‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 31 sur 53 · X.a Fontaine. P«yché. l · texte numérisé non relu

X.a Fontaine. P«yché. l

tyo AMOURS DE PSYCHÉ, qui la chose se conduisoit , et qui , ne sachant à quoi imputer ce miracle , résolut de se défaire de Psjché par une autre voie.

Sous l'une ^es deux montagnes qui couvroient à droite et à gauche cette maison , étoit une voûte aussi ancienne que l’univers. Là soui'doît une eau qui avoit la propi'iété de rajeunir : c'est ce qu’on appelle encore aujourd’hui la fontaine de Jouvence.- Dans les preAiiers temps du monde il étoit libre à tous les' mortels d’y aller puiser. L’abus qu’ils firent de ce ti^ésor obligea lés dieûxde leur en ôter l’usage. Platon', prince des lieux souterrains, commit à la garde de cette eau on dragon -énorme. Il ne dornioit point , et dévoroit ceux qui étdient si téméraires^ue d’èn approcher. Quelques! femmes se hasardoient , aimant mieux mowrir, que de prolonger une carrière où il n’y avoit plu8ui-!beaux jours ni amants pour elles.

Cinq ou six jours étant écoulés , G^héréCi dit à son esclave : Va-t'en tout à l’héure à-la fontaine de Jouvence , et m’en rapporte uiiè èruchée-d-’eau. Ce n’est pas pour moi , comme ‘tu peux croire , mais pour deux ou trois de- mes amies qui en Ont besoin. Si tu reviens sans apporter de' cétte eau, je te ferai encore souffrir le même supplice que tu as souffert» ■ • - »

Cette suivante dont j’ai pârlé, qui 'étoit 'aux gages de Cupidon l’alla avertir. Il lui commanda de dire à -Psyché qiie le moyèn d’endormir le monstre étOit de lui chanter quelques longs récita

qui lui plussent premièrement , et puis 1 ennuyassent; et sitôt qu'il dormiroit, qu'elle puisâ^ de l'eau hardiment.

Psyché s'en va donc arec sa cruche. On n^soit approcher de l’antre de plus de vingt pas. L’horrible concierge de ce palais en occupqit la plupart du temps l’entrée. Il avoit l’adresse de coulcj sa queue contre des broussailles , en sorte qu’elle ne paroissoit point ; puis aussitôt que quelque animal venoit à passer , fût -ce un cerf , un cheval , un bœuf ) le monstre la ramenoit en plusieurs retours , et en entortilloit les jambes de l’animal avec tant de soudaineté et de force , qu’il le faisoit trébucher , se jetoit dessus , puis s’en repaissoit. Peu de voyageurs s’y trou voient sur^ pris : l’endroit étoit plus connu et plus diffamé que le voisinage de Scylla et Charybde. Lorsque Psyché alla à cette fontaine, le monstre se réjouissoit au soleil , qui tantôt doroit ses écailles , tantôt les faisoit paroitre de cent couleurs.

Psyché, qui savoit quelle distance il falloit laisser entre lui et elle , car il ne pouvoit s’étendre fort loin , le Sort l’ayant attaché avec des chaînes de diamant ; Psyché , /dis-je , ne s’effraya' pas beaucoup : elle étoit accoutumée à voir des dragons. Elle cacha le mieux qu’il lui fut possible sa cruche, et commença mélodieusement ce récit :

Dragon , gentil dragon , à la gorge béante ,

Je sois messagère des dieux :

Die ' . : : ■ Gl'Oglf

1^2 AMOUUS DE PSYCHÉ.

Ils mWt envoyée en ces lieux • '

T’annoncer xjue bientôt une jeune serpente :

Et qui change au soleil de couleur conune toi , ’

Viendra partager ton emploi. • ■

Tu te dois ennuyer à faire cette vie ; . ! • . , .

, Amour t’enverra compagnie. ...

Dragon, gentil dragon, que te dirai-je encor Qui te chatouille et qui te plaise ?

Ton dos reluit comme fin or :

Tes yeux sont flambants comme braise.

Tu te' peux rajeunir sans dépouiller ta peau.

Quelle félicité d’avoir chez toi cette eau !

Si tu veux t’enrichir, permets que l’on y puise j Quelque tribut qu’il faille , il te sera porté.

