‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 8 sur 53 · LIVRE"!. , tS · texte numérisé non relu

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à en faire une pareille. En cet état, il ne sç faut paf étonner si la reine deCjthère en devint jalouse. Cette déesse appréhendoit , et non sans raison, qu'il ne lui falliRt renoncer à l'empire de la beauté, et que Psyché ig^e la détrônât : car , comme on est toujours amoureux des choses nouvelles , chacun couroit à cette nouvelle Vénus. Cythéréé se voyoit réduite aux seules iles de son domaine ; encore une bonne partie des Âmours , anciens habitants de ces îles bienheureuses , la quittoient-ils pour se mettre au service du sa rivale. L’herbe croissoit dans ses temples , qu’elle avoit vus naguère si fréquentés : plus d’ofifrandes , plus de dévots , plus de pèlerinages pour l’honorer. Enfin la chose passa si avant , qu’elle en fit ses plaintes à son fils , et lui représenta que le désordre iroit jusqu’à lui..

Mon fils , dit-elle , en lui baisant les yeux ,

La fille d'un mortel en veut à ma puissance :

4 £Ue a juré de me chasser des lieux Où l’on me rend obéissance.

Et qui sait si son insolence N’ira pas jusqu’au point de me vouloir ôter Le rang que dans les deux je pense mériter ?

Papbos n’est plus pour moi qu’un séjour importun :

Des Grâces et; des Ris la troupe m’abandouae ;

Tons les Amours , sans en excepter uii ,

S’en vont servir cette personne.

Si Psyché veut notre couronne ,

Il faut la lui donner ; elle seule aussi bieu Fait en Grèce'à présent votre office et le mien.

La Fontaine. Psjcbé..

i4' AMOURS DE PSYCHÉ.

L’un de ces jours je lui vois pour époux l/î plus Ijeau , le mieux fait de tout l’humain lignage Sans le tenir de vos traits ni de vous ,

Sans vous en rendre aucun hommage. '

.11 naîtra de leur mariage ,

Un autre Cupidon , qui d’un de ses regards

Fera plus mille fois q[ue vous avec vos dards. - /,

Prenez-y garde ; il vous y faut songer :

Rendez-la malheureuse ; et tpie cette cadette, •

Blalgré les siens , épouse un étranger Qui ne sache où trouver retraite ,

Qui soit laid , et qui la maltraite ,

JL& fasse consumer en regrets superflus , ^

Tant que ni vous ni moi nous ne la craignions plus.

Ces extrémités où s’emporta la déesse marquent •‘merveilleusement bien le naturel et l’esprit des femmes : rarement se pardonnent-elles l’avantage de la beauté. Et je dirai en passant que l’oflfensfi la plus irrémissible parmi ce sexe , c’est quand l’une d’elles en défait une autre en pleine assemblée; cçla se venge ordinairement comme les assassinats, et les trahisons. Pour revenir à Vénus, son fils lui promit qu’il la vengeroit. Sur cette assurance, elle s’en alla à Cythère en équipage de triompbanta. Au lieu de p^ser par les airs , et de se servir de son char et de. ses pigeons., elle entra dans une conque de nacre, attelée de deux dauphins. La cour de Neptune l’accompagna. Ceci est proprement matière de poésie : il ne siéroit guère bien à la prose de décrire une cavalcade de dieux marins:

d’ailleurs je ne pense pas qu’on put exprimer avec le langage ordinaire ce que la déesse parut alors.

C’est pourquoi nous dirons en langage rimé,

Que l’empire flottant en demeura charme'.

Cent Tritons la suivant jusqu’au port de Cythère,

Par leurs divers emplois s’elForcent de lui plaire.

L’un nage it l’entour d’elle, et l’autre au fond des eaux , Lui cherche du corail et des trésors nouveaux.

L’un lui tient un miroir fait de cristal de roche :

Aux rayons du soleil l’autre en défend l’approche. “ Palémon qui la guide évite les rochers :

Glauque de sop cornet fait retentir les mers :

Thétis lui fait ouïr un concert de Sirènes.

Tous les Vents attentifs retiennent leurs haleines.

Le seul Zéphyr est libre, et d’un souffle amoureux Il caresse Vénus , se joue à ses cheveux ;

Contre ses vêtonents par fois il se courrouce.

L’onde, pour la toucher^ à longs flots s’entrepousse ;

Et d'une égale ardeur chaque flot à son tour S’en vient baiser les pieds de la mère d’Amour.

Cela devoit être beau, dit Gelaste; mais j’aimerois mieux avoir vu votre déesse au milieu d’un bois , habillée comme elle éloit quand elle plaida sa cause devant un berger. Chacun sourit de ce qu’avoit dit Gelaste , puis Poljphile continua en ces termes : ,

A peine Vénus eut fait qn mois de séjour à Cjthère, qu’elle sut queie's soeurs de son ennemie ëtoient m^triées; que leurs maris, qui étoieut deux

is‘ AMOURS DEPSYCHÉ.

rois leurs voisins, les traitoient avec beaucoup de douceur et de témoignages d'affection; enfin qu’elles avoient sujet de se croire heureuses. Quant à leur cadette, il ne lui étoit resté pas un seul ^ amant, elle qui en avoit eu une telle foule que l’ott en savoit à peine le nombre : ils s’étoient retirés comme par miracle , soit que ce fût le vouloir des dieux , soit par une vengeance particulière de Cupldon. On avoit encore de la vénération, du respect, de l'admiration pour elle, si vous voulez; mais on n’avoit plus de ce qu’on appelle amour : cependant c’est la véritable pierre de touche à quoi l’on juge ordinairement des charmesjde ce beau sexe. #

Cette solitude de soupirants près d'une personne du mérite de Psjché fut regardée comme un prodige , et fit craindre aux peuples de la Grèce qu'il ne leur arrivât quelque chose de fort sinistre. En effet , il J avoit de quoi s'étonner. De tous temps l’empire de Cupidou , aussi-bien que celui des flots , a été sujet à des changements; mais jamais il n'en étoit arrivé de semblable : au moins n'y en avoit-il point d’exemples dans ce pajs. Si Psjché n'eût été que belle, on ne l’eut pas trouvé si étrange ; mais » comme j’ai dit, outre la beauté qu’elle possédoit en un souverain degré de perfection , il ne lui manquoit aucune des grâces nécessaires pour «e faire aimer : on lui vojoit un million d’amours et pas un amant.

Après que chacun eut bien raisonné sur ce

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