LE DESSOUS DES CARTES
~ Trois mois après, M. de Belnunce et sa femme étaient seuls dans une assez petite chambre, garnie de meubles gothiques et de chétive apparence.
Quelques malles ouvertes autour d'eux et dont on li avait pas retiré les vêtements qu'elles renfermaient, disaient suffisamment qu'ils n'étaient que passagèrement dans cette modeste habitation ; M. de Belnunce, qui venait de rentrer, s'était jeté sur une chaise, d'un air fort soucieux.
— Eh bien, Jules, lui dit sa femme, quel parti prenonsnous?
— Qu'en pensez-vous vous-même? reprit le comte; ne vaudrait-il pas mieux aller sur-le-champ à Vienne, que de rester ici, où les événements peuvent nous gagner de vitesse?
— Non, reprit madame de Belnunce ; puisque nous avons suivi la fortune de Louis XVIII, il faut au moins en courir toutes les chances.
Vienne nous restera toujours ouverte, dans le cas où une victoire livrerait^ Napoléon le chemin de la Belgique.
Mais avant que cela arrive, il faudra battre l'armée autrichienne d'abord, l'armée prussienne ensuite.
— Et à supposer qu'il y réussisse, ajouta le comte, l'Autriche, la Russie et toute la confédération germanique lui opposeront de nouvelles armées.
— Ainsi donc, une fois encore, reprit madame de Belnunce, une fois encore l'empereur François est entré dans la coalition européenne qui va détrôner son fils et son petitfils?
M. de Belnunce se contenta de répondre par un pigne de tête affirmatif, et retomba dans ses réflexions.
— Mais qu'avez-vous donc, mon ami ? dit madame de Belnunce avec un ton de familiarité qui disait assez quel avait dû être le dénoûinent de cette réconciliation dont nous avons raconté les premières scènes dans les pages précédentes.
M. de Belnunce s'agita un moment avec impatience, non point comrrçe un homme qu'une pareille question importune, mais qu'elle emharrasse, quoiqu'il ait envie d y répondre.
— iarlez-moi donc, Jules, reprit encore une fois la comtesse.
— Vous savez que votre frère arrive, dit tout à coup le
comte.
— Je n'en avais pas de nouvelles certaines, mais je pensais bien qu'il suivrait le mouvement de l'armée , quand bien môme il n'y aurait pas un commandement.
— Oui, reprit M. de Belnunce, il sera à Gand dans quelques jours.
Pourquoi donc son arrivée paralt-eile vous contrarier à ce point ?
— Vous connaissez votre frère, il peut avoir fondé sur notre séparation des espérances que notre rapprochement peut détruire.
Il serait peut-être prudent de paraître vis-à-vis de lui dans des termes moins intimes.
— Je ne vous comprends pas, reprit la comtesse.
— 11 est fort heureux, ajouta M. de Belnunce, dont les pensées semblaient obéir plutôt à une impulsion intérieure qu'aux paroles que lui disait sa femme, il est fort heureux que la rapidité des événements qui se sont passés depuis le 1er mars nous ait empêchés de mettre à exécution sur-lechamp nos projets en faveur de votre fille,
— Pourquoi cela? dit la comtesse avec une surprise ipquiète.
-r Oh ! rpprit le copte, comme s'il avait craint de trop l&isser clevine? g^ penséej c'est que cette reconnaissance pqurrait blesser les intérêts de M. de Morden, et que, ne pouvant emmener Çharistie avec nous, elle fût restée.à Paris en butte à des persécutions contre lesquelles tyL Bpus§ppe l'eût peut-être mal protégée.
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— Encore une fois, je ne vous comprends pas, reprit la comtesse.
— Pensez-vous, dit M. de Belnunce après un moment de réflexion, que votre frère n'ait pas compté dans ses espérances de fortune le retour de la portion de biens que vous avez reçue de votre père ; et pensez-vous qu'en me voyant créer des droits à une enfant dont il sait la véritable naissance, il n'opposera pas à cette reconnaissance toutes les intrigues, toutes les protestations d'un homme qui croit ses intérêts lésés?
La comtesse garda un moment le silence, tant elle parut surprise des craintes que lui témoignait son ir ari.
— Nous sommes-nous donc mal compris, Jules? lui ditelle; ne devriez-vous pas, au contraire, profiter de cette circonstance pour dire vos intentions à M. de Morden, et ne m'aviez-vous pas même dit que vous étiez certain que, du moment que je lui assurerais ma fortune personnelle par des actes rendus irrévocables, il ne s'opposerait point à cette reconnaissance; que, bien au contraire, il se prêterait avec empressement à toute les démarches nécessaires pour la faire réussir?