.T’eu .sais qui, pour avoir cette commoditd,

* Doniieiont jusqu’à leur chemise. ■ • .

Psyché chanta Leauconp d’autres' ‘choses qui n’avoient aucune suite , 'et que les dîseaux de ces lien.v ne purent par conséquent retenir , ni nous les apprendre. Le dragon l’écouta d’abord avec un très grand plaisir ; à la fin il commença à bailler, et puis s’endormit. Psyché prend vite l’occasion. 11 talloit passer entre le dragon et l’un des bords de l’entrée : à peine y avoit-il assez de place pour une personne. Peu s’en fallut que la belle, de frayeur qu’elle eut , ne laissât tomber sa cruche ; ce qui eût été pire que la goutte d’huile. Ce dormettr-ci u’étoit pas fait comme l’autre : son courroux et ses remontrances , c’étoit de mettre les gens en pièces. ]\olre héroïne vint à bout de

son entreprise par un- grand bonheur. Elle emplit sa cruche, et s’en retourna triomphante.

• Vénus se douta que quelque puissance divine l’avoit assistée. De savoir laquelle, c'étoit le point. Son fils ne bougeoit du' lit. Jupiter ni aucun des dieux n’auroit laissé Psjché dans cet esclavage : les déesses seroiértt les dernières à la secourir. Ne t’imagine pas en être quitte, lui dit Vénus; je te ferai des commandements' si difficiles , que tu manqueras à quelqu’un ; et pour châtiment tu endureras la mort. Va me quérir de la laine de ces moutons qui paissent au-delà du fleuve , je m’en veux faire fairc'uh habit. C’étôient les moutons du Soleil : tous avoient des cornes, fui’ieux au dernier point , et qui poursui voient les loups. Leur laine étoit d’une couleur de feu si vif , qu’il éblouissoit la vue. ‘Ils'paissoient alors de l’autre côté d’une rivière eXtrêmènient large et profonde , qui traversoit le vallon ,' à mille pas ou peu plus de ce château. .

De bonne fortune pour notre belle, Junon et Cérès vinrent voir Vémis dans le mome’nt qu’elle venait de donner cet ordre; Elles lui avoient déjà rendu deux autres visitèS depuis la maladie de son fils, et avoient aussi vu- TAmour. Cette dernière visite empêcha Vénus de prendre garde à ce qui se passeroit ,' èt donna ühe facilité' à ttotre héroïne d’exécuter ce commandement. Sans cClà, il auroit été impossihlevuy ayaint ni'pont; ni bateau , ni gonclole , ?uxt4a rivièrè. ‘

by Cl -Ogle

i;4 AMOURS DE PSYCHÉ.

Cette suivante qui étoit de l'intelligence dit à Psjché :Nous avons ici des cognes, que les Amours ont dressés à nous servir de gondoles; j’en prendrai un : nous traverserons la rivière par ce moyen. 11 faut qup je vous tienne compagnie, pour une raison que je vns vous dire.,, C’est que ces moutons sont gardés par deux jeunes enfants sylvains , qui commencent déjà à courir après les bergères et après les nymphes. Je , passerai la première, et amuserai les deux jeunes faunes , qui ne manqueront, pas, de me poursuivre, sans autre dessein que de folâtrer; car ils me coinnoissent , eç savent que j’appartiens à Vénus. An pi% aller ,,j en serai quitte pour deux baisers : vous passerez ^cependant, Jusque-là voilà qui va bien, repartit Psyché; mais comment approcherai-je des moutons ? me. conno^ssent- ils aussi? savent-ils que j’appartiens à Vénus ? Vous prendrez de leur laiue parmi les ronces , répliqua cette suivante ; ils y en laissent quand elle est nrùre et qu elle commence à tomber. : ,tout^ce oanton-là en est plein. Comme la chose, avoit été concertée , elle réussit. Seulement', au lieu. des deux baisers que l’on avoit dit , iJ en coûta quatre. . :

Pendant que notre bergère et sa compagne exécutent leur entreprise , Vénus prie les deux déess^s de sonder -le? sentiments, .de son lils, Ij semble , à l’entendre, Jeur dit-elle, qu’il soit fout en colère contre Psyeho; cependant il ne laisse pas t sous main , de lui donner assistance : cru moins y,

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