à votre doux murmure ? >

Kn vain poùr le savoir Psyché vous fait la cour ; <

En vain elle vOus vient coûter son aventure;

Vous n’osez déceler cet ennemi du jour, ,

Qui rit en quelque coin du tourment que j’endure.

Il s’envole avec^l’omhre, et me laisse appeler.

Hélas ! j’use au hasard de ce mot d’envoler ;

Car je ne sais pas même encor s’il a des ailes.

] ’ai beau suivre vos bords , et chercher en tous lieux :

Les antres seulement m’en disent des nouvelles ;

Et ce que je chéi'îs n’ést pas fait pour mes yeux.

Ne doutez point que, ces peines dont parloit Psyché n’eussent leurs plaisirs ; elle les passoit souvent sans s’apercevoir de la durée, je ne 'dirai pas des heures , mais des soleils ; de sorte que 1 on peut dire que ce qui manquoit à sa joie faisoit une partie des douceurs qu elle goûtbit en aimant ; mille fois heureuse, si elle eût suivi les conseil» de son époux , et qu'elle eût compris l’avantage et le bien que c’est d^ ne pas atteindre à la suprême félicité; car sitôt que l’on en est là, il est force que l’on descende, la Fortune n’étant pas d’humeur à

laisser reposer sa roue. Elle est femme , et Psyché < letoit aussi, c’est-à-dire incapable de demeurer en un méine état. Notre héroïne le lit bien voir par la suite.

Son mari , qui sentoit approcher ce moment ûttal , ne la venoit plus visiter avec sa gaieté ordinaire. Cela fît craindre à la jeune épouse quelque refroidissement. Pour s’en éclaircir , (^onitae nous voulons tout' savoir, jusqu’aux choses qui nous déplaisent , ) elle dit à son époux' :

D’ou vient la* tristesse que je remarque depuis quelt^e temps dans tous vos discours ? Rien ne vous manque , et vous soupirez î Que feriez-vous donc , si vous étiez à ma place ? N’ést-c?e pomt'que vous commencez à vous degoutef? Eh vérité je le crains : hou pas que je sois devenue* moihs belle ; mais, comme vous dites vous-méme, jé Suis plus vôtre que je n’étoîs. Seroit-il possible j dprcs tant de cajoleries et 'de sennents , que j’eusse perdu votre aniour ? Si ce malhéur-là m’est arrivé , je ne veux plus vitre.

A peiné eut-elle achevé ces paroles, que le monstre fit un soupir, soit qu’il fiit touché des choses' qu'elle avoit dites, soit qu'il eût un pressentiment de ce qui devoit arriver. Il se mit ensuite à pleurer, mais fort tçnd.rcment : puis cédant à la douleur, il se lai^sia mollement aller sur fe ^ein de sa jeune épou^ç , qui de son côté , pour mêler ses larmes avec celles de son mari , pencha doucement la tête ; de sorte qiie leurs bouches se vettc.ontrèj^ent}

48 A M O ü R s b E P s Y C II É.

.et nos amants , n'ayant pas le courage de les séparer , ‘demêiu'èrent long-temps sans' rien dire. * •

Toutes ces circonstances sont déduites au long dans le mamiscrit dont je vous ai parlé tantôt. 11 faut que je vous l’avoue ; je ne lis jamais cet endroit, que je ne me sente ému. En effet, dif alors Gelasle, qui n’auroit pitié, de ces pauvres geQS? Perdre la parole! Il faut croire que leurs bouches s'étoient bien malheureusement rencontrées : cela me semble tout-à-fait digne de compassion. Vous en rirez tant qu'il vous plaira, reprit Polyphile ; mais pour moi je plains deux amants de qui les caresses sont mêlées de cradnte et d'inquiétude. Si dans une ville assiégée, ou dans un vaisseau menacé de la tempête , deux personnes s'embrassoient ainsi., les tiendriez-vous heureuses? Oui vraiment, repartit Gelaste; car en tout ce que vous dites là le péril est encore bien éloigné. Mais, vu^l’intérêt que vous prenez à la satisfaction de ces deux époux , et la pitié que vous avez d'eux , vous ne vous hâte/ guère de les tiier de ce misérable état où vous les avez laissés. Ils mourront, si vous ne leur rendez la parole. Rendons-la-leur donc, continua Polyphile. ... ■ , ..... . ...

Au sortir de- cette extase , la première chose que fit Psyché ,'ce fut de passer sa main'sur les yeux de son époux*, afin de sentir s’ils etôient humides; car elle“craig«oit que ce ne fât feinte. Les > ayant trouvés én bon état , et comme elle les demandoit.

Page 1