‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 28 sur 53 · LIVRE II. l4i · texte numérisé non relu

LIVRE II. l4i

la prudence. Je vous ai dit les raisons qui m empêchoient de me laisser voir : votre sœur &'y, seroît rendue; mais pour vous ce n’a été que légèreté d’esprit , contradiction , opiniâtreté. Je ne m’étonne plus que ma mère ait désapprouvé notre mariage ; clle'vojoit vos défauts : que je lui propose de trouver bon que j’épouse votre sœur , je suis certain qu’elle l’agréera. Si je faisois cas de vous , je prendrois le soin moi-même de vous punir : je laisse cela à ma mère , elle saura s’en acquitter. Sojcz son esclave , puisque vous ne méritez pas d’être mon épouse. Je vous répudie , et vous donne h elle. Votre emploi sera , si elle me croit , de garder certaine sorte d'oisons qu’elle fait nourrir dans sa ménagerie d’Amathonte. Allez la trouver tout incontinent , portez-lui ces lettres , et passes par le royaume de votre aînée. Vous lui di^ez que je l'aime , et que, si elle veut m’épouser, tous ces trésors sont à elle. Je vous ai traitée comme une étourdie et comme un enfant ; je la traiterai d’une autx’e manière, et lui permettrai de me voir tant qu’il lui plaira. Qu’elle vienne seulement , et s’abandonne à l’haleinc du Zépbyre, comme déjà elle a fait ; j’aurai soin qu’elle soit enlevée dans mon palais. Oubliez entièrement notre hymen : je ne veux pas qu’il vous en reste la moindre chose; non pas même cet habit que vous portez maintenant : dépouillez-lc tout à l’heure ; en voilà ,un autre. Il a fallu obéir. Voilà, madame, quel est mon sort. /

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i4a- AMOURS DE PSYCHÉ.

La sœur , se croyant déjà entre les bras de l’Amour, chatouillée de ce témoignage de sou mérite et de tnille autres pensées agréables , ne marchanda point à se résoudre en son ame à quitter mari et enfants. Elle lit pourtant la petite bouche devant Psyché j et regardant sa cadette avec un visage de matrone : Ne vous avois-je pas dit aussi., lui repartit-elle, qu’une honnête femme se devoit contenter du mari que les dieux lui avoient donné , dé '(Quelque façon qu’il fût fait , et ne pas pénétrer plus avant qu’il ne plaisoit à ce mari qu’elle pénétrât ? Si vous m’eussiez crue , vous ne seriez pas vagabonde comme Vous ôtes. "Voilà ce que c’est qu’une jeunesse inconsidérée, qui veut agir à sa tête ,‘ et qui ne croit pas conseil. Encore êtes-vous heureuse d’en ôtrè quitte à si bon marché. Vous méritiez que votre mari vous fît enfermer dans une tour.' Or bien ne raisonnons plus sur une faute arrivée. Ce que vous avez à faire est de vous montrer le jnoius qu’il sera possible , et , puisqu’Amour veut que vous ne bougiez d’avec les oisons , ne les point. quitter. Il y a même trop de somptuosité à votre habit : cela ne sent pas sa criminelle assez repentante. Coupez ces cheveux , et prenez un sac ; je vous en ferai donner un : vous laisserez ici cet accoutrement. '

Psyché la remercia.

Puisque vous voulez , ajouta la faiseuse de remontrances, suivre toujours votre làutaisie , je vous abondonne , et vous laisse aller où il vous

plaira. Quant aux propositions de l'Amour, noua ferons ce qu’il sera à propos de faire.

Là-^dessus elle se tourna vers ses gens , et laissa Psyché qui ne s’en soucioit pas trop, et qui voyoit bien que spn aînée avoit mordu à l’hameçon : car à peine tenoit-elle à terre , n’en pouvant pltws qu’elle ne frit seule , pour donner un libre cours à sa joie.

Psyché, de ce meme pas, s’en alla faire à son autre sœur la même ambassade. Cette sœur-ci n’avoit plus d’époux. Il étoit allé en l’autre monde à grandes journées , et par un cheinin plus court que celui que tiennent les gens du commun : les médecins le lui avoient enseigné. Quoiqu’il n’y eût pas plus d’un mois qu’elle étoit veuve , il y paroissoit déjà; c’est-à-dire que sa personne étoit en meilleur état: peut-^êti’e l’entendiez-vous d’autre sorte. Si bien que cette puînée étant de deux ans plus jeune , plus nouvelle mariée , et moins de fois mère que l’autre , le rétablissement de ses charmes n’étoit pas une affaire de si longue haleine : elle poüvoit bien plus tôt , et plus hardiment , se pré- '

senter à l’Amour.

L’autre avoit des réparations à faire de tous les côtés. Le bain y fut employé , les chimistes , les atourneuses. Gela étonna le roi son mari. La galanterie croissoit à vue d’œil ; les galants ne paroissoient point. Il n’y avoit ni ingrédient , ni eau , ni essence , qu’on n’éprouvât : mais tout cela n’étoit que plâtrer la chose. Les charmes de la pauvre

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i4*4 AMOURS DE PSYCHÉ. * femme étoient trop avant dans les chroniques du temps' passé pour les rappeler si facilement.

