‹ Les amours des anges, et les melodies irlandaises, de Thomas Moore. Traduction de l'anglaisChapitre 71 sur 81 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

mot inintelligible comme celui-là ne serait pas sans attrait pour la multitude , qui y trouverait « sinon dù sens , au moins du grec. » J’expliquerai , cependant , à quelques-uns de mes lecteurs que, par « mélologue , « j’ai voulu exprimer ce mélange de déclamation et de musique , qui est fréquemment adopté dans l’exécution de l’ode de Collins sur les passions , et dont l’exemple le plus frappant que je me rappelle, est le discours prophétique de Joad dans l’Athalie de Racine.

Thomas Moore.

MÉLOLOGUE

Il est un langage, connu et senti en tous lieux où l’air pur répand sa bénigne influence , en tous lieux où le cœur peut s’émouvoir à la colère , à la pitié. Depuis ces plaines brûlantes , où jadis , du * sommet d’une tour élevée , le jeune et tendre Péruvien , confiant ses soupirs à la nuit , appelait son amante avec une si douce puissance , qu’aussitôt que ses chants atteignaient son oreille , l’attrait du monde entier n’eût pu la retenir (i), ‘jusqu’aux régions désolées habitées par la nuit, où, sous un ciel sans feux et sans rayons , le Lapon fait voler son renne vers le lieu où l’attend sa compagne : il chante en glissant sur le sentier neigeux qui semble s’allonger devant lui , aussi joyeux que si la vive

(j) Un Espagnol rencontra une femme indienne dans les rues de Cozco, à unê heure avancée de la nuit ; il voulut l’amener chez lui ; mais elle s’écria : «Pour l’amour de Dieu, Monsieur, laissez-moi aller; car cette flûte qui retentit du haut de cette tour que vous voyez là-bas , m’appelle avec une si vive passion que je ne puis refuser d’y obéir ; l’Amour me contraint d'y aller , afin que je puisse être la femme du musicien , et qu’il devienne mon mari. » ( Garvilasso de la Véga dans la traduction de sir Paul Ricaut.)

aO'f MÉLOLOGUE.

lumière du soleil printanier éclairait sou front : !

Musique ! ton céleste empire est partout irrésistible, partout le même. Le puissant Océan obéit à l’astre argenté qui préside à ses cbangemens , ainsi les flots des passions s’élèvent et s’abaissent devant toi !

Air grec.

Écoutez! c’est une vierge delà Grèce qui chante, tandis que près des sources étincelantes de l’Illissus , elle puise dans son urne gracieuse l’onde fraîche et limpide ; à ses côtés , ravi par le charme de la musique , un jeune patriote revoit le passé glorieux , et rêve aux jours brillans qui ne reviendront plus ! A ces jours, où Athènes cultivait, d’une main que les tyrans n’avaient point enchaînée , sa branche d’olivier , et tressait pour le front des Musqs une guirlande que n’avait point souillée le souffle des tyrans. Alors , les héros couvraient cette terre classique , où chajicèlent maintenant les pieds du lâche (1)5 alors chaque bras était l’égide de la Liberté, et chaque cœur son aute] !

(1) On doit se rappeler que ces vers furent écrits longtemps avant la révolte des Grecs, et lorsqu’on ne croyait plus à la résurrection glorieuse de ce peuple magnanime qui s’est montré si grand dans ses revers. [Note du traducteur.)

MÉLOLOGUE

ao5

Fanfare de trompettes.

Entendez-vous le son guerrier qui charme les oreilles du coursier belliqueux! A ce bruit redoutable , la mère enlace de ses bras le jeune soldat quelle a jadis porté dans ses flancs ; et quoique son tendre cœur succombe à la crainte , elle sent avec orgueil bouillonner dans les veines du jeune homme le sang qu’agite la fièvre de la valeur !

Voyez descendre de ses montagnes natales le rustique Helvétien. II vole à la guerre, insouciant de savoir pour quelle cause il combat , prêt à tirer le glaive pour l’esclave ou pour le despote, pour le juste, ou pour l’opprimé: souvent vainqueur, jamais héros, et cependant prodigue de son sang, comme si , de même que le ruisseau de ses montagnes , il devait couler à jamais ! 1

Oh ! divine Mélodie, au milieu de cette carrière de 'frénésie et d’insoucianee , Un charme magique exerce encore son merveilleux pouvoir!

Air suisse : **Ranz des V aches. »

Il est un air que l’on entend souvent résonner dans les rochers de sa terre chérie , i^ers le déclin du jour, quand les bergers ramèj|gnt leurs troupeaux à l’étable au son de leurs pip^^L Oh! chaque note fait tressaillir le rieur du . éveille dans

MÉLOLOGUE

son ame les pensées les plus tendres , rassemble autour de ses genoux les enfans aux joues de rose qu’il a laissés dans sa patrie : il voit les yeux des petits anges se remplir de larmes , qui semblent lui demander pourquoi il erra, loin de sa chaumière, à la recherche des scènes de carnage !

En vain alors, la trompette d’airain retentit, il n’entend plus que les doux chants de la Patrie, de l'Amour ; et ses yeux impitoyables, etavides de sang, maintenant adoucis et voilés , se fondent en pleurs !

Fanfares.

[Mais, que la trompette résonne de nouveau, et réveille les guerriers! ô Bellone, quand la Vérité arme ton bras, et que l’Esprit de la Liberté guide l’orage , alors ta vengeance prend une forme révérée, et semblables au feu du ciel , tous tes coups sont sacrés 1 Toi-mème , divine Musique , tu ne possèdes pas, dans ton vaste fhipire , un son plus mélodieux, pour l’oreille de Celui qui créa toute harmonie, que le son glorieux des fers qui se brisent , l’accent de la première hymne que l’homme adresse à la Liberté, en sortant de la nuit d’esclavage!

Chorus espagnol.

Vk,. . ~ ‘ .

Silence! 1 I^spagnc indignée , l’Espagne glorieuse fait éclater la prenûènxle chant hardi, et inspiré, qui

Dans chaque accent elle semble jurer , par les rues désolées de Saragosse , par la mort du brave Gerona , de souiller de son sang la gloire du conquérant , tant qu’un cœur espagnol palpitera encore !

Air espagnol : « Y a Desperto. »

Mais hélas ! si le zèle du patriote est vain , si la force de sa valeur , si la lumière de sa sagesse , ne peuvent ni fondre , ni briser le sceau cimenté par le sang , qui ferme les annales des droits de l’Europe, quel chant racontera, dans sa tristesse, les rêves de l’orgueil abattu , les nuages de l’avenir obscurci , la mort *les espérances ensevelies , mais non oubliées ?

Qui dira comment l’ardeur s’éteignit , comment l’honneur fut flétri sans retour ? Quelle Muse chantera, sur l’autel du Souvenir ^l’hymne funèbre des braves qui ne sont plus ? La Muse d’Érin!

Quelle harpe soupirera sur la tombe de la Liberté ? Ta Harpe . ô Érin !

NOTES

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