Monsieur de Belnunce prit un air contrit et tendre ; il s'approcha de sa femme, et, l'attirant doucement à lui, il lui dit:
— Mais maintenant, Gertrude, n'est-il pas possible que notre fille ne soit pas notre seule héritière?
La comtesse rougit, un vif embarras se peignit dans tous ses traits.
Elle parut hésiter...
Mais s'étant remise un peu, elle répondit d'une voix triste :
— Dieu accor<Jera-t-il ce bonheur à notre réconciliation? Je n'ose l'espérer, Jules, le chagrin m'a rendue vieille de bonne heure.}
— Mais enfin, reprit le comte, si préoccupé sans doute de ses pensées qu'il ne prit point garde à l'étrange émotion de sa femme, cet espoir ne nous est pas tout à fait interdit ; laissez-le-moi, je vous en prie, et tant que je le garderai, permettez-moi de protéger notre avenir, et peut-être un autçe, contre des prétentions spoliatrices.
— Mon Dieu! dit madame de Belnunce, vous me faites
peur, Jules ! Mais à quand voulez-vous donc remettre cette reconnaissance qui doit me rendre ma fille?
— Les événements me guideront. Savons-nous nousmêmes ce que nous sommes dans ce moment? car si Napoléon triomphe, ne faudra-t-il pas nous retirer en Autriche, et, là, ne savez-vous pas quels obstacles votre frère peut nous opposer, grâce au crédit dont il jouit à la cour impériale?
Si, au contraire, Louis XV11I remonte sur son trône, vous comprenez que l'exil volontaire que nous venons de nous imposer nous sera compté de façon à nous rendre facile tout ce que nous voudrons obtenir.
Dans tous les cas, n'est-ce pas peu prudent d'éveiller l'attention du prince de Morden sur nos projets, et ne vaudraitil pas mieux rester, comme vous l'avez été jusqu'à ce jour vis-à-vis de lui, dans les termes d'une froide convenance?
— Je suis parfaitement de votre avis à ce sujet, et je m'étonne de toutes les précautions que vous prenez pour me donner ce conseil.
Elle s'arrêta, et reprit presque aussitôt :
— Je vous connais, Jules, il s'agit d'autre chose: ce n'est pas là seulement ce que vous aviez à me demander.
—Eh bien! c'est vrai, repartit le comte : je désire que vous ne voyiez point votre frère.
— Gomment cela se peut-il? répondit la comtesse ; oubliez-vous le sacrifice que je lui ai demandé l'année dernière ; oubliez-vous que j'ai exigé aussi de lui, non pas qu'il abandonnât la cause de son bienfaiteur, mais qu'il donnât un démenti formel aux opinions qu'il avait soutenues jusque-là?
— Eh bien! reprit le comte, après un moment de silence, il faut quitter Gand, il faut rentrer en France.
—Nous séparer! s'écria la comtesse avec effroi, oh! non, je vous en supplie, Jules! je vous en supplie.
— Oubliez-vous, reprit le comte, que vous serez près de votre fille; et puis, ajoula-t-il brusquement, il ne faut pas que vous Voyiez monsieur de Morden, il ne le faut pas.
— Mais il n'est pas encore sans doute près d'arriver, reprit la comtesse, surprise de cette insistance.
— Il sera ici dans quelques jours, peut-être demain, peutêtre ce soir.
La comtesse remarqua le trouble extraordinaire de son mari, et lui dit subitement :
r- 11 y est, vous l'avez vu, et comme toujours, implacable et brutal, il vous a reproché nos malheurs passés. Eh bien, il fallait lui dire que je vous avais pardonné, Jules.
— Gertrude, reprit le comte avec vivacité, si vous craignez de partir seule, je vous accompagnerai, mais il faut absolument vous éloigner de cette ville ; je np veux. pas, je De peux pas vous laisser, du moins maintenant, exposée aux extravagantes menaces de votre frère. Partons, je vous en supplie, partons.
— Mais il s'est passé quelque chose d'extraordinaire, s'écria la comtesse ; il y a entre vous et mon frère une querelle dont vous ne vpulez pas que je connaisse les suites.
Le comte tressaillit.
