‹ Les amours des anges, et les mélodies irlandaisesChapitre 11 sur 48 · HISTOIRE DU TROISIÈME ANGE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU TROISIÈME ANGE

Parmi les purs Esprits de flamme rangés autour du trône du Tout-Puissant ; cercles de lumière qui, s'éloignant du centre éternel, transmettent ses rayons de tous côtés 26 (semblables aux sphères aériennes qui propagent, à l'entour, les ondulations des sons harmonieux), jusqu'à ce que l'éclat répandu au loin se perde dans l'Infini ! premiers , et debouts au pied du Trône , comme les élus choisis de Dieu , se rangent les Séraphins. Sur leur bannière flottante on lit ces mots brûlans : « Amour divin ! » Leurs rangs, leurs honneurs surpassent de beaucoup ceux des Chérubins aux fronts superbes, quoique ces derniers connaissent tout; tant, au ciel même, l'Amour l'emporte sur la Science ! Parmi eux était jadis Zaraph : jamais esprit consumé du feu sacré n'aspira vers l'Éternel d'un désir plus vif et plus ardent. L'amour n'était pas pour son ame passionnée ce qu'il était aux autres anges, une portion seulement de

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l'existence, mais la vie tout entière, le souffle même de son cœur.

Souvent, quand du front du Très-Haut s'échappait un éclair trop vif pour le supporter , et que tous les Séraphins se voilaient le visage de leurs ailes , et n'osaient en contempler l'éclat; les jeux de cet Esprit cherchaient cette lumière terrible qu'il s'enorgueillissait d'adorer, aimant mieux perdre la vue dans ce ravissement que de ne pas admirer ! De même aussi, lorsque les anges chaînaient la miséricorde de Dieu, et qu'ils accordaient leurs harpes pour célébrer par de doux accords l'instant , épié par tous les yeux , où quelque pécheur repentant touchait le seuil du ciel , alors la voix pure et mélodieuse de Zaraph s'élevait au-dessus des autres dans l'hymne de joie ! L'amour animait chaque accent ; cet amour qui seul peut appartenir aux anges bienheureux, et qui seul peut prêter , même aux Anges , de si célestes chants !

Hélas ! fallait-il qu'il en fût aux Gieux comme ici-bas , où l'on ne voit rien de tendre et de brillant qui ne soit proche de la douleur et du danger ; où le mal et le bien se tiennent de si près , que ce que nous prenons pour l'effroi de la vertu, n'est souvent que le premier trouble

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d'un cœur qui penche vers le crime ; où l'Amour n'a pas de sanctuaire si pur, ni si sacré que Fodieux serpent du Mal ne puisse se glisser sous l'autel, aux momens même de bonheur et de sécurité !

Il en advint ainsi à l'ange : telle fut la pente insensible qui l'entraîna du bien au mal , d'un amour immense , à un amour coupable ; chute, he'las, trop facile ! Enlacé par l'attrait magique de la beauté , en quelque lieu qu'il la découvrît, cet Esprit amoureux descendit des mondes brillans qui peuplent l'espace, aux yeux i^ayonnans qui éclairent la terre, jusqu'à ce que , bientôt , l'amour du Créateur se confondit avec l'amour de ses ouvrages ï

Ce fut pendant le crépuscule du soir, sur le rivage de la mer tranquille , qu'il entendit pour la première fois, les sons du luth et la voix de celle qu'il aima, glisser sur les eaux argentées, qui restaient muettes, comme si elles eussent craint d'arrêter;, par un souffle , le pèlerinage de ce doux chant : ces délicieux accords flottaient dans l'air, puis, allaient se perdre dans la lumière qui brillait au loin pardelà les limites de l'Océan ; là , où , franchissant les bords dorés de l'horizon, les flots du jour roulent en cascade étincelante jusque

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dans l'Elysée ! Elle chantait Dieu et la douce Miséricorde qui sourit à jamais auprès de sou trône solennel , prête à détourner les foudres de la vengeance qu'il lance dans sa colère ; elle chantait la Paix , l'Amour expiatoire , dont l'étoile brille au-dessus de ce monde d'espérance et de crainte , et que les yeux éplorés de la Foi fixent si tendrement, que la lumière de ce bel astre semble se réfléchir dans chacune de ses larmes ! Elle chantait : l'ame de la piété respirait dans ses chants, et l'Ange raviy recueillant les sons qui volaient sur les eaux dormantes , au-dessus desquelles il planait, en épiant les derniers rayons du jour, crut entendre une voix sortie des vagues ; un çcho de l'harmonie lointaine d'Éden, répété par quelque Esprit dont les doux accens arrivaient affaiblis à la surface de la mer.

