I.<es oiseaux , envieux d’une telle harmonie
Épuisent ce qu’ils ont et d’art et de génie.
Phüomèle, à son tour, veut s’entendre louer,
Et cliante par ressorts que l’onde fait jouer.
Écho même répond ; Écho , toujours hôtesse D’ime voûte ou d’im roc témoin de sa tristesse.
L’onde tient sa partie. H se forme un concert Où Phüomèle , l’eau , la flûte , enfin tout sert.
Deux lustres de rocher de ces voûtes descendent ;
Eu liquide cristal leurs branches se répandent ;
L’onde sert de flambeaux ) usage tout nouveau.
L’art eu mille façons a su prodiguer l’eau :
D’une table de jaspe un jet part en fusée j Puis en perles retombe, eu vapeur, en rosée.
L’effort impétueux dont ibva s’élançant Fait frapper le lambris au cristal jaillissant.
Telle et moins violente est la balle enflammée.
L’onde , malgré .son poids , dans le plomb renfermée , Sort avec un fracas qui marque son dépit.
Et plaît aux écoutants , plus U les étourdit.
Mille jets , dont la pluie alentour se partage , Mouillent également l'imprudent et le sage.
Craindre ou -ne craindre pas h chactm est égal :
Chacun se trouve en butte au liquide cristal.
Plus les jets sont confus, plus leur beauté se luonlrt.
L’eau se croise, se joint, s’écarte, se rencx>ntre ,
Se rompt , se précipite à tiUvers les rocliers ,
Et fait , comme alambics , distiller leurs plancliei», '
JNiches , enfoncements , rien ne sert de refuge.
Jla muse est impuissante à peindre ce déluge.
Quand d’une voix de fer je frapperois les deux.
Je ne pourrois uombrer les charmes de ces lieux.
Les quatre amis ne voulurent point être môuillés ; ils prièrent celui qui leur faisoit voir la grotte de réserver ce plaisir pour le bourgeois ou pour l’Allemand, et de les placer en quelque coin où ils fussent à couvert de Teau. Ils furent traités comme ils souhaitoient. Quand leur conducteur les eut quittés , ils s’assirent à l’entour de Polyphile, qui -prit son cahier; et ayant toussé pour se net- • • toyer la voix , il commença par ces vers :
Le dieu qu’on nommé Amour n’est pas exempt d’aimer :
A son flamlieau quelquefois il se brûle ;
Et si scs traits ont eu la force d’entamer ' ■
Les cœurs de Platon et d’Hercule>
Il n’est pas inconvénient
Qu’étant aveugle , étourdi , téméraire , •.
Il se blesse en les maniant ;
Je n’y vois rien qui ne se puisse faire :
Témoin Psyché, dont je vous veu3t conter La gloire et les malheurs , chauteVpar Apuléer
la’ AMOURS DE PSYCHÉ.
Cela vaut bien la peine d'écouter ;
L’aventure en est signalée,
Poljphile toussa encore une fois après cet exorde; puis chacun s’étant préparé de nouveau pour lui donner plus d'attention, il commença ainsi son histoire :
Lorsque les villes de la Grèce étoient encore soumises à des rois , il j en eut un qui , régnant avec beaucoup de bonheur, se vit non seulement aimé de son peuple , mais aussi recherché de tous scs voisins. C’étoit k qui gagneroit son amitié; c’ptoit à qui vivroit avec lui dans une parfaite correspon- ' dance ; et cela , parcequ’il avoit trois filles i marier. Toutes trois étoient plus considérables par leurs attraits que par les états de leur père. Les deux aînées eussent pu passer pour les plus belles filles du monde , si elles n’eussent point eu de cadette ; mais véritablement cette cadette leur nuisoit fort. Elles n'avoient que ce défaut-là : défaut qui étoit grand , à n'en point mentir ; car Psyché (c’est ainsi que leur jeune sœur s’appeloit), Psyché, dis-je, possédoit tous les appas que l’imagination peut se figurer,, et ceux où l’imagination même ne peut atteindre. Je ne m’amuserai point à chercher des comparaisons jusque dans les astres pour vous la représenter assez dignement : c’étoit quelque chose au-dessus de tout cela, et qui ne se sauroit exprimer par les lis, les roses, l’ivoire, ni le corail. Elle étoit telle enfin que le meilleur poète auroit de la peine