C'était une singulière position que celle de madame de Belnunce, après ce qu'elle avait souflert vingt ans avant cette époque, et reconnaissant que l'homme qu'elle aimait avec passion était un misérable qui s'était joué de sa crédulité; bien plus qu'un misérable, un lâche dont 'elle avait cent fois rougi de porter le nom.
Après l'avoir accablé de son mépris, après être restée séparée de lui pendant tout ce temps qui avait été la jeunesse de sa vie, une heure était venue où, enveloppée par les séductions de cet homme, émue par ses protestations de repentir, attaquée jusqu'au fond de l'âme par l'amour de sa fille, enivrée des promesses d'avenir qu'il avait su lui faire; une heure était venue, disons-nous, ovt çllè ayait tput ou- Mié, et son mépris passé, et sa haine jurée, et ses refus constants; elle avait çyu encore une fois cet homme; mais elle ne pouvait pas faire que, dans son pa$$, el^e n'eût été le témoin de sa lâcheté.
Pour se livrer à lui, elle avait jeté un voile sur tout le mal qu'elle en avait reçu, sans pouvoir effacer de sa mémoire le souvenir des viceç qui en avaient 4*è la cause; et voilà que tout fc coup, au çiiljeu de l'ivresse de celte réconciliation, dont elle ne voulait goûter quç îç bonheur, voilà que tout à coup un orage s'élève, yoilà que to.ujes ses craintes la reprennent !
La pensée d'une trahison de M. de Belnunce ne lui était
p$s venue, pa&is elle avait songé à une querelle possible entre son mari et son frère, et elle donnait ce prétexte à sa fuite, trop certaine que M. cje Belnunce n'était pas homme à braver la colère de M. de Morden.
— Eh, t>ien, ou}, dit le pointe, j'^i vu votre frère; inaia, je vou3 le jure, il n'y a pas de querelle entre nous, Jusqu'à présent <Ju moins, et s'il s'en élevait, ce n>$t pas là* ce qui m'engagerait à vous prier d'éviter sa présence.
ta comtesse ne voulut pas approfondir jusqu'où pourrait aller le courage de son mari en pareille circonstance , et, craignant pou? elle-même d'être témoin de sa faiblesse, elle lui dit :
— Eh bien, partons! je veux croire que vous avez raison d'exigé? cp voyage; partons, je suis prête à vous accompagner.
C'est une étrange chose que le besoin qu'on éprouve de se tromper! La comtesse quittait Gand parce qu'elle avait la conviction que son mari avait peur de M. de Morden et qu'il subirait tous les outrages qu'il plairait à celui-ci de lui infliger, et il est possible qu'à dix lieues de cette ville elle se fût dit qu'elle avait prudemment agi en empêchant M. de Belnunce de se rencontrer avec un homme dont il n'ety paa voulu supporter la moindre observation.
A peine eut-elle déclaré qu'elle consentait à partir, que M. de Belnunce sonna vivement.
Le valet de chambre qui le servait ordinairement à Paris parut aussitôt, et le comte dit :
— Molinos, nqus partons à l'instant même; la voiture et des chevaux.
— Où va monsieur le comte? dit le valet de chambre.
— Jç ne sais , repartit le comte en ouvrant un meuble pour y prendre son portefeuille et commencer ainsi ses préparatifs de départ. En Hollande, sans cloute.
— En Hoilancje? fit ]a comtesse.
— Ne fût-ce que pour terminer les affaire? que nourç y avons avec la maison N...
— En Hollande soit, dit la comtesse avec une soumission remarquable.
On eût çlit qu/elle avait peur, en depiandpt une explica-
tion, de toucher à ce bonheur tardif dans lequel elle s'était laissé entraîner.
Le valet de chambre se retira.
Madame de Belnunce était triste.
Ce ne pouvait être de quitter Gand, puisque son mari raccompagnait.
Elle était triste d'un de ces vagues pressentiments qui vous avertissent de l'approche d'un malheur.
Cependant elle s'occupait des préparatifs du départ, lorsque tout à coup un bruit de voix se fit entendre sur le palier du modeste appartement qu'ils occupaient.
A ce bruit, M. de Belnunce pâlit et dressa l'oreille, comme le lièvre qui entend la voix redoutable du chien de chasse.
11 fit signe à sa femme de ne point remuer, et lui-même était immobile.
Cependant on put bientôt distinguer les paroles qui s'échangeaient avec une certaine vivacité :
— Je te dis, drôle, que je veux voir madame de Belnunce.
— Je vous dis que vous ne pouvez pas entrer... madame est absente.