Mais, remontant , bientôt, jusqu'à la source de ce chant mélodieux, il vit une jeune vierge debout sur le sable doré du rivage ; les vagues expirantes déposaient à ses pieds, avec un soupir, leur dernier tribut; ainsi, dans l'Orient, les esclaves épuisés déposent le don fatal apporté de si loin, et meurent! Tandis que, suspendu à ses côtés, son luth se taisait, comme incapable de rivaliser avec le torrent d'harmonie

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qui coulait encore de ses lèvres, elle leva, dans une douce extase , ces veux dont la lumière semblait faite pour être adore'e , plutôt que pour adorer : ces yeux tels qu'on en voit dans le Ciel, mais que jamais avant on ne vit s'élever vers lui !

Amour, Religion, Musique! seuls traces d'Eden sur cette terre, seuls trésors qui, depuis la chute de nos faibles âmes, rappellent encore leur haute et glorieuse origine, oh! que vos ravissantes rêveries s'enchaînent doucement l'une à l'autre ! que de fois l'Amour, malgré tout ce qui l'attache à la terre, n'a-t-il pas emprunté les ailes de la Religion, quand le temps ou la douleur avajent flétri les siennes ! Combien la Religion et ses extases ne sont-elles pas près du précipice trompeur de l'Amour ! tandis que la Musique... oh! la Musique est le lien par lequel ils tiennent tous deux aux Cieux , la langue de leur sphère natale que , sans elle , ils eussent oubliée ici-bas.

Comment Zaraph aurait-il donc pu échapper aux séductions de cet instant ? Un être si beau, dont les accens harmonieux semblaient dérobés au Ciel même , plongé dans un ravissement que les Séraphins auraient été orgueilleux de partager ! Oh ! il sentit , hélas ! trop

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bien, cette douce magie , et son transport fut chèrement payé! A peine savait-il, lorsque enfin il succomba, lequel de ces trois charmes ravissans, l'Amour, la Religion, la Musique, avait perdu son ame à cette heure si douce !

Douce fut cette heure, quoique chèrement conquise , et pure autant que pouvait l'être une chose de la terre; alors, le soleil glorieux vit , pour la première fois , devant l'autel de la Religion, deux cœurs unis par les liens dorés de l'hymen, jurer de vivre et mourir en aimant. Alors, le front de la vierge porta, pour la première fois , cette guirlande d'hyménée , qu'un second vœu ne peut ni replacer, ni faire refleurir après qu'elle est fanée 27. Union bénie ! fondée par un ange et digne d'une telle origine î seul asile paisible et sûr où l'Amour, après sa chute et son exil du Ciel , puisse encore trouver une patrie dans ce monde ténébreux !

Quoique l'Esprit eût erré , qu'attiré par les sourires d'une femme , il eût quitté son rang parmi les bienheureux, souffrant qu'une passion terrestre ternît la pureté de son cœur, et obscurcît l'image de Dieu, si brillante avant dans son ame ; cependant, jamais le Très-Haut ne regarda une faute d'un front moins sévère .

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La colère de la justice se changea presqu'en sourire avant d'atteindre les coupables; car leur amour était humble , mêlé de crainte et de tremblement : c'était un trésor caché qu'ils ne tenaient point de la loi sainte , dont ils contemplaient la beauté avec remords , et sur le prix duquel ils pleuraient. L'Humilité, modeste et douce racine de toutes les vertus célestes, habitait dans leurs cœurs , surtout dans celui de Namah. Seule elle semblait ignorer les charmes qui avaient enlevé au Ciel un ange, et lorsque, rencontrant les yeux de son Séraphin, elle cachait l'éclat des siens dans le sein de son amant, sa joie même était tempérée par la pensée : « Quel droit avais-je à tant de bonheur ? »

