MONSIEUR BONSENNE À SON FILS VICTOR
Mademoiselle Lambert vient de me montrer votre lettre ; elle veut y répondre. Elle en est la maîtresse, elle le fera.
Quant à moi, je vous le dis, Victor : jamais, jamais, JA- MAIS mon fils ne sera, de mon consentement, le mari de mademoiselle Charistie. Si le secret de ma résolution m'appartenait, je vous le dirais dès aujourd'hui. Je ne le puis pas, et je ne demande à mua fils d'autre preuve de respect
et d'affection que de croire son père lorsqu'il lui jure que s'il s'oppose à ses vœux, c'est que le bonheur de tout son avenir y est intéressé.
Maintenant, et je parle ici à votre honneur, et, peut-être plus que vous ne pensez, à votre amour, il est une chose qu'il faut que mademoiselle Lambert ignore toujours : c'est mon opposition à votre mariage avec elle.
N'oubliez pas, Victor, que si vous lui révéliez celte circonstance, vous la frapperiez d'un coup mortel. Elle croit, elle doit croire que ceux dont elle dépend s'y opposent seuls. Laissez-la dans cette erreur.
Songez qu'en vous priant de ne pas l'instruire de mon opposition, c'est peut-être sa vie que je vous demande et que vous frapperiez mortellement.
Un jour viendra où je serai peut-être le maître de vous révéler le secret de ma volonté, et quand ce jour sera venu, vous me remercierez d'avoir fait ce que j'ai décidé de faire.
Jusque là ne condamnez pas votre père, parce que vous ne connaissez pas le motif de sa conduite.
BONSENNE,
No 21.