— En voilà assez... Va dire à ta maîtresse, qui est ici, je le sais, que le prince de Morden veut lui parler.
— J'ai l'ordre précis de ne laisser entrer personne.
— Eh bien ! répliqua rudement le prince, je t'en relève.
— Vous n'entrerez pas ! s'écria Molinos avec un accent de rage ; j'ai mes ordres et je ne vous connais pas.
M y eut un moment de silence.
Un homme d'un caractère paisible eût pris M. Molinos par les épaules et l'eût jeté de côté, tant le drôle était insolent; mais M. Hercule de Morden, célèbre par ses violences, avait été si rudement admonesté à ce sujet pafle ministre dont il dépendait, qu'il se contint plus qu'un autre n'eût pu le faire.
Cependant le sang lui montait à la tète : un Morden arrêté par un laquais français lui semblait une chose monstrueuse.
H fit un dernier effort pour ne pas céder à la colère qui bouillonnait en lui et s'assit sur une malle, suffoqué qu'il était par la colère.
— J'attendrai M. de Belnunce, dit-il d'une voix étouffée. Molinos crut à la terreur qu'il avait inspirée à ce noble
iosse, et au lieu de laisser 6a patience s'épuiser dans une igue attente, il lui dit d'une voix plus impertinente :
— Allons, monsieur le prince, débarrassè-moi mes malles. M. de Morden était à bout : il prit le malencontreux par la au du ventre, le jeta dans un coin et entra comme un fuîux dans la chambre où se tenaient M. et madame de Belmce.
Celle-ci s'élança au-devant de lui.
Elle sauvait ainsi à son mari le premier choc d'une colère
vant laquelle il tremblait de tout son corps, et elle opposait
a fureur de son frère un adversaire dont la faiblesse de-
it l'arrêter.
Elle fit plus, elle appela sur elle cette colère dont ellejne
mprenait point le motif.
— Que signifie cette violence, monsieur ? dit-elle.
— M'avez-vous assez fait insulter par vos laquais ? fit le ince.
— Cet homme a reçu de moi l'ordre de ne laisser entrer ;rsonne, il a fait son devoir... et il a fallu qu'il se trouvât i présence du prince de Morden pour ne pouvoir faire resicter la chambre d'une femme.
— Madame, assez!... s'écria le prince, que sa colère livrait.
— Monsieur, lui dit la comtesse en le regardant en face, ez-vous envie de me traiter comme vous avez fait de cet marne?
Le prince ne répondit point , il se recula jusqu'à la porte, reprit avec un accent de rage :
— Monsieur de Belnunce , on ne peut donc point vous irler ?
M. de Belnunce eut honte sans doute de lui-même , et pondit : ,
— Je suis prêt à vous suivre.
Et il s'avança pour sortir.
— Oh! non, fit le prince; en présence de madame.
;- Venez donc, monsieur, fit M. de Belnunce, et ne rendez
)int votre sœur témoin d'une querelle.
M. de Morden était parvenu à se calmer un peu.
— Il n'y a pas de querelle possible entre nous, monsieur, ii dit-il avec le plus profond mépris, mais il y a une explica-
tion possible, et cette explication, c'est à ma sœur surfe que je la veux demander; vous me l'aviez promise poun main... c'est donc pour cela que vous parties ce soir...
— Probablement, dit la comtesse, qui redoutait un m heur, et qui faisait de vains efforts pour l'écarter, prol bletnent que M. de Belnunce a jugé à propos de ne j m'exposer à vous entendre, et je l'en remercie.
— Ah ! lit le prince en observant sa sœur d'un œil curie» ce qu'on m'a dit est donc vrai? Vous avez pardonné, Gi trude, et après vingt ans de mariage, vous vous êtes ré gnée aux douceurs de la lune de miel.
— A qui parlez-vous donc, monsieur ? dit madame de & nunce avec hauteur.
— A vous, ma sœur, reprit le prince d'un ton de pit railleuse, et, si vous le voulez, je vous dirai la dçite et l'h toire de votre douce réconciliation.
% — En voilà assez, monsieur, fit M. de Belnunce, sur i sujet qui ne vous regarde pas.
— Gomment ! qui ne me regarde pas? fit M. de Morde Cette réconciliation me regarde si bien, que je l'ai proi quée en croyant la prévenir.
— Monsieur, en finirez-vous? s'écria le comte. |
— Ce jour, ma sœur, reprit M. de Morden, n'est-ce j vers les premiers jours de février de cette année... le £ }e 4... ou le o peut-être, que M. de Belnunce a imploré J pardon ? .