Encore moins une vierge si douce auraitelle pu nourrir le désir de connaître, cette vaine soif, malédiction de tout son sexe, depuis la trop curieuse Eve, jusqu'à celle qui se glissa près du tabernacle pour surprendre les secrets des anges 2S. Non, rendre à son Séraphin amour pour amour , avec une Foi toujours la même dans le plaisir, dans la douleur; cette Foi qui , dût sa lumière s'éclipser , attendrait, fixe et immobile comme l'aiguille qui marque le cours du soleil, le retour de son éclat. Elle

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aime;, avec cette Patience qui, souvent courbée par la fureur de Forage , se relève dès qu'il est passé ; avec cette Espérance qui , à travers le sombre nuage du Mal , voit encore percer le Bien comme un rayon de soleil ! Ce profond et confiant Amour plus précieux, au ciel même, que tout le trésor de savoir d'un Chérubin; cette Foi que rien n'eût ébranlée, étaient l'unique joie , l'ambition , l'orgueil de son tendre cœur; le but de tout son avenir, dans ce monde et aux cieux , tant elle sentait qu'on est moins heureux de savoir , que de croire et d'espérer ! Ils cheminaient ainsi dans leur humilité, confus, mais purs aux jeux de Dieu; offrant à la terre un spectacle plein de douceur et de beauté , lorsque , le front éclairé par la lueur sainte qui brillait sur l'autel, ils s'agenouillèrent pour prier, se tenant par la main, à côté l'un de l'autre. Anneaux d'amour, détachés un instant de la grande chaîne céleste , mais à jamais unis ensemble : Splendeurs tombées ï9 de cet arbre qui fleurit éternellement (ï), Tendres fleurs arrachées par l'aquilon, mais

(1) Allusion aux séphiroths ou splendeurs de là Cabale juive, représentée comme un arbre dont Dieu est la couronne ou le sommet. — Voicz la note 3o.

conservant, après leur chute, le même éclat et la même fraîcheur.

Leur seul châtiment ( toute faute , quelque douce quelle soit , entraîne une punition) , le seul arrêt prononcé contre eux, fut qu'aussi long-temps que la terre verdoyante, et l'Océan azuré existeraient , ils erreraient tous deux icibas , sans changer de cœur ni de forme , à travers les siècles! contemplant de loin ce glorieux séjour, dont ils voient la lumière éloignée, mais constante ; Pèlerins d'amour, dont la route est le Temps, et la patrie l'Éternité ! Soumis, cependant, à tous les maux contre lesquels le véritable Amour lutte dans cette vie; aux vains souhaits , aux espérances qu'il conçoit vainement , au froid qui convertit en vapeur terrestre ses soupirs les plus ardens , au doute dont il se nourrit, à l'amertume cachée dans sa douceur même ; et aux illusions, plus funestes encore , qui l'attirent , parleur faux éclat, jusqu'au bord du précipice, qui le détournent de sa route déserte à travers ce monde désolé , l'invitant à s'arrêter au bord de ces sources étincelantes , dont l'eau trompeuse fuit ses lèvres avides, et qu'il abandonne enfin, en soupirant, pour suivre le chemin qui mène à cette patrie lointaine, où sa soif ardente sera étanchée.

Ils supportent toutes ces épreuves , mais ils n'en ont pas moins des momens riches de bonheur. D'heureuses réunions, après plusieurs jours de veuvage passés loin l'un de l'autre , alors qu'on revoit ce qu'on ainie, sans nuage et sans larmes ; de tendres aveux versés mutuellement dame à ame, sans mélange de crainte et de doute, purs et sans tache comme la lumière que le soleil verse dans les étoiles, et qu'à leur tour elles lui renvoient ! Heureuse union des coeurs où, confondus ensemble, chacun abandonne sa propre existence , pour en ressaisir une nouvelle bien plus délicieuse! Telles sont leurs joies que couronne l'espérance de cette heure brillante , qui verra leurs âmes heureuses , animées de facultés nouvelles, s'élever pour ne plus tomber , récompensées de leur confiance en celui qui est la source de toute bonté. Secouant alors de leurs ailes affranchies la vile poussière de la terre , elles planeront dans ces régions lumineuses où l'Amour ne meurt jamais !

