‹ Les amours des anges, et les mélodies irlandaisesChapitre 10 sur 48 · JO LES AMOURS · texte numérisé non relu

JO LES AMOURS

traînent, comme la brise au bruit des vagues, ( tant elle semblait animer de son ame le luth docile,) suivit en tremblant ces délicieux accords : traduisant leur joie, leur douleur, et prêtant les ailes légères des paroles à plus d'une pensée qui , sans elle , serait restée , entre les cordes , muette et incapable d'essor.

Tous tressaillirent à ces accens , mais ils émurent surtout le troisième ange , dont les traits, quoique flétris comme ceux de ses compagnons, portaient l'empreinte d'une douleur plus douce et plus sainte : on eût dit que même, au milieu des chagrins et des maux, l'Espérance ne l'avait pas abandonné, et que cette pierre précieuse était restée entière au fond de la coupe de la douleur , pour briller quand elle serait, vide, et faire oublier l'amertume du breuvage. Quoique ses yeux peignissent plus de plaisir que de surprise, il les tourna le premier vers le bois d'où s'élevait cette douce et solitaire mélodie; puis promenant ses regards ravis sur ses brillans compagnons, il prêta l'oreille à la voix qui fît entendre ces mots :

« Viens prier avec moi , ô mon bien-aimé Séraphin ! mon Seigneur et mon ange î viens prier avec moi ; en vain mes lèvres ont es-

sayé ce soir d'adresser au ciel une sainte prière; mes genoux peuvent fléchir , mes lèvres se mouvoir, mais prier, je ne le puis sans toi!

» J'ai nourri des gouttes de l'arbre qui porte l'encens, la flamme de l'autel dans le bocage ; je l'ai abritée du vent et de la pluie; et cependant, elle brûle tristement pendant la marche lente des heures, comme si, non plus que moi, elle ne pouvait conserver la vie et l'éclat, loin de toi ! -

>•> Un bateau lancé à minuit, sans pilote et sans gouvernail, sur le sein de la mer ténébreuse; un luth dont les cordes sont brisées; un oiseau blessé auquel il ne reste qu une aile pour traverser les airs , sont ce que je suis sans toi!

» O Esprit adoré, ne te sépare donc jamais de moi, dans la vie ou dans la mort; et lorsque, paré de l'éclat du soleil, tu parcourras de nouveau la terre enchantée d'Eden , souffre que mon ombre prosternée se glisse à tes côtés, plus heureuse ainsi que sans toi ! »

Les chants avaient cessé, quand, dans le bois, (descendant en demi - cercle de cette hauteur aérienne , elle atteignait le lien où se trouvaient les anges) brilla tout-à-coup la lumière d'une lampe : à mesure qu'elle éclairait le front

de celle qui en élevait la flamme (comme pour jeter plus de clarté sur le groupe assemblé audessous) , elle faisait apparaître , au milieu du feuillage sombre , deux yeux étincelans ; tels qu'en voit l'Imagination sur ces figures qui accompagnent le poète dans ses promenades du soir, présidant, du haut de îa verte feuillée, à ses rêves de l'Amour et du Ciel. Ce ne fut qu'un instant : la rougeur qui colora tous ses traits, à la pensée d'être vue, ainsi seule dans la nuit, par d'autres yeux que ceux qu'elle cherchait, avait à peine brillé, un instant, à travers le noir feuillage, que la vision avait disparu. Elle s'était évanouie , comme un météore qui luit tout-à-coup sur nos têtes , et qui s'enfuit au moment où l'on s'écrie : « Voyez, voyez!... » Cependant, avant le départ de la jeune fille, son oreille recueillit ces mots : « Je viens, je viens, ma Namah, » prononcés de cette voix douce, chère, et bien connue, qui rappelle la confiance , la paix domestique , la douce intimité qui rapproche deux cœurs jusqu'à ne plus en faire qu'un seul , la foi sincère , enfin tout ce que l'Amour aime le plus à entendre ! Musique délicieuse, exhalant le passé, le présent et l'ave nir, dont l'Espérance et la Mémoire prolongent l'harmonie jusqu'au dernier de nos jours.

DES AKGES. 7 3

Celui à qui s'adressait ce tendre appel n'y résista pas long-temps ; il eut bientôt raconté la courte histoire de ses chastes amours, que ses compagnons, plus déchus que lui du bonheur et du ciel, connaissaient déjà.

La voici, non telle qu'il la conta, mais telle qu'elle est gravée sur les tables qui furent jadis sauvées du déluge par Cham 24 : tables couvertes de légendes sublimes et affligeantes des esprits glorieux, mais égarés de ce temps : celle de ce jeune ange 2S y était ainsi tracée.

y/f. LES AMOURS

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