— Qu'importe cette date! fit la comtesse avec une ira|l tience douloureuse qui veuait de l'effroi qu'elle avait révélations do sçrn frère.
— Comment! reprit-il, que m'importe cette date !... si c'était Tune de celles que je viens de vous dire, elle respondrait parfaitement avec l'arrivée à Paris d'une let que je vous ai écrite à vous, ma sœur, et à laquelle n'avez pas répondu.
— Vous m'avez écrit à moi? dit la comtesse, empa par un premier mouvement de surprise.
Mais elle reprit aussitôt avec vivacité, en faisant un nier effort pour reppusser la découverte fâcheuse qu'< pressentait :
— Eh bien! vous ip'ave^ écrit, je ne vçi# ai point
îdu. Est-ce donc là tout ce que vous avez à me dire ?
— Ma sœur...
— Si c'est cela, continua-t-elle en femme décidée à ne a entendre, je vous fais mille excuses de mon impolitesse.
— Ah ! c'est ainsi, fit le prince avec un ton plein de sarime, je n'ai plus rien à dire; seulement h je suis ravi pprendre que les plus fiers, ressentiments , que les plus )limes résignations, que les impérieux dédains d'une âme ssée dans ses intimes profondeurs, se taisent lorsqu'il gît d'une fortune à s'assurer.
La comtesse .ne voulait pas savoir son malheur, mais il arrivait malgré tous ses efforts... elle voulut encore le wusser, mais elle ne put s'empêcher de dire :
— Eh! monsieur, si c'est ma fortune que vous craignez de rdre, je vous l'assurerai, ne fût-ce que pour me délivrer vos odieuses persécutions.
Bile n'eut pas plutôt dit cette parole que le prince, emrté par un de ces mouvements avides qui ne mesurent is l'élan qu'ils prennent, s'écria :
— Renoncez-vous donc aussi à la fortune de madame de tzfeld?
— De ma tante ! fit la comtesse avec une surprise nou- Ue.
— C'est son testament que je vous avais envoyé dans tte lettre.
— Son testament? reprit madame de Belnunce en regarnt son mari.
— Eh bien, oui, ma chère Gertrude, dit celui-ci, son tesnent, que j'ai dû vous cacher, car si vous l'aviez connu, us auiiez peut-être pensé que l'intérêt seul...
La comtesse tremblait de toute son âme, sans encore sair de quel coup elle allait être frappée.
— Son testament, reprit le prince en interrompant M. de Inunce, que M. de Belnunce vous a caché parce que vous riez été trop sûre que l'intérêt seul, et le plus vil intérêt, rappelait près de vous.
— Mais que disait donc ce testament? s'écria enfin la mtesse, lasse de cette torture qui lui venait goutte à mtte.
— Mais, reprit le prince, il disait que toute la fortune de
madame de Hatzfeld serait votre partage, si, du jour de date de ce testament, dans dix ans, vous donniez le joui un enfant. y
La comtesse vit tout à coup la basse avarice qui avi dicté la conduite de M. de Belnunce; en ce moment tout repentir auquel elle avait cédé lui apparut sous son va table aspect : ce qu'elle avait cru était un mensonge d'us rier, cet amour qu'il avait rallumé dans son cœuf était u spéculation ; sa foi à elle-même était une niaiserie; elle an encore cette fois été la dupe d'un calcul abject.
Pour l'appât d'une fortune, on lui avait arraché ses n sentiments si justes, on avait joué avec sa faiblesse; avait remué dans son cœur déjà vieilli des passions que jeunesse seule fait gracieuses, ces rêves, ces espérances, c ardeurs, ces doux abandons, ces caresses, cet amour enti qu'on avait obtenu d'elle, tout cela avait été habita excité dans l'espoir de quelques écus...
La comtesse se couvrit le visage de ses deux main jamais plus de honte, de désespoir, n'entra d'un seul ce dans le cœur d'une femme.
Elle se sentit avilie vis-à-vis d'elle-même; elle se vit ri cule dans les bras de ce mari qui l'avait dédaignée vingt a et qui devait avoir ri eu lui-même, peut-être avec quelq abject confident, des tendresses surannées de son épouse
C'était affreux.. . c'était à en mourir de honte !
Un sourd gémissement, une terrible contraction de \v son corps, dirent seuls la douleur aiguë qui perça coroi un fer rouge le cœur de la comtesse. .
OL+¥+RITDUHÀMEI,, 145