Dieu et les anges , qui veillent d'en haut sur eux , savent seuls dans quelle contrée solitaire habitent, ou errent maintenant ces deux pèlerins ; mais si , dans nos courses vagabondes , nous rencontrions un jeune couple, à la beauté

duquel il ne manque que de brillantes ailes pour ressembler aux habitans des cieux , qui brille en quelque lieu que se dirige ses pas , et dont le lot terrestre est cependant humble, comme celui de la violette qui fleurit, inaperçue, sur le bord des sentiers , et dont le doux parfum révèle seule l'existence; deux mortels qui n'ont qu'un cœur dans chaque pensée, dont les voix expriment la même volonté , se répondant comme l'écho qui répète , de colline en colline , les sons d'une musique aérienne , avec tant de fidélité qu'on cherche en vain à deviner quel est l'écho et quels sont les accords; dont la piété est tout amour, et dont l'amour , quoique unissant leurs âmes dans une douce étreinte , n'appartient pas à la terre, mais au ciel : ainsi deux glaces polies, placées vis-à-vis l'une de l'autre , se renvoient leur lumière et ne réfléchissent que les cieux. Si jamais nous rencontrons rien de si pur, de si parfait icibas , rappelons-nous qu'il n'existe sur la terre qu'un seul couple aussi divin, et bénissant leur passage à travers le désert de la vie , écrionsnous : « Puissent Zaraph et Namah gagner bientôt la céleste patrie ! »

Ijes Mélodies parurent, pour la première fois, en Angleterre en 1 8 1 o , par livraisons publiées à cle longs intervalles , contenant chacune douze chansons. Elles eurent le plus grand succès. L'accord singulier qui existe entre les paroles et la musique entièrement composée d'airs irlandais, pleins d'harmonie et de naïveté, la noblesse des pensées, le charme des expressions , la beauté des vers , tout contribua à nourrir, et à porter au plus haut degré l'enthousiasme qu'avait excité ce monument national élevé à la gloire de l'Irlande. Il en parut sept livraisons; pressée par le temps, je n'ai pu en donner qu'un choix que j'ai tâché de rendre intéressant et varié. Après un chant national ou guerrier , on aime à retrouver l'aimable et joyeux délire d'un disciple d'Epicure, ou les douces rêveries d'un amant. Un des grands charmes de ces Mélodies , est l'intérêt des souvenirs qu'elles retracent. Moore était digne de faire revivre les traditions de sa patrie , de célébrer ses malheurs et la triste et noble lutte qu'elle soutint pour conquérir la Li-

berté qui trompe sans cesse son espoir. Le caractère passionné, tendre, rêveur et mélancolique des Irlandais , se peint tout entier dans ces délicieuses compositions. Après avoir réclamé, pour l'Irlande, plusieurs airs dont les compositeurs du continent ont enrichi leurs opéras et leurs romances, Moore dit dans sa réponse à l'éditeur des Mélodies : « Ainsi nos airs , comme la plupart de nos compatriotes , ont passé chez l'étranger , faute de trouver une protection dans la patrie. Mais nous touchons , j'espère, à une époque plus favorable à la saine politique et à la musique , qui sont inséparables, du moins en Irlande, comme on le verra trop bien par le ton de douleur et d'abattement qui caractérise presque tous nos premiers chants. La proposition que vous me faites d'adapter des paroles à ces airs, n'est point du tout une tâche facile. Le poète qui veut suivre les divers sentimens qu'ils expriment , doit comprendre et même éprouver ce rapide mouvement de l'esprit et du cœur , cet inexprimable mélange de tristesse et de légèreté qui composent le caractère de mes compatriotes , et dont leur musique est si profondément empreinte. Au milieu des accords les plus vifs ? un accent mélancolique

vient nous émouvoir et prête à la gaieté un nouveau genre d'intérêt. » Moore dit encore ailleurs : « On a souvent remarqué , et plus souvent senti, que notre musique est le commentaire le plus fidèle de notre histoire. Le4 ton de défiance auquel succède la langueur de l'abattement , un éclair d'énergie qui brille et disparaît , les douleurs d'un moment perdu dans la légèreté de celui qui suit , et tout ce mélange romanesque de mélancolie et de gaieté, que produisent naturellement les efforts d'une nation vive et généreuse , pour secouer ou pour oublier les maux qui l'oppriment : tels sont les traits de notre histoire et de notre caractère , si fortement et si fidèlement réfléchis dans notre musique. Je crois difficile d'entendre plusieurs de nos airs sans se rappeler Tépoque, ou l'événement dont ils semblent destinés à conserver la mémoire. Quelquefois lorsque les accords vifs , nobles et courageux , sont cependant mêlés de quelques notes tristes , on croit voir les braves alliés deMontrose (i),

