LIVRE II
faire des vers , et d’en rendre les hêtres participants. Elle rappela les idées de la poésie que les nymphes lui avoient données. Voici à-peu-près le sens de ses vers :
Que nos plaisirs passés augmentent nos supplices ! Qu’il est dur d’éprouver , après tant de délices , Les cruautés du Sort !
Falloit-il être heureuse avant qu’être coupable?
Et si de me haïr , Amour , tu fus capable , Pourquoi m’aimer d’abord ?
Que ne puuissois-tu mon crime par "avance?
U est bien temps d’ôter à mes yeux ta présence , Quand tu luis dans mon cœur !
Encor si j’ignorois la moitié' de tes charmes I Mais je les ai tous vus ; j’u vu toutes les armes
Qui te rendenl^^vainqueixr.
J “ai vu la beauté même et les grâces dormantes.
Un doux ressouvenir de cent choses charmantes P.Ic suit dans les déserts.
L’image de ces Ijiens rend mes maux cent fois pires. Ma mémoire me dit : Quoi ! Psyché , tu respires , Après ce que tu jierds !
(iependaiit il faut vivre ; Amour m’a fait défense D’attenter sur des jours qu’il tient en sa puissance , Tout malheureux qu’ils sont.
Le cruel veut , hélas ! que mes^ains soient captives ; Je n’ose me soustraire aux peines excessives , Que mes renmrds me font,
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C’est ainsi qu’en un bois Psyché contoit aux arbres Sa douleur , dont l’excès faisoit fendre les marbres \ Habitants de ces lieux. i
Rochers , qui l’ccouticz avec quelque tendresse, Souvenez-vous des pleurs qu’au fort de sa tristesse Ont versés ses beaux yeux.
Elle n’avoit guère d’autre plaisir. Une fois pourtant la curiosité de son sexe, et la sienne propre , lui fit écouter une conversation secrète des deux bergères. Le vieillard avoit permis à l amée de lire certaines fables amoureuses que 1 on composoit alors , à-peu-près comme nos romans, et l’avoit défendu à la cadette, lui trouvant l’esprit trop ouvert et trop éveillé. C’est une conduite que nos mères de maintenant suivent aussi. Elles défendent à leurs filles cette lecture , pour les empêcher de'savoircequec’est qu’amour : en quoi je tiens qu’elles^ ont tort ; et cèla est même inutile, la nature servant d’Astrée. Oe qu’elles gagnent pai'-là n’est' qu’un peu de temps : encore n’en gagnent-elles point ; une fille qui n’a rien lu croit qu'en n’a garde de la tromper , et est plus tôt prise. Il est de l’amour comme du jeu : c’est prudemment fait que d’en apprendre toutes les ruses, non pas pour les pratiquer, mais afin de s’eü garantir. Si jamais vous avez des filles, laissezles lire.
Celles-ci s’entretenoient à l’écart. Psyché ètoit assise à quatre pas d’elles sans qu’on la vit.
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