Tandis qu’elle fait scs préparatifs, sa seconde sœur la prévient, s’en va droit à celte montagne dont nous avonj tant parlé, arrive au sommet sans rencontrer de dragons. Cela lui plut fort : elle crut qu’Amour lui épargnoit ces frayeurs par un privilège particulier, tourna vers l'endroit où elle et sa sœur avoient coutume de se présenter; et pour être enlevée plus aisément' par le Zéphyre, elle se planta sur un roc qui commandoit aux abîmes de ces licux-là. Amour , dit-elle , me voilà venue : notre étourdie de cadette m’a assurée que tu me voulois épouser. Je n’attendois autre chose, et me doutois bien que tu la répudicrois pour l’amour de moi; car c’est une écervelée. Regarde comme je te suis déjà obéissante. Je ne ferai pas comme a fait ma sœur Psyché. Elle a voulu à toute force te voir; moi je veux tout ce que l’on veut : moirtre-toi , ne te montre pas , je me tiendrai très heureuse. Si tu me caresses , tu verras comme je sais y répondre : si tu ne me caresses pas , mon défunt mari m’y a tout accoutumée. Je te ferai rire de son régime, et je t’en dirai mille choses divertissantes tu ne t’ennuieras point avec moi. Ma sœur Psyché n’étoit qu’un enfant qui ne savoit rien ; moi je suis un esprit fait. O dieux ! je sens déjà une douce haleine : c’est celle de ton serviteur Zéphyre. Que ne l’as-tu envoyé lui-même? il m’auroit plus tôt errlevée; j'en serois plus tôt entre tes bras , et

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tn en seroia plus tôt entre les miens. Je prétends que tu trouves la chose égale ; et puisque tu as de l’amour , tu dois avoir aussi de l’impàtience. Adieu , misérables mortelles que les hommes aiment : vous , voudriez bien être aimées comme moi d’un dieu qui n’eût point de poil au menton : ce n’est pas pour vous : qu’il vous suffise de m’invoquer , et je pourvoirai à vos nécessités amoureuses.

Disant ces paroles, elle s'abandonna dans les airs à son ordinaire; et au lieu d’être enlevée dans le palais de l'Amour, elle tombe premièrement sur une pointe de rocher , et puis sur une autre , .de roc en roc i chacun d'eux emporta -sa pièce; ils se la renvojoient les uns aux autres comme un jouet; de manière qu’elle arriva le plus joliment du monde au royaume de Proserpine.

Quelques jours après, son aînée se vint planter sur le même roc. Celle-ci fit sa haiangue au Zéphy re*

Amant de Flore, lui cria-t'-elle , quitte tes amours , et me viens porter dans le palai^ de ton maître. Ne me blesse point en chemin; je suis délicate* Que si tu ne veux envoyer que ton haleine, cela suffira; aussi -bien n’aimé -je pas qu’on me touche, principalement les hommes : pour l’Amour , tant qu’il lui plaira. Prends garde surtout à ne point gâter ma coiffure.

Ayant dit ces mots, elle tira un miroir de sa poche, et fut quelque temps à se regarder, raccommodant un cheveu en un endroit, puis un en

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V là

r46 AMOURS DE PSYCHÉ, un autre , quelquefois rien ; non sans se mouiller les lèvres , et tant de façons , que si l’Amour avoit été là, il en auroit ri. Elle remit son miroir, accusant le plus agréablement qu’elle put le Zéphyrc d’être un paresseux , qui ne se soucioit que de ses amours , négligeoit celles de son maître ; se moquoit-il de la laisser au soleil ? Justement comme elle achevoit ces reproches , un petit Eurus , qui s’étoit fortuitement égaré, vint passer à quatre pas d’elle; jugez la joie. Notre prétendue fiancée se donne le branle à soi-même : mais , au lieu > d’aller trouver l’Amour comme elle pensoit , elle va trouver sa sœur , droit par le chemin que l’autre lui avoit tracé , sans se détourner d'uti pas.

Ce sont les échos de ces rochers qui nous ont appris la mort des deux sœurs. Ils la contèrent ' quelque femps après au Zéphjre. Lui incontinent en alla porter la nouvelle au fils de Vénus , qui le régala d’un fort beau présent.

Psyché cependant continuoit de chercher l’Amour, toujours en son habit de bergère. Il avoit une telle grâce sur elle, que , si son ennemie l’eût vue avec cet habit, elle lui en auroit donné un de déesse en la place. Les afflictions, le travail, la crainte , le peu de repos et dç nourriture , avoient toutefois diminué ses appas; si bien que, sans une force de beauté extraordinaire, ce n'auroit plus été que l’ombre de cet objet qui avoit tant fait parler de lui dans le monde. Bien lui prit

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