(1) On trouve plusieurs détails sur la bravoure des troupes auxiliaires irlandaises dans Y Histoire complète des guerres d'Ecosse , sous Montrose > 1660. Voyez particulièrement la conduite d'un Irlandais à la ba-

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marchant au secours de la cause royale maigre' la perfidie de Charles et de ses ministres , et se rappelant assez de leurs souffrances passées pour rehausser la générosité de leur dévouement.

» Les Mélodies plaintives de Carolan nous ramènent au temps où il vivait , à l'époque où nos pauvres compatriotes étaient réduits à adorer leur Dieu dans des cavernes , ou à quitter à jamais leur terre natale ( comme l'oiseau qui abandonne le nid que la main des hommes a souillé). Dans plusieurs chants, nous entendons encore le dernier adieu de l'Exilé ( i ),

taille d'Aberdeen, chap. vi, page 4g? et le tribut payé à la valeur du colonel O'Kyan, cbap. vu, page 55. Clarendon avoue que le marquis de Montrose dut beaucoup de ses succès miraculeux à cette petite troupe de héros irlandais, commandée par Macdonnel.

(i)Les associations de la musique des Indous, quoique plus claires et plus définies , sont beaucoup moins touchantes et moins caractéristiques. « Ils divisaient leurs chants selon les saisons de l'année ; et par-là , ils pouvaient ( dit sir William Jones ) rappeler le souvenir des amusemens de l'automne à lafin de la moisson , ou les idées de séparation et de tristesse pendant l'hiver, etc.» (Transactions asiatiques , vol. III, sur le Mode musical des Indous.) Ce que l'abbé Dubos dit des symphonies de Lully

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mêlant le regret de briser les liens qui l'attachaient à la patrie, à l'espoir des honneurs qui l'attendent sur un sol e'tranger : honneurs tels qu'en obtinrent les catholiques irlandais à la bataille de Fontenoy, où leur valeur contribua puissamment au succès de la France, et arracha à Georges II cette mémorable exclamation : « Maudites soient les lois qui me privent de pareils sujets !»

Moore vient de publier de nouveaux chants dont nous donnerons plus tard la traduction avec la suite des Mélodies. Quelques poètes français trouveront peut-être de nobles inspirations dans ces chants ; peut-être leur rendront-ils l'harmonie et la grâce que je n'ai pu leur conserver. Les airs, transportés aussi parmi nous, donneraient l'idée de cette musique naïve, si entraînante dans sa simplicité , si énergique dans ses accords, si douce et si rêveuse dans sa mélancolie, si vive dans sa joie. C'est l'ac-

peut s'appliquer plus justement, je crois, à nos airs hardis et passionnés. « Elles auraient produit de ces effets qui nous paraissent fabuleux dans le récit des anciens, si on les avait fait entendre à des nommes d'un naturel aussi vif que les Athéniens. » (Réflexions sur la peinture, etc. T. Ier, sect. 45.)

cent des passions, immédiat et brûlant , que l'art n'a ni affaibli ni exagéré, qui est resté tel que la nature l'a donné à l'homme , et qui éveille en lui une sympathie universelle. Pour bien comprendre toute la beauté des Mélodies, il faut avoir entendu Moore en chanter quelques-unes ; il semble improviser les airs et les paroles; son oeil s'enflamme, sa voix prend tour à tour un accent vif ou lent , gai ou plaintif. C'est alors qu'il rappelle ce que le célèbre Shéridan disait de lui : « Il n'y a pas un seul homme qui mette autant de son cœur dans son imagination. On croirait que Famé de Moore est une étincelle de feu détachée du soleil, et que sans cesse elle voltige pour remonter vers cette source de vie et de lumière. »

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