LIVREZ
miracle , Vénus déclara quelle en étoit cause ; qu'elles’étoit ainsi vengée par lemoyen de sonfîls; que les parents de Psyché n’avoient qu’à se préparer à d’autres malheurs, parceqne son indignation dureroit autant que la vie ou du moins autant que la beauté de leur fille ; qu’ils auroient beau s’humilier élevant ses autels, et que les sacrifices qu’ils lui feroient seroient inutiles , à moins que de lui sacrifier Psyché même.
C’est ce qu’on n’étoit pas résolu de faire : loin de cela , quelques personnes dirent à la belle que la jalousie de Vénus lui étoit un témoignage bien glorieux, et que ce n’étoit pas être trop malheureuse que de donner de l’envie à une déesse , et à une déesse telle que celle-là.
Psyché eût voulu que ces fleurettes lui eussent été dites par un amant. Bien que sa fierté l’empêchât de témoigner aucun déplaisir , elle ne laissoit pas de verser des pleurs en secret. Qu’ai-je fait au fils de Vénus? disoit- elle souvent en soi-même; et que lui ont fait mes sœurs , qui sont si contentes ? Elles ont eu des amants de reste ; moi , qui croyois être la plus aimable, je n'en ai plus. De quoi me sert ma beauté ? Les dieux , en me la donnant, ne m’ont pas fait un si grand présent que l’on s’imagine : je leur en rends la meilleure ' part ; qu’ils me laissent au moins un amant , il n’y > a fille si misérablcqui n’en ait un. La seule Psyché’ ne sauroit rendre personne heureux : les cœurs que le hasard lui a donnés, son peu de mérite
i8 AMOURS DE PSYCHÉ, les lui fait perdre. Comment me puis- je montrer après cet affront? Va, Psyché, va te cacher au fond^ de quelque désert : les dieux ne t’ont pas laite pour être vue, puisqu'ils ne t'ont pas faite pour être aimée.
- Tandis qn'elle. se plaignoit ainsi , ses parents ne s’allligeoient pas moins de leur part; et ne pouvant se résoudre à la laisser sans mari , ils furent contraints de recourir à l’oracle. Voici la réponse qui leur fut faite , avec la glose que les prêtres y ajoutèrent : ^ .
L’époux que les destins gardent à votre fille . ,
Est un monstre cruel qui déchire les cœins ,
Qui trouble maint état , détruit mainte famille ,
Se nourrit de soupirs , se baigne dans les pleurs. ,
A l’univers entier il déclare la guerre ,
Courant de bout eu bout un flambeau dans la main : . ,
On le craint dans les deux , on le cj-aint siu’ la terre ;
Le Styx n’a pu borner son ponvoir souverain.
C’est un empoisonneur , e’est un incendiaire ;
Un tyran qui de fers cliarge jeunes et vieux. >) .
Qu’on lui livre Psyclié ; qu’elle tâche à lui plaire :
'i’el est l’arrêt du Sort , de l’^Vmour ,<et des Lieux.
Menez-ld sur un roc , àu haut d’une montagne ,
En des lieux où l’attend le monstre son époux; i ’ fiki’une pompe fuuèbre en ces lieux l’accompagné ;
Car elle doit mourir pour ses sœura pt -pour vous. >''■■■ -
^ Je laisse à jqgorrétonueme^t et*raffUctioU:quu
eette réponse causa. Livrer Psyché aux désirs d’un monstre !iy avoit-il de la justice à cela? Aussi les parents de la belle doutèrent long -temps s’ils obéirolent. D'ailleurs , le lieu où il la falloit conduire n’avoit point été spécifié par l’oracle. De quel mont les dieux y^ouloient-ils parler? Étoit-il voisin de la Grèce ou de la Scythic? Étoit-il situé sous l’Ourse , ou. dans les climats brûlants de l’Afrique ? car on dit que dans cette terre il y a toutes sortes de monstres. Le. moyen de se résoudre à laisser une beauté délicate sur un rocher , entre des montagnes et des précipices , à la merci de tout ce qu’il y a de plus épouvantable dans la nature ? Enfin comment rencontrer cet endroit fatal ?
C’est ainsi que les bonnes gens cherchoient des raisons pour garder leur fille ; mais elle-même leur représenta la nécessité de suivre l’oracle.
Je dois mourir, dit-elle à son père , et il n’est pas juste qu’une simple mortelle , comme je suis , entre en parallèle avec la mère de Gupidon : que gagneriez- vous à lui résister? Votre désobéissance nous attireroit une peine encore plus grande. Quelle que puisse être mon aventure , j’aurai lieu de me consoler quand je ne vous serai plus un sujet de larmes. Défaites-vous de cette Psyché sans qui votre vieillesse seroit heureuse : souffrez quele ciel punisse une ingrate pour qui vous n’àvez eu que trop de tendresse, et qui vous récompense si' jnal des inquiétudes et des soins que son enfance V.OUS a donnas, : . . . ■ .
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ao AMOURS D E PSYCHÉ.
Tandis que Psyché parloit à son père de cette sorte , le vieillard la regardoit en pleurant , et ne lui répondoit que par des soupirs : mais ce n etoit rien en comparaison du désespoir où étoit la mère. Quelquefois elle couroit par les temples toute échevelée : d'autres fois elle f'emportoit en blasphèmes contre Vénus, puis, tenant sa fille embrassée , protestoit de mourir plutôt que de souffrir qu'on la lui ôtât pour l’abandonner à un monstre. 1| fallut pourtant obéir.
En ce temps-là les oracles étoient maîtres de toutes choses : on couroit au-devant de son malheur propre , de crainte qu'ils ne fussent trouvés menteurs ; tant la superstition avoit de pouvoir sur les premiers hommes! La difficulté n étoit donc plus que de savoir sur quelle montagne il folloit conduire Psyché.
L'infortunée fille éclaircit encore ce doute. Qu'on me mette, dit-elle, sur un chariot, sans cocher ni guide; et qu'on laisse aller les chevaux à leur fantaisie : le sort les guidera infailliblement au lieu ordonnéi ’
Je ne veux pas dire que cette belle , trouvant à tout des expédients , fût de l'humeur de beaucoup de filles, qui aiment mieux avoir un mauvais mari que de n'en avoir point du tout. Il y a de l’apparence que le désespoir, plutôt qu’autre chose, luifaisoit chercher ces facilités.
Quoi que ce soit , on se résout à partir : on fait dresser un appareil de pompe funèbre , pour
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